Je ne suis pas d’ici

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Traduit par Bruno Boudard

4e de couverture : « Vid Cosic est un jeune Serbe de Belgrade, charpentier de métier, venu chercher un travail à Dublin. Dès son arrivée en Irlande il noue une amitié, très alcoolisée, avec un avocat, Kevin Concannon, à qui tout semble réussir, mais qui est résolu à taire le chaos familial dans lequel s’est déroulée son enfance. Immigré doué pour l’espoir, un peu naïf, Vid Cosic croît en l’avenir de l’espèce humaine et ne songe qu’à faire le bien autour de lui… »
(j’ai coupé la 4e de couverture qui en dit trop à mon goût – et que je n’avais pas lue avant de lire le livre, comme souvent).

Hugo Hamilton, pour ceux qui ne le saurait pas, est un « sang mêlé », pour reprendre l’expression de son roman éponyme : irlandais de père, allemand de mère. Autant dire qu’en matière de quête d’identité, d’émigration, de préjugés tenaces, de xénophobie, et de racisme il sait de quoi il parle. Père nationaliste, mère ayant fui l’Allemagne nazie, il s’est pourtant vu traité de nazillon etc pas ses compatriotes irlandais pour qui il était un étranger malgré un père plus Irlandais que la majorité des Irlandais.

L’Irlande qui était jusque-là une terre d’émigration et non d’immigration a vu les choses changer avec l’apparition du Tigre celtique. Pour un petit pays comme celui-ci (4 millions d’habitants en République d’Irlande), ce fut une donne nouvelle et aussi une crainte de voir déferler chez eux tant de gens des pays de l’Est (essentiellement) en quête d’une vie meilleure.

Ainsi, Vic le héros qui ressemble à un Candide serbe, tente coûte que coûte de s’adapter à son pays d’adoption, lui qui n’a plus de famille. Il n’est pas chômeur, il est charpentier et trouve du travail sans problème. Il est poli, gentil et sociable.  Il se lie d’amitié avec un certain Kevin, avocat irlandais dont la mère a une maison avec travaux à faire (même si à ses yeux, il n’en voit pas l’utilité). Il est grassement payé pour ce qu’il fait (au point de se demander comment les gens peuvent à ce point jeter l’argent par les fenêtres). Il est serviable. Kevin, que dès le début du roman, on juge un peu trop amical pour être totalement honnête ne tarde pas à dévoiler son vrai visage. Et là, ça craint…

Alors Vic ne comprend pas parce que « d’après ce qu’on [lui] avait raconté, les Irlandais avaient toujours été les innocents à qui on avait fait subir des horreurs par le passé. Ils n’avaient jamais voulu faire de mal à qui que ce soit. Ils étaient aimés de tous partout dans le monde. Alors chaque fois qu’un crime était jugé devant une cour, c’était un choc de constater que les Irlandais s’infligeaient aujourd’hui des choses qui ne seraient jamais venues à l’idée d’aucun oppresseur. »

Vic essaie à tout prix de comprendre les codes de ce pays, de lire entre les lignes même s’il s’y casse les dents. Les autochtones, parfois de manière totalement maladroite, lui posent des questions qui reviennent à lui demander s’il est de ceux qui ont perpétré le génocide dans son pays. Mais dès que les choses tournent au vinaigre pour Vic, ses pseudo-anciens amis en font d’emblée et sans complexe un criminel contre l’humanité. Heureusement, tout n’est pas si noir et Vic rencontre tout de même des mains secourables. Ce qu’il apprendra en Irlande, c’est que les secrets de famille sont ce qu’ils sont, comme partout ailleurs dans le monde. Et que dès que ça sent trop le roussi, les pseudo-amis mais vrais traitres vous lâchent.
L’Irlande est comme le reste des pays du monde et les gens y sont comme partout ailleurs.

Hugo Hamilton écrit ici un roman corrosif sur l’Irlande contemporaine tout en montrant qu’ici, c’est comme ailleurs : les humains valent ceux des autres pays. De part et d’autre, il s’attache à détruire les images d’Epinal. En prime, j’ai particulièrement apprécié l’écho tout le long de l’histoire, de l’énigme de celle qu’on appelle « la noyée de Furbo » dont le cadavre a été retrouvé à Inishmore, la plus grande des îles d’Aran où elle aurait donné le nom à un lieu-dit, Bean Bhaite (la noyée en gaélique). Sans doute elle aussi, une femme victime de l’intolérance.

J’affectionne particulièrement le style de Hugo Hamilton : très simple et sans fioritures mais à la tonalité à la fois cocasse, dramatique et lyrique.

Un roman qui parlera à n’importe quel expatrié, je pense.

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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