L’homme de la montagne

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 Traduction : Françoise Adelstain

Nous sommes en 1979, en Caroline du Nord, plus précisément dans le Parc national de Golden Gate, dans une résidence superbement nommée « Cité de la splendeur matinale (!). Rachel a treize ans et sa soeur Patty en a onze. Leur père est le flamboyant inspecteur Torricelli, divorcé pour cause d’être aussi un flamboyant coureur de jupons. Néanmoins, il adore ses filles, qui, livrée à elles-mêmes (pour cause de mère dépressive), ont comme activités favorites les balades dans la montagne et regarder leurs séries TV préférées installées sur une couverture dans le jardin de leur voisin (tant pis si elles n’ont pas le son, l’image leur suffit, elles font elles-mêmes les dialogues !). C’est bien calme le Golden Gate National Park, un peu trop quand on a treize ans et onze ans. Mais voici qu’une série de meurtres va venir pimenter leur existence et leur réserver bien des surprises.

Ce roman s’est retrouvé de façon totalement inattendu dans ma Pile à lire suite à mes pérégrinations à Festival America 2014. C’est parce que j’ai entendu Joyce Maynard en parler dans un débat et qu’elle a su susciter ma curiosité quand elle a parlé de ce roman en disant que ses héroïnes sont des personnages forts. Et que c’était l’une des choses qui lui importaient le plus. Et puis, il y avait l’issue de l’intrigue (non révélée, évidemment) qui avait l’air d’être un peu hors du commun.
Eh bien je dois dire que je ne m’y suis pas trompée : moi qui ne lit pas si souvent que ça des romans américains, je n’ai pas lâché celui-ci.

C’est tout d’abord, pour nous, lecteurs français, une sacrée plongée dans l’Ouest américain, un vrai dépaysement, dans cette bourgade à l’ombre du mont Tamalpais – où rodent, en plus des coyotes, ce serial killer qui va terrifier la population pendant des mois et des mois.

C’est aussi une plongée dans les années 70-80, avec en écho la série Drôles de Dames (Farrah est d’ailleurs le surnom que donne l’inspecteur Torricelli à sa fille Rachel). Drôles de dames, c’est en effet ce que sont ces gamines qui jouent les enquêtrices pour aider leur père à trouver le coupable. Parce que, au fil du temps, l’inspecteur Torricelli va perdre de sa superbe face aux médias et à la population car il ne parvient pas à arrêter le meurtrier. Seulement, à 13 et 11 ans, on est inconscients du danger. Les deux gamines vont échafauder un plan, qui évidemment ne se passera pas du tout comme prévu. Mais l’une d’elle aura une idée aussi géniale que burlesque pour les sauver d’un face-à-face qui prend une allure inattendue (ne vous apprêtez pas à pleurer mais plutôt à rire et à trouver, qu’effectivement, ces deux gamines sont de drôles de dames !).
D’ailleurs, Patty faire remarquer à sa soeur qu’« on est tous des drôles de zèbres. Chez certaines personnes, on ne remarque pas leur bizarrerie, mais on en a tous une ».

Ensuite, c’est l’âge de 13 ans qu’explore sous toutes ses formes Joyce Maynard. Je ne me rappelle pas de comment j’étais à cet âge-là exactement mais j’ai trouvé que le personnage de Rachel était à la fois très gamine et très mature pour son âge. Du moins, elle évolue au fil des pages dans sa vie d’ado, n’hésitant pas à larguer manu militari son premier  boyfriend qui la prend pour un objet. On s’attache rapidement aux deux gamines au caractère bien trempé, dont on sent que dans la vie, elles ne se laisseront jamais marcher sur les pieds. C’est un trait de caractère qui m’a beaucoup plu, notamment dans sa dimension féministe.

Parce que c’est aussi ce qu’est ce roman aux multiples facettes : un polar qui tient en haleine et un roman d’apprentissage féminin et féministe.

Enfin, la fin n’est pas convenue. Si ce n’est pas tout à fait une happy end (il y aura des morts), c’est toutefois une fin comme je les aime :habile, inattendue, émouvante, mais sans pathos larmoyant. Autrement dit : la vie reprend ses droits.

Est publié en poche chez 10/18 également.

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A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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