Comment je suis devenue célèbre en restant chez moi ! – Caitlin Moran

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Traduit par Marie Hermet

Cela commence d’abord par une introduction : « Vous savez comment après avoir lu des tas de livres, vous commencez à penser que… qu’il est peut-être temps d’en écrire un vous aussi ? »
A treize ans, la narratrice  estime  qu’il est temps de se donner sa chance,   » de passer de lectrice à écrivain ». Seulement, le chemin fut semé d’embûches :
« Voici tout ce que je ne savais pas lorsque j’ai commencé à écrire mon livre – ce livre-ci – en juillet 1988.
1) On ne peut pas écrire un livre en un jour. Ca m’a fichu un coup terrible parce qu’à l’époque, j’étais persuadée que c’était possible. (…) J’ai fini par terminer le livre au cours de l’été 1990, deux ans plus tard. C’est parce que j’avais fini par comprendre ceci :
2) Pour un auteur, il est très utile de savoir comment l’histoire se termine avant de commencer à écrire.  Et aussi de savoir avec qui ça se passe. Il est bon de connaître les personnages et d’autres détails (…).

Il est très important de lire l’introduction du livre pour comprendre la suite. Et je souligne que la narratrice, dans cette introduction parle de « ce livre-ci ». A quinze ans, elle a fini par l’achever, se faire éditer. Ainsi est-elle devenue « lectrice et écrivain ».

La suite, c’est le livre écrit par cette gamine de quinze ans à l’époque : The Chronicles of Narmo, le titre original du livre, publié en 1992. On va suivre pendant un an la vie d’une famille nombreuse : 5 gamins, dont un bébé malicieux, 2 chiens,  1 chat – et deux parents.
Un jour Morag Narmo explique à sa mère que le lycée c’est « contraignant, limitatif et pas très sympa ». Après moult réflexions, où la mère se voit déjà en néo-hippie,  les parents décident de tenter l’expérience de l’école à domicile. Sauf que dans cette tribu de « Gonk » turbulents, les choses virent rapidement au chaos.

Caitlin Moran peint avec un humour décapant quelques anecdotes de son adolescence à la maison. Elle a écrit son premier roman à l’âge de quinze ans et il n’est pas trop difficile de faire le rapprochement avec le livre que nous lisons ni même avec le personnage de Morag Narmo.

On peut dire que la couverture et la quatrième de couverture de l’édition française ménagent bien la surprise et que l’horizon d’attente du lecteur peut être un peu perturbé –  sauf si vous aimez les (bonnes) surprises, comme moi !
Le format du livre, aux coins arrondis suggère un carnet d’écriture. Il fallait y penser.
Cependant, la couverture de la première publication du livre en 1992 est plus suggestive sur le contenu réel :

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Une lecture distrayante qui plaira à ceux qui cherchent quelque chose d’original ou une lecture à plusieurs niveaux. J’ai bien aimé : c’est très dialogué, c’est truffé d’humour, c’est déjanté à la sauce britannique. On a parfois l’impression que ça vire au cartoon car les aventures de cette famille nombreuse et turbulente partent inexorablement en vrille.  La vie avec une tribu de Gonk n’est pas un long fleuve tranquille, mais cela développe l’imagination.

Pour les écrits d’une adolescente de quinze ans, c’est impressionnant.

Il n’y a plus qu’à espérer que ce livre sache aiguiser l’imagination des écrivains en herbe qui se cachent derrière les jeunes lecteurs à qui est destiné l’ouvrage (à partir de 12 ans ; moi je dirai un peu plus tard quand même…). Une lecture à plusieurs niveaux en tout cas.

Pour en savoir plus sur Caitlin Moran, qui est, entre autres, journaliste et critique littéraire au Times, c’est ICI.

Merci à Flammarion Jeunesse.

 

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Baby Love – Joyce Maynard

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Traduit par Mimi Perrin

Années 70,  dans une ville paumée de l’Amérique profonde, l’histoire de Wanda, Sandy, Tara et Jill, quatre adolescentes comme les autres, si ce n’est qu’elles sont déjà mère ou en passe de le devenir. Sandy est d’ailleurs déjà mariée à Mark, et maman d’un petit Mark Junior. Wanda et Tara sont mères  célibataires. Jill se pense enceinte de Virgil : elle a du retard dans ses règles et n’a connu aucun autre garçon.  Le bébé est le centre de la vie de ces jeunes mères, bien évidemment.

Pourtant, oubliez le prince charmant, la vie de famille de rêve :  la romance  en prend un coup sous la plume Joyce Maynard, qui décrit sans tabous ni concession bien -pensante la vie de ces héroïnes du quotidien, qui bataillent pour tenter de faire face. Wanda est celle qui est la plus paumée face à son nouveau statut de mère : son bébé, le plus fragile de tous, né de plus avec une tâche de naissance, sera le bébé secoué et frappé ; elle-même sera victime d’une vieille femme et d’un employeur libidineux. Tara, aussi belle que sa petite Sunshine, frappera, bien malgré elle,  l’oeil de Greg, artiste peintre trentenaire, en couple avec une journaliste, Carla. Sandy racontera sa grossesse dans les moindres détails, et sa vie de jeune femme célibataire à Carla, fascinée, elle qui n’est pas mère. Jusqu’à ce que justement, le doute s’installe sur une possible maternité, alors que Greg s’avoue qu’il n’aime plus Carla. Quant à Jill, lorsque sa grossesse sera confirmée, n’aura qu’une obsession : avorter (puisque Virgil l’a larguée dès qu’elle lui a annoncé l’événement), et cacher tout ça à ses parents chez qui elle vit. A côté de chez Jill, vient d’emménager une femme seule qui agrégera tous les fantasmes de son père et le désespoir de sa mère. Une femme seule, amoureuse autrefois de son prof de fac quand elle était étudiante, qui l’a abandonnée. Une rupture qui l’a détruite : sur un coup de folie, elle répond à une petite annonce pour célibataire. Pas de pot : l’auteur de l’annonce est un fou échappé d’un asile. Une autre folle hante ce récit : Mrs Ramsey, une vieille dame intégriste, anti-avortement, en mal de petit-enfant, prête à kidnapper et à faire chanter leur mère en menaçant de diffuser des photos obscènes les concernant, grâce à une manigance montée de toute pièce…

Baby Love est le premier roman de Joyce Maynard (publié en 1981). J’avais dévoré L’homme de la montagne (2014) et Les filles de l’ouragan, qui sont beaucoup plus récents. J’ai dévoré celui-ci aussi, mais je m’y suis perdue par moments, sans doute à cause des nombreux personnages et d’une écriture qui alterne toutes les histoires de chacun dans un même chapitre, les séparant juste d’un paragraphe. Néanmoins, on s’attache à ces adolescentes, enferrées dans leur condition de mère. Avec un faible pour Jill, qui est la seule à décider le plus difficile : renoncer à le devenir dans l’immédiat. Avec tous les risques que cela comporte. Je ne peux pas vous spoiler la fin du roman mais ce n’est pas très optimiste…

Quant aux hommes, pour les plus jeunes, ils semblent pris au piège d’un statut de père qu’ils ne se sentent pas capables d’assumer. La fuite comme solution est leur seul horizon.  A cet âge-là, on préfère s’amuser que d’avoir une famille à charge. Quant aux plus âgés, ils paraissent frustrés.

