La femme qui se cognait dans les portes

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Traduit par Isabelle Delord-Philippe

4e de couverture : « Après le succès de sa trilogie de Barrytown et le triomphe de Paddy Clarke Ha Ha Ha, Roddy Doyle réussit un nouveau tour de force avec ce roman où il trouve – lui, un homme – le ton juste pour dire « Moi, Paula, trente-neuf ans, femme battue ». C’est avec un mélange d’humour – irlandais bien sûr – et de cruauté qu’il prend la voix de cette Paula Spencer, une Dublinoise dont la vie conjugale a été ponctuée de raclées, de dents et de côtes brisées, alcoolique au surplus et par voie de conséquence. Mais qui reste digne et garde la force de prétendre, à l’hôpital, après chaque dérouillée, qu’elle s’est « cognée dans la porte », un grand livre ».

Roddy Doyle réussit un tour de force littéraire pour évoquer un sujet délicat et difficile. La première chose surprenante que l’on constate une fois le livre terminé, c’est qu’on a complètement oublié, pendant la lecture, qu’il a été écrit par un homme ! Le récit à la 1ère personne n’y est sans doute pas pour rien, celui du témoignage et du vécu. Mais surtout les sentiments, les émotions féminines sont incroyablement restitués. Paula, Dublinoise, fait le récit de son enfance, de sa famille, de la rencontre de celui qui deviendra son mari, un certain Charlo Spencer, pendant les trois quarts du livre. On en vient même à se demander si le livre traite bien du sujet que l’on croyait et que le titre laisse deviner : celui d’une femme battue. En effet, pendant les trois quarts du livre il n’est pas question de coups et de maltraitance, mais de bonheur, de souvenirs d’école, d’enfance, de jeunesse et de fiesta que Paula et ses soeurs se racontent. Le présent se superpose au passé, les pistes temporelles sont brouillées. Puis la violence surgit et se déchaîne quand on ne l’attendait plus, d’un coup (c’est le cas de le dire!), sans explications. Charlo (nom prédestiné!) en colle une à Paula parce qu’elle lui a dit d’aller se faire ton thé lui-même. Tout au long du récit, ce sont alors des dents cassées, des yeux au « beurre noir », des cheveux arrachés, des coups de poings etc. Pour tenir le choc, pour ne pas commettre le pire, il y a l’alcool. Paula devient alcoolique. Une aubaine pour son abruti de mari, qui lorsqu’elle est trop amochée, l’emmène à l’hôpital en disant qu’ivre, elle s’est cognée dans une porte… Pourquoi Charlo agit-il ainsi se demande Paula et le lecteur avec elle. L’auteur ne donne aucune explication parce qu’il n’y en a aucune à donner et laisse le lecteur juger : Charlot n’a aucune excuse. Charlot est un assassin. Charlot est un malade. Charlot est un macho. La violence est purement gratuite. Le roman, malgré ce sujet délicat, est bourré d’humour et Paula a son franc parler. La manière dont elle parvient à se débarrasser de son tyran est hilarante et une juste vengeance pour les humiliations subies pendant des années. Pour maintenir un peu de suspens, je vous ne dis pas comment…

Je mets ce livre en première place de mon hit-parade des romans de Roddy Doyle pour adultes, loin devant Paddy Clake ah! ah!ah!, le livre qui a rendu Roddy Doyle populaire (mais que je n’ai pas trop aimé, sans doute parce que difficilement traduisible).

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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