Les révolutions de Bella Casey – Mary Morrissy

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Traduit par Aline Azoulay-Pacvon

En ces temps de célébration du centenaire de l’Insurrection de Pâques 1916 en Irlande, les éditions de la Table Ronde publient ce roman qui s’ouvre sur cet événement historique. Alors que la Poste Centrale de Dublin est devenue le quartier général de ceux qui proclament la Nouvelle Irlande, Mrs Beaver, cinquantenaire et protestante se dit : « Une escarmouche, rien de plus. » Néanmoins, l’imagination piquée par ce qui se raconte, elle sort dans Dublin en proie au chaos, mais aussi tiraillée par la faim. Pourtant, c’est un piano qui va attirer son attention. Elle mettra toutes ses forces et sa rage pour le ramener chez elle (ses enfants se demandent si elle n’est pas tombée dingue, compte tenu des événements !).  Elle se met à jouer la sonate Au clair de lune, une mélodie qui la ramène dans le passé, au temps où elle avait quinze ans et pour ambition de s’émanciper le plus tôt possible.

Mrs Beaver est née Bella Casey, dublinoise protestante, devenue institutrice dans les années 1880. Un excellent poste pour une femme.  Un excellent poste et un beau logement, certes, mais harcelée par un révérend. Par manque de courage et parce qu’elle sait que si elle fait quoi que ce soit, elle perdra son emploi, Bella cède à l’ignoble révérend Leed. C’est par lui qu’arrive le malheur de la jeune femme. Enceinte, elle n’entrevoit comme solution que de se faire épouser par un autre homme, le clairon Nicholas Beaver, un homme qu’elle trouve charmant. Manipulatrice, elle parvient à ses fins. Mais pour le pire.

Dans ce roman, le malheur arrive par les hommes. Pourtant, Mary Morrissy n’épargne pas son personnage éponyme et n’en fait pas non plus une donzelle innocente et bienveillante.
Tout au long de ma lecture, Bella Casey m’a agacée : elle est snoble, prétentieuse, pétrie de préjugés envers les Irlandais catholiques qu’elle regarde de haut. Cela m’a beaucoup supris. En effet, Bella Casey est la soeur aînée du dramaturge et écrivain irlandais Sean O’Casey, de son vrai nom Jack Casey (ce fut ma deuxième surprise !) . Jack adorait sa soeur autant qu’elle l’agaçait. Le roman nous propulse dans les années 30, Sean O’Casey est en train d’essayer d’écrire sur sa soeur mais a bien du mal à la comprendre ! Il cherche à faire revivre l’ancienne Bella, celle qu’il a connue « battante ». C’est ce qu’il cherchera toujours à retrouver en elle. On se prend d’affection pour Jack, contrairement à sa soeur, pour son humanisme et sa bonté hors normes.
L’écrivain apparaît dans le roman, d’abord bébé né « coiffé », puis enfant, enfin adulte toujours plongé dans les livres, révolté, prenant fait et cause pour les catholiques, épousant leur langue, adoptant l’équivalent gaélique de son identité patronymique pendant que Bella ne comprend pas son attitude :
« Son frère appartiendrait toujours au camp adverse – celui des baragouineurs de gaélique, des catholiques, des ennemis de la couronne. »
Au lieu de cela, Bella a, elle, épousé un soldat au service de la couronne, un homme brutal et alcoolique, qui mettra un terme à sa carrière d’institutrice en lui donnant 5 enfants et en finissant atteint de démence (vraiment le gentleman dont tout le monde rêve, n’est-ce pas ?  🙂 )
Pourtant, Bella ne se révoltera jamais contre cet ignoble bonhomme qui lui fait vraiment subir le pire. Et là, j’ai vraiment eu envie de lui mettre des claques ! 🙂

Une des subtilités du roman est que Mary Morrissy ne fait pas de son héroïne quelqu’un de parfait et sympathique, mais néanmoins elle la montre se démenant, en faisant les mauvais choix, dans une société dominée par le patriarcat. Le lecteur est pris par des sentiments contradictoires.

J’ai aimé la plume légèrement surannée de Mary Morrissy, tout à fait en accord avec le personnage de Bella. Malgré mon manque d’empathie et de sympathie pour celle-ci, je n’ai pas pu lâcher ce livre une fois entamé, malgré quelques longueurs à la fin.
L’histoire d’un drame savamment imaginé, mais qui donne envie d’aller plus et de lire l’autobiographie en plusieurs volumes de Sean O’Casey ! C’est sans doute le dessein de Mary Morrissy ! 🙂

 

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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