Les îles Aran

Synge_Aran

 Traduit par Pierre Leyris

Je vous embarque sur les îles Aran en compagnie du grand John Millington Synge.

280px-Aranislandssatmap

Ce n’est pas sans quelque appréhension que j’ai ouvert ce livre : John Millington Synge est un tel « monument » de la littérature irlandaise que cela avait quelque chose d’effrayant de l’aborder ainsi en novice ! Parce que je ne suis pas une bête de course pour une lecture en VO, je me suis procurée l’édition française, admirablement traduite par Pierre Leyris.

Les iles Aran (Aran Island) a été publié en 1907 et Synge y relate ses quatre voyages entre 1898 et 1905. Il est parti s’aérer l’esprit là-bas, sur les conseils de Yeats, qu’il a rencontré à Paris,  pour lutter contre la mélancolie qui le ronge. Il laisse donc tout derrière lui, les amours malheureuses, les querelles littéraires, il s’en va.
Il ne s’attarde pas trop sur Inishmore, qu’il juge plutôt défigurée par le tourisme (rappelez-vous, nous sommes en 1898, que dirait Synge aujourd’hui ?). Il réside surtout sur l’île du milieu, (Inis Meain, en gaélique, Inishmaan, en anglais), mais visite aussi l’île du sud, Inisheer (ou Inis Oirr, en gaélique).

« Dans les pages qui suivent, je donne un compte-rendu direct de la vie que j’ai menée dans ces îles et de ce que j’y ai rencontré, sans rien inventer ni rien changer d’essentiel », écrit-il en introduction de son récit de voyage. Et c’est bien cette fraîcheur, cette manière de dire les choses sans embages qui m’a séduite.
Synge parvient à embarquer le lecteur avec lui et à lui faire vivre sa vie là-bas. J’ai été bluffée par son écriture très simple et ce regard d’anthropologue à qui rien n’échappe. Il y a un peu de naïveté parfois : il trouve des différences entre les femmes de ces trois îles, dans la forme de leur visage par exemple…

Il n’a aucun a priori, il parvient à approfondir son gaélique, à participer aux fêtes où l’on danse jusqu’à n’en plus pouvoir sur Le Noir Coquin. Il teste la poteen (alcool clandestin). Il vadrouille en pampooties, sandales locales, il embarque à bord des coracles (barques des îles Aran qui servent à tout : transporter du bétail, de la tourbe, ou les habitants). Il admire les tenues des femmes, vêtues de jupons rouge foncé, dans ces îles noyées de brouillard – mais parfois aussi arassées par le soleil. Il n’y a pas un arbre ici : un arbre, pour les îliens d’Aran, c’est un buisson ! Synge est saisi par la rudesse de la vie ici, mais aussi admiratif de la simplicité des habitants qui pourtant savent faire beaucoup plus que les habitants du « continent » : pêcher, naviguer sur cet océan atlantique souvent agité, jardiner sur ces terres arides, bricoler, faire de la soude avec le varech, s’occuper des bêtes, parler deux langues (gaélique mais aussi anglais)  et… raconter des histoires !

Captivée, j’ai écouté avec lui les récits de vieilles personnes sur les fairies (traduite par le mot « fées », mais le traducteur précise qu« ‘il faut se souvenir qu’en Irlande, fairy désigne très souvent des petits êtres masculins, des sortes de lutins ») qui sont des êtres malfaisants. Elles sont omniprésentes parmi les habitants, ils vivent avec elles et les craignent.
Ils montrent à Synge leurs repères : « Vous voyez cette paroi rocheuse toute droite ? (…). C’est là que les fées jouent à la balle pendant la nuit, et on peut voir les marques de leurs talons quand on vient le matin, et trois pierres qu’elles ont pour marquer la limite, et une autre grosse pierre sur laquelle elles font rebondir la balle. C’est bien souvent que les gars ont enlevé les trois pierres, mais elles sont toujours revenues là le matin ».

Autant dire que ce livre est enchanteur à bien de titres et que c’est avec un pincement au coeur que je l’ai refermé ! Je ne peux que vous conseiller l’expérience de ce voyage fabuleux !
Il me reste à découvrir ses pièces mais aussi ses autres récits de voyage dans l’Irlande qu’il affectionne (parce que oui, il y en a d’autres !).

Quelques mots sur l’écrivain : John Millington Synge (1871-1909) appartient à la bourgeoise protestante d’Irlande. Il est né dans le comté de Dublin. Son père avocat, meurt en 1872 et il grandit dans un univers de femmes. Sa mère, fervente protestante, lui inculque le sens du péché et la crainte de l’Enfer. Il s’intéresse beaucoup à l’histoire naturelle. Il apprend le gaélique à Trinity College à Dublin. Il est séduit par les écrits de Darwin. Il va substituer à sa foi ébranlée par l’évolutionnisme, des intérêts littéraires et culturels profondément irlandais. La Renaissance littéraire irlandaise satisfait sa spiritualité. Lors de la création de la Ligue gaélique, son enthousiasme pour la langue irlandaise s’intensifie encore. Cela lui coûte une demande en mariage. En 1895, il s’installe à Paris dont il fréquente les Irlandais de la capitale, étudie le breton, suit des cours de civilisation celtique et de vieille irlandais à la Sorbonne.
Avec Aran island, il a souhaité « to do for the west of Ireland what Pierre Loti had done for the Bretons ».
(pour la biographie de l’auteur, j’emprunte ici à Jacqueline Genet et Claude Fierobe, La littérature irlandaise, éditions Lharmattan)

images aran 2

images aran 1

(Les photos sont de Synge).

 

 

Photos prises par moi-même 🙂

Publicités

A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
Cet article, publié dans Littérature irlandaise, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s