Je te protégerai – Peter May

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Traduit par Ariane Bataille

Niamh et Ruairidh propriétaires de Ranish Tweed sont en voyage d’affaires à Paris. Alors qu’ils sont entassés dans le RER (ô joie francilienne s’il en est!), Ruairidh reçoit un message sur son smartphone qui semble le troubler. C’est du moins l’impression de Niamh, sur la défensive depuis qu’elle a reçu un mail « de la part d’un ami » lui annonçant que Ruairidh la trompe. Leur couple bat de l’aile mais rien ne la prédisposait à tout ça. A l’hôtel, Ruairidh sort passer la soirée dehors. Un peu plus tard, une voiture piégée explose, Ruairidh est tué. La police est sur les dents, dans ce Paris qui vit à l’heure des attentats. Une enquête est rapidement diligentée et tout indique qu’il ne s’agit pas de terrorisme mais d’un règlement de compte. Niamh est ravagée par le chagrin, incapable de se projeter dans l’avenir et encore moins de penser à ce que deviendra Ranish Tweed, devenu le principal concurrent du Harris Tweed. Ranish leur a permis de rester sur Lewis et Harris dont ils sont originaires tous les deux et d’y créer des emplois. Obligée de rentrer à Lewis pour préparer les obsèques, Niamh se plonge dans son passé et embarque le lecteur pour un voyage  gaélique iodé, plein de pluie et de vent, de landes sauvages, de blackhouses et de mystères.

Peter May prend des petits bouts de laine, tricote des récits qu’il rassemble en un charmant patchwork de Tweed dont il enveloppe le lecteur, qui se prend en pleine face, à l’instar de l’enquêtrice française envoyée sur place,  la pluie et le vent  qui balaient la lande de Bavras d’Ouest en Est, sur ce territoire, où en arrivant en bateau, on aperçoit « les doigts de roches noires bordées de blanc tendus dans la mer d’étain, annonciateurs de l’île qui émerg[e] lentement du brouillard, un peu comme un monde mythique ».

Qui sera coupable du meurtre de Ruairidh ?  Un mari jaloux ? Un mafioso? Un enfant gâté du monde de la mode qui a des raisons d’en vouloir à Ruairidh ? Un ex-copain d’enfance pour qui la vie a mal tourné ? Les parents de Niamh qui ont toujours détesté Ruairidh (je garde le mystère du pourquoi) ?
Ce roman est du Agatha Christie saupoudré d’un peu de romance celte, le tout à la sauce de Lewis.

J’ai adoré l’ambiance sur Lewis magistralement décrite. La plume de Peter May vous fait vraiment voyager.
J’ai souri quand j’ai vu le nom du Crown Hotel de Stornoway que je pouvais totalement situer et visualiser puisqu’il était à deux pas d’où j’ai séjourné : « Il y a un bar au premier étage, dit-il, tandis qu’elle s’enregistrait à la réception. On y fait de la bonne bouffe. Et le restaurant a une jolie vue sur le port. La rue piétonne, en bas, traverse tout la ville. On l’appelle les Narrows. » Je me suis dit que le petit Hôtel allait avoir un succès fou auprès des touristes ! Et puis, il y a le fameux boudin de Stornoway qui n’a pas échappé à la plume de notre écrivain écossais.  On découvre l’existence d’une bibliothèque publique à Stornoway. Et puis le Harris Tweed ! On vous explique tout, dans le détail ! Encore mieux qu’un guide touristique ! Autant de clins d’oeil qui m’ont mis la « banane »…

(C) Mille et une lectures de Maeve

J’ai refait  mentalement le trajet jusqu’aux environs de Ness (un peu larguée quand même)  où se situe la maison Taigh’an Fiosaich de Ruairidh et Niamh, en haut d’une falaise. Avec ce paysage à la fois époustouflant, lugubre et unique : « Des falaises vertigineuses, des affleurements rocheux ponctués de petits bouts de plages inattendus, au sable d’or ou d’argent pur. »
Vous irez aussi vers l’Ouest où « des kilomètres de tourbière aride à perte de vue » sont un vrai choc pour cette flic parisienne envoyée sur place.
Il y a même mes midges « adorés » qui ne sont pas transformés en autre chose qu’en midges ! Merci à la traductrice 🙂
J’ai aimé la tranquillité de Lewis où il y a « un meurtre tous les cents ans contre sept cents par an en France » ! N’empêche que là Peter May y fait couler un peu de sang.

Venons-en à l’intrigue proprement dite. En fait, je suis un peu embêtée car je ne sais pas trop quoi en penser ! Il y a quelques surprises pas piqué des hannetons dans ce roman noir… Mais si ça se tient, j’ai quand même trouvé ça too much !

En tout cas, j’ai adoré le personnage de Seonag qui m’a beaucoup fait rire. Je ne sais pas si c’était voulu. 🙂

Donc voilà, j’ai adoré retourner me faire une séance d’iode et d’embruns sur Lewis mais pour l’intrigue en elle-même, je trouve qu’elle n’est pas aussi prenante que pour la précédente trilogie  (L’île des chasseurs d’oiseaux ; L’homme de Lewis ; Le braconnier du lac perdu).

Mais à lire quand même, Peter May c’est toujours sympa. 🙂

 

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Amelia – Kimberly McCreight

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Traduit par Elodie Leplat

Amelia vit à Brooklyn avec sa mère, Kate, avocate. Elle fréquente un lycée huppé, au-dessus des moyens Kate qui l’élève seule. Amelia est en seconde, c’est une élève sérieuse et intelligente, une grande lectrice qui se fiche royalement du comment elle est sapée du moment qu’elle a un bon livre dans les mains. Son écrivain favori est Virginia Woolf, dont elle a lu plusieurs fois les livres. Sa meilleure amie est tout son contraire mais elles s’adorent : Sylvia aime est une fashion victime qui se désespère de voir sa meilleure amie sapée comme un sac ; elle aime les garçons et c’est son obsession première, alors qu’ Amelia s’en fiche complètement. Elle entretient une amitié virtuelle avec un garçon qu’elle n’a jamais vu, un certain Ben, qui habite à l’autre bout des Etats-Unis. Amelia est l’oreiller sur lequel pleure Sylvia à chaque fois qu’elle se fait larguer, c’est-à-dire tout le temps. Rien ne semble pouvoir séparer les deux amies.
Un jour, Amelia est sollicitée pour intégrer un « club » de filles du lycée. Un club qui n’a rien d’inoffensif club de jeunes filles en fleurs, c’est plutôt le genre ramassis de pétasses qui n’ont qu’une obsession : déglinguer ceux qui ne sont pas comme eux, se mêler de la culotte des autres, ce genre de choses. Un club secret et interdit dont pourtant la direction du lycée connaît l’existence. Tous les membres doivent rester anonymes. Sans trop savoir pourquoi, Amelia accepte d’intégrer ce club qui ressemble davantage à un gang de filles. Elle dit oui alors qu’elle voudrait dire non, sans doute par peur d’être rejetée et qu’on lui pourrisse la vie. Elle n’en parle pas à Sylvia mais elle a l’impression de la trahir, car elle non plus n’aime pas les clubs de pétasses malfaisantes.
Et puis c’est le drame. Kate reçoit un appel de la CPE du lycée lui demandant de venir immédiatement au lycée pour quelque chose de grave qu’aurait commis Amelia. Kate lâche son boulot en pleine réunion, reste coincée dans le métro new-yorkais et arrive en retard devant un lycée entourée par la police. Amelia est tombée du toit de son établissement. Les autorités concluent rapidement à un suicide. Ravagée par le chagrin, incapable de comprendre le geste de sa fille, Kate s’enferme chez elle, incapable d’aller travailler bien évidemment. Quelques semaines plus tard elle reçoit un SMS anonyme : « Amelia n’a pas sauté ». Kate décide de découvrir la vérité.

