S’accrocher aux étoiles – Katie Khan

115876805

Traduit par Marie Hermet

Suite à un incident technique Max et Carys, deux amoureux en mission dans l’espace, n’ont plus que quatre-vingt-dix minutes à vivre, ce que leur permet leur réserve d’oxygène.
Le roman commence in medias res : les deux personnages sont en danger, paniqués et cherchent une solution. Quatre-vingt-dix minutes qui s’égrainent au fil des chapitres et nous plongent dans le récit de leur vie, leur rencontre et de leur amour dans une société du futur qui ne fait pas vraiment envie. Les Etats-Unis et le Moyen Orient ont été détruits par une guerre. Carys et Max vivent en Europia (amalgame des mots Europe et Utopie), constituée d’une série de voïvodes. Les voïvodes sont des pays mais on ne cite plus leurs noms pour favoriser l’égalité et se débarrasser de toute identité nationale marquée. Tous les trois ans, chaque citoyen d’Europia doit changer de voïvode afin de vivre au sein d’une communauté mixte et multiculturelle. Tout paraît idyllique dans cette société. Sauf que, contrainte de taille, la loi sur le couple empêche chacun de vivre tout à fait comme il l’entend : chacun doit rester célibataire et ne pas céder à la tentation de s’installer en couple avant 35 ans, afin de donner ses meilleures années à Europia, pour le bien commun ! Une société où prime l’individualisme.
Les parents et grand-parents de Max ont voué leur vie à construire Europia et voient donc d’un très mauvais oeil qu’il leur présente un jour Carys en leur annonçant qu’il ne peut plus se passer d’elle, que poster des messages sur l’écran géant de son MindShare ne lui suffit plus (un réseau social du futur par lequel tout le monde communique avec tout le monde). Carys a rencontré Max dans le magasin de ses parents où il travaillait : « Quand je t’ai connu, j’ai pensé que ta vie ne te plaisait pas. Tu étais coincé dans le magasin de tes parents par sentiment du devoir familial » lui dit-elle. Max qui a été conditionné par Europia depuis son enfance va mettre du temps à réaliser ce qu’il lui arrive. Carys et lui ont moins de 35 ans. Un incident qui met en péril la vie de Carys va révéler l’intensité de ses sentiments pour elle. Il va aller jusqu’à dénoncer la loi sur le couple devant les institutions, ses parents vont le bouder, bref, ça va être compliqué pour le couple de vivre leur amour dans cette société soi-disant idyllique mais avant tout liberticide, érigé par des gens qui prétendent savoir mieux que vous, ce qui est bon pour vous, jusqu’à votre vie intime…

Propulsés dans l’espace, en apesanteur, simplement reliés l’un à l’autre, par un câble et frôlés par les micro-astéroïdes, Max et Carys vont se raconter, se remémorer leur rencontre mouvementée, faire le point, se déclarer leur amour mais aussi, touche d’humour,  à se chamailler bien que leur temps soit compté… La vraie vie, quoi !

Je ne lis pas énormément de SF, la plupart des romans que j’ai lus étant les « classiques » que l’on étudie à l’école (mais tout de même, j’ai quelques romans de prédilection, comme Solaris de Stanislas Lem qui est mon roman SF préféré…). Je suis donc sortie de ma zone de confort habituelle pour me propulser dans cette histoire d’amour dans l’espace, qui m’intriguait, et qui a le chic d’éviter les clichés tout frais moulus des romans à l’eau de rose pour sonder les questions sur la liberté, l’individu, le sacrifice, le couple, la famille, la responsabilité, la manipulation, le mensonge, les illusions, la société et tant d’autres choses. « Tu m’as toujours appris qu’il était essentiel d’être soi-même, qu’il fallait assumer la responsabilité de ses actes. Est-ce qu’obéir aux lois ne fait pas partie de ce qui peut être librement remis en question? »

J’ai aimé les références littéraires de ce roman, avec Shakespeare (Laërte, le nom du vaisseau spatial de Max et Carys, est une référence à Hamlet, comme ils le soulignent eux-mêmes), mais aussi Oscar Wilde, au détour de quelques lignes (« Alors, si j’étais un spécialiste en communication, mon nom serait Oscar ? Parfaitement, et j’imagine que le nom du vaisseau serait une référence à Oscar Wilde » ♥) et peut-être du titre. Bien évidemment, on ne peut que penser à Orwell, Wells et aussi au film Gravity. On croise même quelques ballades irlandaises. Et Cary est galloise ! Donc ça ne peut être que bien !

Une fois ouvert, on a du mal à reposer ce roman avant de l’avoir terminé : le suspense vous entraîne d’une page à l’autre, du présent au passé, au grès des expériences de Max et Carys dans l’espace pour tenter de survivre, et de leur vie terrestre en Europia. Je l’ai dévoré en deux jours (476 pages pour la version papier!).
Le point d’orgue arrive aux six minutes restantes qui tournent en boucle, se répètent, changent de perspective, vous font un peu tourner en bourrique. « Six minutes : le temps de cuire un oeuf mollet, le temps pour un couple moyen de faire l’amour. Le temps qu’il a fallu pour déciment entièrement New York. » Il y a des surprises et la fin vous oblige à revenir en arrière.

Si vous aimez les histoires d’amour, les sentiments intenses et vrais sans le côté mièvre, les trucs flippants aussi, ce roman est pour vous ! Ce premier livre de la Britannique Katie Khan est un mélange intéressant.

