La nostalgie heureuse – Amélie Nothomb

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Ma dernière chronique 2017, avec un best seller, mais de qualité !

Natsukashii est le mot japonais pour désigner une nostalgie mais sans la tristesse incarnée en ce mot, c’est-à-dire la nostalgie heureuse, plus précisément : « l’instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l’emplit de douceur ». La nostalgie triste n’est pas une notion japonaise.

Nous suivons les pas d’Amélie de retour au Japon, à la demande d’une chaîne de télévision : l’occasion de sauter le pas et de retourner sur les traces de son enfance et d’une partie de sa vie de jeune adulte. On note le mot « roman » sous le titre. Amélie précise dès l’incipit : « Tout ce qu’on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. A l’âge de cinq ans, quand on m’en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me génèrent. Que pouvais-je dire du pays que j’avais cru connaître et qui, au fil des années, s’éloignait de mon corps et de ma tête ? »  » Ce que l’on a vécu laisse dans la poitrine une musique : celle qu’on s’efforce d’entendre à travers le récit. »

Amélie va confronter sa fiction, les images d’Epinal, à la réalité du Japon. Avec émotion mais surtout humour et autodérision. Natsukashii incarné. Elle nous fait rencontrer les deux personnages qui ont marqué sa vie  : Nishio, sa nounou adorée, et Rini son fiancé délaissé. Bien évidemment, ce serait mal connaître Amélie Nothomb que d’imaginer que son récit se résumerait à cela.

C’est surtout un formidable voyage, à travers Kobé, Kyoto, Tokyo et… Fukushima. Une confrontation de cultures, des réflexions aussi : un guide de voyage avec du vécu. Un livre à lire si vous prévoyez de partir au Japon. Je pense que je l’aurais fait s’il avait été publié en 2010, année où je devais partir visiter ce pays mais où un putain de volcan nous a mis une panique incroyable, m’a laissée clouée au sol avec mes yeux pour pleurer. L’année d’après malheureusement, ce fut Fukushima. Je ne sais pas s’il existe une malédiction japonaise…

« – Je ne savais pas que Kyoto était une ville moderne. Je pensais que tout y était ancien.
Nous autres Européens ne savons pas que des villes comme Assise (pour ne citer qu’elle) sont des exceptions mondiales : le temps s’y est bel et bien arrêté. C’est cela qui est un miracle. Le temps ne s’est arrêté ni à Bombay, ni à Xian, ni à Kyoto. »
« On ne sait pas combien Kyoto est humide. A cause de cela, l’été y est aussi pénible que l’hiver. (…) Aux visiteurs, je recommande l’automne ou le printemps. »

« Sauf en été, Tokyo a le meilleur climat du monde : splendide et sec. »
« Tokyo c’est d’abord un rythme : celui d’une explosion parfaitement maîtrisée. Quand on y revient après une longue absence, on doit s’isoler quelques secondes en une sorte d’apesanteur pour réatterrir dans le tempo. Dès que les pieds sentent la pulsation, on y est. »
« A Harajuku, chacun est un spectacle. Comparés aux Tokyoïtes, les excentriques du reste de la planète sont de petits joueurs. »
🙂
J’ai adoré l’expérience du bar à oxygène !! Je vous la laisse découvrir tout seul.  »

« Quand j’ai l’impression que je pourrais avoir une demi-minute de retard, je me sens si mal que je préfèrerais mourir. Je ne sais pas d’où me vient cette conviction que mon retard serait un crime inexpiable. Lorsque d’autres se permettent d’être en retard, cela m’agace, et pourtant je ne trouve pas qu’ils méritent la cour martiale. Seul mon retard est passible de mort. »
« L’unique explication que j’ai trouvée à ma pathologie est mon appartenance à l’espèce aviaire : les oiseaux n’ont jamais de retard dans leurs migrations, leurs pontes. Il leur arrive en revanche d’avoir de l’avance. »

Grâce à ce livre, j’ai découvert que je dois être un peu japonaise, car, comme son auteure, j’aime la fiabilité, les gens qui ont cette qualité en particulier. J’ai compris pourquoi je déteste les retours à Paris :
« Paris est une armoire mal rangée dont je reçois le contenu sur la tête quand j’ai l’audace d’en ouvrir la porte. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, les problèmes parisiens triomphent de l’enthousiasme. » : c’est exactement ca !

Le livre existe au format poche (éditions Livre de Poche) mais la couverture orange est tout à fait affreuse.

Un petit livre à glisser dans ses bagages pour se rendre dans l’archipel nipponne !
13 heures de vol, vous aurez le temps d’assimiler. 🙂

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Marie et Bronia – Natacha Henry

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Un des romans que j’ai rapporté du Salon de Montreuil consacré à la littérature jeunesse. Je trouvais ça chouette l’idée d’un roman consacré à celle qui deviendra Marie Curie et à sa soeur Bronia. La couverture était en plus sympathique, je n’ai jamais lu l’auteure : l’occasion de partir à l’aventure…

