U4 : Koridwen – Yves Grevet

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Koridwen vit dans le nord du Finistère, pas loin de Morlaix. Tout son hameau a été décimé par un virus : U4 (Utrecht, comme la ville des Pays-Bas et 4 pour 4e génération). Ce virus a déjà décimé 90% de la population mondiale. Il semble épargner les adolescents. Sur un jeu vidéo en ligne auquel s’adonnait Koridwen avant que le serveur du jeu ne se déconnecte, un certain Khronos avait posté un étrange message, laissant présager qu’il connait le moyen de remonter le temps pour changer le cours des choses. Il faut pour cela se rendre sous la plus vieille horloge de Paris, le 24 décembre.  Le jour de ses quinze ans, Koridwen, parce qu’elle se sent menacée dans son hameau fantôme où font irruption des bandes de jeunes pas franchement bien intentionnés, décide de tracer la route vers Paris, en tracteur (seul moyen de locomotion possible). Sa seule compagnie : son cousin Max, handicapé mental.

Au dernier Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, j’ai été impressionnée par la foule qui se massait autour des quatre auteurs de cette série française. Je trouvais les couvertures des livres sympas et Lady Double H de Lettres d’Irlande et d’ailleurs a fini de me tenter…

Quatre livres que l’on peut lire dans l’ordre que l’on veut sans être perturbé. J’ai choisi Koridwen parce que ça se passe dans le Finistère et que le Finistère, du moins le sud, ce n’est pas tout à fait rien pour moi : des souvenirs d’enfance trop classes, des Bigoudènes avec des coiffes en tuyau de poêle, de l’iode, du vent à décorner les boeufs, des vagues de 10 mètres qui vous font boire la tasse et perdre votre maillot de bain, des bancs de sable, du courant à se perdre, des « tape-culs » (désolée, je ne connais pas le nom scientifique de ces crustacés qui sont à mi-chemin entre la langoustine et le crabe), du biniou qui vous casse les oreilles, des virées en vélo, une pharmacie-bar, et la poissonnière du village qui a son étalage qui fout le camp parce qu’il est encore vivant…

Voilà pour l’anecdote. Alors une dystopie bretonne, je voulais voir ce que ça donnait. Et je n’avais jamais lu Yves Grevet, que je sais instituteur.

Koridwen avait une grand-mère qu’on disait un peu sorcière, elle avait pouvoir de guérison à partir de recettes « magiques », contenues dans un livre qu’elle lègue à Koridwen : il avait été dit que le jour de ses quinze ans, Koridwen aurait l’autorisation de d’ouvrir une mystérieuse enveloppe, celle qui lui révélera l’existence de ce livre de remèdes. Une sorte de talisman qui protègera la jeune fille dans le long périple semé d’embûches qui l’attend pour tenter de changer le cours des choses… Et aussi une comptine bretonne, Ar Rannoù, qui livrera au fur et à mesure des indices à la jeune héroïne. (Ar Rannoù est « le premier texte du Barzaz Breiz, un ouvrage où sont réunis les chants traditionnels bretons » et qui date de 1848. C’est un « dialogue entre un druide et son élève » et « il a été transmis oralement dans un dialecte de Cornouaille ».)

Tout cet aspect, avec le folklore breton, j’ai accroché. Mais hélas, il n’est qu’une toile de fond de l’histoire. Pour le reste, c’est-à-dire la dystopie à proprement parler, je n’ai pas du tout adhéré. J’ai trouvé ça trop désespérant : comment un monde dont les seuls survivants sont des adolescents (et quelques adultes transformés en miliciens chargés de les regrouper dans des camps pour les priver de leur liberté) peut-il être aussi noir ? Une histoire blindée d’armes et d’ado malfaisants, alors qu’ils sont des survivants, trop peu de solidarité entre eux. Des personnages agressifs et sombres, un monde où règne la loi du plus fort. Paris noire, avec ses souterrains ferrés squattés par des bandes, sa « Dalle » du 13e guère mieux lotie. Dans ma tête tout se passait de nuit. Tout ça a fini par m’ennuyer au point que j’ai eu du mal à terminer le roman.
J’ai aussi eu du mal à adhérer au style d’Yves Grevet :
« Je marche devant. Les rues sont redevenues complètement vides et calmes. Nous rejoignons le square en quelques minutes. Je les fais descendre dans les égouts. Aucun d’eux ne semble surpris ni n’exprime de réserves. L’ont-il déjà fait ? Nous progressons dans une quasi-obscurité sous le regard indifférent de quelques rats placides. Mon répulsif ouvre le chemin. J’utilise pour la première fois notre tunnel qui débouche dans le cimetière. »
Trop plat à mon goût, ça manque de piment dans le descriptif (mais ce n’est que mon avis). Et de suspense aussi (pas de coup de théâtre fracassant).

J’ai terminé ce roman ado il y a plus d’un mois et à vrai dire, je n’en garde pas de souvenirs impérissables. La dystopie, ce n’est finalement peut-être pas mon truc. Ou alors, il me faut davantage d’espoir dans la noirceur. Et un peu d’humour (noir) aussi.

Voir l’avis de Lady DoubleH sur Stephane.

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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4 commentaires pour U4 : Koridwen – Yves Grevet

  1. C’est la deuxième critique négative que je lis sur ce tome que j’ai lu aussi et que j’ai bien aimé malgré effectivement sa noirceur. Il y a quand même une solidarité qui se noue autour de l’héroïne.

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    • maevedonovan dit :

      Oui mais elle rame trop pour arriver à cette solidarité, noyée au milieu de tellement de haine et d’agressivité que limite, elle devient invisible. Les ados sont-ils si mauvais ? Ca m’a un peu dérangée. 😉

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  2. alexmotamots dit :

    Il va te falloir lire les 3 autres tomes, qui sait, ils sont peut-être meilleurs.

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