Retour sur Festival America 2016

 

Comme prévu, je n’ai pas failli à Festival America cuvée 2016.  Deux jours et un truc comme 20h de présence sur place. Je suis rentrée complètement caput mais aussi et surtout complètement ravie !
J’avais raté Colum McCann quand il est venu présenter son dernier recueil de nouvelles traduit (Treize façons de voir, éd. Belfond, traduit par Jean-Luc Piningre) au mois de mai parce que ce n’était pas compatible avec mon emploi du temps boulot. Eh bien là j’ai tenu ma revanche puisque j’ai assisté à 3 débats sur 5 auxquels il prenait part. 🙂 La cerise sur la gâteau a été de le trouver par hasard à une heure non répertoriée sur le planning (ou alors je ne l’ai pas remarquée) et de me faire dédicacer le dimanche matin de bonne heure, Etre un homme (éd. 10-18). 75 écrivains (dont Roddy Doyle, Ian McEwan, Edna O’Brien, Joseph O’Connor, Salman Rushdie et lui-même), réunis par Colum McCann qui a créé l’association Narrative 4 autour du concept d' »empathie radicale » : une philosophie du partage, d’échanges d’histoires à travers les pays pour favoriser des rencontres entre des jeunes d’horizons, de cultures, de vécus différents, afin de donner une place à l’espoir.

Samedi j’ai assisté à plusieurs débats dont le plus réussi a été pour moi « L’art de la nouvelle ». Un débat rondement mené par la journaliste Christine Ferniot du magazine Lire, avec, Colum McCann, Dan O’Brien et Ken Liu.

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Colum McCann et Ken Liu

Colum McCann explique que la nouvelle est un genre très populaire aux Etats-Unis, contrairement à la France, même s’il semble que ce soit en train de changer. Aux USA, si vous avez publié des nouvelles, vous avez davantage de chance de publier des romans. Pour sa part, il écrit une nouvelle comme il écrit un roman. Mais la nouvelle a une narration qui « implose », c’est quelque chose à la fois très dense et compact, alors que le roman possède une narration qui « explose ». Ken Liu en a fait son art narratif de prédilection. Son recueil de dix-neuf nouvelles de SF et Fantasy, La ménagerie de papier (éd. Le Bélial, traduit par Pierre-Paul Durastanti) vient de paraître. Il a rendu hommage au travail des traducteurs, c’est à noter !

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Dan O’Brien et son interprète, Dominique Chevallier

L’autre belle présence du débat était Dan O’Brien, le fameux éleveur de bisons, auteur de romans « nature writing wild wild west », mais aussi… professeur. Je découvre qu’il a écrit également des nouvelles et il a avoué avec un petit air coquin que la France publie actuellement un recueil qu’il a écrit il y a… 35 ans ! 🙂 : Haut Domaine, (éd. du Diable Vauvert, traduit par Walter Gripp). Très sympathique auteur en tout cas, dont j’admire la fibre écolo de sauvegarde des bisons et du patrimoine des Grandes Plaines américaines. Sachez aussi qu’il publie les nouvelles qu’il écrit sur son blog! Dan O’Brien est un blogueur!! 😊 J’aurais aimé assister à plus de débats en sa présence, mais on ne peut pas être partout !

L’autre « phénomène » du festival – hormis C. McCann – était la présence de James Ellroy. Pendant que tout le monde faisait la queue pour se faire dédicacer un roman de Laura Kasischke qui n’était pas arrivée à son stand, j’ai repéré une chemise hawaïenne… 🙂

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James Ellroy au boulot ! 🙂

Très souriant et avenant avec ses lecteurs. Et hop, une dédidace de Perfidia (800 p. !!) J’ai apprécié l’attention portée à mon prénom dont beaucoup de Français saccagent l’orthographe sans trop se poser de questions…

Par contre, en public, Ellroy se joue un personnage que j’ai trouvé un zeste pénible à la longue. Ce n’est pas un scoop pour certains. Je ne suis pas restée jusqu’au bout…

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J’ai foncé retrouver la première joute de traduction du festival 2016.