Un thriller que j’ai vu sur quelques blogs mais qui n’avait pas trop attiré mon attention. Le hasard de le trouver sous mes yeux en librairie m’a fait m’y intéresser de plus près. La quatrième de couverture était attrayante. J’avais une envie de thriller et c’était l’occasion de découvrir un nouvel auteur.
Grand bien m’en a pris ! C’est un bon petit pavé de plus de 500 pages mais que j’ai dévoré en moins d’une semaine. Kimberly McCreigh aborde plusieurs thématiques  qui font de ce thriller un livre étoffé et intéressant  : la monoparentalité, le harcèlement dans toutes ses dimensions, les gangs de filles friquées, les réseaux sociaux et le web 2.0, l’amitié, la trahison, l’homosexualité, le droit à la différence, la jalousie, le bizutage, le poids de la culpabilité, le système des lycées huppés américains et leur personnel toujours sur la sellette à cause du poids des associations de parents qui font la loi par l’argent ; la quête d’identité; la manipulation.

Un thriller qui vous tient en haleine par une construction polyphonique où les liens se tissent au fur et à mesure entre le passé et le présent. Amelia raconte à la première personne sa vie d’ado et de lycéenne au quotidien jusqu’à sa mort ; on a ses posts sur les réseaux sociaux de plus en plus énigmatiques ; ses échanges SMS avec ses amis, Ben et Sylvia. On a l’histoire de Kate, présent et passé. On a cet étrange blog de ragots qui s’exprime avec des propos orduriers.

Amelia n’a jamais connu son père, Kate lui a toujours raconté que c’était l’homme d’un soir. Amelia qui est de plus en plus envahie par l’envie de connaître son identité et ne croit plus trop à ce que lui raconte sa mère. Kate qui est certaine de l’identité du père d’Amelia.
Et puis il y a Dylan dont Amelia tombe amoureuse. Au grand damne de la meneuse du club secret  des Magpies qui devient jalouse à mourir.

J’ai été assez amusée de voir que la CPE de ce bahut friqué américain ressemblait plus à une secrétaire de proviseur qu’à une conseillère principale d’éducation. Elle ressemblait à un larbin au garde-à-vous de peur de perdre sa place. Même chose pour la prof de français qui est un drôle de personnage plutôt ambigu, prête à tout pour s’acheter la paix sociale avec les élèves. Quant au proviseur, c’est un vrai lâche.
Kimberly McCreigh n’y va pas de main morte avec les différents représentants du lycée huppé américain. Ca ne fait pas envie du tout !

Ce roman est un coup de poing contre le harcèlement, notamment le cyber-harcèlement dont sont victimes nombre d’adolescents.  Ou comment un groupe formé en meute anéantit l’individualité  pour faire partie d’un groupe, quitte à commettre le pire. La vitesse des réseaux sociaux et d’internet font le reste. J’ai eu envie de distribuer des claques à ces filles décérébrées et violentes dans ce thriller. La fin de l’histoire et le poids de la culpabilité qui les rongera pour toujours est la meilleure leçon qu’on pouvait leur donner.
J’ai beaucoup aimé aussi les références à Viginia Woolf tout au long du récit.

Le dénouement est un coup de théâtre. Je devrais même dire qu’il y a plusieurs coups de théâtre ! Pour une fois je ne m’étais doutée de rien. Ce qui explique aussi que ce fut pour moi une lecture réussie pour un thriller !

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Nouveautés d’Irlande et d’Ecosse

Je vous ai déjà parlé en mars de la trouvaille faite au salon du livre cette année, au détour d’un catalogue, sur le stand de Bragelone, qui abritait aussi la toute nouvelle maison d’édition de Stéphane Marsan (cofondateur de Bragelone) : la parution à venir (à ce moment-là), et pour la première fois en français, de l’auteure irlandaise Louise O’Neill, avec Une fille facile, le 16 mai. Je l’avais annoncé sur la page FB du blog dès le 19 mars, tant j’étais enthousiaste (et sur Instagram) et j’avais enrichi le site Babelio de ce livre qui, bien évidemment n’y figurait pas (puisque personne n’était au courant, sauf les quelques personnes passées sur le stand et ayant lu la petite brochure à disposition).

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Le roman m’attend bien gentiment dans ma liseuse, pour un prix tout modique, 9,90€. Aucune raison de se priver. De toute façon, j’en n’avais pas l’intention ! 🙂
Un certain blog s’approprie les « trouvailles » irlandaises, sans citer ses sources, surtout quand elles viennent de moi. J’ai mis deux fois un commentaire qui a été systématiquement retiré. Je vide mon sac parce que ce n’est pas la première fois que cela arrive. J’ai eu droit à la même chose pour le premier roman de Laura McVeigh, Sous les étoiles silencieuses, annoncé sur la page FB du blog dès le 29 décembre, ajouté par moi-même sur Babelio. Depuis, j’ai lu et chroniqué le roman, que j’ai beaucoup aimé. Laura McVeigh (qui écrit parfaitement le français) m’a même remercié pour mes deux chroniques où apparaît son livre.
Je passe sur ma découverte le 5 janvier du premier roman de Sara Baume chez un petit éditeur lors d’une virée à la FNAC et annoncé sur la page FB du blog, dès le lendemain, avec aussi une photo du format poche de La neige noire de Paul Lynch.
Bref, ne pas citer ses sources par omission s’apparente à du plagiat. On peut me dire que le plagiat serait de pomper les auteurs sans les citer et que les livres à paraître peuvent être trouvés sur les sites éditeurs. Certes. Mais quand un livre n’est pas visible sur le web ou la blogo et que vous êtes le premier à en parler, il y a comme un problème tout de même – et puis je suis aussi l’auteur de ce blog, entre autres. Il y a tout de même de drôles coïncidences, surtout quand cela se répète. 🤔Je ne parle même pas de la censure qui consiste à retirer un commentaire qui n’a rien d’offensant mais rappelle juste la source de tout ça. Ca parle de soi!😁 Si on est tranquille avec soi-même, on ne le retire pas. Le reste est malhonnêteté. Bon, il se trouve que j’ai éjecté cette personne de mes contacts FB après m’être pris dans la face il y a un an un : »Tu commence à me gaver » où je n’ai pas compris le pourquoi du comment. J’aime pas les gens violents. Je lui ai demandé de retirer mes chroniques de sa page FB (parce qu’il faut être cohérent, si je « commence à la gaver », eh bien, elle va jusqu’au bout et elle retire mes chroniques qui alimentent sa page; ce qu’elle a refusé et ce qui a déclenché une logorrhrée haineuse et délirante où elle me reproche d’ailleurs de l’avoir virée de mes contacts). J’aime pas les gens fourbes et j’ai l’habitude de dire ce que je pense. C’est comme les sales mots qu’on balance à la gueule des gens comme s’ils étaient des chiens et de s’étonner ensuite qu’ils vous jettent. Désolée, je ne reste pas pote avec les gens insultants, les faux amis. Et c’est trop facile de choper le boulot des autres et de se l’approprier par « omission ». A moindre frais et moindre effort. Ca me fait vomir. Je suis allée 2 jours au salon du livre, j’ai arpenté les stands, posé des questions etc.