Il y a beaucoup d’hormones et de sexe dans ce roman. Mais les corps ne sont pas sublimés (hormis celui de Tara qui rayonne par sa beauté hors du commun) : les traces de la grossesse ne sont pas cachées ou voilées, les nausées, les montées de lait, la peau tendue qui semble prête à éclater, les vergetures, le masque de grossesse, les contractions, le retour de couche : vous n’échapperez à rien ! 🙂 Même pas aux effets de l’irruption d’un bébé dans une relation de couple. Quant aux scènes d’amour, oubliez le genre romance qui sublime l’acte : je ne vous fait pas de dessins…

J’aime les romans de Joyce Maynard pour leur côté sans concession et leur touche féministe avec des héroïnes fortes. Celui-ci n’est pas mon préféré à cause de l’enchevêtrement de personnages et d’histoires un peu trop serré par moments qui fait perdre le fil de l’intrigue. Il est aussi dommage que le côté thriller arrive vraiment trop tard , sur la fin du roman, pour soutenir vraiment l’attention du lecteur. Du coup il y a un effet « plaqué » qui manque de crédibilité (oui je sais, c’est super mal dit !)

Néanmoins, malgré ces quelques défauts, c’est un agréable moment de lecture. J’ai depuis des lustres Un long week-end dans ma PAL et aussi l’autobiographie de l’auteure, (Devant moi le monde), qui a partagé un moment de sa vie avec Salinger. Je ne peux que me réjouir de ne pas encore avoir tout lu d’elle. Un livre de Joyce Maynard est d’ailleurs prévu pour la rentrée littéraire, aux éditions Philippe Rey et Les règles d’usage sort au format poche. Youpi !
Espérons que cette Américaine francophile  – et parfaitement francophone – fasse un petit tour en France pour nous présenter son dernier livre…

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La dernière frontière – Howard Fast

 

 

Traduit par Catherine de Palaminy

Après vous avoir fait grelotté il y a quelques jours dans un coin perdu des montagnes Rocheuses, vous allez vous prendre un coup de chaud avec ce ce roman de l’Américain Howard Fast : La dernière frontière. Ecrit en 1941, il figure parmi les classiques de la littérature dédiée à la cause indienne aux Etats-Unis. Les éditions Gallmeister ont réédité en 2014, au format poche, cet excellent ouvrage d’abord paru chez 10/18.

En postface, Howard Fast explique comment lui est venu l’idée de ce livre, lui, connu comme un grand défenseur de la question indienne dans son pays. En lisant Powder River, de Struthers Burt : « Un paragraphe de ce livre me permit de soupçonner, ce qui avait peut-être été, de toute l’histoire de l’humanité, le plus grand des combats contre l’adversité, et me révéla aussi cette épopée ».

Nous sommes en juillet 1878 quand débute le récit. Il fait une chaleur accablante et poussiéreuse dans ce coin des Grandes Plaines que l’on appelle aujourd’hui Oklahoma, où ont été parqués les Cheyennes. La météo habituelle d’un plein été, où la terre est cuite par le soleil, les rivières asséchées, l’herbe jaunie, les pins rabougris. Les Texans se sont appropriés les riches vallées du Wyoming, plus au Nord, le territoire natal d’une partie de la nation cheyenne (qui se divisent en 2 groupes, dont une vit plus au sud).  Ce que l’on nomme aujourd’hui l’Oklahoma était réputé pour être « le plus ingrat de tous les pays des plaines ». Le Congrès réserva  ce lieu si accueillant… aux Cheyennes qu’il déportèrent là-bas et le dénomma « Territoire indien ». On voudrait se débarrasser d’indigènes encombrants qu’on ne s’y prendrait pas autrement, n’est-ce pas ?
Les Cheyennes  n’ont pas le droit de sortir de ce territoire. Eux qui était un peuple de chasseurs de bison et de cultivateur, se voient en prison à ciel ouvert, sur cette terre hostile, dont ils ne supportent pas le climat, tombent malades de la malaria et crèvent de faim.
Pourtant, par une chaude journée, où « le soleil en fusion paraissait vouloir se laisser tomber du ciel métallique et sans nuages », où « la terre s’envolaient en petites bouffées de fine poussières rouge », 300 Cheyennes décident de rentrer chez eux, dans les Blacks Hills du Wyoming. Panique à l’agence (sorte de structure qui est chargée de veiller sur la réserve). Au début, les agents en charge de l’agence pensent avoir affaire à un mirage dû à la chaleur. « Ils avaient à peu près terminé leur repas lorsque Miles, qui était assis en face de la fenêtre, vit des Indiens à cheval qui s’approchaient de la maison. Il eut d’abord l’impression que ses yeux le trompaient, qu’il était dupe d’un mirage. Une vingtaine d’Indiens à demi nus et peinturlurés, sur des poneys squelettiques et dont la maigreur allait de pair avec celle de leurs cavaliers, s’avançaient au milieu de vagues de poussière saturées de soleil ; les poneys paraissaient flotter sur le ventre au-dessus d’un nuage route. » « Serger reconnut les deux vieux chefs qui les conduisaient : Dull Knife [à gauche ci-dessous] et Little Wolf [ à droite]. »

 

 


Les deux vieux chefs cheyennes, expliquent sans animosité qu’ils rentrent chez eux, dans les Black Hills et pourquoi :  « Combien de temps devons-nous rester ici ? disait Little Wolf d’un ton monocorde, sans jamais élever la voix. Jusqu’à ce que nous soyons tous morts ? Vous vous moquez de mes hommes qui restent sous leurs huttes, mais que voulez-vous qu’ils fassent ? Travailler ? La chasse est notre travail; nous avons toujours vécu ainsi et n’avons jamais eu faim. Aussi loin que les hommes peuvent se souvenir,  nous avons habité un pays qui était le nôtre, un pays de prairies, de montagnes et de forêts de grands pins. Il n’y avait pas de maladies et peu mouraient. Depuis que nous sommes ici, nous avons tous été malades et beaucoup sont morts. Nous avons souffert de la famine et nous avons vu les os de nos enfants percer leur peau. Est-ce donc si affreux qu’un homme veuille retourner chez lui ? Si vous ne pouvez nous donner la permission de partir, laissez quelques-uns d’entre-nous aller à Washington dire ce que nous endurons. »

Bien évidemment, personne ne les écoute et c’est tout un mécanisme qui se met en place. Les agents de la réserve préviennent les soldats et c’est le début d’une course poursuite qui s’achèvera en avril 1879. De manière tragique, vous vous doutez bien. 3000 Cheyennes affamés et affaiblis contre 14 000 soldats. Rien de moins. La chose qui fait sourire, c’est que malgré leur nombre largement supérieur, les soldats auront bien du mal à repérer les traces des Indiens.