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Joute de traduction entre Pierre Demarty et Nicolas Richard sur un extrait de New York, esquisses nocturnes de Molly Prentiss

Il a été question d’éléphants de mer et autres phoques : on en a appris un rayon sur la faune marine. 🙂 On a bien rigolé, surtout que les deux traducteurs avaient le sens du show.
Le lendemain, deux traductrices (Nathalie Bru et Valérie Julia) se sont essayé sur l’incipit (du moins je crois que c’était l’incipit) des Maraudeurs de Tom Cooper (éd. Albin Michel, traduit par Pierre Demarty). Des phoques du samedi, on est passé aux termites qui se prennent pour des touristes et bonhommes à la drôle de « face ». Pour parfaire le tout, la présence dans le public de locuteurs anglophones de naissance pour nous donner leur avis. C’était génial ! 🙂 Les Maraudeurs sont dans ma PAL depuis quelques mois : faut que je lise ce polar du Bayou…
En tout cas, un franc succès pour les joutes !

Avec « L’Amérique des humbles », j’ai vu pour la première fois Alice McDermott dont je veux lire depuis des siècles Someone (éd. de la Table Ronde, traduit par Cécile Arnaud)

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Alice McDermott explique pourquoi elle a situé Someone dans les années 30.

Bon, ce débat a souffert d’un problème d’animation. Ca ronronnait bien trop gentiment à mon goût. L’animatrice qui lisait ses notes, d’un ton monocorde : j’ai failli faire une sieste et j’ai lâché prise à un moment donné. Heureusement, l’accent singulier et les propos  de Willy Vlautin m’ont fait sortir de ma torpeur !

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Willy Vlautin, écrivain du Nevada, auteur-compositeur et chanteur du groupe de folk-rock Richmond Fontaine

Ses deux précédents romans Motel Life et Plein nord ont été adaptés au cinéma. Son modèle c’est Steinbeck. Son dernier roman, Ballade pour Leroy (éd. Albin Michel, traduit par Hélène Fournier). Ses multiples cordes artistiques m’intriguent. Et j’adore Steinbeck. Et hop in my wish list.

L’autre inconnu découvert fut David Joy, Caroline du Nord, dans les Appalaches.

(Je me suis divertie en voyageant à travers les origines de chacun des protagonistes du débat 🙂 ) Finalement, ce débat aurait presque pu s’intituler « L’Amérique profonde » mais il y avait Alice McDermott…

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David Joy, auteur Là où les lumières se perdent (éd. Sonatine, traduit par Fabrice Pointeau)

« Identités américaines » a été mon débat suivant, mais j’ai quitté la salle avant la fin parce que je m’ennuyais sec (décidément !) et sans doute aussi que j’avais besoin de voir la lumière du jour…
Je reproche à ce débat l’absence d’un écrivain afro-américain, amérindien  etc, pour justement parler des « identités ».

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Jane Smiley, auteur de Nos premiers jours (éd. Rivages, traduit par Carine Chichereau)

J’ai couru à l’hôtel de ville retrouver le café des libraires avec  Colum McCann  sur le thème « Soif de justice » (j’ai pas trop compris le titre par rapport aux discussions : en fait il s’agit plus aux auteurs invités de présenter leur dernier ouvrage, donc c’est parfois un peu tiré par les cheveux par rapport au thème annoncé).

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Colum McCann est revenu sur l’agression dont il a été victime alors qu’il écrivait la novella éponyme du recueil Treize façons de voir. Mais au-delà de ça, on peut remercier son sens de l’humour sur ce plateau d’Américains super sérieux (il y avait aussi Sergio de la Pava – connais pas – et Smith Henderson – que j’aimerais bien lire). Il est revenu sur l’anecdote du matin que ceux qui ont assisté au débat sur « L’art de la nouvelle » ont pu comprendre. 🙂 De « soif de justice », on est passé à tout autre chose l’espace d’un instant, qui avait à voir avec une histoire de mariage… De l’humour irlandais. 🙂 Ouf !