Revenons à nos chers bouquins :
Autre sortie majeure en ce mois de mai, le dernier livre de Colum McCann, qui n’est ni un roman, ni un recueil de nouvelles, mais une sorte de guide, Lettres à un jeune auteur Parution prévue le 19 mai 😎

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Sorties en poche chez 10/18 de Génération de Paula McGrath, que j’avais lu et chroniqué en grand format fin décembre 2016 et de Assez de bleu dans le ciel de Maggie O’Farrell (chroniqué en mai 2017)

 

(voir la page FB du blog respectivement du 1er mai et du 31 mars)

Côté Ecosse, je suis plongée avec délectation sur le dernier Peter May qui se déroule sur l’ïle de Lewis, dont j’ai complètement oublié de parler alors que je l’attendais depuis de longs mois, Je te protégerai , sorti le 2 mai.

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J’en ai lu un peu plus de la moitié. Je ne sais pas encore trop quoi en penser.

La prochaine fois, je vous parle d’un thriller américain qui m’a pas mal plu !

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Ces écrivains français qui s’intéressent à l’Irlande

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Je vous parle souvent de littérature irlandaise, écrite par des Irlandais. Mais force est de constater que l’île d’Emeraude est un souffle d’inspiration puissant pour la littérature française. C’est en rangeant un peu mes chères bibliothèques (toujours en vrac, quoi que je fasse !) que je suis tombée sur un roman « irlandais », écrit par un Français, puis un autre etc. Et j’ai poussé l’investigation un peu plus loin. Voici jusqu’où cela  m’a menée…
(J’avoue que je n’ai pas encore eu le temps de tous les lire, mais que c’est fait pour une bonne majorité et souvent depuis des années.)

Sorj Chalandon, dont j’ai lu tous les romans (autobiographiques) qui ont trait à l’Irlande, Mon traître et Retour à Killybegs.
J’espère il remettra ça en nous écrivant une pure fiction, même si je sais qu’il a dit un jour qu’il n’écrirait plus jamais sur l’Irlande. Mais il paraît qu’il ne faut jamais dire « jamais »… 🙂

 

 

 

Bien évidemment, il y a Michel Déon, avec Cavalier, passe ton chemin ! qui sont des « pages irlandaises », de sa rencontre avec des personnages réels et hauts en couleur ; et le plus connu Taxi mauve dont on ne manquera pas de vous parler en Irlande : il fait partie du patrimoine, quasiment ! La première fois que j’ai lu Cavalier, j’ai été un peu dépitée. Je ne comprenais pas trop où Michel Déon voulait en venir. Ces pages portent un parfois un regard sans concession sur l’Irlande contemporaine. C’était avant la crise de 2008. J’ai relu ce livre en octobre dernier, soit onze ans après ma première lecture ; mon propre regard a changé et je comprends mieux…
Le Taxi mauve que j’ai lu lui aussi au moins trois fois, si ma mémoire est bonne !

 

 

Hervé Jaouen vous injecte La cocaïne des tourbières, que j’ai beaucoup aimé ! C’est plein d’humour et de tendresse. Ce n’est pas de la fiction, mais bien du vécu, des carnets. Tous ces récits sont rassemblés en un volume mais ils existent encore séparement. Très sympa pour prolonger un voyage en Irlande. Je me rappelle avoir lu La cocaïne dans un avion qui me ramenait dans l’Hexagone.

 

 

Hervé Jaouen a écrit plusieurs romans « irlandais ». J’ai beaucoup aimé aussi. Connemara Queen et L’adieu au Connemara.

 

Benoîte Groult, dont j’ai lu La touche étoile, qui est une histoire d’amour, une liaison passionnée avec un Irlandais un peu fou, et une réflexion sur la vieillesse. Quand on en sait un peu plus sur l’auteure, féministe convaincue, on devine la part autobiographique qui se dissimule derrière la fiction. Journal d’Irlande vient de paraître.

 

 

Au détour de pérégrinations en librairie et autres bouquinneries, je suis tombée par hasard sur un polar de Gérard Coquet, Connemara Black, toujours dans ma PAL ! Une histoire d’ancien membre de l’IRA, de filles de la baie de Galway…

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Je ne vous présente plus Dominique Le Meur, Français et enseignant à l’université de Limerick, qui a écrit plusieurs romans très documentés sur l’Irlande contemporaine,  dont je partage le regard. J’ai lu et chroniqué Irlande, Nuit celtique, qui se passe après la crise de 2008 et vous file la chair de poule… Il a écrit d’autres romans aussi.

 


En librairie j’ai découvert une série policière écrite par Pierre-Olivier Lombarteix, qui met en scène une universitaire spécialiste des civilisations anciennes, Deirdre McNeill. J’ai Le trèfle noir dans ma PAL…

 

Encore dans le rayon polar, Nicolas Lebel a publié un roman « irlandais » lui aussi, qui nous mène sur les traces du conflit en Irlande du Nord. Il est également dans ma PAL et vient de sortir au format poche : De cauchemar et de feu.

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Thomas Lejeune vient de sortir son troisième roman irlandais (Sans toi on continuera) ! C’est ce qu’on appelle être envoûté par l’Irlande ! J’ai le tout premier, Renversant rang vert sang, qui m’attend encore dans ma pile, gentiment transmis par l’auteur.

 

Pierre Joannon, qui est reconnu comme le plus grand spécialiste de l’Irlande en France, a écrit plusieurs livres sur l’Irlande, dont deux biographies, celle de Michaël Collins que j’ai chroniquée et une autre sur W. B. Yeats, Un poète dans la tourmente.

 

 

L’Irlande est également source d’inspiration en littérature jeunesse, avec une saga mythologico-folkorique, Le souffle de la pierre d’Irlande d’Eric Simard. C’est devenu un classique ou presque. On la trouve en plusieurs éditions, en grand format ou en poche.

 

J’ai chroniqué ici même une autre série jeunesse, écrite par Béatrice Nicomède, qui se passe au temps de la Grande Famine L’anneau de Claddagh. Très bien documentée, c’était le point positif.

 

Je ne vous citerai pas deux romans français que j’ai lus, tendance romance mièvre, avec de l’Irlande en carton pâte dedans et autres clichés débiles, cela ne vaut pas la peine d’en parler, vous retrouverez celui où un beau prénom irlandais est estropié sans vergogne…

Mince, je crois que j’ai encore fait un billet fleuve ! C’est dire si l’Irlande inspire !

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Derrière les portes – B. A. Paris

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Traduit par Luc Rigoureau

J’ai assisté à une table ronde à Livre Paris entre Peter May, B. A. Paris et Stuart Neville sur le thème du polar anglo-saxon. Autant j’ai déjà lu les livres de Peter May et Stuart Neville, autant je n’avais jamais entendu parler de B. A. Paris. Ses propos m’ont intéressée, alors j’ai acheté son premier thriller, paru en V. O. en 2016 (Behind closed doors) puis en France en 2017 chez Hugo Thriller. Voir la pastille annonçant qu’il faisait partie de la pré-sélection Prix des lecteurs du Livre de Poche cette année renforcé ma motivation.

