Road trip dans les îles d’Ecosse : 3 – Lewis & Harris suite (et fin !)

Un petit peu d’histoire avant de reprendre la route.

Mac Leod & compagnie
Lewis & Harris a été une possession norvégienne jusqu’au 13e siècle. Puis elle est devenue la propriété de clans. Je passe sur le tout premier, qui était d’origine viking, comme celui qui fit date : Mac Leod (« Leod » est resté le patronyme le plus courant de l’île, et prend ses racines dans le vieux norrois ; il signifie « pas beau » ! 🙂 . Au XIXe siècle, le clan Mac Leod a fait construire des routes sur l’île. La veuve du propriétaire terrien a revendu cette possession à un entrepreneur, Lord Leverhulme, qui a poursuivi l’oeuvre de ses prédécesseurs en ce qui concerne les infrastructures. Il a tenté de mettre sur pied l’industrie du poisson avec l’installation d’une conserverie. Mais cela n’a pas fonctionné car les habitants de Lewis & Harris étaient quelque peu inquiets de tous les changements engendrés et regardaient d’un air méfiant ce lord avec ses grandes idées !  Le lord a fini par rendre l’île à ses habitants dans les années 90. La veuve du premier propriétaire avait tenté d’introduire la chasse au cerf alors que les crofteurs n’avaient pas assez de terres pour vivre correctement. Elle s’est pris une manif et a dû appeler l’armée à son secours. LOL !
Voilà pour faire très court, en espérant ne pas avoir dit de bêtises.

Les « herring girls »
L’industrie qui s’est vraiment développée au 18e et 19e siècle, c’est la pêche au hareng. Les jeunes femmes de l’île, les « herring girls« , comme on les surnommait,  s’engageaient massivement : un bon espoir de sortir de la misère et un bon moyen de voir du pays puisqu’elles embarquaient sur des bateaux qui allaient parfois jusqu’aux îles Shetland. Mais un travail très difficile et ingrat : leur travail consistait à éviscérer et ranger le poisson ; leurs mains étaient à la longue abîmées par le sel et elles travaillaient dehors. Leur paie était en fonction du tonneau de harengs qu’elles remplissaient. Elles sont indissociables de l’histoire de Stornoway.

DSC01950

En hommage aux « herring girls », à Stornoway (C)

Certains fermiers rachetaient les entrailles du poisson pour en faire de l’engrais. L’industrie du hareng a perduré jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. Un site instructif ICI .

Au 18e et 19e siècle, on exploitait aussi le varek (les algues jaunes que vous voyez sur le bord des loughs salés et des plages) pour en faire du carbonate de sodium (= de la soude) qui servait à fabriquer du savon et du verre.

Dans les années 30, la marine marchande s’est installée à Stornoway avec le développement de l’exportation du tweed. Entre autres.

Maintenant, on reprend la route, direction le nord de Lewis : on part à Ness, un nom qui parlera aux lecteurs de Peter May. C’est là que se passe en grande partie l’histoire, dans le village imaginaire de Crobost. Ness est un canton (pour faire dans la tonalité ultra-religieuse de l’île, c’est aussi une paroisse) qui rassemble plusieurs villages (vue leur taille, on peut même dire des hameaux…). On ne s’est pas amusé à retrouver exactement les coins où se déroule le roman (j’étais en train de relire le premier tome, je n’avais pas pris de notes et puis, pour qui n’a pas lu le roman, ce n’est pas d’un intérêt fracassant en soi ! 🙂 .

20690151_1679156445459876_8855259266793111529_o

Sur la route de Ness (C)

 

DSC01900

Les villages de Ness (C)

DSC01946

Les villages de Ness (C)

Je laisse la parole à Fin Mac Leod qui fait un meilleur guide de moi :
« Nous vivions dans ce qu’on appelle une whitehouse, à un peu moins d’un kilomètre du village de Crobost. Ce village faisait partie de la commune de Ness, située sur la pointe la plus au nord de l’archipel écossais des Hébrides extérieures. Les whitehouses dataient des années vingt. Les murs étaient faits avec de la pierre et de la chaux ou avec des kilos de béton, et les toits étaient couverts d’ardoise, de tôle ondulée ou de feutre bitumé. »  (L’île des chasseurs d’oiseaux, Peter May)

DSC01910

Maison d’un village de Ness (C)

DSC01903

Paysage de Ness (C)

Dans le roman, Artair adulte peste contre les éoliennes. J’ai eu une pensée pour lui ! 🙂

DSC01902

(J’ajouterai le passage du livre quand je le retrouverai, parce que bien évidemment, au moment où je le cherche, il a disparu… )

Petite remarque perso sur la conduite dans ce coin de l’île : les gens roulent pied au plancher, malgré une route sinon étroite du moins pas très large…  🙂

Direction Butt of Lewis, le point le plus au nord de l’île, et de l’archipel des Hébrides Extérieures. Réputé pour être le coin le plus venté aussi. Le soleil joue encore avec la pluie et inversement. Mais on a relativement de la chance.

20690145_1679160668792787_1744021089661056307_o

(C) Phare construit par la famille Stevenson, la famille de qui vous savez, qui était spécialisée dans ce genre d’activité…

DSC01916 - Copie

Butt of Lewis – la pointe la plus au nord de l’île et la plus ventée aussi ! 🙂 (C)

Un petit diaporama (cliquer sur le bouton si ça ne défile pas automatiquement)

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les chasseurs de gugas

C’est de Port of Ness, le village juste à côté (mais pluie oblige, j’ai renoncé) que partaient les fameux chasseurs d’oiseaux, figures emblématiques du roman de Peter May. Autrefois il s’agissait d’une nécessité de survie d’aller chasser les gugas, (terme gaélique pour désigner les poussins des fous de Bassan). Les hommes se rendaient sur un rocher au nord de Butt of Lewis, An Sgheir, situé à 64 kilomètres d’ici, chaque année. C’était considéré également comme un rituel de passage à l’âge adulte (c’est du moins ce que raconte Peter May dans son roman). Les riches de toute l’Ecosse raffolaient de la chair de ces oisillons (Peter May dit dans une interview que le goût de est entre le canard et le poisson) et c’est toujours un met très apprécié et très cher. Donc, je n’ai pas eu l’occasion d’en goûter et encore moins d’en trouver (faut dire que je n’ai pas eu le temps de chercher). De nos jours, les fous de Bassan font partie des espèces protégées dont la chasse est donc interdite. Sauf à Ness, parce que c’est un héritage culturel.
Qui a lu L’île des chasseurs d’oiseaux sait à quoi ressemble tant le rocher que cette chasse annuelle. Le rocher est glissant de fiente, c’est très dangereux. Pendant deux semaines, les hommes chassent les poussins avec un bâton doté d’un noeud coulant au bout. Les oiseaux sont mortellement assommés. Puis décapités. On allume des feux pour les plumer. On les fait mariner dans le sel pour les conserver. Bien évidemment, des associations d’écolo voudraient voir cesser cette chasse. Mais comme le fait dire Peter May à Fin qui discute, dans le roman, avec un écolo : est-ce moins cruel que la pêche quand les poissons suffoquent pendant des heures avant de mourir ? Bonne question !
Nous, dans la réalité, on n’est bien évidemment pas allés sur An Sgheir et on n’a pas vu un fou de Bassan de tout le séjour. Je peux juste vous proposer une photo de bébé goéland sur les rochers de Butt  🙂

DSC01921

Merci le zoom, les bébés goéland étaient loin ! (C)

J’ai lu quelque part sur un blog que Ness n’avait aucun intérêt, propos tenu suite à ce qu’en disait un habitant. Eh bien, faut se méfier des locaux ( 🙂 ) ! Nan, sérieusement ! Nous, on peut dire qu’on y a trouvé le Paradis pour les yeux ! Les images qui suivent en témoigne.
J’ai eu du mal à trouver le nom de cette plage sur laquelle on est tombé par hasard, sachant qu’il y en a quantité d’autres sur Lewis. Mais celle-là, c’est pour moi la plus belle, la plus intime, celle qui fait s’exclamer : « Abandonnez-nous là, c’est pas un problème ; appelez le boulot pour leur dire qu’on ne rentre pas ! «  Promis, les photos n’ont pas été trafiquées (aucune, d’ailleurs !)

20506921_1661341597241361_2703244412111206148_o

Port Stoth – Ness, île de Lewis (C)

DSC01942

Port Stoth – Ness, île de Lewis (C)

DSC01943

Pour en profiter encore un peu :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

(C)

Petite crique paradisiaque à l’abri du vent, époustouflante de beauté à en rester sans voix. Même quand, soudain, un peu de whisky se met à tomber du ciel pour vous faire redescendre de votre nuage ! 🙂 🙂
La pluie a été au rendez-vous pour le reste de la journée, empêchant pas mal de photos mais bon, on en a profité pour se promener autrement.

