Il était une rivière

Il était une rivière

Traduit par Elisabeth Peellaert

Margo Crane, 16 ans, est née au bord de la rivière Stark, affluent de la Kalamazoo dans le Michigan. Sa famille est dans le genre famille compliquée à embrouilles à n’en plus finir. Jusqu’au jour où son oncle Cal abuse d’elle. Ce qui aggrave encore un peu plus l’histoire familiale. Pour ne pas arranger les choses, sa mère dépressive quitte la maison et son père est assassiné par un de ses neveux. Margo se retrouve orpheline. Elle va partir à la recherche de sa mère mais elle devra trouver ses marques toute seule puisqu’elle se retrouve livrée à elle-même, avec comme seule modèle, celui d’une femme ayant vécu le siècle dernier et championne de tir : Annie Oakley. Margo ne se séparera jamais du livre écrit par cette femme, le seul qu’elle a lu.

Au tout début du roman, j’ai eu peur que ça tourne à une histoire de vengeance familiale à coup d’armes à feu. Heureusement, ce n’est pas le sujet. Plutôt celui d’un apprentissage de la vie au fil de l’eau. Nous sommes plongés du début à la fin dans l’univers des hommes des rivières du Michigan. Au fil de son périple sur sa barque River Rose, Margo aura souvent affaire à des hommes peu recommandables, qui vont profiter de sa beauté et de sa générosité. Pourtant, Margo n’est pas non plus une petit chose sans défense : elle ne se sépare jamais de ses armes qu’elle manie avec une dextérité qui épatera la gente masculine. Elle apprend aussi à mentir et deviendra une tueuse. Ouaip, la gamine tourne vraiment à la sauvage à un moment donné, mais c’est pour sauver un homme qu’elle trouve charmant, doux et gentil et qui souhaite… l’épouser. Mise au pied du mur devant son crime, Margot fera un choix : celui de continuer sa route plutôt que de risquer la prison. La rivière et la forêt, c’est son univers, son Paradis vert que pour rien au monde elle ne souhaite quitter.

On se prend une sacrée bouffée de chlorophylle et de verdure avec ce roman. Le texte s’attarde pour notre plus grand plaisir sur les bruits de cette forêt du Michigan, peuplée de cerfs, d’écureuils volants, de criquets de minuit, de lucioles, de grenouilles arboricoles « qui piaillent comme des insectes », ou de rats musqués (et encore je ne cite pas tous les animaux rencontrés). Avec la gamine, on apprendra la chasse, la pêche, la cueillette des vesses-de-loup géantes et des poulets-des-bois, ou comment dépecer des ratons-laveurs ou des rats musqués sans abîmer la fourrure, très prisée, que l’on peu vendre pour se faire de l’argent. Si vous avez un peu un âme d’écolo ou de trappeur, vous serez aux anges.

« Tandis que juillet s’épanchait sur le mois d’août, Margo écoutait les colonies de jeunes rouges-gorges picorer dans les taillis en si grand nombre que les sous-bois semblaient vivants. Elle observait les sitelles qui s’élançaient des arbres et tombaient en spirale tête la première, touchant le sol pour remonter aussitôt. Elle observait les vautours aura voler en cercles hauts dans le ciel chassant à l’odeur les créatures ayant survécu à l’été. »

Un texte magnifiquement écrit, poétique, à la description minutieuse et très bien documenté sur la vie dans cette partie du Michigan. Nous sommes dans les années 70, près d’une petite cité ouvrière mais pourtant, tout au long du roman, du fait de la vie sauvage de Margot, on a l’impression d’être dans une nature totalement vierge. Pourtant, Bonnie Jo Campbell s’attache également, par touche, à décrire la pollution de la Kalamazoo, comme pour nous ramener à la réalité sans toutefois interrompre trop brusquement notre promenade.

Quand Margo quittera son univers natal (toujours dans le but de tenter de retrouver sa mère), elle fera la connaissance d’un étrange Indien, venu à la recherche de ses ancêtres, les Potawatomi. Cette rencontre bouleversera à tout jamais la vie de la jeune fille, même si elle n’en aura pas conscience sur le coup. Mais en tout cas, dans sa tête, elle porte (comme moi, d’ailleurs) un image d’Epinal concernant les Indiens d’Amérique : « Sitting Bull ne dirait pas bon sang de bonsoir et hum et sacrebleu et vachement. » Et puis cet Indien porte un jean et un t-shirt…. (Si vous n’avez jamais rencontré d’Indiens, sachez que nous avons tous un mythe bien ancré dans notre tête de Blanc : celui l’homme habillé de peau et de plumes, et que 3 secondes, on se fait cette réflexion complètement idiote, je sais de quoi je parle :p ).

J’ai apprécié la juste de la rencontre entre Margo et cet homme. L’écrivain n’élide pas non plus le problème de l’alcoolisme, un réalité indienne contemporaine. Mais le personnage le plus attachant est celui de « Smoke », un vieil homme malade, en phase terminale, solitaire, bourru mais avec un coeur immense, qui fera office de grand-père par substitution pour Margo. Une rencontre touchante entre deux êtres solitaires qui ont décidé de vivre leur vie comme ils l’entendent, de rester libres, à tout prix et jusqu’au bout…

Margo devra décider du prix à payer pour rester libre tout en étant en paix. Un très beau roman sur une quête initiatique sur fond de Nature Writing. Difficile de replonger directement dans un autre roman après une lecture pareille. Je vous la recommande si vous avez besoin de grand air et de liberté : ça fait du bien !

michiganmap

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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