On plonge en 1860 dans la Pologne qui n’existe plus en tant que telle, occupée par les Russes, les Prussiens, entre autres. A Varsovie, les Russes interdisent aux femmes de faire des études, il est interdit de parler polonais, il faut parler russe. Bronislawa et Wladyslaw sont enseignants, dans cette Pologne occupée. Ils auront 5 enfants, dont Bronia (1865) et Marie (1867). En 1871, Bronislawa contracte la tuberculose, maladie qui fait des ravages partout en Europe à cette époque. Wladyslaw se trouve en difficulté financière mais refuse d’envoyer ses enfants travailler : ils doivent étudier, même s’il doit se saigner aux quatre veines. Il a l’idée de louer les chambres de son appartement à des étudiants. Sans se douter que l’hygiène de ses pensionnaires pauvres, couverts de puces, apporterait le typhus dans le foyer. Tour à tour la famille perd sa fille aînée et la mère des enfants. Bronia contracte le typhus mais survit.
Voilà pour le contexte de départ. Les années passent. Bronia et Marie vont suivre des cours à l’université clandestine (dite « université volante ») car elles ont décidé de s’instruire, encouragées par leur père, même s’il tremble qu’elles se fassent prendre : la loi russe interdisait aux filles de suivre des études supérieures. La solution serait de partir à l’étranger, en France, à la Sorbonne, suivre des cours. Mais cela coûte cher. Marie propose alors un pacte à Bronia : elle trouvera un emploi de gouvernante et donnera la moitié de son salaire à sa soeur pour qu’elle puisse payer ses études à Paris. Puis, une fois ses études achevées, Bronia rendra la pareille à Marie. Après hésitation, Bronia finit par accepter. Une nouvelle vie et la suite, on la connaît dans les grandes lignes.

J’ai aimé plonger dans l’ambiance du Paris de cette époque, et fréquenter les étudiants polonais. Mais j’avoue que ce roman ado m’a déçue ! On aperçoit les difficultés de Bronia et Marie dans leur combat pour étudier (même à Paris où faire des études de médecine quand on est une femme n’est pas admis par la majorité des hommes) mais je ne sais pas, je m’attendais à en savoir davantage aussi.
Ce roman souffre d’une surdose de romance qui m’a assez agacée. Ou c’est la mièvrerie qui m’a agacée. L’ambiance mièvre est peut-être ce qui gâche tout ici, et dès le début :
« De retour de l’appartement, Bronislawa s’installait au piano pour jouer du Chopin, tandis que Wladyslaw, confortablement assis dans un fauteuil aux accoudoirs ornés de napperons, lisait le journal. Ainsi va la douceur des gens qui s’aiment. » Mouais, il ne manque plus que les violons !
« D’une voix à peine audible, elle murmura : « Je vous aime. »
– Maman ! s’écria Marie.
Mais c’était fini. Leur maman était morte. » Là il manque presque les tambours !

Tout le reste du livre est davantage consacré aux amours de Bronia et Marie. On sait bien évidemment que la rencontre avec un certain Pierre Curie fut déterminante pour Marie, mais j’aurais aimé en savoir davantage sur leurs recherches pour découvrir le radium, sur l’avancée que cela a apporté. C’est évoqué à la toute fin du livre. Quelques lignes seulement pour évoquer l’avancée scientifique qui a tout révolutionné. Et rien sur le fait que cette découverte a aussi coûté la vie à Marie Curie, puisqu’à l’époque, on ne connaissait pas l’effet nocif de la radioactivité.

J’ai souri de voir Pierre Curie en physicien timide et dans la Lune, capable de se prendre un réverbère à force d’être ailleurs que là où il est physiquement. Un vrai professeur Tournesol. En deux lignes, l’auteur nous apprend qu’il est mort accidentellement en glissant sous un fiacre en 1906…

C’est bien dommage aussi de mettre en postface uniquement que Marie Curie fut double fois Prix Nobel (et la première femme Prix Nobel aussi est expédié en quelques lignes).

Le côté positif est tout de même qu’on arrive à apprendre des choses que l’on ignorait, mais à compléter avec des biographies pour adulte, qui expurgeront le côté un peu « cul-cul-la-praline » que j’ai trouvé ici. Les personnages sont attachants mais  reste à savoir si nos ados vont les prendre au sérieux, à cause du ton général de ce roman.

 

 

 

 

 

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Au revoir là-haut – Pierre Lemaître

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Joyeux Noël !!!

J’en profite pour vous parler ce beau roman, prix Goncourt 2013 dont tout a été dit ou presque. Je l’ai terminé il y a un bon mois et j’avoue qu’en général, ce n’est pas parce qu’il y a écrit « Prix Goncourt » que je me jette sur ces bouquins. Sauf que celui-ci toute ma famille m’en avait parlé, elle qui n’est pas spécialement habituée à lire les Goncourt non plus ! Ca m’intriguait, et, en outre, quand on est arrière petite fille de poilus qui ne sont pas sortis indemnes de la Grande Guerre, quelque part, c’était un hommage à leur rendre que de se replonger dans cette époque trouble. Un devoir de mémoire.

Un bon gros pavé de plus de 600 pages que j’ai dévoré littéralement. Vous avez lu des récits sur la Grande Guerre et ses atrocités, mais à mon humble avis, vous n’avez jamais lu le roman jubilatoire d’une vengeance de poilus. En effet le tour de force de ce roman qui allie la dénonciation des monstruosités de l’Histoire à un humour (noir) qui vous fait rire (certes parfois jaune, mais pas toujours).