Si vous croyez un prince charmant, sachez que ce livre n’est pas pour vous ! B. A. Paris prend une trame de romance pour la retourner comme un gant.
Grace a la trentaine, un  bon job pour lequel elle a un peu trimé avant d’arriver à un poste vraiment intéressant, qui la fait beaucoup voyager. Elle est célibataire. Elle ne se sent pas très proche de ses parents qui le lui rendent bien. Sa mère a eu un enfant à 46 ans, Millie, trisomique, sur laquelle Grace reporte tout son amour, jusqu’à servir de maman de substitution pour palier aux manquements de sa mère, dépressive. Si Grace a trouvé un emploi, c’est pour subvenir aux besoins de Millie, lui trouver la meilleure structure qui soit pour lui permettre de progresser. Trouver ce job est aussi un moyen pour Grace de se réserver une bouffée d’oxygène. Cependant, ses parents envisageant de partir vivre en Nouvelle Zélande, elle s’inquiète de savoir ce que va devenir Millie, une fois l’école terminée.

En général, quand Grace annonce aux hommes qu’elle a la charge d’une petite soeur trisomique, ils prennent la fuite. Pourtant, quand elle rencontre Jack, avocat connu et spécialiste des procès sur les femmes battues, il ne part pas. Il a tout du gendre idéal : beau, bien élevé, argenté, prévenant, bref, ultra bright ! Très vite, Jack lui trace des plans sur la comète : la maison de rêve, tout ce qu’elle veut la chérie et même le mariage, là tout de suite ou presque. Comme il a un poste important, il préfère avoir une femme à la maison plutôt qu’une femme aussi crevée que lui quand il rentre. Donc il ne faut plus que Grace travaille. Je sais pas, mais normalement, vous vous posez pas mal de questions sur ce mec qui vous la présente comme ça et si vite alors que vous ne le connaissez finalement presque pas… Au contraire, voici ce que Grace se dit :

« Quand je suis revenue d’Amérique du Sud, j’ai donné ma démission et mis ma maison en vente. J’avais méticuleusement réfléchi et j’étais arrivée à la conclusion que j’agissais comme il faut en obéissant à Jack. J’aspirais à l’épouser, et la perspective d’habiter une belle maison à la campagne au printemps suivant et, peut-être, d’attendre notre premier bébé, me remplissait d’allégresse. J’avais travaillé comme une dingue pendant treize ans, me demandant parfois si je pourrais lever le pied un jour. Comme, par ailleurs, je savais que, une fois chez moi, je ne serais plus en mesure de voyager autant ou d’enchaîner les longues journées qui m’incombaient parfois, j’avais nourri des angoisses quant à la nature du poste où je finirais. Tout à cou, mes inquiétudes s’envolaient et, tandis que je choisissais les cartons d’invitation à envoyer aux amis et à la famille, j’avais l’impression d’être la fille la plus chanceuse du monde. »

Autant dire qu’à moins que Grace change radicalement d’attitude et de point de vue, je me suis dit qu’on ne serait pas copine !
Je suis un peu obligée de vous spoiler l’histoire pour vous parler de ce thriller, mais sachez que le gars vire Mr Hide dès la nuit de noces où il disparaît pour ne ressurgir de je ne sais où le lendemain matin.
Et si je vous dis que c’est un affreux psychopathe doublé d’un misogyne patenté, vous ne serez pas surpris non plus.
J’ai cru jusqu’au bout des 345 pages du livre que j’aurais droit à un coup de théâtre qui m’inviterait à tout envisager d’une autre façon. Malheureusement, ce ne fut pas le cas.

Grace est bêtasse du début à la fin. Jack est bien évidemment détestable. Notre affection de lecteur se reporte sur Millie qui est la plus intelligente, malgré son handicap. J’en dis trop ou presque mais il n’y a pas vraiment de surprise pour un thriller. Tout est caricatural. B. A. Paris tire son épingle du jeu grâce au rôle qu’elle donne à Millie.

Je suis énormément déçue par ce thriller dont j’attendais beaucoup. C’est du déjà-luJ’aurais aimé que la part belle soit donnée à la femme qui subit le calvaire de la maltraitance conjugale, une femme un peu plus courageuse et pas cette femme soumise, du début à la fin. Bien évidemment, c’est une bonne idée de donner à Millie le beau rôle, mais les deux auraient, cela aurait été plus fort.
Bien sûr, toutes les personnes de l’entourage assez restreint de Grace ne se doutent de rien du calvaire qu’elle subit, sauf une personne, à qui, pourtant, elle ne fait pas confiance. Au début, on pense à ce genre de personne intrusive qui veut tout savoir sur votre vie privée et intime. Mais pourtant, cette femme est bien plus fine psychologue de Grace.
Pour connaître une femme qui a été maltraitée, avant de décider que cela devait cesser définitivement, il est parfaitement crédible d’avoir en face de soi un couple qui paraît complètement heureux, sans que personne ne se doute de rien, d’avoir un homme le plus sympa du monde alors qu’en vérité c’est un horrible connard violent. Dans la fiction, j’aime voir des histoires où les femmes ont le beau rôle, pas celui de la soumission. Parce que dans la réalité, ça existe. Si Grace se soumet en partie pour protéger Millie, elle se rend pourtant compte rapidement que ce n’est pas la solution, mais ses piètres plans tombent tous à l’eau. En tant que lecteur, on s’en doute aussi.
L’emprise psychologique aurait dû être traitée avec davantage de finesse. Grace sait très bien que Jack n’accédera jamais à ce qu’elle demande mais à chaque fois, elle tombe dans le panneau.

Sur la 4e de couverture, Cosmopolitan annonce : « Le thriller de l’année. » Rien n’est moins sûr !
Quelques mots sur l’auteure : « D’origine franco-irlandaise, B. A. Paris a été élevée en Angleterre avant de partir en France, où elle a notamment créé une école de formation aux langues étrangères et où elle vit aujourd’hui avec son mari et leurs cinq filles. »

Hugo Thriller annonce B. A. Paris comme la nouvelle star du thriller psychologique. J’avoue que Karine Giebel me convainc davantage. Un deuxième roman est publié cette année, Défaillances. Je suis un peu bornée, alors peut-être que je le lirai quand il sera paru en poche, sur le bord d’une plage.

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Croquis d’une vie de bohème – Lesley Blanch

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Traduit par Lucien d’Azay
Présentation et préface de Georgia de Chamberet

 

Qui est Lesley Blanch ? A vrai dire, avant d’ouvrir ce livre je ne le savais pas. Elle est pourtant l’auteure de onze livres traduits en français : des récits de voyages et un texte autobiographique. Lesley Blanch est une Anglaise qui a traversé le XXe siècle (elle est née en 1904) et le début du XXIe (elle est décédée en 2007 à l’âge de 103 ans à Roquebrune !). Selon sa filleule, Georgia de Chamberet, qui est à l’initiative de ce livre, elle fut « écrivain et voyageuse, romantique, pleine de verve, mais érudite », « (…) elle fut d’abord la femme dont tout le monde connaissait le nom avant de devenir une légende vivante, à la fois mystérieuse et délaissée »;  « autodidacte formée par ses voyages et ses lectures elle devint un paradoxe incarné : fascinée par des univers d’époques révolues en même temps que pionnière et avant-gardiste ». Le dossier de presse indiquait qu’elle a été mariée à Romain Gary, décoratrice de théâtre, rédactrice pour l’édition britannique de Vogue, illustratrice. Il ne m’en a pas fallu davantage pour avoir envie de me plonger dans cette lecture !