DSC01948

Ness – Une maison à vendre, si ça vous dit ! (C)

On a vu beaucoup de nos copains moutons, spécialistes du traffic jam (embouteillage) de l’île quand ils ne jouent pas les tondeuses à gazon naturelles…

20746138_1679159818792872_185577039761780690_o

Un matin, suite à insomnie pour cause de goélands teufeurs (si, si, ça fait un bruit incroyables ces bêtes à plumes et à croire que ça ne dort jamais !), je suis allée me promener dans Stornoway encore endormie, au hasard des rues pour prendre quelques clichés entre deux averses (le plus difficile, finalement, sur Lewis & Harris)

DSC01883

Stornoway – Impression d’être en Bretagne, dans mon village adoptif du pays Bigouden ! (C)

DSC01891

Stornoway – Jeux de contrastes. Il y a même un chat roux qui regarde la télé (pas vu en prenant la photo) (C)

DSC01887

Stornoway (C)

Pour continuer la promenade :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

DSC01949

En journée, c’est plus animé.

Un petit tour dans la « librairie » (qui vend aussi des souvenirs, des journaux etc.) qui se trouve dans la rue ci-dessus :

20413877_1661385057237015_7974451307103464960_o

Peter May est une célébrité à Stornoway (et sur toute l’île !) (C)

Je me suis embringuée dans le parc du château de Lews que je ne trouve pas fabuleux (l’école où va Fin au début se situait dans le château). La pluie m’a fait rebrousser chemin donc je n’ai même pas une photo.

On a repris le bateau pour rejoindre le « continent » écossais : 2h30 de traversée, direction Ullapool ; des annonces d’abord en gaélique et ensuite en anglais.

DSC01956

Et voilà, c’est fini ! On n’a pas tout vu et c’est tant mieux, ce sera une bonne excuse pour y retourner. On aura des points de repères et quand on connaît c’est plus facile.

Un nouveau Peter May qui se passe sur Lewis & Harris sort en janvier 2018 ! Looking forward !

Les prochaines chroniques seront consacrées aux livres et à la rentrée littéraire. Je suis déjà dans une lecture irlandaise pour atterrir en douceur, même si pour moi, les vacances sont déjà loin.

 

Publicités
Publié dans Littérature écossaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Road trip dans les îles d’Ecosse – 2 : Lewis et Harris

Je vous reprends où je vous ai laissés la semaine dernière, c’est-à-dire en train d’admirer le magnifique paysage de Skye près de l’écomusée…

On va continuer un peu vers le nord pour se rendre dans le petit village de Uig (dont ce nom gaélique veut dire « baie »), pour prendre le ferry et rejoindre Tarbert, petit village de Harris… Première étape, attendre la Caledonian Mac Brayne, qui relie deux fois par jour les Hébrides extérieures à l’ouest de l’Ecosse (au choix : Tarbert-Uig ou Stornoway-Ullapool ; but that’s all !)

Ce dont je me souviens de Uig, c’est qu’il faisait un froid de gueux et le vent était tellement puissant qu’on avait du mal à tenir debout. Le « CalMac », comme on le surnomme,  a la réputation d’être en retard mais il faut être là bien en avance, pour embarquer et se mettre en rang d’oignon. Néanmoins c’était plutôt tranquille.
Donc, en attendant d’embarquer, petit tour sur le port…

20785732_1679147855460735_2417743655913197580_o

Uig – Ile de Skye

20745944_1679147225460798_8923784477184459892_o

Mise dans l’ambiance en attendant la traversée pour Lewis & Harris à Uig, île de Skye

 

20689543_1679146538794200_3561008775382463206_o

20690456_1679148388794015_3600846113437073495_o

Non, on ne part pas avec ce bateau de pêche… 🙂

On scrute l’horizon avec impatience, le rêve est proche, il fait froid, on trouve la salle d’attente pour les piétons au moment où le bateau arrive. Vite demi-tour, juste le temps de prendre une photo.
20690327_1679149642127223_5725413857610491706_o

On est bien claqué de notre journée au grand air mais excités comme des gamins. On embarque et c’est parti pour 1h40 de traversée. La taille du bateau m’a surprise, on se croirait dans « La croisière s’amuse », et le pied c’est qu’il est presque vide ! On ne se marche pas dessus et on arrive à avoir le meilleur point de vue, bien au chaud, en train de siroter un petit drambuie (liqueur de whisky, avec du miel et de la bruyère, l’équivalent du mist irlandais). On quitte Skye sous la pluie pour mettre cap sur le grand large. Pendant longtemps, rien à l’horizon, le bateau navigue pourtant à une belle vitesse. De magnifiques jeux de lumières à saisir. Et puis le suspense…
20690058_1679150772127110_6441863028643478926_o 20369492_1658971577478363_69887096169126972_o

 

Parce que les Hébrides extérieures aiment bien se draper dans un brouillard de suspense ! Très lentement, très doucement, terre à l’horizon ; on a l’impression d’en être même encerclés mais sans en être vraiment certains. Pourtant, des employés de la compagnie commencent à prendre position à l’avant du bateau. Le brouillard lève le rideau et apparaît devant nous, Tarbert, petit village niché sur le flanc des montagnes de Harris.

20414245_1658975784144609_4067089897675593723_o

Arrivée à Tarbert, sur l’île de Harris

DSC01882.JPG

Le petit village de Tarbert sur Harris (C)

La carte Michelin sur les genoux, on prend la route pour Stornoway, sur Lewis. Mais c’est pas trop difficile, c’est tout droit, vers le nord. Le paysage est beaucoup plus impressionnant. Des montagnes « géantes », c’est le souvenir qu’il me reste, des lochs et des lochs, un désert de vert et de pierres sans rien d’autre, à part quelques maisons paumées et isolées les unes des autres par des kilomètres de distance. Glurps !! Pas le moment d’avoir un problème, ce serait la galère ! Je connais bien le Connemara en Irlande, ces paysages sont similaires mais pourtant j’ai l’impression qu’à côté de ce que je vois ici, le Connemara est une région bien moins sauvage ! C’est dire ! Le mauvais temps accentuait encore ce désert austère. Ca y est, on est bien dans l’ambiance décrite par les romans de Peter May !

 

Paysages de Harris (c)

On a bien le temps de s’immerger dans l’ambiance car la route est un peu longue pour rejoindre Stornoway, serpentant entre des lochs, des montagnes et des cailloux. Peu à peu, l’altitude devient moins élevée, le paysage plus plat au fur et à mesure qu’on avance vers le nord : pas de doute, on est sur Lewis !!

DSC01840

Lewis (C)

Je dis parfois Lewis & Harris ; parfois Harris et encore parfois Lewis. En réalité, Lewis & Harris est une seule île. Mais pour les Ecossais et en particulier les habitants de Lewis & Harris ce sont deux îles distinctes car le dialecte gaélique qui y est parlé est différent.
Le gaélique
Ah oui, détail d’importance et pas des moindres : ici, le gaélique est la première langue parlée couramment. Bien plus qu’en Irlande (pas le même dialecte, d’ailleurs). Plus de 60% de la population le pratique quotidiennement. Cela se ressent énormément dans l’accent anglais des habitants. Je vous assure, dans votre vie, vous n’avez jamais fait d’anglais tant que vous n’aurez pas fait un tour sur Lewis & Harris ! L’accent gaélique à ce point dans la langue anglaise, je n’avais encore jamais vu. Même en irlande (sauf peut-être à Inishmore mais à côté c’était rien). C’est génial. Surtout quand du coup, on ne comprend rien ! 🙂 Même avec un anglophone dans les bagages qui a presque l’air d’en suer autant que vous. Sérieux, vous aurez « les gouttes » ! 🙂 Et parfois, les gens s’amusent et vous parlent directement en gaélique. Sans doute rien que pour voir votre tête, le temps que ça remonte au cerveau et que vous compreniez que ce n’est pas la peine de vous creuser :  ce n’est pas de l’anglais… Toutes les indications sont d’abord en gaélique et le reste, en tout petit, en anglais.
DSC01888

20374516_1660664570642397_8234336715645884704_n

C’est très étrange pour nous d’entendre des gamins s’amusant à faire déraper leurs vélos sur le bitume mouillé s’interpeler en gaélique !