Le pouvoir tentera d’effacer cette bavure en modifiant les faits lors de l’interview accordé par le général Sherman aux représentants du New York Herald.  Mais heureusement que, même à cette époque, il y avait quelques Blancs dévoués à la cause indienne, en particulier un journaliste du Daily Herald d’Ohama, dans le Nebraska, pour écrire, dans l’éditorial du 17 janvier 1879 que « cette affaire cheyennes est dans la ligne de toute la politique du Bureau des Affaires indiennes. C’est une honte pour les Etats-Unis ».  Malheureusement, tout fut assez vite oublié, comme toute chose encombrante pour un pouvoir en place. On peut remercier Howard Fast d’avoir romancé cette histoire vraie pour faire ressurgir la vérité à travers une enquête qu’il a mené lui-même, malgré les difficultés qui se sont dressées, en particulier la barrière du langage : « Les très vieux Indiens qui se souvenaient de l’évasion vers le nord n’avaient jamais appris à s’exprimer correctement en anglais. Ils parlaient encore leur langue complexe et merveilleusement musicale, mais je ne rencontrai personne ou presque capable de m’aider à la traduire clairement. »

J’ai appris beaucoup de choses que j’ignorais. Je m’intéresse à la cause indienne depuis un moment, mais malgré cela je reste ignorante car je ne lis pas assez de romans de ce type, à la fois instructif et divertissant, pour dénoncer une ignominie qui perdure.  Les nations indiennes vivent toujours dans des réserves aux Etats-Unis. Au Canada, c’est un peu différent mais guère plus car elles sont discriminées et jalousées (à cause de quelques maigres avantages fiscaux). Bref, le racisme n’est pas mort, malheureusement.
En 2005, j’ai passé quelques jours de vacances dans un camp en plein air avec une tribu  indienne québécoise (qui parlait français, bien sûr, leur deuxième langue maternelle). Un classique que peut faire n’importe quelle personne se rendant au Québec car les Indiens sont reconvertis dans le tourisme, mais de manière intelligente. En tout cas, dans ce camp, ce n’était pas du Disney, mais un coin sympa pour se reposer, faire du sport et se cultiver.  Un moyen pour les Indiens de faire passer un message… Le chef, (Gervais) un sacré conteur, mais aussi un intellectuel qui vient souvent à Paris pour faire entendre la cause de son peuple. Choc culturel, étonnement, révélation que ces minorités font partie de notre Histoire, à nous, les « maudits Français » mais dont aucun livre scolaire ne nous apprend l’existence. Il faut avoir la chance de pouvoir voyager pour la découvrir (ou celle de s’intéresser à cette littérature dédiée, (une pensée pour Le dernier des Mohicans, dévoré quand j’étais ado).
Et puis, une pensée aussi pour nos Amérindiens français de Guyane !! Il y a quelques semaines, un reportage pendant les grèves a accordé quelques minutes de paroles à cette minorité qui a déclaré qu’elle se sentait oubliée de Paris….
Et que dire de nos ghettos à « minorité visibles » qui ne disent pas leur nom…

Pour revenir à Howard Fast et à La dernière frontière : un roman qui vous embarque, avec une foule de personnages du côté des Blancs (on s’y perd un peu mais c’est pas grave car on suit le fil de la cavalcade tout de même). Instructif et divertissant. Un bel hommage à la question indienne. On aurait presque envie d’apprendre le cheyenne en terminant ce roman.  Une lecture qui, je pense, va rester ancrer dans mon esprit.

Sympathique la ligne éditoriale de Galleimester dont c’est le deuxième roman qui garnit ma bibliothèque ! 🙂

PS : question de traduction, je n’ai pas compris le pourquoi de la graphie « whiskey ». Je ne peux qu’imaginer que c’était l’orthographe de la VO. On n’est pas en Irlande donc c’est étonnant.

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On ne mange pas son meilleur ami – Simone Lia

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Traduit par Marie Hermet

Marcus est un ver de terre. Il rencontre Louis, « un gros oiseau mal coiffé » qui ressemble à un poulet, à un moment critique : il s’apprête à en faire son déjeuner.
Marcus vous demande : « Qu’est-ce que vous feriez si vous étiez un ver, avec un oiseau à deux centimètres de votre nez, le bec ouvert tellement grand qu’on voyait jusqu’à ses amydales ?
Vous feriez peut-être comme moi. Je lui ai adressé un grand sourire, et j’ai lancé de ma voix la plus chaleureuse : Bonjour ! »
Toujours pour sauver sa peau, Marcus se met à faire la conversation . En faisant parler Louis, il apprend rapidement que ce gros oiseau dodu se prend pour un flamant rose et que son rêve est d’aller au lac Nakuru, au Kenya, où vivent ses congénères flamants roses, dans la réserve naturelle de Masai Mara.
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Pour lui, sa vie est là-bas. Seulement, il est incapable de lire une carte. Marcus, le ver de terre le plus intelligent de la galaxie, lui propose de l’accompagner (avec dans l’idée de se sauver, évidemment).

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Let’s go ! Le début d’une rocambolesque aventure où les relations entre Marcus le ver de terre et Louis, le gros oiseau pouletesque vont se transformer. 19221780_1605986659443522_3486476363943770604_o

Un roman sur le thème de l’amitié, mais aussi la solidarité, l’entraide, la gentillesse, tout simplement, dans un univers loufoque, décalé et tendre. Sachez que le modèle de Marcus le vers de terre n’est rien d’autre que… Robert le Bruce ! 🙂 Je n’ai pas trouvé de kilt dans l’histoire mais beaucoup d’humour, avec des dessins à la fois tout mignons et rigolos. Le portrait (des vers de terre ) Français n’est pas en reste : ils sont gentils mais un peu à la masse ! Je suis assez d’accord avec cette idée 😉 .19250444_1605985846110270_3900032410627615500_oUn roman qui respire la bonne humeur !
« L’une des choses que je préfère chez Louis, c’est que je peux lui dire toutes les idées qui me passent par la tête. Jamais il ne dira : « Quelle idée ridicule ! » ou une réflexion horrible de ce genre ! »

Simone Lia, qui a commencé à dessiner à l’âge de 13 ans, est également l’auteur des dessins de son livre. Elle vit et travaille à Londres et certains de ses dessins sont exposés à la Tate Britain de Londres et aussi partout en Europe.

La belle nouvelle, c’est que le roman est en présélection pour un prix du Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint-Denis 2017 (le Salon de Montreuil) !
A lire de 9 ans à 99 ans !