Je ne vais pas écrire une chronique de cent lignes sur un roman dont tout à été dit : je peux juste vous le recommander pour la truculence de ses personnages, en particulier les deux héros, (des poilus, bien sûr), qui sont le jour et la nuit mais d’une amitié et d’une solidarité sans failles. Un ancien employé de banque trouillard (mais on le comprend !) et une gueule cassée, artiste excentrique, complètement dingue (au point où il en est, la gueule en moins justement, autant se lâcher !),  issu d’un milieu aisé mais étriqué qui voit d’un mauvais oeil son côté artiste et encore plus son homosexualité.

Une histoire de vengeance folle et diaboliquement maline, vis-à-vis de gradés qui, la veille de l’Armistice, envoient au casse-pipe leurs troupes quitte à leur tirer dans le dos, car ils pensent à leur carrière. Les pires ennemis ne sont pas dans le rang ennemi, mais dans celui des gradés, ici, en l’occurrence un certain Pradelle (« de la tronche en cul », si vous voyez ce que je veux dire ! 😉 ).
Une histoire de vengeance familiale et personnelle aussi et c’est aux petits oignons.
Des histoires de trafics de cadavres et de cercueils (là, c’est du trash qui vous attend) : ben oui quoi, quitte à faire des économies, autant mettre des types 1,80 m dans des cercueils pour enfant ou presque, y’a qu’à les scier, où est le problème ? Ah oui, mais ils ont oublié que parfois, les familles demandes à voir leurs morts, c’est bête…
Du mépris pour les morts chez certains, des monuments aux morts pour la patrie reconnaissante… et nos deux poilus estropiés qui comptent pour du beurre et sont même rejetés par la société qui se méfie de ces rescapés du Front.
« Voilà comment ça finit, une guerre, mon pauvre Eugène, un immense dortoir de types épuisés qu’on n’est même pas foutu de renvoyer chez eux proprement. Personne pour vous dire un mot ou seulement vous serrer la main. Les journaux nous avaient promis des arcs de triomphes, on nous entasse dans des salles ouvertes aux quatre vents. »

Un roman tragique mais finalement sans pathos, cynique mais drôle, qui se lit avec amusement et grincement de dents ; des énigmes dignes d’un polar. On se le prend dans la gueule et on ne l’oublie pas. A mettre au pied de tous les sapins de fête sans hésitation !

 

 

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Tamara de Lempicka

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Virginie Greiner (scénario)
Daphné Collignon (dessin et couleur)
« L’icône des Années Folles », Dimitri Joannidès

Je n’achète pas beaucoup de BD, je préfère les emprunter. Sauf quand j’ai un coup de coeur immédiat sur le dessin. Ce fut le cas en flânant au rayon BD de la FNAC.  Donc voici ma dernière BD achetée depuis à peu près trois ans : autrement dit, un événement !

Un petit air Années Folles et Art Déco, non ? Forcément ! Tamara de Lempicka, ça ne vous dit peut-être rien d’emblée. Pourtant si je vous montre ceci…

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je suis presque certaine que vous connaissez !
Tamara de Lempicka est une artiste peintre, d’origine russo-polonaise, issue  d’un milieu aisé. Elle vécut à Saint-Pétersbourg puis s’exila à Paris lors de la Révolution russe, avec son mari et sa fille, où des cousins habitaient déjà. Elle fut élève de Lhôte, « star » de la Bohême parisienne, personnalité intrigante du bouillonnement artistique et intellectuel du Paris des Années Folles. Elle fut amie avec André Gide. Frustrée par sa vie maritale, elle se lança à corps perdu dans une recherche de liberté sans tabou ni complexe. Scandaleuse, excessive aussi, rien ne l’arrête. Elle croque ses modèles féminins, dans tous les sens du mot, avec malice et humour. Elle veut réussir, absolument. Elle veut devenir quelqu’un de reconnu. Elle y arrivera et devint une figure incontournable de la période Art Déco, s’imposant comme une icône de la Femme Libre, grâce à ce tableau, peut-être un peu passé aux oubliettes (en tout cas, moi, ça me disait vaguement quelque chose mais très vaguement !)

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Cette BD rend hommage à cette personnalité hors normes et anticonformiste (en ce moment, ça fait du bien !). J’ai aimé le graphisme à la fois sombre et vif, aux dominantes noir, gris, or et rose, qui plonge dans l’ambiance du Paris artistique des années 20.

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J’aurais aimé en savoir davantage et je suis un peu restée sur ma faim avec cette BD, mais c’est une invitation à partir par soi-même à la découverte de l’oeuvre de l’artiste.

J’ai vraiment un faible pour ce tableau :

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Il y a plusieurs de ses tableaux sur ce site ici et à la fin de la BD vous trouverez un dossier documentaire sur la vie et l’oeuvre de l’artiste ainsi qu’une bibliographie.

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Tortues à l’infini – John Green

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Traduit par Catherine Gibert

Mon blockbuster de l’année 2017. Tous les ans je m’en lis un ou deux histoires de me faire une idée, ou du moins essayer de comprendre ce qui fait le succès de certains auteurs. Je mets à part Amélie Nothomb parce qu’elle me « parle » et que j’aime bien ses bouquins depuis le début.

