Nos étoiles contraires

51KEyQ+g+aL

Hazel Grace Lancaster 16 ans, a un cancer de la thyroïde, diagnostiqué stade 4 et métastasé sur ses poumons. Elle ne peut se déplacer qu’avec des bombonnes à oxygène dans un petit chariot et vit en permanence avec des tuyaux dans le nez. Parce qu’elle ne fréquente plus assidument d’établissement scolaire (elle suit des cours de littérature à l’université), ses deux meilleurs amis sont ses parents et le troisième est un écrivain qui ne connaît même pas son existence. La seule chose qu’elle suit assidument, parce que ses parents l’y obligent, c’est un groupe de soutien aux jeunes malades atteints comme elle de maladie grave. Elle y va en traînant les pieds parce qu’elle trouve ça crétin. Jusqu’au jour où s’y joint un gars à qui il manque une jambe, Augustus. Hazel est intriguée. Débute une amitié, qui ira forcément bien plus loin que ça et d’un livre qui ne peut pas laisser indifférent…
Hazel et Augustus lient amitié grâce aux livres. Hazel a un livre fétiche dans sa jeune vie : Une impériale affliction, écrit par un certain Van Houten, de la même famille que celle du cacao. Ce type n’a écrit que ce livre-là dans sa vie et la fin de son livre est inachevée. Ce qui tracasse Hazel, c’est de savoir ce qui est arrivé à Monsieur Tulipe et à la mère d’Anna. Augustus ne jure que par un roman en plusieurs volumes « où la moyenne [est] d’environ un cadavre par phrase ».

Anna est une sorte de double littéraire d’Hazel, du moins Hazel vit à travers elle. Anna connaît un destin tragique. Ce qui adviendra des autres après sa mort est une de ses préoccupations majeures. Raison pour laquelle connaître la suite du roman est presque aussi vital pour elle (pour ne pas dire plus), que le Phalanxifor qui combat son cancer. Elle entraîne Augustus dans sa passion et c’est le début d’un rocambolesque voyage à Amsterdam, apothéose du roman.

On ne peut pas dire qu’on rit beaucoup (contrairement à ce qu’annonce la couverture!), c’est tragique mais sans (trop) de pathos, il y a de l’humour, certes, mais c’est de l’humour cynique qui fait plus sourire que rire. Hazel a elle-même quelque chose d’agaçant parce qu’elle sait toujours tout et est souvent sarcastique. John Green démonte l’image du malade cancereux sans défauts. Les personnages ne se plaignent pas de leur maladie, mais leur attitude révèle leur souffrance et le regard des autres sur eux, qu’ils ne peuvent supporter. Le meilleur copain d’Augustus aveugle et borgne suite à son cancer, s’est fait largué par sa copine qui ne peut supporter de rester avec quelqu’un dont l’avenir est incertain. Cela donne une scène lieu à une scène de violence inouïe. Hazel pense être une grenade pour son entourage, celle qui détruira leur vie, ce qui lui est évidemment insupportable.

La violence, c’est aussi ([attention : spoilers! ] celle de la rencontre entre Hazel et son écrivain préféré qui en fait n’est qu’un ignoble personnage, ivrogne, « déception ambulante semi-professionnelle », comme il se décrit lui-même. Il se fiche pas mal de son lectorat. Là aussi, l’image de l’écrivain « nickel » en prend pour son grade ! La violence, c’est aussi celle des anonymes qui se disent des « friends » sur Facebook et qui se complaisent en atermoiements ou en éloges lors du décès d’Augustus alors qu’il aurait eu besoin d’eux avant et qu’ils ne se ont pas donnés la peine de se déplacer. Hazel, qui est la narratrice, remet Van Houten à sa place : pour elle, il n’est « qu’un autre de ces innombrables endeuillés qui ne le connaissaient pas, un autre de ces auteurs de posts qui se lamentaient trop tard sur son mur ».

Et puis, évidemment, bien évidemment, ce roman est aussi un roman d’amour entre Hazel et Augustus. J’ai craint le pire à Amsterdam avec la scène à la Maison d’Anne Frank : j’avoue que là, j’ai trouvé ça un peu « too much » (ceux qui ont lu le livre savent de quoi je parle) : j »ai eu très peur de la dimension bluette un peu trop cliché que prenait le livre. Mais on oublie assez vite cet épisode par la consistance de tout le reste. On n’est pas dans un roman à 2 centimes, écrit avec les pieds, pour ados en mal d’histoire à l’eau de rose. Le lecteur en prend pour son compte en ce qui concerne l’émotion.
John Green  traite d’un sujet difficile, celui de la maladie, mais sans tomber non plus dans les clichés du voyeurisme et de l’atermoiement. Mais il ne ménage pas non plus son lecteur. Je pense qu’on se souvient du livre longtemps après l’avoir refermé. Un roman qui ne peut pas laisser indifférent.

Je lis rarement un livre dont tout le monde parle au moment où tout le monde en parle. En général, les blockbusters,  ça me fait fuir. Mais là j’ai fait une exception sans vraiment savoir pourquoi, d’ailleurs, d’autant que les histoires de maladie ne sont pas mon sujet de prédilection a priori. Bonne pioche.

Publicités

A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
Cet article, publié dans Littérature américaine, Littérature jeunesse, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s