Phalène fantôme – Michèle Forbes

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Traduit par Anouk Neuhoff

Katherine Bedford vit à Belfast avec son mari et ses quatre enfants en 1969. Une famille unie, comme les autres. George est ingénieur et pompier volontaire. Katherine est mère au foyer. Un jour, elle manque se noyer, paniquée par un phoque qui semble l’avoir attaquée. Elle est sauvée in extremis par George (qui ne sait pas nager !). La vie aurait pu reprendre normalement mais cet incident va engendrer un tsunami dans la vie de Katherine, ranimant des souvenirs vieux de vingt ans,  agitant le long fleuve de sa vie en apparence tranquille. Au même moment, les premiers troubles communautaires se font sentir à Belfast, les brimades contre les « taigs », se multiplient, en particulier dans le quartier à majorité protestante où vie la famille Bedford, qui est catholique. C’est la fin des jours heureux.

Le récit alterne entre deux époques : 1969 et 1949. Michèle Forbes multiplie les analepses pour révéler au lecteur le secret de Katherine, ce qui va la plonger dans un désarroi. Ainsi, nous découvrons qu’en 1949 Katherine était commis aux comptes à la banque d’Ulster et chanteuse lyrique amateur. C’est en montant le spectacle de Carmen (tout un symbole !) qu’elle s’amourache de son costumier, Tom, alors qu’elle vient de se fiancer à George. Deux hommes qui sont l’exact opposé : Tom amoureux fougueux ; George amoureux transi, un petit « pépère » bien sous tous rapports. 🙂  On découvre aussi, avec pas mal d’horreur, qu’il s’est aussi passé quelque chose d’effroyable à cette époque, dont Katherine semble être en partie responsable. La figure lisse de la femme au foyer se brise doucement, tout au fil du récit car un jour, Katherine a dû faire un choix, qui semblait celui de la raison mais qui a engendré un drame…

Phalène Fantôme est le premier roman de Michèle Forbes, qui est elle-même actrice de théâtre, de cinéma et de télévision (elle a joué dans le poignant Omagh dont je vous recommande le visionnage, un jour où vous avez le moral, mais qui résonne comme un écho dans notre actualité si troublée !).
J’ai été impressionnée par sa maîtrise d’écriture:  très cinématographique d’ailleurs où elle décrit chaque geste, chaque frisson ou mimique, mais aussi très empreinte de poésie, avec une touche presque fantastique par instants. L’histoire se lit bien, on ne s’ennuie pas, on va plutôt de surprise en surprise, de stupéfaction en stupéfaction.

On grince des dents aussi. Tout d’abord sur les brimades grandissantes infligées aux catholiques. Mais, en ce qui me concerne, les deux personnages principaux, Katherine et George m’ont pas mal agacée eux aussi. J’ai trouvé George un peu too much dans le rôle du parfait mari aimant après tout ce que lui a fait Katherine. Il est trop parfait à mon goût pour être totalement crédible. Même s’il cache quelque chose de terrible lui aussi (mais finalement le récit ne s’attarde pas sur ce qu’il a fait), il est brave dans tous les sens du terme (d’ailleurs, il est pompier ! 🙂 ). Katherine cumule un peu trop dans le négatif, si je puis dire.
Quant à la fin, elle m’a anéantie.  Je suis sortie accablée par cette histoire, qui est un bon roman mais trop triste pour moi.

Un roman remarquablement écrit donc, mais il a un côté excessif, dans son histoire et ses personnages, qui vous laisse écrabouillé. Un livre qui ne vous laissera pas indifférent, ça c’est certain. Riche en émotions et en symboles…

Extraits :
« Son mari, George, l’appelle depuis le rivage, sa voix lui parvenant tel le cri d’une mouette solitaire, la cherchant. Mais elle ne répond pas. Pétrifiée par le regard du phoque, par cette étrange et troublante apparition, par la peur de la mer toujours prête à l’engloutir, elle demeure immobile. »

« Elle sentait les marbrures écarlates de la mauvaise conscience envahir son cou puis les follicules se contracter sous sa peau tandis qu’elle rangeait ses affaires et quittait la Banque d’Ulster pour rejoindre High Street. »

 » Tout ce qu’elle a à faire c’est attendre. Attendre même peut-être jusqu’à ce qu’elle se réveille dans le jaune-gris de l’aube. Elle va attendre et elle va attirer les phalènes voltigeantes. Elle va les capturer puis les ramener à la maison. Les âmes des morts. »

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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