Alex fils d’esclave – Christel Mouchard

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D’Alexandre Dumas, vous connaissez surtout l’oeuvre, des Trois Mousquetaires en passant par le Comte de Monte Cristo, et l’oeuvre de son fils pour La dame aux camélias. Mais sans doute ignorez-vous tout de ses origines. Christel Mouchard se lance sur la trace de ses ancêtres…
J’avoue, je savais qu’Alexandre Dumas était métisse. C’est d’ailleurs une Antillaise qui me l’a appris il y a quelques années, parce que personne ne nous le dit sur les bancs de l’école ! Christel Mouchard, à sa façon, répare cette bévue en nous entraînant sur les traces du père d’Alexandre Dumas, qui s’appelait aussi Alexandre. Quand débute le roman, nous sommes  à Saint-Domingue (dans la partie de l’île qui deviendra ensuite Haïti), au 18e siècle.  Alex vit avec ses parents, Antoine Davy et Cessette, ainsi que sa soeur, Rose, à l’habitation Delisle qui appartient à son père. Alex a 14 ans, il est né en 1762, à Jérémie. Son père part faire une course mais…. ne revient pas. On comprend rapidement que la mère d’Alex est créole, mais que son père ne l’est pas. Le père disparu mystérieusement, la famille est vendue, elle qui vivait libre et mélangée sur l’habitation Delisle. C’est d’autant plus stupéfiant qu’Alex apprend qu’il a été vendu par… son père, marquis de La Pailleterie ! Un ouragan menace de ravager Saint-Domingue…

C’est le début d’une histoire qui est à la fois un roman d’aventures, un roman d’apprentissage et un roman historique.
On quitte Saint-Domingue pour Le Havre, passage obligé dans la traite négrière, pour atterrir à Paris, à la Bastille, mais aussi à  Versailles, à la cour du roi Louis XVI.

J’ai beaucoup aimé ce qu’on apprend sur le père d’Alexandre Dumas, ce personnage historique, devenu général de la Révolution française ignoré de nos jours : ce roman réhabilite sa mémoire, à travers son adolescence. Un jeune homme qui se cherche, entre les paillettes de la Cour qui valent tout l’or du monde pour son père avide d’argent, et l’envie de défendre les plus faibles.

« Quand Rose a parlé de révolte, je me suis senti tellement bête ! A quoi bon être un champion de sabre si je ne suis pas capable de me battre pour mes frères d’esclavage ? Mais je ne veux pas retourner à Saint-Domingue, je veux me battre ici, avec toi. », dit-il  à Marie-Louise

En revanche, je me suis parfois un perdu en route dans ce récit très détaillé. J’ai eu un faible pour Jean-Jacques, le philosophe le cacatoès ! 🙂 Mais aussi pour Marie-Louise, en raison ses idées. Alex est un ado déraciné,  finalement influencé par les idées de celle qu’il aime.

Le roman aborde le thème de l’esclavage, mais j’aurais aimé que ce soit encore plus insistant. Il est beaucoup question d’escrime et autres jeux de sabre, de vie de cour et autres bals masqués,  mais la révolte des esclaves de Saint-Domingue n’est qu’une allusion, dans la bouche de Rose. Le personnage avant-gardiste de Marie-Louise évoque la lutte contre l’esclavage. On sait bien que tout ne sera pas si simple, que la véritable abolition de l’esclavage arrivera au 19e siècle, mais néanmoins j’aurais aimé que cette thématique soit davantage développée.

A la fin de l’ouvrage, Christel Mouchard nous dit « ce qui est vrai dans l’histoire d’Alex », et c’est là, et seulement là qu’on apprend la révolte des esclaves à Saint-Domingue : « La révolte dont parle Rose s’est déroulée en 1790. Ce fut la plus importante de l’histoire de l’esclavage aux Antilles. (…) »; même chose pour « le mouvement contre l’esclavage en France » qui n’est encore que balbutiant ; on apprend aussi « lorsque Napoléon Bonaparte lui demanda de participer à l’expédition chargée de réprimer la révolte des escales de Saint-Domingue », Alex refusa. Celui qui deviendra le général Dumas est mort quand celui qui deviendra l’auteur des Trois Mousquetaires avait quatre ans.

Un roman que j’ai globalement apprécié même s’il lui manque un petit quelque chose à mon goût. Il est instructif, c’est certain, et dévoile un pan de la richesse culturelle de Haïti et notre héritage commun, à travers la figure emblématique de Thomas Alexandre Dumas.

C’est le troisième roman que je lis de Christel Mouchard, dont j’avais adoré L’Apache aux yeux bleus, (beaucoup apprécié aussi par deux petits monstres aujourd’hui ados) et La princesse africaine.

Je remercie Flammarion Jeunesse.

 

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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2 commentaires pour Alex fils d’esclave – Christel Mouchard

  1. francefougere dit :

    Une façon de réparer l’oubli sur les origines des Dumas pères et fils.
    Je viens de le terminer, et j’apprécie beaucoup 🙂
    amitiés

    Aimé par 1 personne

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