Quand j’ai reçu le livre, j’ai été épatée par la beauté de l’ouvrage. Un petit aperçu, mais tout petit, car il y a vraiment de jolies surprises à l’intérieur !

 

L’ouvrage est organisé par thématiques, « Scènes de l’enfance »; « Scènes du front intérieur (qui regroupe l’époque Vogue et une série d’articles) ; « Scènes d’un mariage » (la vie avec Romain Gary ; « Horizons lointains » ; « L’oeil oriental ».

Croquis d’une vie de bohème se lit comme un roman, bien qu’il soit composé de récits, de quelques articles, de dessins, de photos, de carnets de voyage qui vous emportent loin ! L’histoire d’une vie du commun, vous l’aurez compris. Une organisation thématique plutôt que purement chronologique qui permet de découvrir non seulement l’artiste Lesley Blanch, mais bien entendu Romain Gary, mais encore plus : tout un univers, un monde révolu. Qu’elle ne fut pas ma surprise de croiser à l’école pour filles de St Paul’s une tout jeune Irlandaise en larmes et déracinée : Molly Keane ! En vrac, je peux vous annoncer qu’on croise André Malraux, Marlène Dietrich, Carson McCullers, Georges Simenon (à New-York !). Ce Georges Simenon en prend pour son grade sous la plume de Lesley Blanch (j’avoue qu’il m’a dégoûtée!) :
« A un certain moment, nous voyions assez souvent Georges Simenon dont la série Maigret et d’autres romans assez sinistres à l’atmosphère pesante captivaient un vaste lectorat. »
« Simenon était irrésistible aux yeux des femmes, il les faisait tomber à volonté. Je le trouvais pourtant loin d’être séduisant ; il m’inspirait même une franche aversion. Je me rappelle qu’un jour, lors d’un déjeuner, ni lui ni sa femme ne jugeaient le plat principal satisfaisant. « Je ne comprends pas quel est son problème, s’est plainte Mme Simenon en parlant de la cuisinière. – Eh bien, moi, je sais, a-t-il répliqué. Je vais aller lui donner ce dont elle a besoin. Et de quitter aussitôt la table. » Croquignolet comme portrait ! Ca en fiche un coup dans l’aura de l’écrivain de polars… 🙂
Au contraire, elle trouve Carson McCullers a « une personnalité fascinante ». « C’était un des personnages des plus extraordinaires. Originaire de l’extrême sud des Etats-Unis, elle a écrit ses meilleures pages sur cette partie du monde américain. »
Et puis, bien évidemment, une bonne partie du livre est consacrée à Romain Gary (et il hante l’ouvrage, même après le divorce). Si je vous dis qu’on découvre un homme torturé, vous me direz que ce n’est pas un scoop. En tout cas, d’après Lesley Blanch, un homme difficile à vivre, voire par moments insupportable, et en mal de reconnaissance… Quelqu’un à part dans l’univers diplomatique, car, forcément, il ne rentrait pas dans le moule, beaucoup trop intelligent pour cela et trop sensible. Il se révoltait contre l’état du monde.
« Il ne parvenait pas à résister à la publicité. Accorder des interviews, se faire photographier ou bien participer à des émissions télévisées, cela l’enivrait. Il ne se lassait jamais de ce péché mignon, car c’en était devenu un. La qualité de son travail et sa stature personnelle n’avaient nullement besoin de ces artifices de bas étage. »

J’ai aimé le côté « périple littéraire » de ce livre. Mais vous pouvez également préparer votre sac à dos pour partir en Afghanistan dans des coins reculés, au Mexique à la rencontre des Indiens Chamulas, experts en « sortilèges secrets » et autres « breuvages à base de plantes maléfiques ». Sans parler d’une étrange « groupe d’indiens Zinacothèques » (et bien aller lire l’appel de notes !) . Si cela ne vous suffit pas, vous pourrez poursuivre en Perse, pour, entre autres, un petit aperçu culinaire où les sonorités de mots inconnus intriguent :
« Le riz, d’innombrables légumes, les fruits et le yaourt, ou mast, constituent la nourriture de base du pays. Dans de nombreux foyers, le plat principe, ou même le plat unique, était immanquablement du riz, mais un riz que l’on rendait appétissant grâce à une série de sauces complexes (khorech), aigres ou douces. Ces préparations subtiles mais audacieuses sont le secret et la gloire de la cuisine persane traditionnelle, et elles sont aussi contradictoires et compliquées que le peuple lui-même.  Quand je dégustais des délices telles que du riz au khoresh fesendjan, je m’interrogeais sur sa composition (…) ». D’autres pays sont aussi au rendez-vous, d’autant que Lesley Blanch voue un culte à la culture russe !

Il y a certainement encore beaucoup de choses à dire sur Croquis d’une vie de bohème, qui est, pour le moins que l’on puisse dire, un livre comme en n’en croise pas tous les jours dans sa vie de lecteur ! Il y a également toute une page d’Histoire au rendez-vous. En tout cas, si vous avez tendance à rapporter des objets ou vêtements de vos voyages (non made in China), avec Lesley Blanch, vous vous sentirez moins seul par rapport à cette étrange manie ! – car c’était aussi une sacrée collectionneuse.

Une lecture qui plaira à ceux qui veulent en savoir davantage sur Romain Gary, mais aussi à ceux qui aiment élargir leurs horizons par les voyages et les livres. !
J’ai beaucoup aimé.

Merci aux éditions de La Table Ronde.

 

 

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Vernon Subutex (tome1) – Virginie Despentes

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Vernon Subutex c’est le désespoir assis sur un banc. Le poème de Prévert m’est venu à l’esprit en terminant ce premier volume.
C’est le premier roman que je lis de la désormais célèbre Virginie Despentes. Je l’ai acheté au lendemain des élections présidentielles, suite à une interview qu’elle livrait à la presse sur sa colère. Une colère dans laquelle je me suis reconnue.

Vernon Subutex était disquaire au Revolver dans les années 80. La boutique n’a pas résisté. Aujourd’hui, après avoir squatté, vécu en tirant le diable par la queue, de petites magouilles en pensant pouvoir s’en tirer, il est SDF dans les rues inhospitalières de Paris. Il s’est fait expulsé de son logement. Son pote Alex Bleach, une idole de la chanson française, vient de claquer d’une overdose. Vernon a en sa possession une auto-interview de l’intéressé qui vaut une blinde. Sauf qu’il ne le sait pas. Alex Bleach est synonyme de rock libertaire, hors normes, hors conformisme. Un paradoxe à lui tout seul .
Via les réseaux sociaux, une truie en mal de taf qui sévit sous le pseudo de Lady Bazooka, alias La Hyène, va tenter de mettre le grappin du Vernon.
De son côté, Vernon va se connecter sur Facebook pour jouer sur son réseau pour tenter de se sortir de la merde.
L’occasion pour nous, lecteurs, de croiser une foule de personnages hauts en couleur. Du bourgeois frustré au facho, de la beurette voilée étudiante en droit, à la star de porno, en passant par le trans brésilien et j’en passe car je ne les ai pas tous retenus. Une chose est sûre : je les ai tous détestés. Mais j’ai beaucoup ri jaune. Virginie Despentes dégaine et tire. C’est pas un roman pour mauviettes ou amateur de bluettes et autres romances ou roman à la sauce feel good ! Les personnages sont ancrés dans la réalité de la France d’aujourd’hui. Un sacré portrait de la démission. Du repli sur soi et de la connerie voire de la haine ordinaires. Les accrocs à Facebook qui se shoote au nombre de « like », ceux font commerce dans la manipulation professionnelle. Oui madame ! Ils en prennent pour leur grade et j’ai beaucoup ri à certains passages.

