Plus froid que le Pôle Nord – Roddy Doyle

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Traduit par Marie Hermet

Johnny, Tom et Erin vivent avec leur père, Frank, à Dublin et avec Sandra qui est la mère des garçons et la belle-mère d’Erin. Cette dernière, petite fille sage, est devenue une adolescente à fleur de peau, une vraie terroriste qui saccage l’ambiance de toute la maisonnée. Lors d’une ultime scène, Frank suggère à Sandra de partir en vacances avec Tom et Johnny. Erin n’est pas orpheline : sa mère a quitté le foyer quand elle était plus jeune, elle vit à New York mais de prend jamais de nouvelles de sa fille. Si Sandra refuse de partir en vacances avec ses fils, elle change d’avis le jour où elle apprend que l’ex-épouse de Frank va rentrer voir sa fille. Et hop, c’est parti pour un séjour en Laponie, dans le nord de la Finlande, avec neige, huskies, traîneaux et froid au programme. De quoi faire baisser la tension, prendre de la distance pour éviter l’explosion.

A chaque parution d’un nouveau Roddy Doyle, je suis impatiente mais un roman « nordique » écrit par un Irlandais, rien de tel pour susciter encore davantage ma curiosité !

J’ai donc pris l’avion avec Sandra, Tom et Johnny. On a été accueillis par notre guide Aki, emmenés dans la campagne enneigée de Finlande et on a fait du traineau à chiens avec une bande de huskies et leur maître, Kalle ! On avait les doigts gelés, de la neige presque par-dessus la tête, on ne voyait souvent rien, ça « caillait » vraiment. Et ça s’est mis à faire encore plus froid quand on a perdu Sandra :  les garçons se sont mis à frissonner, de froid, mais au froid s’est ajouté la peur. Il faut dire que la nature finlandaise est propice à vous débrider l’imagination :
« Ce n’était pas le noir qui lui faisait peur, c’était  ce qui pouvait se trouver dans le noir. Ce qui l’attendait, caché. Des trous, des rats, des doigts crochus, des crocs. »
C’est alors le début d’un roman d’aventures au suspense intenable. Jusqu’à la dernière page, on se demande si la fin va être heureuse. Ou pas. L’angoisse vous saisi à la gorge…

On est loin de la maison de Dublin, mais pas tout à fait : Roddy Doyle nous y fait revenir régulièrement par le jeu d’un récit parallèle qui raconte les retrouvailles entre Erin et sa mère. Là aussi, tout n’est pas joué d’avance. Il y a de la rage et des larmes. Des explications, des choses pas faciles à avouer ni à pardonner.

Un roman très visuel et « sonore », où Roddy Doyle insiste particulièrement sur ce que les personnages voient : sur les yeux extraordinaires des huskies de Sibérie (les premiers mots que l’on lit c’est d’ailleurs « les yeux »), sur chaque virage de traîneau dans la neige, chaque branche d’arbres… Le lecteur est vraiment immergé dans l’ambiance glacée :

« Tom entendait les arbres respirer. Il en était sûr. Il sentait aussi leurs doigts. Les chiens allaient au pas maintenant, et Tom sentait les aiguilles et les branches basses des pins lui griffer les manches et le bonnet, comme si les arbres essayaient de l’attirer (…). Il y avait des serpents en Finlande. Il y avait des loups. Et il y avait des ours. »

Et puis il y a un cri de « guerre », dans cette histoire un cri pour vaincre, utilisé par les garçons pour retrouver leur mère :
« – Les grands espaaaaaaces !
Ils criaient dans l’obscurité, mais aucun son ne leur revenait. (…)
– Les grands espaaaaaaces !
Rien.
– Les grands espaaaaaaces ! »
(Après le « géniaaal ! » des gamins de Dublin dans A la poursuite du Grand Chien Noir, ça m’a fait rire !! 🙂 )
Et il y a les huskies de Sibérie dont Roddy Doyle s’attache à décrire tant la beauté que le comportement de chien de meutes. Des héros à part entière qui occupent autant de place dans l’histoire que les humains.

J’ai découvert ici Roddy Doyle auteur de roman des grands espaces. Un livre d’aventures dans une nature sauvage et glacée, avec en toile de fond le thème de la famille recomposée. Un écho  aux sentiments compliqués des personnages d’où chaque protagoniste sortira transformé.

« On se marie, dit sa mère. On a des enfants, un enfant. On était quelqu’un, et on devient quelqu’un d’autre. »

Et toujours le style inimitable de Roddy, qui adore faire du ping-pong avec les mots (bravo à la traductrice !). Et l’humour aussi :

« Il aimait tout de Sandra. Il aimait sa manière de tousser quand elle avait avalé un bonbon de travers au milieu d’une chanson d’amour. » 🙂

« Leur mère leur avait dit que s’ils trouvaient un chien capable de préparer le dîner, elle les laisserait le garder. «  🙂

J’ai A-DO-RE !!  Pour le suspense, pour les huskies de Sibérie, pour la nature sauvage, pour la thématique abordée de manière originale. Le genre de livre dont on ne veut pas qu’il finisse. Une vraie bouffée d’oxygène, une lecture dépaysante, un sacré voyage en Finlande !
Pour finir, j’ai quand même un petit faible pour la couverture d’une édition V.O. …

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Merci aux éditions Flammarion Jeunesse de m’avoir permis de choisir ce livre.
Excellente pioche !

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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3 commentaires pour Plus froid que le Pôle Nord – Roddy Doyle

  1. alexmotamots dit :

    Un vrai dépaysement, alors !

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Rentrée littéraire d’hiver 2016, quid de la littérature irlandaise ? | Lettres d'Irlande et d'Ailleurs

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