Donc voilà, j’ouvre mon troisième John Green, au titre énigmatique (il est identique en version originale).
Aza Holms, 16 ans, vit à Indianapolis. Elle vit avec sa mère, prof. Elle n’a plus de père mais il lui reste sa voiture, qu’elle prénomme Harold. Elle va au lycée, avec sa meilleure amie, l’intrépide Daisy. Toutes les deux sont fans de fanfiction et Daisy en écrit. Un jour Aza renoue contact avec un copain qu’elle a connu en colonie de vacances : Davis. Sa particularité : il est fils de milliardaire. Et comme si cela ne suffisait pas, son père est porté disparu. Une récompense d’un million de dollars est offerte à qui le retrouvera. Cela émoustille Daisy qui entraîne Aza, sa petite « holminette » à la recherche du bonhomme. En même temps, Aza tombe amoureuse de Davis. Daisy s’éprend de Mychal.
Davis vit seul avec son petit frère infernal dans la maison de son père disparu, où vit aussi un tuatara (un gros lézard préhistorique qui peut vivre des centaines d’années).

J’essaie de vous résumer en quelques lignes l’histoire car j’avoue que ce roman pour ado m’a laissé totalement perplexe au début car ça part dans tous les sens et on a du mal à cerner ce qui se passe. Il faut vraiment s’accrocher un certain temps avant d’arriver à rassembler les « morceaux ».
On se rend compte au fur et à mesure qu’ Aza a un souci psychologique intense qui l’empêche de vivre totalement normalement. Elle a des pensées invasives et obsessionnelles, des angoisses incontrôlables, la peur permanente d’attraper des maladies. Elle en est consciente, elle essaie de faire belle figure mais ça la dépasse largement. Elle consulte régulièrement une psychiatre mais ne prend pas son traitement.
Elle craint le regard de Davis quand il s’apercevra qu’elle n’est pas totalement une fille comme les autres : quand il l’embrasse, elle se fait un trip sur les microbes qui s’échangent à travers la salive. C’est l’objet d’un certain nombre de lignes très détaillées dans le roman. Et à plusieurs reprises, pour de nombreuses choses, avec des termes scientifiques.
On en apprend également un rayon sur les tuataras (je ne savais pas du tout si cette bestiole préhistorique existait vraiment, il se trouve que Google-mon-ami m’a appris que oui !) C’est ça :

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Il est aussi question de tortues, mais je n’ai pas trop compris le rapport entre l’histoire et le titre, même si c’est évoqué de biais.

Il y a des histoires de constellations, d’étoiles, d’espace intersidéral, ce genre de chose…
Il y a une histoire d’une amitié indéfectible malgré les disputes, les différences, sociales, et dues à la maladie. Mais pas assez pour que ce soit entraînant, marquant et émouvant.

Bref, je vais être claire : je me suis gravement ennuyée. Je me demande si un ado accrochera facilement à ce roman à la construction assez complexe et déconcertante. Je sais que c’est le roman le plus personnel de l’auteur puisqu’il souffre (ou a souffert) lui même de formes d’angoisses maladives. La maladie est aussi au coeur de Nos étoiles contraires, qui pourtant était distrayant. Tel n’est pas le cas ici, à mon avis. Je voulais terminer néanmoins le roman en me disant que la fin serait éclairante. Bof ! On va dire qu’il y a juste de l’optimisme au bout. C’est au moins un point positif.

 

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L’aube sera grandiose – Anne-Laure Bondoux

Illustré par Coline Perony

« Cette histoire commence là, juste après l’embranchement entre Saint-Sauveur et Beaumont sur la départementale qui traverse le plateau. Nous sommes fin juin, à la tombée de la nuit. La voiture ralentit, quitte la route principale, bifurque vers un chemin forestier mal entretenu, puis s’enfonce pleins phares sous le tunnel des branches pour descendre en direction du lac. ».

Nous sommes vendredi, il est 22 heures. La nuit où tout va changer.

Nine, 16 ans avait prévu de participer à la fête du lycée, mais elle est littéralement kidnappée par sa mère, Titania. Au lieu de passer sa soirée à Paris, avec ses amis, Nine la passera enfermée avec sa mère, dans un cabane, au bord d’un lac. En huis clos. Elle n’en ressortira qu’à l’aube.
Le lecteur, à l’instar de Nine,  va assister à une série de révélations familiales. Autre détail de taille : Titania est écrivain : elle est connue, elle écrit des polars, elle est surnommée « la fée du suspense ».
Alors, sachez que vous partiriez presque pour un conte des mille et une nuits, si ce n’est que l’histoire que va conter Titania à sa fille n’est pas une fiction, mais son histoire. Titania a 50 ans. C’est aussi une histoire digne d’un polar : haute dose de suspense !

1970 : une femme, Rose-Aimé, fuit un squat à bord d’une Panhard au bord de la panne d’essence. Le hasard et l’urgence la font s’arrêter à la première à essence, justement. « Elle a ouvert la portière de la fourgonnette, et, elle a déplié ses jambes de flamant rose.
Depuis le fond de la Panhard, j’ai vu un type debout devant la porte de la station-service, aussi immobile qu’un Photomaton. Il regardait ma mère. » Des jeux d’ombre et de lumières, des jeux de mots qui font rire. « En plus de tout le reste, ma mère avait un souvenir magnifique. Au moment où le soleil tombait derrière la ligne de l’horizon, elle l’a offert au pompiste ».
Vous l’aurez compris, Rose-Aimé est la mère de Titania et donc, la grand-mère de Nine.