« Elle s’est reconvertie dans les réseaux sociaux. Ca fait un moment qu’elle vit de ça. Ca a commencé sans qu’elle le décide. Elle a croisé un vieil ami, Tarek, qui mangeait seule dans une pizzeria à Abesses, elle s’est assise pour prendre un café avec lui. Elle l’avait connu journaliste pour un mensuel porno (…).
En comprenant que La Hyène ne faisait pas grand chose de ses journées – elle était entre deux jobs -, il lui avait proposer de la dépanner pour un film dont il s’occupait, il cherchait quelqu’un pour Internet. Il y avait du cash à se faire. Il fallait inonder la toile de critiques positives, en se faisant passer pour des spectateurs spontanément séduits. (…)
A elle seule, en quatre jours, elle débarque comme une armée. Elle a notoirement épaisi son cahier de fausses identités, et sans se vanter, sa connerie est virale. Elle te pourrit la Toile en quarante-huit heures : sur la place de Paris, à sa connaissance, personne n’a son efficacité. Ensuite, ça roule tout seul – les journalistes regardent Twitter et les commentaires, et se sentent obligés de tenir compte des conneries qui s’y trouvent. (…)
Lancer un lynchage médiatique est plus facile que faire décoller un buzz positif – elle prétend qu’elle sait faire les deux, mais l’époque plébiscite la brutalité. Celui qui défonce est celui qu’on écoute (…). »

Un roman du bitume qui ne mâcbe pas ses mots. Virginie Despentes écrit cash et trash. Sa plume s’attache le langage contemporain, populaire et vivant, sans accroc ni fausse note. Elle n’hésite pas à virer porno quand ça lui chante. Ses personnages ne sont pas des héros mais des êtres blessés, ce qui ne les empêche pas d’être peu sympathiques ou de purs connards. C’est dans l’air du temps. Je me suis un peu attaché à Vernon, mais pour être franche, contrairement à d’autres lecteurs, il m’a aussi agacée.

Un roman loin de la bien pensance, de ces gens qui se croient investis de la Vérité et du savoir quoi faire et quoi penser, de ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas.
Loin aussi du nombrilisme de la littérature de boudoir.

Un roman dense ou l’aspect polar de la traque pour récupérer l’auto-interview du rocker mort s’efface devant ce tableau peu glorieux de la société française, où chacun de nous se reconnaîtra sans doute par instants. C’est du lourd, ça fait grincer, mais ça fait du bien !

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Eliza et ses monstres – Francesca Zappia

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Traduit par Fabienne Vidallet

Eliza est une lycéenne très introvertie, elle n’a pas d’amis, ni au lycée ni ailleurs. Elle est la fille « bizarre », celle qu’on ne remarque pas si ce n’est par ce défaut de ne parler à personne, qui peut passer pour du dédain.  Elle est celle que l’on prend pour la pauvre fille. Elle est persuadée que ses deux petits frères la déteste et finalement, son meilleur ami est Davy, un énorme chien des Pyrénées qui lui sert régulièrement d’oreiller. Bref, sa vie ressemble à la lose la plus totale.
Sauf que.
Eliza est une star du web. Elle est la créatrice d’une bande dessinée aux millions de fans : La mer infernale, dont elle poste régulièrement des planches, avidement attendues par ses lecteurs. Tout le monde ignore qui elle est puisqu’en ligne, elle publie sous le pseudonyme de LadyConstellation. Grâce à sa bande dessinée, et surtout grâce à ses fans qui lui ont demandé des produits dérivés, elle a déjà beaucoup d’argent qu’elle a mis sur un compte à part dont même ses parents ignorent l’existence. Ceux-ci sont au courant que leur fille poste une BD en ligne qui a du succès mais ils ignorent tout de l’ampleur du phénomène.
Un jour, au lycée, elle rencontre un nouvel élève, Wallace. Il la surprend en train gribouiller un carnet où il reconnaît les personnages de La mer infernale, dont il est sans doute le plus grand fan sur le forum. Très content de trouver quelqu’un qui connaît cette BD au lycée, Wallace se rapproche d’Eliza. Celle-ci ne lui dit pas la vérité, seulement qu’elle écrit une fanfiction de La mer infernale. Une idylle se noue entre les deux adolescents qui se ressemblent par leur caractère (Wallace communique le plus souvent par écrit et n’aime pas parler) et leur passion. Les parents d’Eliza apprennent avec joie qu’enfin leur fille a un petit ami : elle va enfin sortir de sa chambre et de sa coquille…
Les parents, source d’une catastrophe monumentale, du pire cauchemar qu’Eliza aurait pu imaginer…

Une autre de mes trouvailles sur Salon du livre, je trouvais le sujet intéressant de cette ado star 2.0 dont personne ne soupçonne l’identité.

Francesca Zappia aborde avec intelligence l’addiction à internet d’une  génération d’adolescents qui a toujours connu ça et n’imagine pas s’en passer. Elle montre également les dérives du système et aborde le conflit de génération. Les parents d’Eliza ont connu une vie sans tout ça, ignore presque tout de la vie des forums en ligne, des réseaux sociaux, de toute la vie numérique, de ses bons côtés mais aussi de ses travers. Ils sont tellement fière de leur fille qu’ils commettent l’irréparable sans en avoir conscience, sans mesurer la portée de leur geste (il vous faudra lire le roman pour connaître leur bévue sinon ce serait un big spoiler !).
Cependant, ce sera aussi ce qui va faire mûrir l’adolescente, la faire s’interroger sur sa communauté numérique, sur son addiction, sur elle-même et sur son art. Pour en venir à l’essentiel : la vie mérite d’être vécue et on ne peut créer que si l’on a du désir et pas en fonction de ce que veulent les autres. Avec l’aide d’une psychologue, elle va pouvoir prendre de la distance, de la confiance en elle, se recentrer, loin des trolls, des médisants et des fans envahissants.

« J’ai rencontré des artistes qui en souffert [des cauchemars] – ils ne se sentaient plus à la hauteur de leurs propres oeuvres, ils ressentaient de la culpabilité devant leur travail inachevé, de l’anxiété face aux attentes de leurs fans. C’est normal mais ça ne veut pas dire que c’est sain. Eliza, ta valeur en tant que personne en dépend pas de l’art que tu crées, ni de ce que les gens en pensent. »

« Penses-tu que les gens qui ont le plus de mérite sont ceux qui ne produisent qu’un travail excellent ? »

« La valeur d’une personne n’est pas fondée sur quelque chose de tangible. »
(avis à ceux qui pensent que leur valeur est liée à leur nombre de « like » … et bim !)

« L’humeur de ta fanbase ne devrait pas dicter ta valeur intrinsèque. »

« Les fans aimeront toujours. Tes détracteurs, eux, trouveront toujours quelque chose à te reprocher. »

Francesca Zappia a également le tact d’échapper à la bluette mièvre d’adolescents pour raconter avec sensibilité et vérité la naissance du sentiment amoureux et sa fragilité.

Un livre agréable à lire, même si j’ai trouvé un petit peu longue la phase dépressive de l’héroïne. L’objet livre est sympathiquement illustré par la BD d’Eliza (dessinée par Francesca Zappia elle-même).

