Un long long chemin

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Traduit par Florence Lévy-Paoloni

4e de couverture : « Willie Dunne est le fils d’un policier dublinois. Un garçon sensible, doué, doté d’une voix d’exception. Pas assez grand pour marcher sur les traces de son père comme policier, il s’engage comme volontaire pour combattre dans les tranchées, malgré l’amour infini qui le lie à une jeune fille avec laquelle il désire plus que tout se marier. De la bataille de la Somme jusqu’à la fin de la guerre, ou presque, il assiste à d’horribles combats. La guerre, dès lors, le façonne. Mais elle lui réserve également une surprise. »

Voici un roman d’apprentissage qui vous retourne comme une crêpe, vous êtes prévenus !
Willie Dunne est un petit bonhomme d’un mètre soixante-cinq, innocent comme un perdreau de l’année. Sa taille l’empêche d’entrer dans la police dublinoise. A 17 ans, il s’engage dans la guerre sans réelle conviction,  si ce n’est pour jouer un rôle et pouvoir revoir revenir à la maison la tête haute, pour que son père soit fier de lui.
Voilà donc Willie engagé pour faire la guerre à l’Allemagne aux côtés des Anglais. Or, c’est l’époque où la Grande-Bretagne a engagé la négociation du Home Rule, la loi qui accorderait une certaine indépendance à l’Irlande à l’intérieur du Royaume-uni. Certains Irlandais pensent que prêter main forte aux Anglais en s’engageant à leurs côtés dans la guerre contre l’Allemagne, favorisera l’accord du Home Rule. D’autres, au contraire, pensent que « les difficultés de l’Angleterre sont les occasions de l’Irlande ». Il faut dire que « le Parlement de Londres avait dit que le Home Rule s’appliquerait en Irlande à la fin de la guerre, par conséquent, (…), l’Irlande était pour la première fois en sept cents ans un pays de fait » .
Mais pour Willie, l’essentiel n’est pas là. Il s’engage parce que comme cela, il aura une place dans la société : s’il ne peut pas être policier parce qu’il ne fait pas un mètre quatre-vingts, eh bien, il peut être soldat. Nous sommes en 1915. Willie s’en va pour un long long chemin (« it’s a long long way to Tipperary », chantaient les soldats), rejoindre le champ de bataille boueux des Flandres, lui qui n’a jamais quitté l’Irlande,en traversant une Angleterre qui n’a rien à voir avec celle des histoires et des légendes…

Je peux vous dire que ce roman vous fait vivre la guerre des tranchées. Comme les soldats, le lecteur s’interroge longuement sur ce brouillard jaune qui ressemble à un brouillard de mer… avant de suffoquer ! Si le nom du gaz moutarde n’est jamais écrit noir sur blanc, soudain notre mémoire collective de ce que nous avons appris par nos arrière-grands parents ou par les livres d’Histoire rejailli (un de mes arrière grand-papa a été gazé, donc j’ai eu pendant toute cette lecture une pensée pour lui).
Sebastian Barry excelle à faire vivre ces événements et les émotions qui vont avec d’une manière époustouflante. On suit toute la souffrance du jeune Willie, qui d’un perdreau de l’année est bien vite ‘déniaisé » par la violence de la réalité. Un jeune homme pris dans la tourmente de l’Histoire, comme tant d’autres, quelque soit leur nationalité. Et il vit une double souffrance si l’on peut dire : parce qu’en Irlande, le temps ne s’est pas arrêté non plus : les Pâques sanglantes de 1916, la guerre civile qui s’ensuit. Le vent tourne : les soldats irlandais engagés dans l’armée anglaise sont conspués par beaucoup, traités de « Tommies » qui doivent rentrer chez eux ! Eux dont on a vécu toutes les souffrances endurées sur le terrain. L’écrivain parvient à restituer le contexte, sans juger ni les uns ni les autres, mais qui ne fait pas la part belle à l’Angleterre, c’est clair !

Un roman qui prend à la gorge par l’émotion qu’il dégage. Un livre aussi très bien documenté. Epatant et inoubliable !
Décidément, j’aime Sebastian Barry qui m’avait déjà bouleversée avec Le Testament caché. Un écrivain encore trop méconnu en France.
Et difficile d’écrire un billet à la hauteur de ce roman !

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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