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Smith Henderson, auteur de Yaak Valley, Montana (éd. Belfond, traduit par Nathalie Peronny

Dimanche, j’ai revu mon programme. Je ne voulais pas du tout assister à un truc sur la commémoration du 11-Septembre, ou quelque chose qui y ressemble parce que c’est déprimant, d’autant plus au regard de notre actualité. Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et avec mon expérience de la veille, je me suis dit qu’un débat avec McCann ne pouvait qu’être autre chose qu’un truc tout formaté au ras des pâquerettes. Je suis donc allée à « 11-Septembre, quinze ans déjà » (le titre me gonflait d’avance !).

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« 11-septembre, 15 ans déjà » avec de gauche à droite : Molly Prentiss, Eddie Joyce, Colum McCann, Ben Lerner

Molly Prentiss était réticente à participer à ce genre de thématique car elle n’avait que 16 ans au moment des faits.
Colum McCann a expliqué qu’il avait de plus en plus de mal à parler du 11-Septembre, parce que depuis, il y a eu la guerre en Irak et tout ce qui a découlé de cette intervention américaine sous la houlette de Bush Jr. Il n’y a qu’à regarder les élections présidentielles américaines actuelles pour avoir des frissons… Le beau père de McCann était dans l’une des tours, il en a réchappé de justesse. La première chose qu’il a fait en rentrant c’est de retirer ses vêtements, de les mettre dans un sac poubelle et de les jeter. Il a conservé ses chaussures couvertes de poussière dans une boîte qu’il n’a plus jamais ouverte. Colum en a fait donation au musée du 11-Septembre de New York mais avoué qu’il n’ira jamais dans ce musée. J’admire son recul, la hauteur qu’il prend pour analyser les événements. Au-delà du traumatisme post-attentat, quel qu’il soit. (McCann Président de la France ! 🙂 )
A côté de lui, Eddie Joyce, un autre écrivain américain d’origine irlandaise, auteur de Les petites consolations (éd. Rivages, traduit par Madeleine Nasalik), qui raconte l’histoire d’un deuil lié au 11-septembre rejoint le point de vue de McCann. Il y a l’Amérique profonde qui est terrorisée par les attentats actuels et prête au pire. Il a grandi à Staten Island le New York des immigrés que certains ne considèrent pas comme New York…

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Eddie Joyce et Colum McCann, deux humanistes

J’ai achevé mon festival avec le dernier café des libraires : « Désert » avec, entre autres, Kevin Powers, ancien G.I. de la guerre en Irak, auteur du fameux Yellow Birds que je dois lire depuis encore des siècles !

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Kevin Powers

J’ai ma dose de rencontres littéraires pour un moment.
J’ai discuté le bout de gras (littéraire) avec des connu(e)s et inconnu(e)s, croisé Alain Mabankou sans ses lunettes, je suis repartie avec deux dédicaces (de Colum McCann devant qui je me suis plantée en disant : « Bonjour, je sais que vous comprenez le français ! », – faut bien trouver un truc à la con quand on est impressionné pour arriver à se dépasser soi-même… 🙂 – et de James Ellroy).

Je suis repartie avec une petite PAL de 4 livres :
Perfidia de James Ellroy
Etre un homme 75 auteurs réunis par Colum McCann
Dernière nuit à Montréal d’Emily St. John Mandel
Terreur apache de W. R. Burnett

Côté découverte, ce fut riche : Eddie Joyce, Smith Henderson, Willy Vlautin, David Joy, Ken Liu et il paraît qu’il faut que je lise Megan Abbott parce que c’est méga-bien.
C’est juste le big bang dans ma tête de lectrice !!

Un beau voyage littéraire outre-Atlantique le temps d’un week-end, sous des températures caniculaires ou presque. Maintenant il va falloir attendre deux ans.

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Un festival sous l’oeil de Big Jim (photo de Jean-Luc Bertini)

 

Je teste ici la publication de chronique en différé.

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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2 commentaires pour Retour sur Festival America 2016

  1. aifelle dit :

    Tu avais un programme chargé et je vois tout ce que j’ai raté ! Mais j’en ai vu d’autres. J’ai aussi envie de lire Smith Henderson et plusieurs autres vus le samedi.

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    • Maeve dit :

      Cette année j’avais du temps, donc je me suis fait plaisir sur 2 jours. Même si évidemment ca ne suffira jamais pour tout voir. Festival America est un perpétuel dilemne cornélien. 😉 En tout cas je n’ai pas encore atterri!

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