 

 

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Indian Creek – Pete Fromm

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Traduit par Denis Lagae-Devoldère

Il fait chaud et vous avez besoin de vous évader ? J’ai trouvé un roman autobiographique absolument formidable : Indian Creek, au hasard de mes pérégrinations livresques et repéré au dernier Festival America, parmi les centaines de roman Nature Writing. Suivez-moi à la frontière de l’Idaho et du Montana, dans les Rocheuses, en hiver, dans un coin paumé coupé du monde dit « civilisé ».

Dans les années 70, Pete sort du lycée, n’a pas grande idée sur sa destinée universitaire. Un jour, un papier glisse d’une pile de brochures qu’un ami lui a apporté. « En haut de la feuille se dressait fièrement un mouflon, symbole éloquent de liberté et de grands espaces. En dessous, apparaissaient les mots obscurs de Biologie animale et Université du Montana« . Il envoie sa candidature alors qu’il ne connaît rien à ce domaine de biologie marine. Ce n’est pas une motivation scientifique qui l’anime, mais plutôt « une promesse de traînasseries sans fin ».  Trois mois plus tard, il atterrit à Missoula, dont il ne sait pas vraiment comment se prononce le nom de cette ville, pour entrer en première année de biologie. Il s’ennuie pendant deux ans, se voit attribuer une bourse d’études, qui reste pour lui le seul motif officiel de sa présence dans le Montana. Son coloc est un mec de l’Idaho, chasseur et rat de bibliothèque dont les livres de prédilection sont les romans de trappeurs. Lorsque Rader lit ces livres, il éclate de rire ou siffle d’admiration. Il n’en faut guère plus à Pete pour se plonger à son tour dans ces bouquins, lui qui ne lit pas beaucoup. Il découvre Lord Grizzly de Hugh Glass, The Big Sky de A. B. Guthrie, etc. Il ne lui en faut guère plus non plus pour s’imaginer en nouveau Boone Caudill, tout en se disant que tout de même, ces trappeurs avaient dû en baver.
En 1978, pendant sa troisième année à l’université du Montana, une fille avec qui il a randonné jusqu’aux Tetons (heu, c’est une chaîne de montagnes, je précise 😉 ) lui raconte son été dans un refuge perdu de l’Idaho, ses longues marches à la Passe des Nez Percés.

Dans la conversation arrive une histoire de boulot qui consiste à garder des oeufs de saumon pendant l’hiver, au milieu de la nature, le tout pour un salaire de deux cents dollars par mois. L’idée fait son chemin dans la tête de Pete et le voilà qui postule, pour ce job atypique. De mi-octobre à mi-juin,  il va vivre sous une tente, au croisement de deux rivières, la Selway et Indian Creek en plein coeur du parc naturel de la Selway-Bitterroot.
Débute ainsi une nouvelle vie pour Pete et surtout de rocambolesques aventures, avec quelques visites humaines de chasseurs de fauves mais surtout une vacuité absolue : « En acceptant de venir ici, j’avais dans la tête une vague idée de liberté : n’obéir à personne, ne faire que ce que je voulais. Il me semblait maintenant avoir négligé le tout simple fait que, même si je pouvais faire tout ce qui me chantait, et à n’importe quel moment, il n’y avait rien à faire. Cette impression était aussi angoissante que cette bûche sur ma poitrine qui m’avait coupé le souffle. »

Pete va faire son expérience dans ce roman d’apprentissage en pleine nature. Entre chasse à l’élan, au lynx, aux grousses, à l’écureuil, voire au raton-laveur qui se trouvait là au mauvais endroit au mauvais moment, mal dégourdi au début, quand il se retrouve avec une carcasse d’élan à dépecer et surtout à conserver pour pouvoir se nourrir de sa viande pendant les longs mois d’hiver ; il prend au fil des pages de l’assurance, grâce à la bande de chasseurs qu’il rencontre. Le tout avec une peur bleue d’un certain garde chasse qu’on lui décrit comme le plus terrible des terribles s’il le prend avec tous ces cadavres d’animaux. Le voilà en train de traîner sa bidoche d’un coin à un autre pour essayer de la cacher, le tout le plus discrètement possible. Sauf que dommage, même mort, les animaux semblent lui jouer des tours…

Les oeufs de saumon ? Il en est évidemment bien peu de question.
J’ai beaucoup souri avec ce roman magnifique qui décrit avec poésie ce coin paumé et coupé de tout. Une retraite en pleine nature, c’est tout à fait ce qu’il me fallait en matière de lecture.

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Une littérature vivifiante par -40 degrés, qui fait qu’on se balade en t-shirt dès qu’il fait zéro. Un livre que j’ai englouti, qui m’a vraiment emporté très loin, même lorsque j’étais entassée au milieu d’une foule gluante. On a beaucoup de mal à lâcher ce roman, je l’ai traîné partout avec moi, même en allant voir Anne Enright au Centre culturel irlandais, il est venu aussi avec moi au jardin du Luxembourg, et à la campagne sous les cerisiers. Je me suis cachée avec une petite lampe pour le terminer de nuit. Bref, je n’étais là pour presque personne dès que j’étais plongée dans cette lecture. La déconnexion complète du monde qui vous entoure. J’ai presque écrasé une petite larme à la fin, à cause de Boone, la petite chienne qui accompagne Pete depuis le début dans cette aventure. Devant retourner à la « civilisation », il a le courage de ne pas lui infliger ça, elle qui a toujours vécu là, dans les montagnes. « (…) Je laissai derrière moi Boone, mon printemps et mes saumons. J’étais venu ici pour avoir une histoire à raconter, mais il se passa un certain temps avant que je ne trouve quelque chose à dire ». On les laisse tous les deux avec regret. Comme de bons amis dont on n’a pas envie de se séparer après de belles vacances passées ensemble. Un bel ode au monde sauvage.

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Je découvre avec bonheur que Pete Fromm a écrit plusieurs romans après celui-ci qui date de 1993 : Lucky in the sky , le dernier publié en France m’inspire rien que par le titre.

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Book Haul : pile à lire pour l’été

Quelques trouvailles de ces derniers mois, au gré de mes pérégrinations parisiennes, entre autres. (Ca commence avec des photos floues… 🙂 )

 

Dans la rubrique irlandaise, je suis tombée stupéfaite devant un polar français, dédié à la verte Erin, et qui fait partie d’une série. Aubaine d’occasion pour 2€ chez Gibert, je ne me suis donc pas privée pour tenter l’expérience : Le trèfle noir de Pierre-Olivier Lombarteix (Le Temps Editeur) : 41OflnNCPkLle corps d’un homme est retrouvé au sommet de Croagh Patrick, la montagne sacrée irlandaise, la veille où les pélerins affluent pour la gravir. La ville de Wesport est en émoi. Deirdre McNeill, une universitaire spécialiste des civilisations anciennes est appelée à la rescousse. Deirdre McNeill est l’héroïne de la série qui se compose de Ogham, Runes, Rouge ivoire. Je suis impatiente de découvrir les aventures de cette Irlandaise…