Le miam
Mais un super accueil, un super miam, maison. Le deuxième fish and chips le meilleur au monde que j’aie mangé, je l’ai mangé ici, à Stornoway, sur Lewis ! Frites maison et poisson tout frais pêché. 20690233_1679161282126059_2823471364152135828_o

 

Partout où on a mangé, c’était des choses faites maison ! Je ne sais pas si c’est le hasard. Mais en tout cas, même au centre d’information des pierres levées de Callanish, la mini-cafét faisait de la cuisine traditionnelle maison. Je n’ai jamais vu ça ailleurs. Dans mes papiers, peut-être retrouverai-je les adresses. En tout cas, c’était top. La chose à goûter absolument et que les Irlandais connaissent bien aussi, c’est le black pudding (boudin noir de mouton, en tranche), servi au petit-déjeuner. Le black pudding est la spécialité de Stornoway ! On doit sa réputation à la boutique de Charles Macleod (« A taste of the Outer Hebrides ! »), sise Roperwork Park.

Le drink
Du whisky, évidemment (il existe à présent 2 distilleries légales depuis 2008 sur Lewis & Harris ; auparavant, elles étaient toutes « illégales »).
De la bière : la clasman (bière blonde) , la Islander (bière rousse) ; la Celtic Black (stout ou bière brune) .

De quoi s’habiller
Si le coeur vous en dit, vous pouvez aller visiter l’atelier du fameux tweed de Harris, situé à Tarbert (avec des boutiques un peu partout sur l’île de Lewis & Harris). Ce tweed, très différent de celui de Donegal (pour ceux qui connaissent l’Irlande) est en pure laine (évidemment), avec des motifs de tartan. Pour porter la mention « tweed de Harris », il doit obligatoirement avoir été tissé à la main et au domicile du tisserand et bien évidemment sur Harris ! Il ne peut pas avoir été fabriqué en usine. Le tisserand est payé au mètre et il a un autre job à côté, ne pouvant vivre de cela. Le tissage artisanal explique paradoxalement le prix exorbitant de la moindre babiole en tweed de Harris. Mais c’est splendide !

DSC01897

Sur Lewis & Harris de nombreux souvenirs faits sur place et non pas en Chine peuvent faire des cadeaux originaux et authentiques. Ici en tweed de Harris dans une boutique de Stornoway  (C)

On s’est procuré des documents à l’office du tourisme de Stornoway et puis partout où on est passé, car nos guides en français ne prêtent guère attention aux Hébrides Extérieures. 20729069_1679145255460995_4599533166752576986_oJ’ai ainsi récupéré gratuitement une jolie carte illustrée de l’île (pratique pour repérer les pompes à essence !), un plan de Stornoway illustré aussi et tout un tas de choses sur ce qu’il y a à visiter et à acheter… C’est très bien achalandé. On a donc commencé à faire nos touristes en mal de verdure et de grand air. On ne connaît pas, donc on se laisse guider par les principaux sites à voir. Ce que je peux dire, c’est qu’on a beaucoup roulé. Mine de rien, c’est une grande île Lewis et Harris, la plus grande des Hébrides Extérieures et  même d’Ecosse, bien que nos guides touristiques l’oublient. C’est parsemé de lough et de « fjords » (même si le terme n’est pas le bon) : bref, c’est une île, mais l’eau s’installe partout dans l’île elle-même. Quand elle ne tombe pas du ciel non plus. Autant vous dire que si vous êtes une chochotte qui craint la pluie et le vent, les jeux de cache-cache permanents toutes les 5 minutes entre le soleil et les nuages, Lewis & Harris n’est pas pour vous ! La douche écossaise a été notre lot quotidien. Ce fut une vraie gageure pour faire des photos : j’en ai fait pas mal, mais certainement pas autant que j’aurais voulu. Dame Nature m’en a souvent empêchée. Mais ça fait partie de la destination !

Dun Carloway Broch, à l’ouest de Lewis date de l’âge de fer. En soi, il n’a rien d’extraordinaire et ce n’est en tout pas ce qui a attiré mon attention. Mais le paysage et la vue.

DSC01846

20746189_1679158038793050_5019066911308545397_o

On était tout à fait dans un roman de Peter May. Je m’attendais à voir débouler Fin, Artair et Marsaili au coin de la route. Le roman ne se déroule pas dans ce coin de Lewis, certes, mais dans le nord, près de Ness. N’empêche, j’y étais carrément !

20451842_1659964440712410_8611054588243906209_o

(C)

 

 

DSC01858

A l’ouest de Lewis (C)

DSC01850

DSC01848

Bergerie en ruine ou vieille blackhouse ? (C)

Magnifique vue. On s’en est pris plein les yeux – pendant tout notre séjour d’ailleurs, où qu’on les tourne !

DSC01851

 

A Callanish, toujours à l’ouest de Lewis, un site de menhir parmi tous les autres des alentours, cela fait tellement rêver que ça se passe de commentaire…

DSC01867

(C)

DSC01866

(C)

DSC01861

5000 ans qu’elles sont là (C)

Lewis & Harris est réputé pour ses magnifiques plages. Comme les autres îles des Hébrides extérieures d’ailleurs. On voulait les voir, il faut dire que ça se mérite : pas évident avec la météo. Sachez que les photos que vous allez voir, m’ont coûté la saucée du siècle, façon seau d’eau qu’on vous verserait sur la tête histoire de vous faire une blague. J’aurais voulu m’approcher plus, être au bord des vaguelettes, mais je n’ai pas eu le temps : le nuage s’est percé avant et nous a lâché sa dose de whisky – rappelez-vous que la racine étymologique de cet alcool (qui vient du gaélique) veut dire eau ! 🙂
La plus fameuse plage, qui est réputée la plus belle d’Europe et du Royaume Uni, (j’adore ces réputations partout où on peut aller dans le monde…) se trouve sur Harris. Bon, sérieux, c’est pas avec la carte Michelin et seulement un guide en français qu’on aurait pu la trouver. Luskentyre est bien indiqué sur la carte Michelin mais pas de mention ou de pictogramme « plage ». Donc merci à nos documents de l’office du tourisme des Hébrides Extérieures !
Allez, je vous emmène !

DSC01870

Plage de Luskentyre Sands (South Harris) (C)

 

DSC01871

Plage de Luskentyre Sands (South Harris) (C)

DSC01873

Plage de Luskentyre Sands (South Harris) (C)

DSC01877

Plage de Luskentyre Sands (South Harris) (C)

DSC01879

(C)

Encore une fois, je vais vous laissez là, profiter de la plage. Je pensais qu’un seul billet sur Lewis & Harris suffirait pour résumer mes journées. Mais non ! Une troisième chronique s’impose, pour aller dans le coin des chasseurs d’oiseaux…

Publié dans Non classé | 4 commentaires

Road trip dans les îles d’Ecosse : Skye, Lewis & Harris – 1 : Skye

Aller sur Lewis & Harris est un road trip auquel je songeais depuis un moment. Depuis que Peter May a immortalisé cette île dans ce qui est depuis devenue la célébrissime « trilogie écossaise » : L’île des chasseurs d’oiseaux (The Blackhouse) ; L’homme de Lewis (The Lewis Man) ; Le braconnier du lac perdu (The Chessmen), publiés aux éditions du Rouergue puis au format poche chez Babel Noir.

20248250_1653310294711158_545046586530549441_o

J’ai découvert le premier volume en 2011 grâce au blog « Voyager lire » et j’ai ensuite dévoré le deuxième et attendu avec impatience la parution du 3e tome, qu’on m’a prêté, avant que je ne l’achète au format poche, pour me le faire dédicacer par Peter May. Je me souviens lui avoir dit que ses livres donnaient vraiment envie d’aller visiter Lewis & Harris (des millions de personnes ont dû lui dire la même chose !), mais sans penser qu’un jour je pourrai m’y rendre moi-même.  J’en parlais comme si c’était un rêve. Mais parfois les rêves deviennent réalité ! 🙂 Cela faisait 2 ans que je ne m’étais pas rendu en Ecosse, il fallait donc faire quelque chose pour remédier à cela… Ce me changeait un peu de l’Irlande aussi.

Quitte à aller aussi loin que Lewis & Harris, autant visiter son île presque voisine de plusieurs dizaines de kilomètres :  Skye. J’y suis déjà venue en 2011. Mais je n’avais visité que Portree et Dunvegan Castle. Skye est d’ailleurs le passage presque obligé sinon il faut remonter vers Ullapool pour arriver directement sur Lewis & Harris.

