Un bon garçon – Paul McVeigh

41xoDuzlP+L._SX210_Traduit par Florence Lévy-Paoloni

Michael (dit « Mickey ») termine sa scolarité à l’école primaire. Bon élève, il devrait être admis à la prestigieuse Grammar School, chose dont il se réjouit. Tout pourrait paraître banal, sauf que voilà, nous sommes à Ardoyne, quartier populaire et catholique de Belfast. Une chance d’échapper à cet univers étriqué donc. Seulement voilà, le père de Mickey est porté sur la bouteille, les jeux d’argent. C’est le directeur de l’école primaire qui annonce à Mickey, qu’hélas !, la Grammar School, ce n’est pas possible parce que l’argent de la famille a été dilapidé. Mickey accuse durement le coup. Pour compenser, sa mère exauce un de ses autres rêves et lui offre un chien que Mickey prénomme « Tueur ». 🙂 . Le gamin devra donc poursuivre sa scolarité à St Garbiel, l’école pourave du secteur. Nous passons huit semaines de vacances avec lui, avant la rentrée. La vie à Belfast pendant les grandes vacances, pendant les Troubles. Nous sommes à la fin des années 80. Il y a des attentats et les « Angliches » qui surveillent, il y a l’IRA, il y a les Protestants et leur RUC. Il y a les irruptions inopinées dans les maisons. Bref, c’est la guerre civile. Et les habitants vivent avec. Comme ils peuvent.

Le narrateur, c’est Mickey.  Le lecteur suit donc la vie à Ardoyne de son point de vue de pré-adolescent que les hormones commencent à travailler – ce qui ajoute du piquant à l’histoire ! Gamin solitaire, rejeté par les garçons de son âge qui le traitent de pédale, parce que du coup, il joue avec les filles. Son meilleur pote c’est Tueur, son chien. Mais aussi, quand même, « Péteur », une sorte de frère de sang : « Je crois qu’en fait on est jumeaux mais pas nés en même temps, une super expérience génétique de la CIA », d’après Mickey, dont le fantasme féminin est Martine. Son cauchemar c’est Briege, une merdeuse qui se croit tout permis parce que son père est un chef de l’IRA et qu’il est en prison. A Belfast, mieux vaut se taire. Des affiches le rappellent : « Bavarder tue. »

Mais si « bavarder tue », Mickey s’évade à sa façon de cet univers glauque. Dans son théâtre mental, tout les personnages ont des noms qui sortent de son imagination débordante : vous rencontrerez, outre Péteur, Ma-mère-la-pute, Minnie, Rougeole, P’tite Maggie, la Prêteuse, les Sniffeurs, le Chauve, Nez Crochu… (petit extrait). Notre gamin va parfois se promener aux « Oeufs », un No Man’s Land où crèchent sniffeurs et autres dealers.

Mickey lui-même joue un personnage, ce qui exaspère sa mère qui le houspille pour qu’il arrête cette comédie ! Seulement Mickey a un rêve : partir aux Etats-Unis. Il raconte à tout le monde que son père (qui s’est mystérieusement volatilisé) est là-bas et qu’il va le faire venir, avec la famille. Le gamin est un obsédé des séries TV et films américains : Grease, Le vagabond, La petite maison dans la prairie (:p ) , Flipper le Dauphin, Happy Days (:p) … Il déclare aussi haut et fort qu’« un jour [il] sera président de l’Irlande » : « Je serai très bon et très gentil. Je ferai venir tous les bébés noirs à Belfast ».

On gambade à nos risques et périls avec Mickey dans les rues de Belfast, qui « marche, genre Fonzie », parce que de toute façon dans cette ville « il n’existe que deux façons de se comporter dans la rue – courir ou flâner ».  Une prison à ciel ouvert dont un gentil Français (ouais !) dans son minibus, le sortira le temps d’une virée courte mais rocamolesque, où Mickey constatera en toute lucidité : « Il me suffit de rouler cinq minutes à partir de ma rue et je me retrouve là où je n’ai jamais mis les pieds de toute ma vie. »

La plume échevelée et bourrée d’humour de Paul McVeigh donne à voir Belfast sur le mode déjanté. Une ville où les gens, pour s’évader se créent un autre monde comme Mickey ou alors sniffent de la colle, picolent. Ou se tapent sur la gueule entre membres de l’IRA ou au sein d’une même famille…
Un roman qui m’a fait rire parce que Paul McVeigh a un humour vraiment décapant, il n’y a pas de fioritures dans son écriture (un zizi, c’est un zizi et version féminin c’est pareil), il jongle avec les mots et les choses pour créer une Belfast loufoque qui m’a rappelé Eureka Street de l’autre écrivain « belfastois » de talent :  Robert McLiam Wilson.
Un roman émouvant aussi, où l’on est vraiment triste que Tueur meurt dans un attentat. Aussi triste que son jeune maître.

J’ai parfois eu l’impression de regarder un film ou un dessin animé  car l’écrivain s’attache à décrire les mimiques outrancières des personnages :
« Je pique un fard terrible et j’ai le visage brûlant comme un cul qui a pris une fessée. »
« Elle crie et je fais un saut de deux mètres. »
Mickey m’a aussi fait pensé à la souris Speedy Gonzales. Mickey-de-Belfast, en référence à Mickey Mouse ? (question que je me pose car il y a aussi une Minnie) ? Il y a comme des histoires de souris dans ce roman, en y réfléchissant bien. 🙂

Un roman hors-normes qui aborde de manière originale la vie à Belfast, et restitue néanmoins avec justesse son atmosphère à la fin des années 80.

Le premier livre de Paul McVeigh traduit en français. J’espère bien qu’il y en aura d’autres !
Un auteur à suivre.

Voir aussi la chronique de ma copine de Lettres d’Irlande et d’ailleurs.

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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2 commentaires pour Un bon garçon – Paul McVeigh

  1. alexmotamots dit :

    Une époque, cela ne me rajeunit pas…..

    J'aime

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