Michael Collins, une biographie – Pierre Joannon

 

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En ce week-end de Pâques, je vous propose de vous (re)plonger dans l’histoire de l’indépendance de l’Irlande. Quand on parle d’indépendance de l’Irlande, tout Irlandais ne peut omettre d’évoquer celui qui en fut le stratège : Michael Collins. On ne peut pas aller en Irlande, visiter et comprendre cette île verte et fougueuse sans savoir qui est Michael Collins. Moi, là je dis : sacrilège !

Pour autant, si les livres d’Histoire vous font peur, eh bien Pierre Joannon, l’un des meilleurs spécialistes français sur l’Irlande (à tel point que Bertie Ahern, ex-premier ministre, lui a conféré la nationalité irlandaise !) a eu l’idée d’écrire le roman de la vie de ce héros, « une biographie », certes, mais tellement plus.

On commence par l’insurrection de Pâques 1916, du lundi de Pâques du 24 avril 1916 à 10h, (parce qu’ « en Irlande, même les révolutions commencent tard » 🙂 ), où le comité militaire secret de l’Irish Republican Brotherwood confirme les ordres de mobilisation pour le soulèvement. Michael Collins se lève, se rase, enfile son uniforme de capitaine des Volontaires irlandais (Irish Volonteers)  et part rejoindre Joseph Plunkett, Patrick Pearse, James Connolly, Tom Clarke, et j’en oublie. Ce jour-là, ils enterrent la Citizen Army et les Volontaires Irlandais pour créer l’Irish Republican Army (la fameuse IRA). Et plus que cela : ils proclament la République d’Irlande et créent le Gouvernement Provisoire ! Imaginez donc la tête des Anglais quand ils apprennent cela !! 🙂 Ils sont une poignée d’insurgés. La Grande-Poste de Dublin, sur O’Connell Street est prise, devant les Dublinois médusés et méprisants vis-à-vis des ceux qu’ils considèrent comme de dangereux illuminés (ils sont alors tous persuadés que Llyod George va tenir sa parole dès la fin de la guerre et leur accorder le Home Rule, une sorte d’autonomie) . Un échec cuisant attend les révolutionnaires qui seront pour la plupart fusillés par les Britanniques. Michael Collins, lui, est emprisonné et déporté au pays de Galles. Grâce à son ascendant personnel et son sens de l’organisation Michael Collins devient le leader du groupe des Irlandais prisonniers les plus résolus. L’étoffe du héros se dessine sous nos yeux, il devient the Big Fellow, celui qui est « un type très fort ». Il parvient à retourner l’opinion : fin 1916, les insurgés sur lesquels les Dublinois crachaient leur venin sont devenus des martyrs. « La proclamation de la République, lue par Pearse dans l’indifférence générale, est réimprimée, affichée sur les murs de Dublin. » Le début d’un long combat pour Michael Collins et ses compagnons de lutte.

Le tour de force de Pierre Joannon est de faire de cette page majeure dans l’histoire de l’Irlande un livre qui se lit parfois comme un roman policier, avec du suspense et de l’émotion. C’est aussi un roman historique avec le souci du détail dans les descriptions et l’enchainement des événements mais sans la lourdeur que pourrait avoir un livre d’Histoire. L’auteur se glisse magistralement dans l’esprit de Michael Collins pour mieux nous faire vivre et comprendre tout ce qui s’est passé, sans concession. Une biographie, mais tellement davantage, à mon humble avis : un mélange de tout ce que je viens de citer précédemment.
En tout cas, j’ai eu ma dose d’émotion, et quand on pense que tout cela est vrai, c’est encore plus effrayant. Une mention particulière pour le chapitre intitulé ‘Ypres-sur-la-Lee » qui évoque la mise à sac de Cork et pour le « Bloody Sunday » dublinois du 21 novembre 1920 qui a précédé : un enchainement de violences incroyables de part et d’autre qui vous glace, vous  stupéfie et vous fige d’épouvante. Et n’oubliez pas : ce n’est pas de la fiction !
La fin du livre, c’est-à-dire l’évocation de ce qui est arrivé à Michael Collins est particulièrement réussie : bien que connaissant la tragédie du héros irlandais depuis longtemps, mon coeur s’est fendu en deux en relisant l’événement. Quant à Eamon De Valera, hum, je n’ai guère de considération sur son état d’âme parce que tout est de sa faute et tellement plus par la suite…

Un livre que je conseille donc à tout ceux qui veulent comprendre l’Irlande moderne et politique : ça se lit très facilement; une bibliographie est fournie à la fin de l’ouvrage pour ceux qui voudraient aller plus loin et je ne peux aussi que vous conseiller l’excellent film de Neil Jordan, Michael Collins (1996) avec Liam Neeson dans le rôle du Big Fellow, si vous ne l’avez pas déjà vu (et aussi Rebellion, la série créée pour le centenaire de Pâques 1916 et disponible sur Neflix).

Je termine en laissant la parole à Michel Déon qui préface l’ouvrage :
« On le croyait invicible. Ce n’était qu’un homme. Il avait fini par l’oublier. »

Mille mercis aux éditions de la Table Ronde pour la bonne pioche ! 😉

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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