D’os et de lumière – Mike McCormack

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Traduit par Nicolas Richard

Et voilà, j’ai terminé le dernier roman irlandais qu’il me restait à lire dans ma PAL des romans parus en 2019 !
Je termine en beauté avec le troisième roman de Mike McCormack, publié en Irlande en 2016 et lumineusement traduit en français l’an dernier. Le seul publié de l’auteur à ce jour dans l’Hexagone, d’ailleurs (ben alors ?)… Ce livre a été primé deux fois en Irlande « Book of the year » dans le cadre de l’Irish Book Award et couronné en 2018 de l’International Dublin Literary Award.

Mike McCormack vit à Galway mais a grandi dans une ferme de Louisburgh, dans le Mayo. C’est un habitant de ce village, Marcus Conway, qu’il me en scène dans son roman. Marcus est père de deux grands enfants, Agnès, artiste gothique et Darragh exilé en Australie. Il est marié à Mairead. Marcus est assis à la table de sa cuisine, seul, et écoute l’angélus. Il habite Louisburgh depuis 25 ans, il y a élevé sa famille, s’y est marié. Il a quatre heure devant lui avant que Mairead revienne du travail. En temps normal, il aurait été content de cette situation, « mais là, l’idée [le] met mal à l’aise »
« il doit y avoir moyen de remplir ce temps qui s’étale devant moi, couper court à ce malaise qui me ronge parce que
le journal,
oui
c’est ce que je vais faire
le journal du jour
prendre les clés de la voiture et me rendre au village pour acheter le journal, me garer sur la place devant la pharmacie et ensuite rester dans la rue et
c’est ce que je vais faire »

Marcus va vous raconter sa vie. Ne pas s’attendre à un poussif récit chronologique. Les frontières temporelles sont abolies, le lecteur suit le monologue intérieur du personnage, ses digressions mais pourtant cela n’a rien d’ennuyeux. Il est difficile de résumer ce roman sans l’escamoter. C’est l’histoire d’une vie qui vacille.
Marcus travaille au conseil du comté de Mayo (l’équivalent de notre conseil départemental) comme ingénieur civil. Tout va bien dans sa vie jusqu’au jour où Mairead est prise de ce que elle et lui pensent être une intoxication alimentaire. Mais peu à peu, c’est tout le village ou presque qui se met à vomir et à déféquer.

Il s’agit bien d’une épidémie, d’un virus qui commence à semer la panique. Imaginez ma surprise quand je vois cette thématique me sauter au visage en pleine crise sanitaire due à la pandémie COVID-19 !
Des pages savoureuses, mais effrayantes également sur l’inconscience dans les hautes sphères politique et financière, prêtes à tout, en dépit du bon sens, en dépit du respect de la nature et des hommes.

« la crise se répandait, le nombre de patients dépassait les quatre cents et commençait à sérieusement mettre sous pressions les services médicaux municipaux, un chiffre qui masquait ce que de nombreux observateurs estimaient être une gigantesque lame de fond de malades qui n’avaient pas été admis à l’hôpital mais dont la présence en creux se faisait sentir dans la vague croissante d’absentéisme au sein des secteurs public et privé (…) »

« les ingénieurs n’arrivaient toujours pas pour l’instant à identifier la source de la contamination (…)et en attendant la municipalité en faisait des tonnes à propose de la nouvelle station d’épuration des eaux de construction, une installation ultra-moderne qui serait implantée à côté de celle qui existait déjà (…) »

« (…) il avait été relayé sur les ondes nationales, chaque reportage teinté d’une pointe de joie malsaine en constatant qu’une ville qui s’était fait une réputation fort lucrative de Mecque culturelle, avec ses douze mois par an de festivals et de célébrations, étaient à présent frappée par une peste biblique (…) qui sanctionnait une espèce d’incompétence semblant affliger un lieu qui s’était toujours si pleinement consacré au carnaval(…) »

« un sujet qui manifestement s’éternisait si bien que la ville elle-même semblait désormais confite dans sa propre crasse (…)
sa rapide expansion urbaine lors de la décennie écoulée avec de vastes ensembles immobiliers le long de la route côtière qui avaient radicalement accru la consommation d’eau puisée dans la nappe phréatique de la ville, faisant baisser son niveau, si bien que sa pureté était davantage compromise par les quantités accrues d’engrais chimiques qui avaient ruisselé dans le lac durant les semaines de printemps de pluies incessantes (…) »

Marcus est un personnage attachant qui se bat contre des murs, une hiérarchie sourde. C’est aussi un époux désespéré qui cherche à sauver sa femme des bras de la Grande Faucheuse.

Marcus raconte son histoire un 2 novembre. Ce n’est pas un simple hasard. A vous de découvrir pourquoi !

Un livre qui évoque la politique politicienne, la folie, l’amour, les liens familiaux, la maladie, la souffrance, la mort, l’écologie, la course au profit, d’une plume virtuose et d’un seul souffle. Epatant !

A découvrir absolument !

C’est ma 3e lecture dans le cadre de l’Irish Readathon 2020.
Je remplis ainsi le 3e challenge : « lire un livre paru entre 2018 et 2020 » et aussi le challenge « lire un auteur irlandais primé »

A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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4 commentaires pour D’os et de lumière – Mike McCormack

  1. kathel dit :

    Très tentant, je le note pour…. après ! 😉

    Aimé par 1 personne

  2. alexmotamots dit :

    Tu ne savais rien du sujet du roman avant de commencer ta lecture ?

    Aimé par 1 personne

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