C’est le premier livre que je lis sur un tel sujet mais qui parlera à tous ceux qui fréquentent le 2.0, jeunes ou moins jeunes.

 

 

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Book Haul

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Allez, ça doit faire 3 mois je crois que je ne vous ai pas fait un petit Book Haul des familles ! 🙂 J’ai lu presque tous mes livres du précedent post sur le sujet, mais Shore de Sarah Taylor m’est tombé des mains. Je suis hyper déçue par ce roman qui avait l’air si alléchant par son aspect nature sauvage, gens qui vivent au bout d’un petit monde oublié. Mais il y a trop de personnages, ou plutôt le roman est construit d’un façon décousue, ce qui fait qu’on s’y perd entre qui est qui, sur différentes époques. Bref, quand on commence à s’en fiche et à s’ennuyer, il vaut mieux arrêter et prendre un autre livre : la vie est trop courte pour perdre son temps. Il me reste à lire A la croisée des mondes de Philipp Pullman mais pour l’instant je ne suis pas trop dans le mood. J’attends donc un moment plus propice.

Entre temps, j’ai eu mille tentations et j’ai cédé à quelques-unes.
La découverte de l’écrivain d’origine franco-irlandaise B. A. Paris au Salon du livre m’a donnée très envie de découvrir ses thrillers. Je me suis donc procurée Derrière les portes , qui est son premier roman :
« Jack et Grace ont tout pour eux. Le charme, l’amour, l’aisance financière, une superbe demeure. Lui, avocat brillant, elle, maîtresse de maison idéale. Le bonheur. Du moins, en apparence. Pourquoi ne voit-on jamais Grace sans son mari ? Nous avons tous dans notre entourage un couple comme celui qu’ils forment, le genre d’union qui fait rêver. Et pourtant, parfois, un mariage parfait cache une mensonge parfait. Et vous, connaissez-vous vraiment vos amis ? »

Et puis la météo pourrie de cet hiver m’a fait acheter Une pluie sans fin de Michael Farris Smith, dont j’ai lu le deuxième roman en septembre, Nulle part sur la terre, qui n’était pas parfait à mes yeux, mais que j’avais aimé pour son côté road trip.
« Après des années de catastrophes naturelles successives, une frontière a été tracée entre le nord et le sud des États-Unis. Le sud, de la Louisiane à la Floride, est devenu un véritable no man’s land. La région a été évacuée et n’est plus qu’une zone de non-droit ravagée par les tempêtes incessantes. Cohen est l’un des rares qui a choisi de rester. C’est un homme hanté par le décès de sa femme et de leur enfant à naître. Son errance solitaire prend fin lorsqu’il trouve une colonie de survivants menée par un prêcheur fanatique qui retient prisonnier des femmes et des enfants. Cohen va les libérer et entamer avec eux un dangereux périple vers le nord. »

L’époque de fous dans laquelle on vit m’a donné envie de relire ce classique de la SF qu’est Farenheit 451 de l’immense Ray Bradbury. : « 451 degrés Farenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans une société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Le pompier Montag se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé. » C’est un livre qui a été écrit en 1953.

Qui me suit depuis longtemps connaît mon affection pour la littérature islandaise. Je suis tombée sur Tourner la page, d’Au∂ur Jónsdóttir : « Eyja, 23 ans, est une jeune fille merveilleuse mais qui fait toujours les mauvais choix. Comme celui de quitter Reykjavik et d’épouser un ivrogne de l’âge de ses parents, qui empoisonne son quotidien. Parce qu’elle pense qu’elle mérite mieux que ça, sa grand-mère, déterminée à la bousculer, lui offre un nouveau départ : 100 000 couronnes dans une enveloppe si elle quitte son mari et accepte de partir en Suède avec Runa, son audacieuse cousine des fjords. Il est grand temps pour Eyja de prendre soin d’elle, d’oublier, de reprendre l’écriture de son roman entamé depuis des années. Et peut-être enfin de tourner la page. » Un roman qui m’accompagnera dans mon road trip islandais (si tout va bien) au cas où je n’arriverai pas à le lire avant mon départ. Ben oui, j’ai cassé ma tirelire pour découvrir ce pays dont je rêve depuis longtemps, à travers les romans et les polars. Je rêve déjà de mes randos et de ce que je vais manger dans les endroits reculés (glurps !).

Le hasard m’a mis entre les mains Amelia de Kimerbely McCreight, dont j’ai souvent vu la couverture dans la presse et sur internet mais sans vraiment y faire attention. La quatrième de couverture a retenu mon attention :
« A New York, Kate élève seule sa fille de quinze ans, Amelia. Très proches, elles n’ont pas de secrets l’une pour l’autre. Jusqu’à ce matin d’octobre, où elle reçoit un appel du lycée qui lui demande de venir de toute urgence. Elle ne reverra plus jamais Amelia : celle-ci a sauté du toit de l’établissement. Rongée par le chagrin, Kate plonge dans le désespoir et incompréhension. Pourquoi une adolescente en apparence épanouie s’est-elle donné la mort ? Mais un jour, Kate reçoit un message anonyme qui remet tout en question : « Amelia n’a pas sauté. » Obsédée par cette révélation, elle s’immisce dans la vie privée de sa fille et découvre, à travers les réseaux sociaux, les mails et les SMS d’Amelia, une réalité terrible, un véritable monde parallèle qu’elle n’aurait jamais pu imaginer. » J’ai un peu hésité en me disant que je n’allais peut-être rien découvrir de nouveau. Mais bon, à voir. Ca m’intéresse.

J’en ai déjà parlé et le livre est précommandé en ebook dans ma liseuse, à ne pas manquer : l’Irlandaise et féministe Louise O’Neill, traduite pour la première fois en France, pour son roman Une fille facile à paraître en mai aux éditions Stéphan Marsan.Une-fille-facile« 

« « Emma a dix-huit ans, c’est la plus jolie fille du lycée. En plus d’être belle, elle est pleine d’espoir en l’avenir. Cette nuit-là, il y a une fête, et tous les regards sont braqués sur elle.
Le lendemain matin, ses parents la retrouvent inanimée devant la maison. Elle ne se souvient de rien. Tous les autres sont au courant. Les photographies prises au cours de la soirée circulent sur les réseaux sociaux, dévoilant en détail ce qu’Emma a subi. Les réactions haineuses ne se font pas attendre ; les gens refusent parfois de voir ce qu’ils ont sous les yeux. La vie d’Emma est brisée ? Certains diront qu’elle l’a bien cherché. »
« Un roman essentiel, à mettre entre toutes les mains. » The Guardian
« Un livre foudroyant, éclairant et incontournable sur la culture du viol.» Elle
« Courageux et incroyablement bien mené. » Irish Times
« Aussi fascinant qu’essentiel. » New York Times

Voilà pour mes achats personnels, en plus de tout ce que j’ai déjà chroniqué et qui s’est incrusté entre le précédent Book Haul et celui-ci . 🙂

Côté service presse, je suis bien gâtée ! Ca me promet une fin de printemps bien occupée et un début d’été studieux ! 🙂 🙂

Le Serpent à Plumes m’a présenté quelques nouveautés de leur catalogue. J’ai choisir de découvrir une auteure sénégalaise : Aminata Sow Fall, avec L’empire des mensonges. De la littérature francophone qu’on connaît peu voire pas en France. C’est l’occasion de la découvrir. J’ai commencé. J’avoue que j’ai un peu du mal. Mais il faut dire que toutes les conditions de lecture n’étaient pas réunies : dans le RER surbondé par ces temps de grève massive des cheminots, c’est pas top ! Je l’ai posé pour le reprendre un peu plus tard. J’espère que l’éditeur comprendra. En tout cas, une chose est sûre : c’est très bien écrit !