On plonge, piqué par la curiosité, dans cette histoire familiale qui nous fait remonter dans les années 60-70-80. Dans cette cabane hors du temps, le lecteur, va remonter dans le passé, avec pour toile de fond, l’ambiance de chaque époque : musicale, un peu, mais aussi économique : les 70 insouciantes, le plein emploi ; le déclin des années 80, les usines qui ferment, le chômage, les délocalisations ; les stars du moment. Rassurez-vous : ce n’est pas du tout un roman politique ! c’est une belle histoire mais une vie cabossée, qui ressemble à un polar : une histoire familiale. Un héritage.

Nine, l’adolescente de 16 ans, va se prendre en plein visage le fait que sa mère lui a menti toute sa vie, sur elle-même et sur sa famille. L’histoire de fuite en avant et de fragilité. Une histoire de femme forte également, qui devra faire des choix, mais n’aura pas conscience de l’impact sur ses enfants : « Depuis ma naissance, Rose-Aimée me trimballait comme une valise, de ci, de là, sans se soucier de mon avis ».  Une femme qui se cherche. Se réfugie dans les bras des hommes, pas toujours les bons, parfois aussi cabossés qu’elle. Un parcours semé d’embûches, des routes qui se séparent.

Une histoire de génération aussi. Titania en racontant son histoire, va amener Nine à la voir sous un autre angle. La gamine va se prendre au jeu, puis avoir du mal à assumer tout ce que sa mère va lui dire, dans une société contemporaine où l’argent facile est devenu roi, où le choix de Titania n’aura pas été celui-là. En héritage, à sa fille, elle ne lui transmet pas de l’argent mais son histoire familiale, son roman à elle.

Ce roman est riche de thématiques. J’ai aimé la mise en abyme, le roman dans le roman qui offre une part belle à l’art de conter, à l’écriture, à l’impact du vécu de chacun dans la fiction, qu’on le veuille ou non. Nine (et le lecteur) voit se façonner les personnages au fil des pages. Nine en oublie presque que ce sont des personnes réelles de sa famille, elle déréalise par instant, le fait que Rose-Aimé, Octo, Orion et les autres ne sont pas des personnages de roman et demande la suite de leurs aventures ! Pourtant, la réalité la rattrape  assez vite… Cela amène à se poser la question de la manière dont chacun se réinvente, réécrit son héritage etc.

« Comment démêler le vrai du faux quand on a affaire à un écrivain ? Et encore pire : à des souvenirs d’enfance racontés par un écrivain ? »

J’ai aimé le pompiste et adoré le médecin qui m’a brisé le coeur par son histoire triste, mais pas du tout l’autre, le premier !
Rose-Aimée en a bavé, comment aurait-on agit à sa place ?
J’ai aimé les jumeaux Orion et Octo. Mais je me suis interrogée sur le handicap d’Orion : comment se fait-il que tout se résolve si facilement ; quelles difficultés aura-t-il rencontré dans sa vie avec ce qui fait de lui quelqu’un de différent ?

Je ne peux absolument pas vous raconter la fin sous peine de spoiler, mais j’avoue que pour moi, ce fut un point de frustration. Je pensais que… Mais non… Argh ! Sur le coup, ça m’a dépitée ! (LOL)
J’aimerais que ceux qui ont lu l’histoire me disent ce qu’ils pensent de la fin. Auriez-vous voulu la même chose que moi ? Expliquez moi ce que vous aviez imaginé ?

A part ce point de détail, j’ai aimé. Je me suis plongée avec délice dans cette cabane coupée de la folle course du monde comme dans un refuge, pour écouter Titania raconter l’histoire de sa mère.

« Toutes les mères de l’univers ont sans doute une vie secrète, des activités à elles, des amis ou des collègues dont elles ne parlent jamais, des rêves enfouis, des soucis qu’elles dissimulent. Des amants parfois. La sienne a une cabane au bord d’un lac. »

Un roman à lire en musique et sans smartphone à promixité. 🙂
Un roman à nuit blanche aussi !

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Anne-Laure Bondoux et sa fille Coline Perony, illustratrice du roman, pour une lecture en duo et en musique au SLPJ 2017 : c’était chouette !

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Le blog a 8 ans

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Le 28 novembre 2009 je me lançais dans l’aventure d’un blog littéraire, sur un coup de tête, parce que j’avais déjà un autre blog (Magique Irlande) consacré à l’île d’émeraude, créé en 2005, où je parlais de plus en plus de littérature irlandaise.
En novembre 2015, exaspérée par les dysfonctionnements répétitifs sur Canalblog, je déménage ici, sur WordPress  : bc25cc3ee9b2141fd434b4a12e402a54un gros travail qui m’a pris plusieurs semaines pour rapatrier la majorité des chroniques,  mais le jeu en valait la chandelle car WordPress c’est de la Rolls ! Après deux ans de pratique c’est zéro problème. Je ne peux qu’encourager ceux qui hésitent à le faire.

8 ans de blog et toujours beaucoup de plaisir, leitmotiv essentiel pour tenir sur la durée. Des heures à rédiger, à se glisser dans une bulle hors du temps. Des heures à lire et à échanger même si j’ignorais toutes les belles rencontres qui m’attendaient au coin des mots. Quand je dis ça aujourd’hui, j’ai l’impression d’enfoncer une porte ouverte.

J’ai toujours été une grande lectrice, je tenais déjà des carnets de lecture quand j’étais adolescente. Mais je n’appartiens pas à la génération Y. Le 2.0 a tout révolutionné. Pour ma génération, c’est magique !