Je me suis procuré une carte Michelin à jour, j’ai ressorti mes vieux guides sur l’Ecosse et acheté un plus récent. Mais sur Lewis & Harris : deux lignes voire rien du tout… Peu importe, on avait la carte avec les routes. Ca a l’air tout petit comme ça comme île… Mais a priori, je trouvais cela suffisant pour se repérer facilement (je ne  dis pas pourquoi tout de suite…).

19693818_1633228210052700_3532138606809413192_o

J’ai embarqué L’île des chasseurs d’oiseaux avec moi, dans le périple, pour le relire sur place.

20604680_1665609843481203_6715098719309258626_n

Dans l’avion (C)

Je vais vous passer l’attente interminable dans un certain aéroport parisien, où même avec 4h d’avance (au lieu des 2 requises), on a failli rater notre avion. Un vrai bordel que je n’ai jamais vu en 20 ans de voyage. Plus de 2 heures d’attente pour le contrôle sécurité et autant à la police des frontières. J’ai discuté avec un type de l’aéroport à un moment où tout était bloqué pour le contrôle sécurité : pourquoi 5 comptoirs fermés ? pourquoi toute cette attente ? Seule réponse obtenue : ces comptoirs sont fermés car sinon au contrôle d’identité à la police des frontières, il y a trop de monde dans leur zone. Han, han ! Original comme concept organisationnel. Donc si je traduits : pas assez de monde pour faire le boulot. Bravo Aéroports de Paris ! Génial de mettre en péril les vacances des gens qui passent dans vos terminaux. La classe à la française. Aéroports de Paris, par ses dysfonctionnements, nous a fait prendre tellement de retard, que la compagnie aérienne a dû demander à ce que les gens pour Edimbourg soient prioritaires (on en était à 1h de retard sur l’embarquement prévu !). On s’est extirpé de la foule, on a fait notre contrôle de passeport en passant devant tout le monde, on a speedé à la porte indiquée sur notre carte d’embarquement, celle bien évidemment, tout au fond, la dernière… 🙂  pour voir une fois arrivée à ladite porte que c’était un vol pour… Tunis ! On nous dit que la porte a changé. Je demande si c’est trop que de l’annoncer compte tenu des circonstances. Bref, nouveau sprint au triple galop, en troupeau (en gros la moitié de l’avion !) à travers l’aérogare. On a fini par embarquer, après 20 minutes d’attente dans un bus (je croyais qu’on était en retard ??) qui s’est contenté de faire le tour de l’avion ! On était ravis de partir de cet aéroport de fous. En discutant avec un steward, j’ai appris que les compagnies aériennes ont lancé une pétition car ils en ont assez d’être en retard car Aéroports de Paris est mal organisé. Je plains les gens qui avaient une correspondance à prendre, c’était fichu d’avance ! On n’était même pas un week-end, mais un jour de semaine en juillet. Période de départs en vacances tout de même. 4 heures d’attente pour aller, non pas en Chine, mais en Ecosse, pays de l’UE n’appartenant pas l’espace Schengen. On croit rêver : on aurait eu le temps de faire 2 aller-retour ! Pas de contrôle supplémentaire à la sécurité. C’était comme d’habitude… Heureusement, départ sans encombre dans le sens inverse, malgré la foule du jour. Voilà, pour la parenthèse « aéroport pourri »….

Je vous fais atterrir directement sur Skye.

Ile de Skye

On a pris le ferry à Mallaig, petit port sur le Sound of Sleat, bras de mer entre le continent et Skye. De la houle, mais une traversée avec un concert de musique traditionnelle ! (Il existe un pont qui relie Skye au continent, mais à moins d’être pressé, aucun intérêt à l’emprunter : pour se mettre dans l’ambiance, le ferry est le mode de transport à privilégier !)

330px-Isle_of_Skye_UK_relief_location_map_labels

Skye est une île moins peuplée que Lewis & Harris, contrairement à ce qu’on pourrait penser, même si elle est plus touristique et plus proche du « continent » écossais. Sa capitale, Portree, compte 2500 habitants, contre 9000 pour Stornoway, capitale de Lewis & Harris.

L’île appartient à l’archipel des Hébrides intérieures. Comme à Lewis & Harris, on y parle le gaélique écossais. L’île est réputée pour ses paysages majestueux et ses randonnées  à faire : marcher dans ce coin doit être rudement difficile ! On a remonté la pénisule de Sleat jusqu’à Broadford, un village de 100 âmes niché dans une baie magnifique où ciel et terre se rejoignent, dans des jeux de lumières qui varient à l’infini. Mon guide Lonely Planet, indiquait que cette péninsule était sans intérêt. Je l’ai trouvé vraiment jolie ! Calme, sans trop de touristes. Ce qui n’est pas le cas partout sur Skye. J’aime pas la foule ! 🙂 En plus, il y a des phoques coquins qui jouent à cache-cache…

DSC01749.JPG

Broadford Bay – Skye (C)

DSC01754.JPG

Broadford Bay – Skye (C)

Sur Skye, la montagne est reine. C’est le paradis des randonneurs aguerris. Les Red and Black Cuillin Hills vous écrasent de leur regard défiant.

 

(C)

Les Red Cuillin sont les montagnes pelées ; les autres sont les Black Cuillin. Il tombait des trombes d’eau quand j’ai pris ces photos ! J’aurais voulu prendre dix fois plus de clichés, mais Dame Nature est la plus forte…
D’ailleurs, voici la preuve que l’Ecosse est un pays normalement sec…. :

DSC01761.JPG

(C)

Le truc bien, c’est qu’avec le vent, on est vite sec ! Le sèche-cheveux écolo est partout présent… 🙂  Et surtout la pluie ne dure pas forcément très longtemps. Ce fut le cas ce jour-là : alternance de pluie et d’éclaircies, d’arc en ciel… La routine écossaise, quoi !

DSC01765.JPG

Portree, la capitale de Skye (C)

L’un des meilleurs fish and chips du monde (selon moi) se trouve sur ce quai, parmi les petites maisons colorées. Testé pour vous en 2011 et il y a toujours autant de monde qui attend pour se faire servir en 2017 : l’aiglefin (nom du haddock quand il est frais et non fumé) arrive directement au bout du quai…

On a repris la route en direction du nord de Skye, sur la péninsule de Trotternish, en longeant la côte. Le soleil et les nuages ont décidé de continuer à jouer au yoyo, mais on a beaucoup de chance à cet instant T quand au détour d’un virage…

DSC01775

The Old Man of Storr (C)

DSC01778.JPG

(C)

On reste sans voix devant tant de splendeur, la nature est vraiment magnifiquement grandiose. Vous n’êtes rien qu’un petit moucheron (midge ? 🙂 ) prêt à être écrasé si elle se mettait à tousser… Un petit air de Far West américain. On a vraiment eu de la chance, car entre la météo houleuse et la circulation, ce n’était pas évident de s’arrêter pour prendre des photos. Le pic rocheux est censé représenter le visage d’un vieil homme. J’avoue que je n’ai pas eu le temps de le voir.
On continue de remonter vers le nord, avec un arrêt à Rhubha nam Brathairean pour la vue. Seul bémol : on n’était pas tout seuls ! Un car d’Asiatiques en goguette avait eu la même idée, puisque la vue est réputée je pense et qu’il y a tout plein de place pour s’arrêter sur le parking plus haut. Donc heureusement qu’il y avait la vue, le soleil qui rend l’herbe fluorescente car autrement, cela aurait été décevant !

(C)

Il y a aussi un peu plus au nord le célébrissime Kilt Rock à voir (parce qu’il y a comme un kilt dessiné dans la roche, comme son nom l’indique), mais trop de monde sur 3 cms carrés (j’exagère à peine…) !

Donc on a pris la fuite pour profiter de quelque chose qui nous intéressait beaucoup plus, un éco-musée qui reconstitue la vie dans les cottages de l’île aux 18e et 19e siècles, avec notamment une blackhouse : the Skye Museum of island life. Le musée est géré par des bénévoles de Skye.

20369780_1658989350809919_4083135453959521867_o

Blackhouse (C)

On imagine sans difficulté la force du vent ici. J’adore l’astuce pour que le toit ne s’envole pas (à méditer pour ceux qui font du camping !)

DSC01814

(C)

Très émouvant tous les objets et documents rapportés par les habitants de Skye  pour reconstituer l’intérieur des maisons (toutes époques confondues) et la vie sur l’île de Skye.

(Cliquez pour faire défiler le diaporama)

Ce diaporama nécessite JavaScript.

(C)

Ce diaporama nécessite JavaScript.