Du côté des éditions de la Table Ronde, je suis aux anges ! Je viens de recevoir Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch, qui épousa Romain Gary en 1945. Elle fut illustratrice, décoratrice de théâtre, chroniqueuse et voyageuse indépendante. Je pense que je vais me régaler. L’objet livre est magnifique et en plus il y a un sublime marque page. Je ne suis pas déçue d’avoir choisi ce livre qui va me permettre de découvrir quelqu’un dont j’ignore tout. Par contre, depuis que j’ai découvert Roman Gary en Lituanie il y a quelques années qui est vraiment l’icône littéraire du pays, je suis attirée par ce qui touche de près ou de loin à sa vie (et j’ai adoré le film qui a été tiré de La promesse de l’aube, même si le personnage de sa mère a été un peu déformé mais n’est pas pour autant faux).

Ce magnifique ouvrage sort en librairie le 19 avril.

Un peu plus tard, en mai, toujours aux éditions de la Table Ronde, j’ai choisi de découvrir un Daphné du Maurier dont je n’avais jamais entendu parler : Le monde infernal de Branwell Brontë , dans la belle collection « Petit Quai Voltaire » (à paraître le 24 mai) 🙂 🙂 🙂 . Je vais donc poursuivre ma découverte de cette famille Brontë qui reste ancrée dans ma mémoire depuis que je peux visualiser l’endroit où elle a vécu et aussi depuis que j’ai lu les Lettres choisies l’an dernier, collection « Quai Voltaire ». Mais ici à travers une fiction et pas de n’importe qui !

J’ai voulu découvrir aussi Carnets Montparnasse 1971-1980 de Shirley Goldfarb qui sort le 24 mai également.

Dans le registre Littérature jeunesse, j’ai choisi chez Flammarion Jeunesse un carnet d’activité, qui apparemment est bien plus qu’un cahier de vacances : Réveille la fille géniale qui est en toi ! d’Anne Kalichy (auteure et éditrice) et Aurélie Buridans (graphiste). C’est un carnet de conseils et d’activités dans la tendance des blogs beauté, cuisine, déco, avec des tutos cuisine, écriture, jeux, quiz, tests etc. A partir de 12 ans. Je devrais tenir le choc !

Je remercie vivement ces éditeurs pour leur confiance. Je suis hyper heureuse !

En ce moment, je termine Eliza et ses monstres de Francesca Zappia (litté ado/YA) et Vernon Subutex, (tome 1) de Virginie Despentes que j’aime beaucoup pour sa causticité, son style sans détour et son franc parler. Et sa vérité. Humour noir a gogo.

Et puis c’est tout. 🙂

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Deuils – Eduardo Halfon

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Traduit par David Fauquemberg

Je vous emmène en voyage, en compagnie d’Eduardo Halfon, écrivain né au Guatemala en 1971.  Il est un auteur tout à faire connu en Amérique du Sud où il a été nommé parmi les quarante meilleurs jeunes écrivains latino-américains au Hay Festival de Bogotá. Il a déjà été publié plusieurs fois en France, mais j’avoue que je ne le connaissais même pas de nom. Une belle occasion de découvrir une littérature d’ailleurs, une fois de plus !

Deuils est le récit d’une quête familiale et d’une recherche de vérité :
« Il s’appelait Salomón. Il est mort à l’âge de cinq ans, noyé dans le lac d’Amatitlán. C’est ce qu’on me racontait, enfant, au Guatemala. Que le frère aîné de mon père, le premier-né de mes grands-parents, celui qui aurait dû être mon oncle Salomón, était mort noyé dans le lac d’Amatitlán, accidentellement, quand il avait mon âge, et qu’on n’avait jamais retrouvé son corps. »

Le narrateur cherche à percer le mystère de cet oncle qu’il n’a pas connu. C’est un fantôme qui hante le récit d’une présence évanescente, poétique et presque mystique. Dans sa quête, le narrateur entraîne le lecteur à travers plusieurs pays : le Gualemala, mais aussi les Etats-Unis, l’Allemagne, la Pologne…

« Je savais que mon grand-père avait quitté Beyrouth en 1919, à l’âge de seize ans, avec sa mère et ses frères, par les airs. Je savais qu’il avait d’abord volé jusqu’en Corse, où sa mère était morte et où on l’avait enterrée ; puis de là, en France, où tous les frères avaient ensuite appareillé depuis Le Havre à bord d’un vapeur baptisé SS Espagne, à destination de l’Amérique ; New York, où un fonctionnaire de l’immigration tire-au-flanc, ou peut-être fantasque, avait décidé de couper en deux notre nom de famille, et où mon grand-père avait travaillé pendant plusieurs années, à Brooklyn, dans une usine de bicyclettes ; Haïti, où vivait l’un de ses cousins ; le Pérou, où vivait un autre de ses cousins ; et le Mexique, où un autre cousin encore était le fournisseur en armes de Pancho Villa. Je savais qu’à son arrivée au Guatemala il avait survolé les arcades du Portal del Comercio – à une époque où un tramway tiré par des chevaux ou des mules passait encore devant le Portal del Comercio – avant d’y ouvrir un magasin de tissus d’importation(…). »

Deuils, c’est aussi l’histoire d’un exil familial et de tabous, transgressés malgré tout.

« Mon grand-père ne retourna jamais dans sa ville natale. Il ne voulut jamais y retourner. Et il refusa toujours qu’un membre de la famille s’y rende. Il ne faut pas aller en Pologne, disait-il. Les Polonais, disait-il, nous ont trahis. Je voyageais donc en Pologne, contre sa volonté (…). »

« Le petit frère de mon grand-père, pouvait-on lire sur ce document, alors âgé d’à peine vingt ans, était mort de faim », dans le ghetto de Lödz, le 14 juin 1944.

Ecrire pour savoir qui on est. C’est finalement ce que l’on ressent à cette lecture. Des choses tragiques mais écrites avec force et beauté.
De la joie aussi, et de l’humour.
On croise une foule de personnages hauts en couleur.

« Une dame courtaude et grassouillette regardait la télévision derrière le comptoir. Elle l’éteignit brusquement et se leva.

Bonjour, me dit-elle dans un demi-sourire pleine de tristesse et d’or. (…)
Je remarquai sur le pin brut du comptoir une assiette de plastique rouge contenant ce qui ressemblait à des cacahouètes grillées, mais en plus rond et plus sombre, un peu comme des grains de café brûlés, et je demandai à la dame ce que c’était. Des fourmis, répondit-elle, nos fameux zompos de Mayo. Bien grillées, ajouta-t-elle, avec du sel et du citron. »
Mmmmh ! Miam miam ! 🙂 Je vous laisse découvrir seul la fin de ce passage qui vaut le détour !

Eduardo Halfon vous berce, dans ce roman court, de sa plume poétique et concise. Ses mots vous enveloppent d’un voile de douceur, pour vous conter une histoire tantôt violente, tantôt magique, entre rêve et réalité.

Je classe ce livre parmi mes coups de coeur 2018 !

Monastère sort au Livre de Poche le 11 avril : il pourrait bien rejoindre ma PAL !

Merci aux éditions de la Table Ronde pour cette belle découverte !

 

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