Dans les angles morts – Elizabeth Brundage

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Traduit par Cécile Arnaud

23 février 1979 : un soir de tempête, George Clare rentre chez lui après son travail et trouve sa femme assassinée, une hache plantée dans la tête. Franny, leur fillette de trois ans, est seule dans sa chambre. Il se rend chez ses plus proches voisins pour appeler à l’aide. Le sherif Lawton est chargé de l’affaire. George est soupçonné. Le meurtre fait grand bruit dans cette petite ville, Chosen, Etat de New York.
Flash back une année auparavant : Catherine et George achètent aux enchères la vieille ferme des Hale, à bon prix. Il faut dire que cette maison a un sinistre passé : les anciens propriétaires, des agriculteurs qui ont transformé cette ferme en laiterie, étaient endettés jusqu’au cou, menacés de saisie, et se sont suicidés, laissant leur trois fils orphelins. Les fermes alentours sont rachetées par des citadins fortunés en mal de campagne. Le couple de Catherine et George n’est pas riche mais il pense avoir fait une bonne affaire. Jeunes mariés, de quoi bien commencer une vie de famille, à la campagne… George donne des cours d’histoire de l’art à l’université et travaille sur sa thèse sur le peintre George Inness. Catherine est femme au foyer. Elle a fait des études, mais l’arrivée de Franny a bouleversé ses projets de vie. Son éducation catholique et la pression de sa mère ont fait le reste : une femme dévouée à son foyer, soumise à son mari.
Pourtant, dès le début, la « vie à la ferme » ne va pas se passer comme elle l’imaginait. Le tableau rupestre va s’écailler. Tout d’abord il y a cette maison qui l’oppresse. Elle a l’impression d’être surveillée par quelqu’un.  « La maison paraissait triste, songea-t-elle. Meurtrie ». « A un endroit, Catherine eut la sensation que quelqu’un se tenait juste à côté d’elle dans une petite poche d’air froid. » Cette ferme est un mystère : elle date des années 1790 sans que personne ne connaisse la date exacte de sa construction. Les champs alentours ont été témoins de la guerre de Sécession, on peut encore en trouver des traces en fouillant le sol, les boutons d’uniforme des soldats…
Et puis il y a George, son mari. Un coureur de jupons. Un type autoritaire. Un menteur. Le genre frustré dans sa carrière. Quelqu’un qui ne supporte pas la contrariété, que ce soit dans sa vie professionnelle ou personnelle. Le roi du mensonge par omission.
Le seul rayon de soleil de Catherine sont les petits jeunes qui viennent l’aider à retaper la ferme. George a oublié de lui dire que ce sont les enfants dans fermiers qui se sont suicidés (et les gamins n’ont rien dit de peur qu’on leur interdise de revenir)… Bref, ce n’est pas le Paradis sur terre pour Catherine.
Et puis il y a toutes ces choses étranges qui se passent (je ne vais pas vous les spoiler ! 🙂 ) .

Elizabeth Brundage, dont c’est ici le premier roman traduit en français, signe un brillant thriller psychologique et littéraire. Elle prend son temps, dans une prose qui s’attache aux moindres détails de l’intrigue.  Une écriture très cinématographique également, une description minutieuse des paysages. Vous êtes rapidement envouté par l’ambiance. La culpabilité règne en maître. Les secrets aussi, révélés au compte goutte, renversant peut-être votre premier jugement pour le faire revenir et ainsi de suite : vous perdrez un peu la boule ! On se demande si on verra George un jour sous les verrous, même plus de vingt ans après le meurtre. La fin est inattendue. Mais on peut tuer avec des mots…
Portrait d’un mariage (raté), d’un psychopathe (en pleine forme) et des cicatrices indélébiles sur une communauté tout entière.

Il y a aussi du William Blake et un bon clin d’oeil à Rosemary’s Baby, le roman culte d’Ira Levin, mais aussi (plus discret) à Herman Melville, enfant d’Albany.

On frôle le surnaturel et l’imagination, à la part belle, fait le reste. Frissons garantis. Si vous venez de racheter une vieille ferme, ce thriller littéraire n’est peut-être pas pour vous parce que vous allez devenir paranoïaque au moindre bruit. 😉 .
Et n’oubliez jamais : ce sont les maisons qui choisissent leur propriétaire et non l’inverse ! Les maisons ont une âme et Elisabeth Brundage sait parfaitement nous le faire sentir.

Un roman riche, à l’histoire dense mais prenante, qui m’a complètement envoûtée.

Un grand merci aux éditions de la Table Ronde pour cette découverte.
Le roman sort demain 11 janvier.

 

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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3 commentaires pour Dans les angles morts – Elizabeth Brundage

  1. alexmotamots dit :

    Je ne savais pas que cette maison d’édition proposait des polars. Et celui-ci me tente grandement.

    Aimé par 1 personne

  2. lewerentz dit :

    Je suis très tentée ! Je l’ai vu en librairie hier mais je suis un peu retenue par le côté « histoire des 3 frères »…

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