Le blog m’a ouvert  la littérature en 3D.
Ce fut m’émerveiller et surtout m’étonner de lire des commentaires d’auteurs sur le blog visu-tit-gaston-actuet me demander comment ils étaient arrivés jusqu’à moi !

Ce fut aller aux rencontres publiques avec les auteurs, les écouter parler de leurs bébés de papier.   Sam Millar, (l’écrivain qui adore vraiment faire des photos avec ses lecteurs 😉 ) ; Colum McCann, Joseph O’Connor (j’étais tétanisée de surprise et d’émotion de le voir venir serrer la main) ; Peter May ; Paul Lynch ; Dermot Bolger, un jour de pluie intense. Ce fut écouter Edna O’Brien sous le ciel étoilé ; découvrir Lisa McInerney et dévorer son bouquin dès sa sortie ; ce fut écouter la passionnante Anne Enright parler de The Green Road. Ce fut mourir de rire des blagues de Robert McLiam Wilson. Ce fut aller voir la géniale et généreuse Patti Smith au théâtre de la Bastille pour la sortie de M. Train. Ce fut découvrir le travail des traducteurs et  assister à des joutes de traduction.  Ce fut beaucoup de joie, de fun, d’émotion, de beaux moments.

Ce fut  avoir envie de voyager sur la trace des personnages et de leur créateur. Décider de réaliser un rêve : aller sur l’île de Lewis & Harris dans les Hébrides Extérieures,  pour humer l’ambiance des romans de Peter May ; partir sur les traces des soeurs Brontë à Haworth ; ce fut ne jamais trouver le pub où descendait Dickens, à Londres, un jour de grosse pluie et un piètre sens de l’orientation ; ce fut être fière de dégoter l’Oxford Bar de l’inspecteur Rebus à Edimbourg ; ce fut discuter de James Joyce un long moment avec les passionnés bénévoles de la James Joyce Tower, à Sandycove.

Le blog m’a enrichie (pas en pesetas, non, je ne touche pas un rond, soyons clair !).  Rencontrer les gens qui font les livres, écrire sur leurs livres, voyager quand on le peut sur la trace des personnages ou de leur créateur, ajoutent du sens, quitte à se rendre compte, après coup,  qu’on est à côté de la plaque par rapport aux intentions de l’auteur – mais le lecteur est aussi un peu le créateur de l’histoire. Partager son histoire de lecture sur le blog, aller lire l’avis des autres, permet parfois de remettre en question son interprétation des choses (alors, l’inspecteur Erlendur est-il mort ou vif ? moi je dis qu’il est encore vivant mais que son créateur Arnaldur Indridason ne sait pas quoi faire de lui pour le moment, mais qu’un jour, il va nous le ressortir de derrière les fagots 😉 ).

Ce fut voir deux maisons d’éditions reconnues m’ouvrir leur catalogue.

Ce fut devenir jurée du Grand Prix des Lectrices de ELLE en 2011.

Ce fut recevoir des propositions de collaboration ponctuelles, parfois acceptées, parfois refusées quand ça ne correspondait pas à mes goûts littéraires.
Ce fut refuser de faire du contenu web gratuitement pour un site d’actualités « culturelles » qui me proposait de m’envoyer du contenu pour que je fasse la mise en forme rédactionnelle (je trouve ça grave !)
J’ai arrêté de jouer à gagner des livres sur Babelio parce que je n’aime pas le chantage et le marketing douteux (édit du 3/12).

Depuis la création du blog, ma bibliothèque déjà bien fournie117092922 a explosé. Mes lectures se sont diversifiées.  J’ai dû me résoudre à désherber mes étagères régulièrement et la liseuse a été un assez bon remède au phénomène, même si je reste une amoureuse du papier. Voilà ce que c’est de fréquenter la blogosphère littéraire, d’aller lire les avis des autres. Pourtant, depuis quelques années, j’ai noté des changements. Avec le développement des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, GoodReads etc), les commentaires sur les blogs se font plus rares, on échange davantage sur les réseaux. Mais peut-être aussi de manière plus superficielle.  C’est le paradoxe.
Reste qu’un blog, c’est le plaisir d’écrire ! On écrit pour les autres, mais aussi pour soi. Alors, je ne me focalise pas sur les commentaires, je sais que je suis lue et la plus grosse récompense c’est quand quelqu’un me dit : « C’est grâce à toi que j’ai découvert ces livres. »

Mes lectures me ressemblent : ce sont mes goûts personnels (quitte à me planter parfois en route, dans les choix de mes livres), le blog est à cette image (j’espère).  J’ai une nette préférence pour  ceux qui parlent des bouquins qu’on ne voit pas partout, à la chaîne (comme à l’usine !), jusqu’à être lobotomisé.  La recherche de la performance, de « l’influence » à tout prix, faire du chiffre comme si on était dans le monde des affaires,  tout ça n’est pas ma tasse de thé, on a bien assez de contraintes dans la vie…

Le mot d’ordre du blog littéraire restera pour moi : have fun ! 1332042_1J’espère être là encore quelques temps !

Blogger littérature est une forme d’addiction très bonne pour la santé !  Merci d’être là.

