Maintenant, c’est ma vie – Meg Rosoff

maintenant-cest-ma-vie

Traduit par Hélène Collon

Daisy, une ado new-yorkaise, est envoyée par son père passer quelques jours dans la campagne anglaise, chez ses cousins. Dès la sortie de l’avion, elle est intriguée par Edmond, son cousin, venue la chercher à l’aéroport. 14 ans, la clope au bec, il conduit sans permis et surtout a un air de chiot perdu. Ce n’est que le début des surprises. Elle découvre le reste de la famille : Isaac, Piper, Osbert, une chèvre, des chats et des chiens, un mouton, forment le singulier mais sympathique comité d’accueil de Daisy. Tante Penn, qui aurait dû venir la chercher à sa descente de l’avion, est absente du tableau. La première impression qu’on a, c’est que les gamins ont l’air de vivre et de se gérer seuls, dans cette ferme où règne un joyeux bazar.
Peu à peu on découvre que le monde est en crise, en proie à un terrorisme de niveau mondial. Pourtant, le coin de campagne où vivent les cousins de Daisy ressemble à un Eden. On sent une menace latente. Le silence avant la tempête. Jusqu’au jour où une bombe explose au plein milieu d’une gare de Londres, faisant « quelque chose comme sept mille ou soixante dix-sept mille tués ». Alors tout dérape vraiment. Les aéroports ferment, « on parle partout de pénurie de produits alimentaires, d’arrêter les transports publics, de rappeler tous les hommes en âge de se mettre au service de la patrie », « les types de la radio demand[ent] d’un ton solennel à tous les gens qu’ils alpagu[en]t dans la rue si « ça v[eu]t dire que c'[es]t la guerre », sur quoi il fa[u]t fader des experts tout aussi solennels qui f[on]t semblant d’en savoir plus que le commun des mortels ». Le monde devient dingue. Tante Penn, qui travaille pour les hautes sphères de négociation de la paix, partie la veille à Oslo, ne peut revenir sur le territoire britannique puisque les aéroports du pays sont fermés. Les gamins vont devoir se débrouiller seuls, mais finalement, ce n’est pas si important puisqu’ils se débrouillaient déjà seuls. Quand ils reçoivent un message disant que les habitants doivent évacuer la zone, ils décident de ne pas quitter les lieux et d’aller se cacher pour vivre dans la grange. Malgré tout, ils finissent embraqués de force par les forces du pays et sont séparés. Daisy et Piper se retrouvent en famille d’accueil, dont elles s’échappent. Elles vont devoir apprendre à survivre et nous les suivons dans cette fuite folle.
Juste avant que tout dérape, Daisy et Edmond sont tombés amoureux. Daisy a fait une promesse, elle fera tout pour la tenir. Cela va la transformer et changer sa vie.

Daisy est un personnage blessée depuis sa naissance : elle se considère comme quelqu’un qui apporte le malheur partout où elle va : sa mère est morte en lui donnant vie. En arrivant en Angleterre, elle pensait avoir laissé les attentats sur le sol américain et voilà que le monde part en vrille. Avant la guerre, elle était anorexique, ou du moins avait des périodes où elle refusait de manger. Pendant la guerre elle va devoir trouver à manger pour ne pas mourir. Pourtant, comme elle le dit en prélude du roman, si la guerre a chamboulé pas mal de choses pour elle, en soit, les changements qui se sont opérés sont surtout dus à… Edmond.

J’ai beaucoup aimé les personnages principaux du roman, cette famille d’ados livrés à eux-mêmes, abandonnés par les adultes, qui sont tous des personnages négatifs. Tante Penn est bien trop occupée à négocier la paix pour s’occuper d’eux ; le père de Daisy se contente d’un coup de fil après la bombe pour savoir si elle est toujours en vie mais l’obligera à retourner à New York quand elle a décidera que sa vie est maintenant ailleurs. Les gamins sont brutalisés par les forces armés du pays. Bref, le monde des adultes est vraiment sombre. Parsemé de cadavres, de maisons dévastées.

Pourtant, dans cet univers de désolation, Daisy court après l’amour, incarné ici par Edmond. Cependant Meg Rosoff ne fait pas de ce roman une bluette sentimentale avec des violons et des trémolos, des machins bien « cul-cul-la-praline ». A travers ce thème amoureux, elle explore les ravages de la guerre, un monde vide et vidé de son sens, un monde où il faut explorer les cadavres pour retrouver ceux qui vous sont chers, où il faut compter sur la générosité de la nature pour survivre.
(J’ai particulièrement aimé le passage sur la cueillette des champignons et leurs conséquences ! 🙂 )

L’écrivain parvient à insuffler de la poésie dans cet univers apocalyptique, par la luxuriance de la nature qui reprend ses droits et qu’elle s’attache à décrire. On suit avec bonheur Daisy et sa petite cousine Piper dans leur cavalcade pédestre à travers la campagne anglaise.
Ne pas s’attendre à des dialogues, l’écrivain n’utilise pas le discours direct libre pour faire parler ses personnages à travers l’histoire que raconte Daisy. Ou si peu.

