Rivière tremblante – Andrée A. Michaud

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Le 7 août 1979, un jour d’orage, Michael Saint-Pierre, 12 ans disparaît après avoir proféré d’étranges paroles à sa meilleure amie, Marnie, dans le bois de la Rivière aux Trembles : « Mauvais temps madame, mauvais temps ». Disparu, envolé, malgré l’interrogatoire que la police fait subir à Marnie, personne ne retrouve l’enfant. Marnie sait seulement que son ami était blanc comme un linge, les yeux révulsés, une allure de zombie comme venu lui délivrer un message. Marnie est ostracisée par les villageois de Rivière-aux-Trembles, au point que sa famille est obligée de déménager.

En 2006, Billie, 8 ans 9 mois disparaît, comme volatilisée. Son père, Bill, écrivain pour la jeunesse, est accablé, et encore quand son ex-épouse, Lucy-Ann qui finit par s’ouvrir les veines de désespoir. Bill reste seul, se sentant doublement coupable. C’est la raison qui le fait échouer en 2009 à Rivière-aux-Trembles, au moment même où Marnie, est revenue y vivre, incapable d’oublier la disparition de son meilleur ami d’enfance, malgré un road trip à travers les USA et une vie de fleuriste à New York. Marnie et Bill vont se retrouver au cœur d’une nouvelle histoire de disparition d’enfant.

Un récit polyphonique qui donne la parole aux deux protagonistes, réunis par un deuil impossible à faire : la disparition d’un être cher dont on n’a jamais retrouvé le corps. Andrée A. Michaud enveloppe son récit de mystères, laisse la part belle à l’imagination du lecteur en faisant de la nature, de la forêt en particulier, un personnage à part entière. La rivière a une dimension magique sans que l’on sache si cela vient de l’imagination des enfants ; le vent transporte et transforme les paroles. Bill perçoit le village de Rivière-aux-Trembles comme un lieu maudit : « Ma première impression était la bonne. Ce lieu était malsain. Cette rivière hantée par l’esprit d’un enfant n’était pas nette. » La douleur des protagonistes teinte tous les paysages.

Andrée A. Michaud possède une plume qui vous ensorcelle, ressuscite vos peurs de l’orage et les mythes et légendes des forêts, grâce à la dimension de «Nature Writing » qui occupe une place prépondérante dans son récit. A l’instar des personnages, elle vous donne l’illusion que tout ce qui vous entoure porte la marque du diable.

Ce roman policier, de la trempe d’un roman noir plutôt « gris », est aussi un clin d’oeil subtil à Hitchock, à travers le personnage de Marnie, (pour savoir pourquoi, vous devrez lire le livre !).
C’est également un clin d’oeil à la littérature, essentiellement par le personnage de Bill, qui n’a de cesse de créer de nouvelles histoires pour sa fille et d’y trouver refuge quand celle-ci a disparu.

Ce livre, dédié « à tous les enfants qui ne sont pas rentrés pour le souper », est aussi un hommage à l’enfance, à l’imagination débordante capable de créer des univers sans se soucier du danger. Somme toute, une ode à la vie.

J’ai adoré ce roman policier québécois très littéraire, subtil et envoûtant, où la nature occupe une place majeure, dont on se délecte de l’ambiance inquiétante tout en ayant de l’empathie pour les deux personnages principaux, dont la détresse est magnifiquement transcrite.

J’en ajoute encore un peu en disant que j’ai adoré le parler québécois, si étrange parfois pour un Français ! C’est le premier roman québécois que je lis, faut pas m’en vouloir…

C’est aussi le premier livre que je lis d’Andrée A. Michaud : elle en a écrit neuf et je me demande comment j’ai pu ne jamais les voir ! En tout cas, j’ai pu la rencontrer au Festival America, il y a 15 jours et c’était très chouette. Je suis revenue avec un livre dédicacé et j’espère bien avoir l’occasion de la recroiser dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle. 🙂

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(c) Mille (et une) lectures de Maeve

La prochaine fois, j’espère bien arriver à vous parler du Festival America ! Mais 24h ne suffisent plus, entre mes sorties littéraires qui se multiplient en ce moment, le Grand Prix des Lectrices Elle qui m’occupe bien, et tout le reste.
Demain, je pars voir un duo d’écrivain islandais, Audur Ava Olafsdottir, Arni Thorarinsson, leur traducteur indispensable (et Mathias Malzieu. 🙂 Happy blogueuse !

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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8 commentaires pour Rivière tremblante – Andrée A. Michaud

  1. Ingannmic dit :

    J’ai récemment découvert cet auteur moi aussi avec l’excellent Bondrée. Je la relirai également..

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  2. Lilly dit :

    Oh, ça me tente ! C’est un roman d’ambiance, plus que policier, non ? Un bon choix pour Québec en novembre 😉

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  3. alexmotamots dit :

    Une auteure qu’il faut que je découvre. Merci pour le conseil.

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  4. lewerentz dit :

    Je l’ai commencé; c’est aussi la première fois que je lis cette auteur; mieux vaut tard que jamais, non ?

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