Neil Jordan, connu comme réalisateur de cinéma (dont le fameux Michael Collins) est également l’auteur de plusieurs roman dont le dernier, Dans les eaux troubles, vient d’être publié aux éditions Joëlle Losfeld. 41xwwA641DLIl criait mon nom sur une table de la librairie, je ne pouvais pas l’abandonner… 🙂 Ce sera le premier roman que je lis de l’auteur, dont j’ai vu tous les films.
L’histoire d’un détective anglais qui a des problèmes conjugaux,  expatrié dans une ancienne république soviétique pour retrouver une jeune fille disparue, jusqu’au jour où il croise une jeune fille qui veut se suicider et la sauve…

 

 

 

Les rebuts de bibliothèque ont parfois du bon, surtout quand vous tombez sur un classique de littérature irlandaise, Les enfants de la pluie et du vent, de Walter Macken, édité en français chez Terre de brumes. Sérieux, au rebut suite à désherbage, mais c’est un sacrilège ! 🙂

415VDSVGSML« un livre où les caractères et les paysages, les tempêtes et les tragédies du coeur sont évoqués de main de maître. Walter Macken aime et connaît les gens dont il parle. Son métier de comédien et ses qualités de dramaturge ajoutent au talent du romancier. Les lecteurs de ce roman qui connut un très large succès seront surtout frappés par la puissance de la mer. C’est elle qui fait vivre et mourir ces pêcheurs qui ne peuvent s’éloigner d’elle » (extrait de la présentation éditeur)

 

On continue avec le grand air, le vent, les embruns etc, avec un cadeau que l’on m’a fait mais que je n’ai pas le droit de lire jusqu’à mon départ écossais sur Lewis cet été (comment tenir ?) avec L’été des noyers du non moins écossais John Burnside (éditions Métaillié, format poche), 61lPLwkDXFLqui se passe en réalité sur une île norvégienne. Parfait pour larguer doublement les amarres et se mettre en retrait de ce monde de fous furieux, avec un zeste de fantastique, tendance folklore nordique si j’ai bien compris.
Je me rends compte en écrivant cette chronique, qu’il est pas mal question de flotte dans les titres de ces livres… 🙂

 

 

 

 

 

J’avance encore dans le registre coin paumé coupé du monde : je suis tombée sur le merveilleux roman autobiographique de l’Américain 51cqvN-frvLPete Fromm, Indian Creek, que je suis en train de dévorer, qui raconte l’aventure rigolote d’un jeune étudiant, pétri  littérature de trappeur, parti vivre l’expérience en vrai, au fin fond du Montana, au coeur des montagnes Rocheuses (un coin où je rêve d’aller aussi, sans doute l’an prochain) . Ecrit en 1993, je suis ravie de constater que Pete Fromm a écrit d’autres romans, publiés, comme celui-ci aux éditions Gallmester. J’adore le genre Nature Writing.

 

Je reste dans les grands espaces, avec La dernière frontière de Howard Fast, 71t3SJgMSCLqui se passe en 1878 et évoque une partie de l’histoire des Indiens cheyennes, chassés des Grandes Plaines et parqués en territoire indien (aujourd’hui dans l’Etat de l’Oklahoma), jusqu’au jour où trois cents d’entre-eux décident de se révolter et de retourner vivre sur leur terre sacrée des Blacks Hills. L’histoire des Indiens d’Amérique ne m’est pas indifférente. J’avais d’ailleurs ramené de mon passage au dernier Festival America, un classique américain : Terreur apache, de W. R.  Burnett, (éditions Babel) 41M8ey6y7xLqui se passe en 1886 en Arizona, où le chef apache Toriano s’enfuit de sa réserve et part semer la terreur chez les colons. 🙂
Vous voyez dans quel genre de trip littéraire je suis en ce moment : je voyage pour pas cher.

Un autre roman américain qui avait retenu mon attention au Festival America, et qui vient d’être publié en poche chez 10/18 : Nos années sauvages de Karen Joy Fowler.

51vbaIff9-LL’histoire d’une jeune pipelette qui devient brutalement muette suite à la disparition de sa soeur, puis de son frère. Elle raconte alors l’histoire de sa famille hors norme, du moins, si j’ai bien compris, on est propulsé dans son cerveau qui raconte son histoire, façon puzzle. A lire tranquillement dans son lit pour être bien concentré…

Comme je suis assez ouverte sur le monde et curieuse, j’ai tenté un roman iranien, commencé mais reposé pour l’instant parce que j’ai du mal à accrocher ; ça ne doit pas être une lecture dans mon karma du moment :511sSBw2NqL C’est moi qui éteins les lumières, de Zoya Pirzad (éditions Zulma), une romancière adulée des lecteurs de son pays. L’histoire d’une famille dans le quartier arménien d’Abdan à Téhéran (un jour, j’irai en Iran, quand on ne sera plus obligé de se voiler, j’y crois, ça progresse !)

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, un roman anglais, tellement bien vanté au stand de Monsieur Toussaint Louverture, au salon du livre de Paris, qu’après un premier passage, je suis retournée quelques jours après au stand et je suis repartie avec cette brique de 540 pages : 81g53IAJMBLWatership Down de Richard Adams. Ecrit en 1920, immense succès mondial (écoulé à 50 millions d’exemplaires), gros flop en France lors de sa première publication en France en 1976 chez Flammarion. Heureusement, les goûts changent ! C’est de la SF. Le livre publié chez Monsieur Toussaint Louverture est un livre objet bijou, très soigné dans les détails typographiques, jusque dans le texte de l’achevé d’imprimer. J’adore. Une histoire de lapins qui ne sont pas vraiment des lapins comme on imagine, chassés, poursuivis. En fait, je ne sais pas tout à fait de quoi ça parle, ce sera la surprise ! En tout cas, jadore la couverture !

Bref, vivement les vacances que je me plonge sérieusement dans mes trouvailles ! 🙂

Je garde pour plus tard les repérages et propositions qui m’ont été faites pour la prochaine rentrée littéraire.

 

 

 

 

 

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Avant que tout se brise – Megan Abbott

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Traduit par Jean Esch

Devon est une gymnaste surdouée. Montée sur la poutre à l’âge de 3 ans, plus rien de l’arrête. Elle gravit les échelons des compétitions de gymnastique. Eric et Katie, ses parents, ont tout sacrifié pour leur fille prodige. Ils sont à ses côtés, ils la soutiennent. D’autant plus qu’un jour un accident avec la tondeuse à gazon a amputé Devon de deux orteils. Malgré tout, son « Frankenpied » n’empêche pas la jeune gymnaste de coiffer tout le monde au poteau. C’est « une cérébrale, une anxieuse », souligne son père. « Elle ne débranche jamais ». « Une fille sérieuse, voilà ce que disaient tous ses professeurs. Passionnée. »  Pourtant un jour, alors que tout le monde croit en elle, elle échoue à la sélection pour l’Elite Junior qui lui aurait ouvert la voie royale vers les compétitions nationales, internationales et olympiques. Un pied maladroit et tout se complique. Les parents de Devon mettent le prix pour qu’on creuse une fosse de réception dans le gymnase où elle s’entraîne. Un pied maladroit et tout se complique ? Et l’apparition de Ryan Beck, le beau jeune homme qui construit la fosse et chavire les coeurs. Jusqu’au jour où… il meurt (je ne rentre dans dans le détail des circonstances de la mort pour ne pas vous spoiler l’histoire, même si j’ai déjà l’impression d’en dire trop).  Le temps des ravages est arrivé.