C’est premier roman que je lis de Meg Rosoff, publié en 2004 et, depuis, adapté au cinéma. Un beau roman young adult, à la fois palpitant, angoissant et émouvant. Un roman d’apprentissage original et paradoxal.
Il a d’ailleurs remporté de nombreux prix.

J’ai aussi visionné le film qui en a été tiré : dommage qu’une partie de la fin du roman soit complètement omis, que certains personnages meurent alors que ce n’est pas le cas dans le roman, ce qui change un  peu la donne. Le personnage de Daisy est complètement agressif dans le film, ce qui n’est pas le cas dans le roman. La Daisy du roman ne fait pas de caprices de merdeuse du genre qu’on a envie de remettre direct dans l’avion et elle n’assassine personne. Edmond s’appelle Edmond et n’est jamais nommé par le diminutif « Eddy », comme à l’écran. Pas d’histoire bombe nucléaire, pas de neige en plein été…
Le film se regarde, surtout si on n’a pas lu le roman, mais le réalisateur a pris des libertés. Donc je vous conseille plutôt de lire d’abord le roman et ensuite de regarder le film (d’ailleurs je ne fais que rarement l’inverse, car dans ce cas-là, je ne lis pas le roman parce que je sais que je vais être agacée 😉 )

Extraits :

« Puis je suis allée à la fenêtre et on distinguait un tout petit bout de lumière rose là où le soleil devait être en train de se lever, une brume grise parfaitement calme planait au-dessus de la grange, des jardins et des champs, et tout était beau, parfaitement immobile : j’ai bien regardé en m’attendant à voir débarquer une biche ou une licorne qui seraient rentrées chez elles en trottinant après une rude nuit, mais je n’ai aperçu que des oiseaux. »

« (…) des tonnes de rumeurs nous arrivaient de partout, mais à NOUS, il ne nous arrivait rien de SI GRAVE QUE CA.
Pendant ce temps, il y a quelque chose comme cent mille roses blanches qui fleurissent toutes en même temps sur le devant de la maison, une vraie folie; les légumes poussent d’au moins quinze centimètres par jour et les plates-bandes sont tellement bigarrées qu’on ne peut s’empêcher de rester en extase devant et qu’on en a le vertige rien qu’à les regarder. A en croire Isaac, les oiseaux s’éclatent bien plus depuis l’occupation parce que les voitures ne roulent plus, qu’on ne cultive plus la terre, bref qu’on ne fait plus rien qui les embête, si bien qu’ils n’ont plus qu’à pondre leurs oeufs, chanter et éviter les renards.
Ca commençait à ressembler à du Walt Disney sous ecsta avec tous ces écureuils, ces hérissons et ces biches qui se baladaient partout au milieu des canards, des chiens, des poules, des chèvres et des moutons;[…) »

« J’ai improvisé un couvercle avec un bout d’écorce qui s’est mis à fumer sur les bords, puis à prendre carrément feu, ce qui m’embêtait quand il fallait l’enlever pour remuer les champignons. Je me suis brûlé huit doigts sur dix en enlevant la gamelle du feu pour éviter que le tout ne soit carbonisé, ce qui m’a pris presque une heure (…) et vous n’imaginez pas à quel point ça peut être bon un truc qu’on a trouvé dans un champ(…) ».

« – Merde ! S’il écoute aussi ATTENTIVEMENT QUE CA, j’ai hurlé, ALORS COMMENT CA SE FAIT QU’IL N’ENTEND PAS QUE SI J’AI REUSSI A SURVIVRE JOUR APRES JOUR PENDANT DES ANNEES, C’EST A CAUSE DE LUI? »

Publicités

A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
Cet article, publié dans Littérature américaine, Littérature jeunesse, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Maintenant, c’est ma vie – Meg Rosoff

  1. J’ai vu le film à sa sortie et j’avais beaucoup aimé, malgré le caractère exaspérant de l’héroïne.
    Je pense toutefois lire le roman un de ces jours, d’autant plus que j’ai oublié une partie des faits 😉

    Aimé par 1 personne

  2. Maeve dit :

    Il y a pas mal de choses qui sont zappés dans le film au profit d’autres qui n’existent pas dans le roman. Ca commence à l’aéroport d’ailleurs : le réalisateur a interverti 2 frères.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s