(C)

En plein mois de juillet, la température était de quelque chose comme 13 degrés, ça soufflait malgré le soleil, on imagine la vie rude de ces gens dans les tourbières.  Comme j’étais bien immergée dans ce trip « vies difficiles » grâce à la belle reconstitution qui a été faite, je me suis acheté The Life and Death of St Kilda, de Tom Steel dans le petit magasin de souvenirs : ça leur laisse un peu d’argent pour perpétuer la mémoire de ces vies et c’est une manière de s’instruire… La pauvre St Kilda, l’archipel au grand large de Lewis qui ne figure même plus sur beaucoup de cartes, comme la carte Michelin d’ailleurs…
Sinon, à la librairie de Portree, on a le choix sur les livres autobiographiques de la vie sur les îles des Hébrides. Je me suis mis les mains dans le dos pour ne pas tout acheter… Je connais bien ce genre littéraire version irlandaise (j’ai chroniqué quelques livres sur le blog, d’ailleurs), mais beaucoup moins dans la « version » écossaise. C’est terriblement tentant et dangereux pour la PAL l’Ecosse et l’Irlande !
20615969_1668159569892897_8589746581683246199_o
Même sur Skye, j’ai déjà trouvé trace de notre cher Peter May…

20449087_1660173534024834_4368327679398620355_o

DSC01802

Ile de Skye

Je vous laisse là pour aujourd’hui,  profiter du paysage. Je vous retrouve pour la traversée et le périple sur Lewis & Harris, après presque deux jours passés sur l’île la plus touristique des Hébrides intérieures.
Je pensais faire une seule chronique, mais je m’aperçois que j’avais davantage à raconter que je ne l’imaginais.
(C) : toutes les photos ont été faites par moi-même, of course.

Publié dans Littérature écossaise | Tagué , , , , | 6 commentaires

Le doute – S. K. Tremayne

41+D1Q+RtFL

Traduit par Isabelle Maillet

Suite au décès de leur fille Lydia, Angus et Sarah Moorcroft décident de quitter Londres, pour refaire leur vie sur un îlot perdu du sound of Sleat, entre l’île de Skye et Mallaig, à l’ouest de l’Ecosse. Angus (comme son nom l’indique) est écossais et sa grand-mère lui a légué une vieille maison, sur cet îlot nommé Torran, entouré de vase. La civilisation la plus proche se situe sur la minuscule l’ile d’Ornsay, que l’on peut rejoindre à pied quand la marée est basse. Tout en faisant bien attention à mettre ses pieds en dehors de cette vase mouvante prête à vous engloutir au moindre faux pas… Ce coin réputé pour ses violentes tempêtes mais aussi ses magnifiques paysages, qui ont fait fantasmé Sarah, d’origine anglo-américaine.
Voilà pour le décor.

20245411_1648701498505371_7896205660527584274_n

La petite Lydia a une soeur jumelle, exactement identique : Kristie. Oui, me direz-vous, les vrais jumeaux se ressemblent. Sauf que celles-ci ne sont à tel point identiques que leurs parents ont un tel mal à les reconnaître qu’ils ont dû trouver un système pour les distinguer : un système de couleurs. Elles ont les cheveux tellement blonds qu’ils sont presque blancs, les yeux bleus perçants. Leur surnom est « les jumelles de glace » (The Ice Twins, titre original). Leur caractère n’est pas semblable : c’est aussi ce qui permet de les différencier.
Quand le roman commence, Lydia est morte depuis 14 mois. Les Moorcroft font leurs bagages et déménagent donc à Eilean Torran, séparément. Leur idée est de retaper cette vieille baraque pour sauver leur couple et survivre au décès de leur fille. Un moyen aussi de sauver psychologiquement la jumelle survivante. Mais très vite, Kristie adopte un comportement étrange, affirme être Lydia, fait des crises d’angoisses et d’identité, entend des voix, parle seule à quelqu’un qu’elle seule peut voir. Scolarisée à l’école d’Ornsay, elle est rejetée et moquée par ses camarades. Les parents voient rouge, sont désemparés.
Le récit alterne entre le point de vue de Sarah et celui d’Angus. On découvre peu à peu leur faille : ce ne sont pas des personnages parfaits ; ils ont des secrets qu’ils se cachent mutuellement, ne sachant pas que l’autre « sait » déjà. Cela va en s’empirant pour Sarah le jour où sa fille survivante affirme qu’Angus a eu un comportement déplacé vis-à-vis de l’autre jumelle. De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas. Mais peut-on croire les paroles d’une enfant de 7 ans ? De son côté, Angus est persuadé que Sarah est responsable de la mort de sa fille. Et qui est vraiment leur fille survivante : Lydia ou Kristie ?

Un thriller particulièrement réussi : on sent vraiment l’angoisse monter et la trouille vous envahir. Comme tout bon thriller digne de ce nom, de multiples rebondissements sont au rendez-vous. Le tout allié à la météo et aux paysages sauvages, aux couleurs changeantes et incroyables de ce bout d’Ecosse : c’est ce qui fait l’originalité de ce livre et c’est ce que j’ai aimé, encore plus que l’intrigue. Etre plongée dans cette ambiance iodée dans un paysage grandiose mais cruel, où la maison elle-même est un personnage à elle toute seule ! L’apothéose est la tempête monumentale qui éclate, offrant le dernier rebondissement à l’histoire. Du moins c’est ce qu’on croit. Mais il faut lire le roman jusqu’à la dernière page !! Quelques touches de gaélique écossais pour parfaire l’ambiance et le tour est joué !

J’ai apprécié cette lecture de pur divertissement, juste avant d’embarquer en direction de Lewis en passant par Skye via le petit village de Mallaig, sur le Sound of Sleat, justement ! 🙂

20449075_1657555200953334_5198398256190927629_o

La plage d’argent, près de Mallaig (c)

A noter que l’îlot où est situé la maison des Moorcroft est purement imaginaire mais l’auteur(e) s’est inspiré(e) de Eilean Sionnach, près d’Isleornsay à Skye.
Jeu de mots dans le nom de famille, je me le suis demandé aussi, mais c’est peut-être un nom de famille courant en Ecosse…

Vraiment prenant et scottish, au-delà même des quelques clichés, qui font qu’on pardonne à l’auteur. L’auteur(e)? qui publie ici sous un pseudonyme tout en étant un(e) auteur(e) britannique à succès. Je ne vois pas qui c’est.

Livre découvert sur le blog de Mélo ! Merci 😉

Pour ce qui est de Lewis, j’en parle bientôt (je suis rentrée hier, avec tant de belles images en tête et dans l’appareil photo : c’était magique !  Un rêve réalisé !

Publié dans Littérature écossaise, Non classé | Tagué , , , | 2 commentaires

Vengeance – Benjamin Black (série « Dr Quirke » tome 5)

41pm0UbcrWL

Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

Un jour Victor Delahaye,  riche patron d’une société dublinoise, emmène le fils de son associé Jack Clancy faire un tour en bateau. Pourtant, le jeune Davy n’a pas le pied marin et n’aime pas la mer. Mais il se laisse embarquer. Pour ajouter à sa frayeur, voilà qu’après un étrange monologue, Victor Delahaye sort un flingue et se tire une balle dans la poitrine, laissant Davy dans une panique effroyable, un cadavre sur les bras. Coup de chance, il s’en sort avec une insolation.

Les Clancy et les Delahaye font partie du paysage dublinois depuis longtemps  :  « Les Clancy et les Delahaye étaient proches depuis aussi longtemps qu’on pouvait se le rappeler. Au début du siècle, Samuel Delahaye et Philipp Clancy s’étaient associés pour affréter des vraquiers chargés de charbon du Pays de Galles; un peu plus tard, Samuel Delahaye avait perçu le potentiel de l’automobile et les deux partenaires avaient ouvert un des premiers grands garages du pays en embauchant des mécaniciens d’Angleterre, de France et d’Italie. Les affaires avaient prospéré. Mais si les deux entrepreneurs étaient censés être de même poids, tout le monde avait su d’emblée que Samuel Delahaye était le patron et Phil Clancy son administrateur. »  La mort de Victor Delahaye plonge les deux familles de la bourgeoisie irlandaise dans les interrogations et les introspections. L’ inspecteur Hackett est chargé de l’enquête, avec son médecin légiste préféré, notre bon vieil ami Quirke, qui est enfin de retour pour ce cinquième tome, après 3 ans d’absence en France !