Avant que tout se brise est le premier thriller que je lis de l’Américaine Megan Abbott. I Will Know Me est le titre original qui bien plus évocateur à mon sens sur le contenu de ce roman.
Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je pensais plutôt à un roman sur le monde de la compétition de haut niveau, d’autant que chaque chapitre est introduit par une citation de Nadia Comanesci.  J’imagine que le personnage de Devon en est inspiré. Mais ce thriller va au-delà.
L’omniprésence des corps est frappant. Celui de Devon qui a arrêté sa croissance à cause de la pratique du sport intensif . « Haute comme trois pommes, forte comme un tigre », dans un corps qu’elle malmène pour arriver au meilleur. Un corps de gamine mais ne l’empêche pas de grandir dans sa tête et de devenir une adolescente comme les autres, contrairement à ce que s’imaginent ses parents.  Ses parents qui vont découvrir quelqu’un qu’ils ne connaissent pas, en elle. C’est aussi le fil ténu de l’intrigue.  🙂 Mais sait-on jamais qui est l’autre, même si c’est la chair de sa chair ? Sait-on jamais qui on est ?
Megan Abbott infuse le doute de manière insidieuse et lente. Katie découvre que sa fille est devenue quelqu’un d’autre qu’elle ne connaît pas. Mais Eric, son mari ? « Dix-sept ans qu’elle le connaissait : la douceur particulière de l’intérieur de ses poignets, sa manière de siffloter à chaque fois qu’il entrait dans une banque, la chorégraphie précise de ses doigts quand il voulait qu’elle se retourne au lit. Et sentir maintenant qu’elle ne connaissait rien du tout. » « Comment pouvait-on être marié avec quelqu’un tout se vie, lui semblait-il, et ne pas le connaitre du tout. » Flippant, non ?
Et puis il y a Drew, le petit frère, à l’imagination débordante, que personne n’écoute quand il dit des choses étranges sur sa soeur. Katie pense qu’il a rêvé. Sans doute à cause de la fièvre de la scarlatine qui a ravagé son corps. Jusqu’au jour où, sous la peau qui pèle apparaît un visage qui semble différent. Le visage de celui qui prend conscience que ses parents ne sont pas parfaits…

L’atmosphère de ce thriller psychologique vous étreint et vous fait douter jusqu’au bout.  Des fausses pistes. Des mensonges. Des phrases à double sens. De la rivalité, les ravages de la compétition et de la jalousie, que ce soit dans le sport ou dans le désir amoureux. Difficile d’être différente et surdouée. La violence psychologique et physique est omniprésente mais de manière insidieuse. Pas de scène pleine de sang, c’est bien plus fin que cela. Une violence qui conduit à l’erreur : « devait-on payer éternellement pour une erreur fugace ? Un coup de volant, un pied qui dérape, une pause qui a duré quelques semaines de trop ? » « Toutes ces choses que vous ne pensez pas faire un jour, jusqu’au jour où vous les faites. »
Peut-on gagner à tout prix ?

Un thriller riche, même si je me suis un peu perdue en cours de route avec des moments où j’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs, avant que le suspense ne me reprenne par la main. J’ai relu le début du livre une fois terminé parce que tour de force c’est qu’il prend tout son sens quand on a fini le roman.
Il y a toute une histoire avec les artémies de Drew mais je ne suis pas tout à fait sûre de comprendre tout le sens.
Enfin, je me suis agacée avec les coquilles du texte qui font perdre le sens des phrases. Par trois fois. Au prix où sont vendus les livres, faudrait tout de même les faire relire sérieusement, les éditions du Masque !

Une lecture marquante, c’est certain.

Une fois n’est pas coutume, je vous mets le clip de Gotye qui va assez bien avec ce thriller.

https://youtu.be/8UVNT4wvIGY

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S’accrocher aux étoiles – Katie Khan

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Traduit par Marie Hermet

Suite à un incident technique Max et Carys, deux amoureux en mission dans l’espace, n’ont plus que quatre-vingt-dix minutes à vivre, ce que leur permet leur réserve d’oxygène.
Le roman commence in medias res : les deux personnages sont en danger, paniqués et cherchent une solution. Quatre-vingt-dix minutes qui s’égrainent au fil des chapitres et nous plongent dans le récit de leur vie, leur rencontre et de leur amour dans une société du futur qui ne fait pas vraiment envie. Les Etats-Unis et le Moyen Orient ont été détruits par une guerre. Carys et Max vivent en Europia (amalgame des mots Europe et Utopie), constituée d’une série de voïvodes. Les voïvodes sont des pays mais on ne cite plus leurs noms pour favoriser l’égalité et se débarrasser de toute identité nationale marquée. Tous les trois ans, chaque citoyen d’Europia doit changer de voïvode afin de vivre au sein d’une communauté mixte et multiculturelle. Tout paraît idyllique dans cette société. Sauf que, contrainte de taille, la loi sur le couple empêche chacun de vivre tout à fait comme il l’entend : chacun doit rester célibataire et ne pas céder à la tentation de s’installer en couple avant 35 ans, afin de donner ses meilleures années à Europia, pour le bien commun !
Les parents et grand-parents de Max ont voué leur vie à construire Europia et voient donc d’un très mauvais oeil qu’il leur présente un jour Carys en leur annonçant qu’il ne peut plus se passer d’elle, que poster des messages sur l’écran géant de son MindShare ne lui suffit plus (un réseau social du futur par lequel tout le monde communique avec tout le monde). Carys a rencontré Max dans le magasin de ses parents où il travaillait : « Quand je t’ai connu, j’ai pensé que ta vie ne te plaisait pas. Tu étais coincé dans le magasin de tes parents par sentiment du devoir familial » lui dit-elle. Max qui a été conditionné par Europia depuis son enfance va mettre du temps à réaliser ce qui lui arrive. Carys et lui ont moins de 35 ans. Un incident qui met en péril la vie de Carys va révéler l’intensité de ses sentiments pour elle. Il va aller jusqu’à dénoncer la loi sur le couple devant les institutions, ses parents vont le bouder, bref, ça va être compliqué pour le couple de vivre leur amour dans cette société soi-disant idyllique mais avant tout liberticide, érigé par des gens qui prétendent savoir mieux que vous, ce qui est bon pour vous, jusqu’à votre vie intime…

Propulsés dans l’espace, en apesanteur, simplement reliés l’un à l’autre, par un câble et frôlés par les micro-astéroïdes, Max et Carys vont se raconter, se remémorer leur rencontre mouvementée, faire le point, se déclarer leur amour mais aussi, touche d’humour,  à se chamailler bien que leur temps soit compté… La vraie vie, quoi !