(Oups ! j’ai fait un billet fleuve ! 😉 )

 

 

 

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33e salon de Montreuil

Le revoili, le revoilou, on l’attend toujours avec impatience :

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Ce sera mon quatrième salon.
J’y serai le samedi, bien sûr. Peut-être quelques apparitions les autres jours mais ça me paraît compliqué cette année.

Ce sera assez free style , à l’heure où j’écris.
Mais j’ai déjà repéré qu’il y aurait :

  • Marie Pavlenko (dont j’ai aimé et chroniqué Je suis ton soleil), Jo Witek (dont j’ai lu la série Mentine : tome 1, 2 et 3;  il me manque le tome 4 !, mais aussi Un hiver en enfer) ,  Anne-Laure Bondoux (dont je suis en train de dévorer L’aube sera grandiose – et que j’aurais terminé d’ici samedi ! – et dont j’avais adoré Et je danse aussi, écrit avec Jean-Claude Mourlevat) ;
  • 2 joutes de traduction : à 14h30 le vendredi et à 14h le samedi ;
  • samedi à 13h : une intervention des auteurs qui font entendre leur voix sur leur condition actuelle et qui ne peut que nous interpeller, nous, lecteurs.
  • Et puis tout le reste… 🙂

Si vous voulez des idées et avis de lecture, il suffit de cliquer sur le lien littérature jeunesse dans la colonne de droite.
Le salon est aussi l’occasion de se lancer à la découverte de nouveaux écrivains qu’on n’a jamais lu. Enjoy !
Je serai ravie de vous y croiser aussi si vous venez.

Pour plus d’informations, cliquez sur le site du SLPJ93 ICI .

 

 

 

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Ethel & Ernest – Raymond Briggs

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Traduit par Alice Marchand

L’histoire d’une vie en BD, mais pas celle de personnages fictifs,  ou encore de célébrités, non, celle de ses parents. Il fallait y penser et c’est ce qu’a fait le dessinateur et écrivain anglais Raymond Briggs. en mettant tout son talent dans ce récit dessiné.

L’histoire vraie donc, d’Ethel et Ernest Briggs dans l’Angleterre des années 20 à 70. Des gens normaux, pas de superhéros, des Anglais de la classe populaire : Ernest est laitier, Ethel est servante chez les « riches ». jusqu’au jour où elle rencontre Ernest. Elle quitte tout pour se marier.

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On va les accompagner et voir défiler sous nos yeux tout un pan de l’Histoire, la transformation de la société, et le regard que portent ces deux-là sur tout ça. Nous, qui sommes dans le futur, nous nous amusons de leurs réflexions parfois décalées, naïves, et mêmes étonnantes.

Le tour de force de Raymond Briggs est de donner à voir ses parents tels qu’ils étaient, avec leurs défauts, leurs convictions diamétralement opposées, leur caractère bien trempé, surtout Ethel qui a des idées bien arrêtées sur les choses. DSC02056C’est à la fois terriblement drôle et émouvant, c’est ce qui rend ces gens attachants. On adore les voir se chamailler pour des bêtises .

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Ces personnes ne sont pas de votre famille, mais pourtant c’est presque comme s’ils l’étaient. Du moins, ça a été mon sentiment tout au long de la lecture où je n’ai cessé de penser tour à tour à mes arrière grand-parents, puis mes grands-parents (ou plutôt un mix des deux) et enfin mes parents. Pourtant, ils ne sont pas anglais, du tout. Mais quelques bribes, des choses que ceux qui ont mon âge ont dû entendre évoquer de la part de leurs aïeux ou de ceux qui les ont connus…

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La vapeur de la lessiveuse est sortie sur la photo ! Je l’aurais fait exprès que je n’y serais pas arrivé !

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Une presque traversée du XXe siècle à travers une histoire émouvante mais qui ne sombre jamais dans le pathos même quand Ernest et Ethel ne sont pas épargnés par les épreuves de la vie.  Ils s’en sortent avec une bonne dose d’humour, d’auto-dérision et beaucoup d’amour.

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A mettre entre toutes les mains, il n’y a pas d’âge pour lire cette BD, dont j’ai bien aimé le graphisme très coloré et très « british » (ça c’est peut-être dans ma tête pour ce dernier qualificatif).

Un bel hommage.

Un film d’animation (malheureusement pas – encore ? – sorti en France) a été tiré de ce livre. Je vous mets le trailer et le DVD est disponible à la vente en VO.

 

 

 

 

 

 

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Un pied au Paradis – Ron Rash

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Traduit par Isabelle Reinharez

Je vous embarque pour un voyage en Caroline du Sud, dans les années 50, dans la vallée de Jocassee. La guerre de Corée est encore toute proche et voit le retour de l’un de ses vétérans, Holland Winchester. Le gars est du genre loulou fort en gueule,  bagarreur et beau gosse. Un de ces vétérans qui aime montrer leurs trophées de guerre (âmes sensibles, s’abstenir !). Un soir, le shérif Alexander est appelé à la rescousse pour une bagarre déclenchée par ce vétéran, dans un bouiboui où les gaillards de Caroline du Nord ont l’habitude de venir en découdre avec ceux de Caroline du Sud. Ca le saoule car il avait prévu une soirée lecture avec « un bon bouquin sur les Indiens cherokee qu'[il] venait juste de commencer »  – trop dure la vie de shérif !!  Mais bon, le voilà parti remettre de l’ordre dans le bouiboui. Quelques jours plus tard, son adjoint lui apprend qu’il y a eu un appel de la mère de Holland : son fils a disparu, elle pense qu’on l’a sûrement tué car elle a entendu un coup de feu. Alexander part donc pour Jocassee, le lieu de son enfance, en plus d’être également le village natal du vétéran « gros-bras » que la guerre n’aura pas eu, ironie d’un sort tragique qu’on va découvrir…