Hackett est toujours vêtu de « son sempiternel costume bleu brillant plus que jamais au niveau des coudes et des genoux », remarque Quirke, qui « préfèr[e] ne pas songer à l’aspect du fond de son pantalon ». 🙂 J’ai adoré retrouvé l’humour pince sans rire des deux compères, qui observe la société qui les entoure avec suspicions, jusque dans le contenu de leur assiette : « Passez-moi la moutarde, là-bas, demanda Hackett, car, je l’affirme devant Dieu, ce machin a le goût de deux bouts de carton fourrés avec une tranche de lino moisi. » Miam !

L’enquête de Hackett s’annonce coton car fouiller dans les secrets de famille de la grande bourgeoisie nécessite de les prendre avec des pincettes. Un roman noir qui donne l’occasion à Benjamin Black de nous faire pénétrer dans une big house au coeur des années 50. Les personnages sont tous étranges, semblent jouer des rôles. Il y a même deux frères jumeaux, Jonas et James,  à l’allure inquiétante, voire maléfique qui se ressemblent tellement qu’on ne les distingue que par la bague portée par l’un. Il y a une veuve dans le rôle de la ravissante idiote, une soeur déprimée et une belle amante.

Benjamin Black met un peu son héros en arrière plan dans ce volume pour focaliser l’histoire sur l’ambiance entre ces deux familles où l’orgueil rivalise avec la peur et le doute quand une deuxième cadavre apparaît. Il y a du Agatha Christie dans cette histoire. Quelque cousin de l’arsenic aussi pour faire peur aux trop curieux (une fois encore, Phoebe, la fille de Quirke, va payer la curiosité de son père…).

Pourtant, quand Quirke entre en scène, il ne fait pas les choses à moitié. C’est un personnage complexe et contradictoire. Il ne rate jamais une bêtise parce qu’il est faible, a conscience de sa faiblesse et de l’erreur qu’il commet au moment même où il agit. Un tombeur de dames ? A moins que ce ne soit l’inverse, avec de jolies femmes qui font ce qu’elles veulent de lui. Hackett lui en veut de toujours avoir le don de se mettre dans le pétrin tout seul ! Il y a à plusieurs reprises une allusion au liseron, qui a quelque chose à voir avec ces femmes fatales….

Un roman noir qui fait la part belle à l’ambiance. Le genre de roman qui plaira à ceux qui aiment les belles tenues, les ambiances enfumées et les femmes fatales des années cinquante. Et Agatha Christie. Subtile mélange.

ava_gardner_df929e0de03bd554dce38af7832c7696
L’ambiance prend le dessus sur l’intrigue, dont le dénouement a finalement peu d’importance. Le tout saupoudré d’une touche d’humour noir irlandais. J’ai passé un bon moment.
J’ai eu du mal à trouver ce livre en librairie, c’est bien dommage que cette série écrite tout de même par le grand auteur qu’est John Banville soit si peu visible ! Pour ceux que ça intéresse : la BBC 1 a adapté ces romans noirs avec Gabriel Byrne dans le rôle du docteur Quirke (personnellement, je ne vois pas du tout Quirke à travers les traits de cet acteur ; Quirke est beaucoup plus costaud) .

Vivement la suite…. 🙂

 

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | 1 commentaire

Un an de rencontres littéraires

Nous voici en plein été, en pleine période de vacances, une pause estivale également pour les rencontres littéraires et l’occasion de faire un petit résumé de mon année (histoire d’en garder une trace aussi).

Septembre :

Un incroyable Festival America où j’ai passé deux jours et enfin pu rencontrer en chair et en os, le fameux Colum McCann qu’on ne présente plus : je m’en suis donné à coeur joie d’assister à une majorité de conférence auxquelles il était convié. Elles étaient toutes dotées d’un petit supplément d’âme par la présence de cet écrivain à l’humanisme hors normes. Le petit « plus » dans cette cuvée fut de le trouver tout seul pendant 3 secondes un dimanche matin, d’échanger quelques mots, de faire dédicacer Etre un homme ( Ed. 10/18) et d’être toute émotionnée d’être sortie de moi-même pour trouver le courage d’aller lui parler sans trop savoir ce que j’allais bien pouvoir lui dire.  🙂 .
L’autre bonne surprise, fut la présence de l’Américaine d’origine irlandaise Alice McDermott, dont j’ai lu Someone (publié aux éditions de la Table Ronde)

 

alice-mcdermott-c

Septembre encore, à la Librairie Gallimard à Paris, rencontre avec Emma Cline accompagnée de son éditrice Alice Déon, pour présenter The Girls (éditions de la Table Ronde), un roman que je n’avais pas encore lu au moment de la rencontre, mais que je voyais sur les réseaux sociaux, et dont je lisais d’excellentes critiques.

51wcDTqDzkL._SX305_BO1,204,203,200_

14469444_1245393512169507_7810931213842832768_n

 

Je n’ai pas regretté ma soirée, puisque l’intelligence, la finesse et la maturité d’Emma Cline ont fini de me convaincre qu’il fallait que je lise ce livre. 🙂 🙂 Magnifique décor, en plus cette librairie. Il me semble que le roman sort en poche chez 10/18 en septembre. Autant dire que c’est une raison de plus pour ne pas s’en priver !

Octobre

Rencontre avec Olivier Truc venu présenter la suite du Détroit du loup, une série de polars qui met en scène les Sames et la police des rennes.  Je rentrais de Suède, j’avais commencé à lire Le dernier Lapon (pas encore fini, pourtant c’est bien !), c’était un bon complément de voyage et Olivier Truc est passionnant à écouter.

Décembre

Le sacro-saint Salon de Montreuil dédié à la littérature jeunesse, où j’ai passé deux jours. Un bon moment en compagnie des traducteurs qui avaient organisé quelque chose pour sensibiliser les jeunes lecteurs à la traduction, faire connaître leur travail, etc. Une rigolade avec l’Anglais Will Mabbitt et sa série romanesque déjantée. J’ai assisté à pas mal d’autres conférences, notamment celle avec les auteurs de la série à succès U4, par curiosité ; j’ai fouiné dans les stands et fait de belles découvertes. Je suis rentrée avec un butin qui a dû allonger mes bras de 50 cms.  🙂 Sans doute mon meilleur salon de Montreuil.

 

 

Janvier

Par une météo glaciale, Donal Ryan a su réchauffer l’atmosphère par sa présence au Centre culturel irlandais de Paris, et son humour, so irish,  qui donne furieusement envie de lire Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe à ceux qui ne l’auraient pas fait. 16003302_1406917746017082_3958608056146523440_nMoi, ça va sans dire que j’ai déjà lu ses deux romans traduits (l’autre, étant Le coeur qui tourne, d’ailleurs adapté au théâtre à Dublin !).

Février

J’ai été gentiment invitée par les éditions Flammarion Jeunesse à la soirée de lancement du roman de Marie Pavlenko, Je suis ton soleil . Beaucoup de monde, des blogueurs, des journalistes, des libraires, une ambiance festive aux Frigos de Paris, c’était sympa ! La maison d’édition avait vraiment mis les petits plats dans les grands.

 

 

Mars
Premier festival franco-irlandais de Paris au Centre culturel irlandais, sur la thématique « New writing, New style », avec du beau monde, traduit ou pas, français ou irlandais et la présence de Dermot Bolger, vu pour la première fois en vrai ! 🙂 Vivement le prochain roman traduit ! Paul Lynch, (dont le troisième roman, Grace,  sort actuellement aux Etats-Unis et sera publié en 2018 chez Albin Michel), Lisa McInerney (Hérésies glorieuses, sort pour la prochaine rentrée littéraire aux éditions Joëlle Losfeld), Rob Doyle, Paul McVeigh, Mike McCormack nous ont fait le plaisir de venir jusqu’à nous, ici, à Paris, aux côtés de Léonor de Recondo, Julie Kerninon !! J’en oublie, c’était tellement riche ! 2 jours de voyage littéraire en Irlande en restant à Paris et un accueil comme seul sait le faire l’île d’Emeraude. Vivement l’an prochain !

 

 

Mars, ce fut aussi Livre Paris où j’avais juré que je n’irais pas puisque Reed Expo pratique des prix d’entrée exorbitants et a refusé systématiquement les accréditations aux blogueurs (sauf les VIP qui ont au moins 5000 visiteurs uniques par mois, ce genre de chose, où l’on vous demande de faire du chiffre avant toute chose, comme si tenir un blog était le job qui vous fait vivre et non pas un loisir). Mon agacement silencieux a dû faire vibrer des ondes car à ma grande surprise, j’ai eu droit à une invitation à la soirée d’inauguration par le biais de mon travail. Le genre de chose qui ne se refuse pas ! 🙂 Et zou ! c’était parti pour une belle soirée entre bulles pétillantes, rencontres, discussions, bouquins et j’ai recommencé le dernier jour, gentiment invitée.

