La nostalgie heureuse – Amélie Nothomb

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Ma dernière chronique 2017, avec un best seller, mais de qualité !

Natsukashii est le mot japonais pour désigner une nostalgie mais sans la tristesse incarnée en ce mot, c’est-à-dire la nostalgie heureuse, plus précisément : « l’instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l’emplit de douceur ». La nostalgie triste n’est pas une notion japonaise.

Nous suivons les pas d’Amélie de retour au Japon, à la demande d’une chaîne de télévision : l’occasion de sauter le pas et de retourner sur les traces de son enfance et d’une partie de sa vie de jeune adulte. On note le mot « roman » sous le titre. Amélie précise dès l’incipit : « Tout ce qu’on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. A l’âge de cinq ans, quand on m’en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me génèrent. Que pouvais-je dire du pays que j’avais cru connaître et qui, au fil des années, s’éloignait de mon corps et de ma tête ? »  » Ce que l’on a vécu laisse dans la poitrine une musique : celle qu’on s’efforce d’entendre à travers le récit. »

Amélie va confronter sa fiction, les images d’Epinal, à la réalité du Japon. Avec émotion mais surtout humour et autodérision. Natsukashii incarné. Elle nous fait rencontrer les deux personnages qui ont marqué sa vie  : Nishio, sa nounou adorée, et Rini son fiancé délaissé. Bien évidemment, ce serait mal connaître Amélie Nothomb que d’imaginer que son récit se résumerait à cela.

C’est surtout un formidable voyage, à travers Kobé, Kyoto, Tokyo et… Fukushima. Une confrontation de cultures, des réflexions aussi : un guide de voyage avec du vécu. Un livre à lire si vous prévoyez de partir au Japon. Je pense que je l’aurais fait s’il avait été publié en 2010, année où je devais partir visiter ce pays mais où un putain de volcan nous a mis une panique incroyable, m’a laissée clouée au sol avec mes yeux pour pleurer. L’année d’après malheureusement, ce fut Fukushima. Je ne sais pas s’il existe une malédiction japonaise…

« – Je ne savais pas que Kyoto était une ville moderne. Je pensais que tout y était ancien.
Nous autres Européens ne savons pas que des villes comme Assise (pour ne citer qu’elle) sont des exceptions mondiales : le temps s’y est bel et bien arrêté. C’est cela qui est un miracle. Le temps ne s’est arrêté ni à Bombay, ni à Xian, ni à Kyoto. »
« On ne sait pas combien Kyoto est humide. A cause de cela, l’été y est aussi pénible que l’hiver. (…) Aux visiteurs, je recommande l’automne ou le printemps. »

« Sauf en été, Tokyo a le meilleur climat du monde : splendide et sec. »
« Tokyo c’est d’abord un rythme : celui d’une explosion parfaitement maîtrisée. Quand on y revient après une longue absence, on doit s’isoler quelques secondes en une sorte d’apesanteur pour réatterrir dans le tempo. Dès que les pieds sentent la pulsation, on y est. »
« A Harajuku, chacun est un spectacle. Comparés aux Tokyoïtes, les excentriques du reste de la planète sont de petits joueurs. »
🙂
J’ai adoré l’expérience du bar à oxygène !! Je vous la laisse découvrir tout seul.  »

« Quand j’ai l’impression que je pourrais avoir une demi-minute de retard, je me sens si mal que je préfèrerais mourir. Je ne sais pas d’où me vient cette conviction que mon retard serait un crime inexpiable. Lorsque d’autres se permettent d’être en retard, cela m’agace, et pourtant je ne trouve pas qu’ils méritent la cour martiale. Seul mon retard est passible de mort. »
« L’unique explication que j’ai trouvée à ma pathologie est mon appartenance à l’espèce aviaire : les oiseaux n’ont jamais de retard dans leurs migrations, leurs pontes. Il leur arrive en revanche d’avoir de l’avance. »

Grâce à ce livre, j’ai découvert que je dois être un peu japonaise, car, comme son auteure, j’aime la fiabilité, les gens qui ont cette qualité en particulier. J’ai compris pourquoi je déteste les retours à Paris :
« Paris est une armoire mal rangée dont je reçois le contenu sur la tête quand j’ai l’audace d’en ouvrir la porte. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, les problèmes parisiens triomphent de l’enthousiasme. » : c’est exactement ca !

Le livre existe au format poche (éditions Livre de Poche) mais la couverture orange est tout à fait affreuse.

Un petit livre à glisser dans ses bagages pour se rendre dans l’archipel nipponne !
13 heures de vol, vous aurez le temps d’assimiler. 🙂

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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2 commentaires pour La nostalgie heureuse – Amélie Nothomb

  1. lewerentz dit :

    J’avoue que c’est le seul de ses livres que j’ai réussi à lire.

    J'aime

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