Je ne lis pas énormément de SF, la plupart des romans que j’ai lus étant les « classiques » que l’on étudie à l’école (mais tout de même, j’ai quelques romans de prédilection, comme Solaris de Stanislas Lem qui est mon roman SF préféré…). Je suis donc sortie de ma zone de confort habituelle pour me propulser dans cette histoire d’amour dans l’espace, qui m’intriguait, et qui a le chic d’éviter les clichés tout frais moulus des romans à l’eau de rose pour sonder les questions sur la liberté, l’individu, le sacrifice, le couple, la famille, la responsabilité, la manipulation, le mensonge, les illusions, la société et tant d’autres choses. « Tu m’as toujours appris qu’il était essentiel d’être soi-même, qu’il fallait assumer la responsabilité de ses actes. Est-ce qu’obéir aux lois ne fait pas partie de ce qui peut être librement remis en question? »

J’ai aimé les références littéraires de ce roman, avec Shakespeare (Laërte, le nom du vaisseau spatial de Max et Carys, est une référence à Hamlet, comme ils le soulignent eux-mêmes), mais aussi Oscar Wilde, au détour de quelques lignes (« Alors, si j’étais un spécialiste en communication, mon nom serait Oscar ? Parfaitement, et j’imagine que le nom du vaisseau serait une référence à Oscar Wilde » ♥) et peut-être du titre. Bien évidemment, on ne peut que penser à Orwell, Wells et aussi au film Gravity. On croise même quelques ballades irlandaises. Et Cary est galloise ! Donc ça ne peut être que bien !

Une fois ouvert, on a du mal à reposer ce roman avant de l’avoir terminé : le suspense vous entraîne d’une page à l’autre, du présent au passé, au grès des expériences de Max et Carys dans l’espace pour tenter de survivre, et de leur vie terrestre en Europia. Je l’ai dévoré en deux jours (476 pages pour la version papier!).
Le point d’orgue arrive aux six minutes restantes qui tournent en boucle, se répètent, changent de perspective, vous font un peu tourner en bourrique. « Six minutes : le temps de cuire un oeuf mollet, le temps pour un couple moyen de faire l’amour. Le temps qu’il a fallu pour déciment entièrement New York. » Il y a des surprises et la fin vous oblige à revenir en arrière.

Si vous aimez les histoires d’amour, les sentiments intenses et vrais sans le côté mièvre, les trucs flippants aussi, ce roman est pour vous ! Ce premier livre de la Britannique Katie Khan est un mélange intéressant.

J’ai lu sur le net (mais où?) que ce livre allait être adapté au cinéma.

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De l’arsenic pour le goûter – Robin Stevens

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Traduit par Faustina Fiore

Deuxième tome des aventures de Hazel Wong et Daisy Wells, deux jeunes anglaises des années 30 qui ont eu la bonne idée de monter leur club de détectives, « Wells & Wong », pour notre plus grand bonheur !

Un coupable presque parfait nous immergeait dans le  pensionnat de Deepdean pour jeunes filles de bonne famille où Daisy et Hazel avaient résolu l’énigme du meurtre d’un de leur professeur, avant même la police. A la façon Sherlock et Watson.
Quelques mois plus tard, Hazel passe les vacances de Pâques chez Daisy, dans le manoir familial et victorien de Fallingford. Rien ne manque au décor : Lord et Lady (les parents de Daisy), meubles Chippendale, vase dynastie Ming, vieilleries, chandelles, poussière, recoins, tea, arsenic et… cadavre. De quoi se faire peur, pour de vrai. D’autant qu’une inondation due au mauvais temps isole totalement le manoir du reste du monde et empêche la police de se rendre sur place.

Comme dans le premier volume, ce que nous lisons est le compte rendu de Hazel sur l’enquête menée par le club de détectives « Wells et Wong », commencé précisément le  13 avril 1935. Après l’évocation du château familial et de l’ambiance qui y règne, nous arrivons assez rapidement au goûter d’anniversaire de Daisy pour fêter ses quatorze ans. Un certain Mr Curtis, qui semble beaucoup plaire à Lady Hastings, (mais beaucoup moins à son mari !) boit une tasse de thé, lui trouve un goût amer puis a assez vite des problèmes beaucoup plus compliqués qui vont faire de lui… un cadavre.
A la manière d’Agatha Christie, un cadavre et des suspects dans un endroit clos où personne ne peut sortir. Hazel et Daisy reprennent donc du service, aidées par deux autres camarades qui leur servent d’assistantes, ont juré sur leur tête de ne pas révéler l’existence de ce club secret sous peine de « tortures médiévales ». 🙂

On ne s’ennuie pas une seconde, entre fausses pistes et élimination des suspects après déductions. Une tante cleptomane, une drôle de gouvernante et voilà de quoi s’amuser encore plus. Daisy se trouve confrontée à la probable culpabilité de son père ; Hazel à celle du jeune garçon qui attire toute son attention. Dure la vie !

J’ai aimé, comme dans le premier volume, l’ambiance « vintage » de cette série. Tant dans l’histoire que dans la présentation typographique et graphique soignée de chaque chapitre. Une jolie couverture vert pistache qui attire l’oeil : un vrai bonheur.

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J’ai néanmoins remarqué une invraisemblance : comment un agent secret peut-il écrire de fausses lettres de recommandation avec des fautes d’orthographe ? Cela ne fait-il pas un peu amateur, tout de même, mon cher Watson ?  🙂
Mis à part ce détail qui n’enlève rien au charme du roman, un bon moment de lecture qui plaira à tous les jeunes lecteurs (à partir de 11 ans) amateurs de suspense, d’Agatha Christie et de Sherlock Holmes.
Je crois savoir qu’il y a encore trois tomes : vivement la suite !

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Merci à Flammarion Jeunesse !

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Lettres choisies de la famille Brontë

51AoR0FBtNLTraduites et annotées par Constance Lacroix

Pendant un mois, je me suis plongée dans la correspondance de la famille Brontë, traduite pour la première fois en français – l’occasion de refaire mentalement le voyage à Haworth d’il y a deux ans. Trois cents lettres, écrites entre 1821 et 1855, en grande majorité celles de Charlotte, qui dialogue avec son amie de toujours Ellen Nussey, ou son éditeur, entre autres. Mais aussi quelques unes d’Emily, de Anne et de Branwell ou de leur père, le révérend Patrick Brontë.