 

Juin

Le bond de joie de la chaise où j’étais assise quand j’ai vu qu’Anne Enright était invitée le 7 juin au Centre culturel irlandais pour parler de son dernier roman, The Green Road/ L’herbe maudite, que j’avais dévoré quelques mois avant.
C’était hyper chouette, Anne Enright est pleine d’humour, de bonne humeur, elle lit ses textes avec malice, bref, ce ne fut que du bonheur ! La présence de France 24 qui demandait aux gens, aux Irlandais de Paris entre autres,  ce que représentait Anne Enright pour eux, c’était aussi une surprise !

19025146_1582217148487140_4331743232992212286_o

J’aurais aimé aller à la rencontre avec Colm Toibin, c’était prévu et planifié, mais parfois, on ne fait pas ce qu’on veut quand on a un job qui vous occupe bien aussi.

A mon tour de faire une pause, dans une île ventée qui me fait rêver depuis que j’ai lu les romans écossais de Peter May. Une vraie expédition dont je me réjouis depuis quelques mois. Le plus difficile sera de quitter la France avec ses transports en vrac permanent…

(c) toutes les photos ont été réalisées par moi-même

Publié dans Rencontres littéraires | Laisser un commentaire

Nos âmes jumelles/Nos âmes rebelles – Samantha Bailly

918BxhYI2JL 91kC2r9+5dL

Une chronique double sur une série ado dont j’ai englouti les deux volumes dans la semaine.
Lou et Sonia se rencontrent sur internet, par le biais d’un forum qui publie des fanzines. Elles sont toutes les deux en classe de première. Lou est passionnée par le dessin et Sonia rêve de devenir écrivain. Leurs caractères sont diamétralement opposés : Lou est timide, discrète, renfermée ; au lycée, elle est moquée par les autres élèves, elle prend des antidépresseurs pour tenir le coup ; Sonia est exubérante, coquette, s’intéresse à la gente masculine et ne se laisse pas marcher sur les pieds. Toutes les deux sont de brillantes élèves.  Sonia est première littéraire par choix ; Lou est dans la filière scientifique, non pas par goût pour les sciences, mais poussée par sa mère qui estime que c’est ce qui ouvre le plus de voies. Celle-ci la tanne pour qu’elle fasse ensuite une prépa. Sonia est encouragée par son prof de français, un type hors norme pour un prof, qui l’encourage dans l’écriture. Sonia est un peu délaissée par ses parents.

Sur le forum « Trame », dédié aux fanzines, les deux adolescentes décident rapidement d’associer leurs talents et de lancer un blog pour y publier des strips. Lou dessine, Sonia écrit les textes de Trames jumelles qui raconte les anecdotes de leur vie quotidienne en BD.  Elles relayent le blog sur les réseaux sociaux pour se faire connaître. Lou et Sonia finissent par prendre la décision de se rencontrer dans la vie réelle, non tout à fait sans appréhension. Si elles se sont un peu confiées sur leur vie respective et leur problème, finalement, elles ne se connaissent pas : leur amitié repose sur leur passion artistique.

Dans le premier volume, Nos âmes jumelles, nous suivons Lou et Sonia pendant une année scolaire en première ; puis Nos âmes rebelles enchaîne sur l’année suivante jusqu’aux résultats du bac. Chaque chapitre s’ouvre sur quelques lignes que les jeunes femmes s’adressent des années plus tard, et qui laissent deviner ce que leur a apporté leur amitié. Le lecteur suit donc la vie des deux adolescentes au lycée, en famille, avec leurs copains, leur premières fois,  et puis (un peu) leur progrès en tant qu’artiste.

On s’attache aux personnages, c’est indéniable.  Mais au fil de ma lecture j’ai été partagée par deux sentiments contradictoires : une petite voix me disait que c’était plaisant et une autre qu’il manquait un petit quelque chose. J’ai mis un petit moment à déterminer le pourquoi de mon sentiment mitigé  : eh bien finalement, c’est parce que tout arrive un peu trop facilement à ces deux nénettes. Elles sont tout de suite repérée par l’administratrice du site à cause de leurs textes et dessins ; elles sont bonnes élèves (certes leurs parents sont un peu à l’ouest mais ce ne sont pas des cas sociaux non plus ! ) ; elles ont des déboires sentimentaux (comme tous les ados) ; [attention spoiler, mais j’ai pas le choix] : elles réussissent les doigts dans le nez le bac avec chacune une mention ; Sonia intègre la Sorbonne mentionnée comme la meilleure fac de lettres (ça fait un peu cliché!) ; Lou réussit la sélection drastique des Gobelins, la sacro-sainte école de l’image ; on pourrait penser qu’elles vont devoir chercher un logement type CROUS ou moyennant finances pour leurs études supérieures : eh bien non ! Comble de la chance, la grand-mère de Sonia lègue à sa petite-fille son grand appart à Paris…  ; côté artistique, Lou a sympathisé avec sa mangaka favorite au salon d’Angoulême et celle-ci propose de donner le lien du blog à son éditeur et l’éditeur finit par les contacter…
En fin de compte, la seule déconvenue de Lou et Sonia sera que l’éditeur va leur dire qu’il y a du potentiel mais qu’il y a encore du boulot avant que BD soit publiable. L’occasion d’un troisième volume sans doute !

Quelques thématiques sont abordées : évidemment l’amitié et la création artistique (mais la difficulté de la création artistique justement gagnerait à être accentuée) mais aussi l’homosexualité, le harcèlement, l’identité numérique…

En résumé c’est une histoire d’amitié sympathique, mais l’ensemble manque de péripéties, d’un peu de piment et de suspense pour être totalement crédible. J’aurais voulu aussi que l’aspect création artistique soit davantage au premier plan : par moments, on part vraiment très loin de ça…
Une série ado qui ronronne trop à mon goût, avec des héroïnes  nées sous la bonne étoile.

 

Publié dans Littérature française, Littérature jeunesse | Tagué , , | 2 commentaires

Long week-end – Joyce Maynard

71JRUs77kCL.jpg

Traduit par Françoise Adelstain

Henry, 13 ans, vit seul avec sa mère, Adèle. Son père a refait sa vie et a d’autres enfants. Adèle vit recluse chez elle. Elle se contente d’aller faire des courses au supermarché, version « on se dépêche », avec son fils quand le frigo est vide. Nous sommes au début du Labor Day, week-kend prolongé aux Etats-Unis : 5 jours. Le temps est caniculaire. Henry et Adèle sont partis faire des courses au supermarché, justement. Henry est abordé par un homme qui lui demande  s’il « [veut] un coup de main » (il est en train de lire  Play-Boy notre ado 🙂 ) Au début Henry le prend pour un employé du supermarché, mais il y a un truc qui cloche : « Il portait la chemise des employés de Pricemart – rouge, avec le nom inscrit sur la poche. Vinnie. Et puis, j’ai vu que sa jambe saignait, au point que le sang avait traversé le tissu du pantalon et imprégnait la chaussure, ou plutôt la savate ». L’homme lui répond le plus naturellement du monde qu’il est tombé par la fenêtre… Henry trouve cette histoire bizarre – mais à cette époque, tout lui semble bizarre. Il propose son aide. L’homme fait mine de faire des manières mais accepte. Henry le présente donc à sa mère, ne sachant pas si elle va accepter de lui porter secours car Adèle peut avoir des réactions totalement opposées pour une même situation. Bref, c’est une femme étrange. L’homme explique à Adèle, qu’en échange, il pourra lui donner un coup de main pour des trucs (changer un ampoule, par exemple). Il se présente : il s’appelle Frank.

C’est sur cette rencontre improbable et pour le moins bizarre que débute le roman de Joyce Maynard. On apprend rapidement par les medias (en même temps qu’Henry et Adèle)  que Frank est un dangereux évadé doublé d’un assassin. Une récompense est offerte pour qui aidera les forces de l’ordre à le retrouver. Pourtant, les agissements de Frank sont absolument contraires à ceux d’un tueur.

