Enael – tome 1 : L’appât – Helen Falconer

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Traduit par Marie Hermet

Enael vit dans un village de l’ouest de l’Irlande, dans la province du Connaught. Elle est une adolescente comme les autres (du moins le croit-elle), qui va au lycée, envoie des textos en rafale à ses copines, avec qui elle parle fringues et garçons. Un jour, elle découvre derrière un muret de pierres sèches un médaillon dans lequel elle se reconnaît bébé. Sur  ce médaillon est gravé le prénom « Eva ». C’est le prénom qu’il y a sur son état civil même si tout le monde l’a toujours appelée « Enael ». Elle est d’autant plus intriguée que toutes les photos de famille avec elle ont été perdues lors du déménagement de Dublin pour venir s’installer ici, à la campagne. Elle essaie le médaillon et a une vision d’elle avec sa meilleure amie, Carla, quand elles étaient enfants, jouant à suivre le chemin des fées, « une bande étroite où l’herbe était plus pâle » qui commence exactement de l’endroit où se trouve Enaël.
Un jour où elle se rend avec Carla à l’anniversaire d’une copine de bahut, Enael aperçoit  « une petite silhouette qui déval[e] la colline ». Puis plus rien. « Mais bientôt la petite silhouette réappar[ai]t. Arrivée en bas de la côte, elle travers[e] la tourbière pour se diriger vers la route, non sans difficultés. » Très vite, Enael est persuadée qu’il s’agit d’une petite fille et qu’elle est en danger. Elle se lance à son secours, convaincue qu’elle s’est réfugiée sous un bosquet d’aubépines…
Tout le monde se moquera d’elle parce qu’elle reviendra bredouille, écorchée et trempée de s’être jetée dans la mare naturelle cachée sous les aubépines… On lui dit qu’elle croit aux lutins, ce genre de choses…
Enael, s’aperçoit qu’elle développe des pouvoirs. Une nuit, elle est « réveillée par des petits doigts glacés sur son poignet »… Le début d’une aventure incroyable, dont son seul confident sera Shay Foley, le garçon taiseux par qui elle est attirée.

Deux gamins pas tout à fait comme les autres qui vont vous entraîner dans le monde de Tir na Nog : la terre de la Jeunesse Eternelle, l’un des Autres Mondes de la mythologie irlandaise.
Il y en a en effet plusieurs : « Sous l’océan, vers l’Ouest, se trouvent les îles saintes. Sous le Munster c’est la terre des morts. Mais sous le Mayo et le reste du Connaught, il y a la terre de la Jeunesse éternelle, Tir na Nog et c’est là que sont allées les fées ». Et  Lebor Gabala Erenn, le livre qui raconte les conquêtes d’Irlande est aussi celui dans lequel se trouve de la légende des fées (pour faire simple, parce que c’est compliqué !).

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j’ai absolument adoré ce roman fantasy, mais version fantasy intelligente, c’est-à-dire très bien documenté, tiré du vrai folklore irlandais et de la mythologie du pays tout en étant très divertissant et aussi très imaginatif.

Helen Falconer éblouit le lecteur par l’univers de couleurs, les personnages et créatures du monde de Tir na Nog. Elle envoûte avec un bon suspense, une pincée de romance sans faire dans le débile mais dans l’humour (le baiser qui fait décoller, ah! ah !). Elle ajoute un soupçon de mystère identitaire. Et nous voilà piégé jusqu’à la fin de l’histoire !

En même temps, nous sommes dans une Irlande réaliste et contemporaine : de quoi se méfier la prochaine fois qu’on se balade à la campagne… Selon votre vraie identité, il y a encore des passages accessibles pour rejoindre Tir na Nog, sachez-le !

Un roman qui familiarise avec la mythologie et le folklore irlandais. Et apprend quelques superstitions irlandaises aussi :
« Quand il était petit, sa grand-mère avait insisté pour qu’on accroche le tisonnier au-dessus de son berceau. Il fallait empêcher les fées de venir le voler, en y déposant à la place l’un des leurs, un changeling« , un enfant-fée.
Les fées emmènent les enfants et ils deviennent des sheogs dans Tir na Nog. Ces fées sont malfaisantes, ce sont les fameuses banshees qui « viennent des collines sacrées, (…) volent les nourrissons pour les vendre au diable, et elles laissent des bébés de l’enfer à la place. On les reconnaît très bien : ils sont roux comme l’incendie et ils ont le coeur mauvais ».
A Tir na Nog, les banshees adorent les sheogs : « de temps en temps, on en voit toute une charrette : ils vont se promener »  🙂

Vous croiserez aussi des lenanshees, les fées de l’amour, qui tuent à petit feu ceux qui ont un faible pour elles…
Le roman s’ouvre d’ailleurs sur la légende d’Oisin, et les personnages en parlent eux-mêmes : « Enael, tu te souviens de la légende d’Oisin ? C’était un héros de Fianna. Il a suivi la fée Niamh dans le Royaume de la Jeunesse Eternelle. Il pensait qu’il s’était absenté trois ans, mais quand il est revenu, des centaines d’années s’étaient écoulées. »  Un beau clin d’oeil !

Une manière originale d’aborder la quête d’identité, les secrets de famille, la perte d’un enfant, l’amour,la différence, qui sont aussi les thématiques sous-jacentes de l’intrigue.

Un livre magique et envoûtant dont j’attends la suite avec impatience ! Un roman qui plaira aux fans de l’Irlande, entre autres.

Pour l’anecdote : mon exemplaire est un miraculé : je l’ai sauvé de justesse de la poubelle dans laquelle il a été jeté par un voisin malfaisant qui l’a trouvé par erreur dans sa boîte aux lettres. Je soupçonne fortement cet abruti d’être un dullahan : un démon qui porte sa tête sous son bras, qui sent le vomi et le pourri (c’est sûr, ça n’aide pas à réfléchir quand on n’a pas la tête sur les épaules et de la pourriture à la place du cerveau !!). Je me demande comment cette créature est arrivée là, mais il reste des passages entre le monde de Tir na Nog et le nôtre…

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La campagne du Mayo et le mont sacré Croagh Patrick

Mille mercis à Flammarion Jeunesse .

 

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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2 commentaires pour Enael – tome 1 : L’appât – Helen Falconer

  1. alexmotamots dit :

    Si en plus c’est bien documenté, je le note pour mes ados.

    Aimé par 1 personne

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