Ces lettres furent ma lecture de chevet, chaque soir. C’est avec plaisir et émotion que l’on se retrouve plongé dans l’intimité de cette famille devenue mythique. Des personnes réelles devenues des personnages. Parce que finalement, ce recueil épistolaire se lit comme un roman polyphonique, sous l’ascendant de Charlotte qui était sans doute la plus sociable de la famille et qui a survécu à son frère et ses soeurs.
On est frappé par l’isolement de cette famille qui semble vivre en huis clos,  recluse, et dont les lettres sont, semble-t-il, pour Charlotte, outre un moyen de dialoguer, aussi une manière de s’évader.  Si elle ne reproche pas ouvertement à son amie Ellen de ne pas être venue la visiter, sa déception est à peine voilée : « Nous vous avons longuement et ardemment attendue, ce mardi où vous nous aviez promis une visite – je me suis usé la vue à vous guetter par la fenêtre, armée de mon lorgnon, et parfois même le nez chaussé de besicles. »
Pourtant,  si dans un premier temps, Emily et Charlotte sont parties jusqu’à Bruxelles pour se former, avec dans l’idée d’ouvrir à leur retour leur propre pensionnat pour jeunes filles à Haworth, leur dessein sera contrarié et elles renonceront définitivement.
C’est l’écriture qui prend le relais pour de bon, mais voilée de secret, avec une première publication conjointe des trois soeurs, en 1846, sous des pseudonymes masculins.
Et puis, c’est Jane Eyre, publié en 16 octobre 1847 sous le pseudonyme utilisé par Charlotte :  Currer Bell. Un succès immédiat, un roman plébiscité par Thackeray. Currer Bell, un auteur mystère qui suscite la curiosité, les supputations les plus folles sur son identité, même si l’identité d’une femme ne fait pas de doute.  « Si Thackeray s’enquiert à nouveau de l’identité de Currer Bell, dites-lui que c’est, et cela doit rester, un secret jalousement gardé pour la bonne et simple raison qu’elle ne mérite pas d’être révélée – fait qui n’aura pas échappé à sa perspicacité. », écrit Charlotte.
Charlotte cachera même à sa meilleure amie être l’auteur de Jane Eyre. C’est assez étonnant.

Ces lettres nous plongent, à leur manière, dans les salons littéraires anglais de l’époque. Ainsi apprenons-nous que Charlotte n’appréciait guère Jane Austen, qu’elle lui préfère la Française George Sand ! En revanche, elle est littérairement très proche d’Elizabeth Gaskell, avec qui elle entretient une correspondance : « J’ai lu En visite à Cranford avec un de ces plaisirs qui vous semblent toujours de trop courte durée. J’aurais voulu que le texte fut deux fois plus long. »

Si Emily, Charlotte et Anne sont des génies littéraires qui se cachent, Branwell, lui, a tout de l’artiste imbu de lui-même, d’une manière assez délirante. J’avoue qu’il ne m’a guère été sympathique. Instable, fragile, il plonge dans l’alcool, l’opium et autres stupéfiants. Charlotte déplore à de nombreuses reprises son attitude et désespère dès 1845 : « Mes espoirs sont au plus bas en ce qui concerne Branwell. Je crains parfois qu’il ne parvienne jamais à rien de valable. » Il rend la vie impossible à sa famille, extorque de l’argent à son père en menaçant de se suicider s’il ne lui donne pas satisfaction.

Pourtant, son décès brutal, en septembre 1848 laissera les Brontë dans une grande mélancolie. 1849, année terrible qui verra disparaître Emily deux mois après son frère. Puis ce sera Anne. La mort qui frappe comme une malédiction : « Les jours de cet hiver sont traînés, sombres et pesants, comme un convoi funéraires; depuis septembre, la maladie ne s’est pas éloignée un instant de la maison – c’est étrange – il n’en était pas ainsi jadis – et pourtant tout ceci, je le soupçonne, était en marche depuis des années(…) ».
Des pages très émouvantes, notamment la lettre de Patrick Brontë : « J’ai connu, à la vérité, plus que mon lot d’afflictions dernièrement – mais telle était la volonté du Seigneur – et le devoir m’ordonne de me résigner. Mon unique Fils s’est éteint, suivi de près par une fille que j’aimais tendrement. Les larmes sont permises au milieu de tels maux, puisque le Christ lui-même pleura son ami défunt (…) ». Ou celles de Charlotte, la seule survivante à ses cadets :
« Le 24 septembre, mon unique frère (…) mourut – d’une mort qui nous frappa bien brutalement. L’avant-veille, il s’était encore rendu au village. Ce fut un coup terrible. Il n’était pas même enseveli que je tombai malade. Je fus prise d’une fièvre nerveuse, qui me rongea sourdement, me laissant sans force. Je fus lente à me rétablir, et ce fut alors que ma Soeur Emily – que vous avez côtoyée jadis – contracta une inflammation pulmonaire – une pleurésie se déclara – nous vécûmes deux mois dans une torturante alternance d’espoir et de crainte : enfin le 19 décembre – elle mourut.
A peine la tombe se fut-elle refermée sur Emily qu’Anne, ma plus jeune soeur, la seule qui me restât, présenta à son tour des symptômes qui nous jetèrent dans les plus vives alarmes. (…) Ma pauvre soeur est partie en paix pour sa dernière demeure. Elle est morte ce lundi. (…) Le spectacle des chambres vides, qui jadis abritaient les êtres les plus chers à mon coeur – et où désormais planera éternellement – je crois – l’ombre de leurs derniers instants. »

Charlotte écrivait à Ellen en lui disant : « Je suis certainement vouée à finir vieille fille, Ellen – je ne peux espérer d’autres occasions. Qu’importe, je me suis résignée à ce destin dès l’âge de douze ans »; elle se mariera le 29 juin 1854 au vicaire de son père, Arthur Bell Nicholls, mais meurt en mars 1855, à l’âge de 39 ans, renonçant à tout traitement sur le mal qui la ronge. Une vraie femme libre.

Ainsi se referme la porte du presbytère de Haworth, où infusait à l’insu de tous, le génie littéraire de trois soeurs, marqué du sceau de la tragédie.

Ces Lettres choisies sont une invitation à (re)lire toute l’oeuvre des Brontë et à faire le voyage à Haworth, que je vous recommande. J’y suis allée, très émue mais aussi impatiente. J’ai dévalisé la librairie, et tout et tout…

(c) Village de Haworth, Yorkshire, avec l’entrée du presbytère

 

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(c) Le pub, où Charlotte Brontë aimait se rendre

Le presbytère, à présent transformé en musée (où les photos sont interdites, comme pour mieux préserver le mystère) est très bien conçu, on y sent Charlotte, Emily, Anne, Branwell et Patrick vous frôler. C’est aussi l’un des sites littéraires les plus visités d’Angleterre, alors pour être tranquille, il faut y aller tôt, pour mettre une distance entre vous et les foules « déchaînées ». Et là, c’est génial ! Le village est mignon, bien évidemment dédié à la famille devenue mythique. J’y suis allée en été, il faudrait que j’y retourne en hiver pour mieux sentir l’austère climat du Yorkshire.

Merci aux Editions de la Table Ronde, une fois de plus pour cette excellente pioche ! 😉

 

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