Sept hivers à Dublin

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Traduit par Béatrice Vierne

4e de couverture : « Petite fille, je croyais que c’était toujours l’hiver à Dublin et que l’été ne finissait jamais dans le comté de Cork.  » Enfant unique de parents anglo-irlandais, Elizabeth Bowen naquit à Dublin en juin 1899. Ce livre qu’elle publia en 1942 raconte ses sept premiers hivers dans cette ville. L’auteur évoque avec une franchise délicieuse sa famille et la vie quotidienne au 15, Herbert Place : la nursery baignée par les reflets du canal, les gouvernantes, les boutiques d’Upper Baggot Street et de Grafton Street, les cours de danse et les jours de fête. Entre 1923 et 1968, Elizabeth Bowen écrivit dix romans et près de quatre-vingt nouvelles. Son œuvre raffinée et originale la range parmi les plus grands écrivains de langue anglaise. »

L’Irlande, et Dublin en particulier, vue par une petite Irlandaise d’origine anglo-irlandaise (autrement dit ses parents sont les descendants des Anglais envoyés en Irlande par Cromwell au XVIIe pour « faire la plantation » – envoyer des colons britanniques pour coloniser l’île rebelle).

Elizabeth Bowen nous fait pénétrer dans son univers feutré, richissime. Une tout autre Irlande de celle dont on a l’habitude : « Ma mère n’était pas originaire du comté de Cork, non plus que de ceux de Tipperary ou de Limerick, comme tant d’autres épouses de la famille Bowen. La demeure ancestrale de sa famille, les Colley, établis en Irlande depuis le règne de la reine Elizabeth, était le château de Carbery, dans le comté de Kildare. (…) A l’époque du mariage de ma mère, les Colley habitaient le domaine de Mount Temple, à Clontarf. »

La description aussi d’un univers guindé, où les gens disent des choses davantage parce que, dans leur milieu, il est de bon ton de penser ceci plutôt que cela. Cependant, les parents d’Elizabeth sont un peu particuliers dans cet univers osmosé : « Les familles de mes parents partageaient le même point de vue de propriétaires terriens protestants et les mêmes opinions politiques unionistes. Mon père et ma mère étaient, cependant, deux fortes personnalités qui se distinguaient de tous les autres types familiaux. On sentait, certes, derrière eux le poids de la tradition qui, pour les affaires sans importance, modelait leur façon de penser. Mais sur les sujets qui les tenaient profondément à coeur, ils arrivaient à des conclusions qui leur étaient propres ».

C’est donc dans cet univers familial un peu particulier que grandit Elizabeth, entourée de nurses et de gouvernantes,dans la petite maison d’hiver de Dublin où « les tables étaient jonchées de livres » jusqu’à l’âge de ses sept ans où elle part vivre en Angleterre avec sa mère et prend conscience du monde.

J’ai pénétré là dans une Irlande qui m’est totalement étrangère, celle des Anglo-irlandais comme ils se nomment eux-mêmes. Deux peuples totalement différents sur une même île. « Ce ne fut qu’après la fin de ces sept hivers que je compris que nous autres protestants étions minoritaires (…) Mon père et ma mère évoquaient tous deux les catholiques romains avec une courtoise désinvolture qui ne leur accordait même pas la moindre dimension mythique. Leur existence me paraissait aller de soi, mais je n’en côtoyais guère et ils ne m’intéressaient absolument pas. Ils n’étaient, en somme, que « les autres » dont l’univers existait parallèlement au nôtre, mais sans jamais le toucher ».

Elizabeth raconte d’ailleurs que si on lui a parlé des fées, elle ignore tout des fées irlandaises, tout comme elle ignore tout des quartiers de la rive nord de la Liffey à Dublin. « Nul marécage, nulle jungle ne pouvait receler davantage de menaces que les quartiers tacitement interdits de votre propre ville. »

De très jolies descriptions de quartiers chics de Dublin qui donnent envie de faire plus attention à la prochaine visite de la ville.

 J’apprécie le recul qu’elle a sur l’univers dans lequel elle a grandi.

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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