Nous embarquons dans la voiture du sherif  pour un drôle de voyage dans un coin reculé, presque un autre espace-temps : celui des disparus de cette vallée de Jocassee.
« La route s’est aplanie et je me suis brusquement retrouvé dans la montagne. Ca m’a étonné, comme d’habitude, que tant de choses puissent changer en quelques kilomètres à peine. Il faisait toujours chaud, mais l’air avait été rincé de toute humidité. Les pins devenaient plus rares, remplacés par les frênes et les chênes. La terre était différente, elle aussi, non plus rouge mais noire. Et plus rocheuse et plus ingrate pour ce qui était d’en tirer sa subsistance. » Un coin où l’on vit de la culture du maïs et du tabac.
« J’ai quitté la route en arrivant devant le magasin de Roy Whitmire, pour aller me garer à côté du panneau annonçant DERNIERE POMPE A ESSENCE AVANT TRENTE KILOMETRES ».
Le sherif Alexander va interroger la mère de Holland et leur voisin tout proche, Billy Holcombe, tenter de retrouver le disparu, en vain.

On pourrait penser que le roman de Ron Rash, classé par l’édition du Livre de poche, dans la catégorie « policier », va tourner autour de la disparition de Holland, de la résolution de l’énigme et de la recherche du coupable. En réalité, c’est bien plus que cela.
A l’enquête de police inaboutie, succède une histoire de famille. Le sherif Alexander disparaît assez rapidement du texte pour laisser la place à quatre autres protagonistes : « la femme », « le mari », « le fils », l’adjoint ». La vérité se fera jour à travers les révélations successives qu’ils feront, à nous, lecteurs. Un couple stérile apprendra, à ses dépends, qu’il existe une drame bien pire que celui de ne pas pouvoir avoir d’enfants. Ron Rash n’accable pourtant pas ses personnages mais montre à quoi peut mener le désespoir et la jalousie. La culpabilité n’est pas le point d’orgue du roman, on sait rapidement qui est responsable de la disparition de Holland.   L’autre personnage central de ce village est une femme qui a tout d’une sorcière : elle habite une maison en retrait,  passe son temps à concocter des potions à base de racines et autres mélanges de plantes, elle croit au pouvoir de la lune et elle est mauvaise conseillère. Celle qui est capable de vous faire basculer de l’autre côté :   celui des morts, celui des disparus. Elle ajoute une dimension presque ésotérique à l’histoire de cette vallée sacrée.
Je reviendrai pas ici pour pêcher, faire du ski nautique ou me baigner ni rien de tout ça. Ici, c’était pas un coin pour les gens qui avaient un foyer.
Ici c’était un coin pour les disparus », avoue l’adjoint au shérif à la toute fin du roman.

La toile de fond de l’histoire est celle des lobbies, et plus précisément celle de la puissante compagnie d’électricité Carolina Power qui n’aura que faire des habitants de Jocassee, de cette ancienne terre Cherokee  dont le nom, amérindien,  signifie « la vallée de la disparue », car jadis une princesse du nom de Jocassee s’y était noyée et on n’avait jamais retrouvé son corps ». Ce qui intéresse Carolina Power c’est de faire de l’argent. Pour ce faire, elle va racheter au fil des années, au fur et à mesure les terres, pour y construire une retenue d’eau, un lac artificiel, obligeant les gens à l’exil. Plus de fermiers pour cultiver maïs et tabac, mais des hommes qui devront aller chercher du travail en usine pour gagner leur vie. Sauf pour les irréductibles :
« Je vais pas laisser ce lac recouvrir c’te maison, a-t-elle dit. Je la brûlerai d’abord de fond en comble.
Les paroles de Mme Winchester étaient confuses, le côté gauche de son visage figé comme un masque. Sa main droite s’est levée vers la tablette où la photo de son plus jeune fils nous regardait fixement. Mais ce n’est pas la photo qu’elle a attrapée sur le manteau de la cheminée. C’est une grosse boîte d’allumettes. »

Ce roman date de 2002 et il dormait sur mes étagères depuis un peu plus d’un an. Je me demande comment j’ai pu l’y laisser si longtemps : c’est le premier roman que je lis de Ron Rash et j’ai été totalement envoûtée par cette histoire, cette vallée disparue mais sacrée, ses personnages énigmatiques. Une histoire noire et ensorcelante, une histoire d’amour et de sang, de détresse, un drame de la jalousie . Une histoire de secrets de famille enfouis, de charmes, de décoctions, de recettes magiques, de lune croissante, de tombe indienne. Et surtout un magnifique hommage aux disparus de ce monde enfoui à tout jamais. Et à la nature qui est aussi un personnage à part entière du roman.

En regardant sur le web, j’ai trouvé que le lac de Jocassee est de nos jours une destination touristique à haute fréquentation. Les touristes savent-ils seulement ce qui dort au fond des eaux ?

Je classe ce livre parmi mes coups de coeur  2017.

 

 

 

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