L’autre chose assez improbable c’est qu’Adèle, qui vit seule et recluse depuis des années, va tomber amoureuse de cet homme. C’est Henry qui narre cette histoire. Henry se lie immédiatement d’amitié avec Frank. Entre eux, le courant passe très bien, bien mieux qu’avec son père. Quant à nous, on doute bien évidemment de la sincérité de cet homme vis-à-vis des sentiments qu’il dit avoir pour Adèle. Au début Henry ne se pose pas de question de ce genre : pour lui, c’est évident. Sauf qu’une trouble fête incarnée par une gamine de son âge, qui passe ses journées à la bibliothèque, va semer le trouble dans on esprit : « C’est sexuel, dit Eleanor. Les rapports sexuels, ça trouble le cerveau des gens qui en ont. Ils ne voient plus les choses normalement. » Elle lui parle manipulation, hypnotisation, drogue « sexuelle ». La gamine est charmante : elle est à la bibliothèque pour savoir comment poursuivre ses parents en justice. 🙂 .
Pendant ce temps, Frank et Adèle décident de se marier, de déménager. Bref, la grande vie après 5 jours de vie commune, même pas. On se dit que c’est dingue et pas très crédible.

Pourtant, Joyce Maynard creuse ses personnages, nous dévoile leur passé au fur et à mesure pour expliquer pourquoi ils sont ce qu’ils sont. Quel est le grain de sable qui a modifié  leur existence, leur regard sur la vie et les autres.

La rencontre d’un taulard qui s’échappe pour ne plus être reclus et d’une recluse qui s’enferme chez elle toute seule comme une grande, sans verrous ni surveillance. La seule personne que cette femme rencontre un jour où elle sort de chez elle, c’est un fugitif. C’est assez peu banal ! Pourtant, ils ont beaucoup de points communs. Ensemble, ils vont tenter, à leur manière de recouvrer la liberté et le bonheur. Vous voyez déjà les violons etc. Eh bien pas tout à fait.

On est happé par le doute, on se demande si cette femme se fait avoir, on attend un drame caché en embuscade. Il y a un drame effectivement. La manipulation psychologique est l’un des thèmes et une des forces du roman. Il y a des criminels qui savent garder les mains propres de toute marque de sang…
Et puis il y a cet adolescent en train de se construire, qui a peur qu’on lui vole sa mère. Un gamin balloté entre deux parents séparés.

J’avoue que cette histoire d’amour bouclée en cinq jours m’a parue énorme. Cependant, le passé des deux protagonistes peut expliquer, en partie, que ce soit plausible. Finalement, on décide d’y croire, ou pas.

Un suspense magnifique, ceci est indéniable. Un ado qui se découvre. Une fin pleine d’optimisme. Un bon moment de lecture avec ce thriller, sur un fond de romance pas banale.

« La véritable drogue – j’ai fini par m’en convaincre – était l’amour. Un amour exceptionnel, que rien ne pouvait expliquer. »

Publié dans Littérature américaine | Tagué , , , | 1 commentaire

Concours littérature ado

Hier, dans une enveloppe dodue m’attendaient deux romans ados que j’ai déjà eus, lus, aimés et chroniqués ♥ – je ne sais pas trop ce qui s’est passé mais sur le coup, j’ai cru que c’était la rentrée littéraire 🙂 .71+kOhhNa3L  15740862_1374681462574044_833697046025588725_nJe me suis dit que, finalement, un bon moyen de vous faire découvrir le tome 1 des Filles de Brick Lane de Siobhan Curham  et Comment je suis devenue célèbre en restant chez moi! de Caitlin Moran était d’organiser un petit concours. :).

Une manière aussi de vous mettre un tout petit peu dans le bain, si vous le souhaitez, pour la rentrée littéraire, puisque  le tome 2 des Filles des Brick Lane (« Sky ») sort le 30 août. (J’en reparle bientôt parce que évoquer de la rentrée littéraire début juillet c’est trop tôt : il faut savoir ménager un peu de suspense et puis juillet-août c’est plage, pas cartable !).

Revenons au concours…

Les règles :

∗ Il faut être blogueur littéraire et résider en France métropolitaine  ;
∗ Vous devez choisir de concourir pour un des deux livres  – donc pas pour les deux afin qu’il y ait 2 gagnants et pas un seul, question de faire le maximum d’heureux ;
∗ Vous devez répondre à la question sur le livre ;
∗ Vous devez m’envoyer la réponse sur la boîte mail du blog : maeve.2005@yahoo.ie (en me précisant « concours littérature ado » en titre) et me mettre le lien de votre blog ;

Le gagnant pour chaque livre sera tiré au sort parmi les bonnes réponses ;
Vous avez jusqu’au 14 juillet inclus pour participer.

Et c’est tout.

Les questions :

Venons-en aux questions tellement difficiles, que vous allez vous faire des noeuds au cerveau, j’en suis sûre 🙂 :

Les filles de Brick Lane : quelles sont les deux passions d’Ambre ?

Comment je suis devenue célèbre en restant chez moi ! : à quel âge Morag Narmo/Caitlin Moran a écrit ce livre ?

Bien évidemment, vous trouverez les réponses en lisant les chroniques que j’ai écrites sur ces livres.

Bonne chance !

 

 

 

Publié dans Concours | Tagué , | Laisser un commentaire

Comment je suis devenue célèbre en restant chez moi ! – Caitlin Moran

71+kOhhNa3L

Traduit par Marie Hermet

Cela commence d’abord par une introduction : « Vous savez comment après avoir lu des tas de livres, vous commencez à penser que… qu’il est peut-être temps d’en écrire un vous aussi ? »
A treize ans, la narratrice  estime  qu’il est temps de se donner sa chance,   » de passer de lectrice à écrivain ». Seulement, le chemin fut semé d’embûches :
« Voici tout ce que je ne savais pas lorsque j’ai commencé à écrire mon livre – ce livre-ci – en juillet 1988.
1) On ne peut pas écrire un livre en un jour. Ca m’a fichu un coup terrible parce qu’à l’époque, j’étais persuadée que c’était possible. (…) J’ai fini par terminer le livre au cours de l’été 1990, deux ans plus tard. C’est parce que j’avais fini par comprendre ceci :
2) Pour un auteur, il est très utile de savoir comment l’histoire se termine avant de commencer à écrire.  Et aussi de savoir avec qui ça se passe. Il est bon de connaître les personnages et d’autres détails (…).

Il est très important de lire l’introduction du livre pour comprendre la suite. Et je souligne que la narratrice, dans cette introduction parle de « ce livre-ci ». A quinze ans, elle a fini par l’achever, se faire éditer. Ainsi est-elle devenue « lectrice et écrivain ».

La suite, c’est le livre écrit par cette gamine de quinze ans à l’époque : The Chronicles of Narmo, le titre original du livre, publié en 1992. On va suivre pendant un an la vie d’une famille nombreuse : 5 gamins, dont un bébé malicieux, 2 chiens,  1 chat – et deux parents.
Un jour Morag Narmo explique à sa mère que le lycée c’est « contraignant, limitatif et pas très sympa ». Après moult réflexions, où la mère se voit déjà en néo-hippie,  les parents décident de tenter l’expérience de l’école à domicile. Sauf que dans cette tribu de « Gonk » turbulents, les choses virent rapidement au chaos.

Caitlin Moran peint avec un humour décapant quelques anecdotes de son adolescence à la maison. Elle a écrit son premier roman à l’âge de quinze ans et il n’est pas trop difficile de faire le rapprochement avec le livre que nous lisons ni même avec le personnage de Morag Narmo.

On peut dire que la couverture et la quatrième de couverture de l’édition française ménagent bien la surprise et que l’horizon d’attente du lecteur peut être un peu perturbé –  sauf si vous aimez les (bonnes) surprises, comme moi !
Le format du livre, aux coins arrondis suggère un carnet d’écriture. Il fallait y penser.
Cependant, la couverture de la première publication du livre en 1992 est plus suggestive sur le contenu réel :

51P0HFHyQWL

Une lecture distrayante qui plaira à ceux qui cherchent quelque chose d’original ou une lecture à plusieurs niveaux. J’ai bien aimé : c’est très dialogué, c’est truffé d’humour, c’est déjanté à la sauce britannique. On a parfois l’impression que ça vire au cartoon car les aventures de cette famille nombreuse et turbulente partent inexorablement en vrille.  La vie avec une tribu de Gonk n’est pas un long fleuve tranquille, mais cela développe l’imagination.

Pour les écrits d’une adolescente de quinze ans, c’est impressionnant.

Il n’y a plus qu’à espérer que ce livre sache aiguiser l’imagination des écrivains en herbe qui se cachent derrière les jeunes lecteurs à qui est destiné l’ouvrage (à partir de 12 ans ; moi je dirai un peu plus tard quand même…). Une lecture à plusieurs niveaux en tout cas.

Pour en savoir plus sur Caitlin Moran, qui est, entre autres, journaliste et critique littéraire au Times, c’est ICI.

Merci à Flammarion Jeunesse.

 

Publié dans Littérature jeunesse, Non classé | Tagué , , , | 4 commentaires