Dernière nuit à Montréal – Emily St. John Mandel

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Traduit par Gérard de Chergé

Un jour Lilia disparait et Eli, son petit ami, thésard sur la disparition des langues, se lance à sa recherche. Je vais bien être embêtée pour parler de l’histoire de ce roman de la Canadienne Emily St. John Mandel car en fait il n’y a pas vraiment d’histoire, si ce n’est celle d’une disparition. Je dirais même que c’est la force de ce roman dont l’héroïne est absente des pages au présent. On la croise au passé, mais c’est tout. C’est l’histoire d’une absence, d’une vie de fugue et des traces laissées dans la vie de ceux qui l’ont croisée. D’une perception du monde à travers les mots et les langues dont la plupart sont (aussi) amenées à disparaître ou ont disparu.
Ce n’est pas une histoire dans laquelle on entre d’emblée. J’ai mis 150 pages à l’apprivoiser à force de patience mais aussi parce que c’est également une lecture hypnotique qui vous traîne de nuit, dans la rue, les bars, les discothèques et les chambres d’hôtel et sur les routes. Une atmosphère de déréliction dont on ne parvient pas à l’extraire, alors on se laisse entraîner sur la trace d’un fantôme.
C’est l’histoire d’une énigme, celle du secret de Lilia. Que l’on ne comprend qu’à la fin, parce qu’une seule personne le connaît et a promis de ne jamais le révéler. Sauf que…
Un récit fait de multiples histoires qui forment un puzzle kaléidoscopique tout à fait plausible dans son étrangeté.

Un roman étrange donc, mais fascinant même si je lui ai trouvé quelques longueurs malgré la majesté de la plume d’Emily St. John Mandel. Je n’ai pas pu l’abandonner même si, par instant, l’auteur aime vous perdre entre l’Arizona, le Nouveau Mexique  le Québec et Rome. Parfois on ne sait plus trop où l’on en est, un peu comme Eli qui se désespère d’arriver à retrouver Lilia au point d’en avoir des hallucinations, d’entendre sa voix ou de voir sa silhouette là où elle n’est pas.
J’ai bien aimé le parallèle entre la disparition des langues et la disparition de Lilia. Original !
Donc voilà, une chronique étrange sur un roman du vide laissé par une absence. 🙂

Extraits :
« (…) Je te quitte pour toujours brodés sur le devant de sa parka. Quelque chose lui parut bel et bien un peu insolite, mais il n’en tint pas compte, tout à l’excitation de la chasse au papillon -jusqu’au moment où, plus tard, trop tard, quelque part entre les mots d’emprunt des Andes et les dialectes perdus de l’ancienne Californie, il jeta un coup d’oeil distrait à la pendule. »

« La majorité des langues, lui annonça-t-il solennellement, sont appelées à disparaître. (…) sur les six mille langues actuellement parlées sur terre, quatre-vingt-dix pour cent sont en danger et la moitié n’existeront plus d’ici la fin du siècle prochain. »

« Trois mille langues, vouées à l’extinction. Il était devenu obsédé par l’intraduisible : son idée, et le sujet de sa thèse (…) »

« Lilia avait conscience par moments, à côté d’elle, d’une présence à demi entrevue, évanescente, indirectement apparente, comme les étoiles que l’on peu voir uniquement quand on détourne les yeux. »

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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4 commentaires pour Dernière nuit à Montréal – Emily St. John Mandel

  1. kathel2 dit :

    J’avais bien aimé ce roman, mais comme je n’ai pas rédigé de billet, les souvenirs en sont vagues… c’est très morcelé, dans mon souvenir, et bien écrit…

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  2. alexmotamots dit :

    Finalement, l’action se déroule peu à Montréal ?

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