J’ai lu sur le net (mais où?) que ce livre allait être adapté au cinéma.

 gravity_bullock-clooney

Publié dans Littérature anglaise | Tagué , , , | Laisser un commentaire

De l’arsenic pour le goûter – Robin Stevens

115834365

Traduit par Faustina Fiore

Deuxième tome des aventures de Hazel Wong et Daisy Wells, deux jeunes anglaises des années 30 qui ont eu la bonne idée de monter leur club de détectives, « Wells & Wong », pour notre plus grand bonheur !

Un coupable presque parfait nous immergeait dans le  pensionnat de Deepdean pour jeunes filles de bonne famille où Daisy et Hazel avaient résolu l’énigme du meurtre d’un de leur professeur, avant même la police. A la façon Sherlock et Watson.
Quelques mois plus tard, Hazel passe les vacances de Pâques chez Daisy, dans le manoir familial et victorien de Fallingford. Rien ne manque au décor : Lord et Lady (les parents de Daisy), meubles Chippendale, vase dynastie Ming, vieilleries, chandelles, poussière, recoins, tea, arsenic et… cadavre. De quoi se faire peur, pour de vrai. D’autant qu’une inondation due au mauvais temps isole totalement le manoir du reste du monde et empêche la police de se rendre sur place.

Comme dans le premier volume, ce que nous lisons est le compte rendu de Hazel sur l’enquête menée par le club de détectives « Wells et Wong », commencé précisément le  13 avril 1935. Après l’évocation du château familial et de l’ambiance qui y règne, nous arrivons assez rapidement au goûter d’anniversaire de Daisy pour fêter ses quatorze ans. Un certain Mr Curtis, qui semble beaucoup plaire à Lady Hastings, (mais beaucoup moins à son mari !) boit une tasse de thé, lui trouve un goût amer puis a assez vite des problèmes beaucoup plus compliqués qui vont faire de lui… un cadavre.
A la manière d’Agatha Christie, un cadavre et des suspects dans un endroit clos où personne ne peut sortir. Hazel et Daisy reprennent donc du service, aidées par deux autres camarades qui leur servent d’assistantes, ont juré sur leur tête de ne pas révéler l’existence de ce club secret sous peine de « tortures médiévales ». 🙂

On ne s’ennuie pas une seconde, entre fausses pistes et élimination des suspects après déductions. Une tante cleptomane, une drôle de gouvernante et voilà de quoi s’amuser encore plus. Daisy se trouve confrontée à la probable culpabilité de son père ; Hazel à celle du jeune garçon qui attire toute son attention. Dure la vie !

J’ai aimé, comme dans le premier volume, l’ambiance « vintage » de cette série. Tant dans l’histoire que dans la présentation typographique et graphique soignée de chaque chapitre. Une jolie couverture vert pistache qui attire l’oeil : un vrai bonheur.

20170520_160700.jpg

20170520_160735

J’ai néanmoins remarqué une invraisemblance : comment un agent secret peut-il écrire de fausses lettres de recommandation avec des fautes d’orthographe ? Cela ne fait-il pas un peu amateur, tout de même, mon cher Watson ?  🙂
Mis à part ce détail qui n’enlève rien au charme du roman, un bon moment de lecture qui plaira à tous les jeunes lecteurs (à partir de 11 ans) amateurs de suspense, d’Agatha Christie et de Sherlock Holmes.
Je crois savoir qu’il y a encore trois tomes : vivement la suite !

depositphotos_34730475-Hand-drawn-vector-background-with-tea-in-vintage-style

Merci à Flammarion Jeunesse !

Publié dans Littérature anglaise, Littérature jeunesse | Tagué , , , , | 4 commentaires

Lettres choisies de la famille Brontë

51AoR0FBtNLTraduites et annotées par Constance Lacroix

Pendant un mois, je me suis plongée dans la correspondance de la famille Brontë, traduite pour la première fois en français – l’occasion de refaire mentalement le voyage à Haworth d’il y a deux ans. Trois cents lettres, écrites entre 1821 et 1855, en grande majorité celles de Charlotte, qui dialogue avec son amie de toujours Ellen Nussey, ou son éditeur, entre autres. Mais aussi quelques unes d’Emily, de Anne et de Branwell ou de leur père, le révérend Patrick Brontë.

Ces lettres furent ma lecture de chevet, chaque soir. C’est avec plaisir et émotion que l’on se retrouve plongé dans l’intimité de cette famille devenue mythique. Des personnes réelles devenues des personnages. Parce que finalement, ce recueil épistolaire se lit comme un roman polyphonique, sous l’ascendant de Charlotte qui était sans doute la plus sociable de la famille et qui a survécu à son frère et ses soeurs.
On est frappé par l’isolement de cette famille qui semble vivre en huis clos,  recluse, et dont les lettres sont, semble-t-il, pour Charlotte, outre un moyen de dialoguer, aussi une manière de s’évader.  Si elle ne reproche pas ouvertement à son amie Ellen de ne pas être venue la visiter, sa déception est à peine voilée : « Nous vous avons longuement et ardemment attendue, ce mardi où vous nous aviez promis une visite – je me suis usé la vue à vous guetter par la fenêtre, armée de mon lorgnon, et parfois même le nez chaussé de besicles. »
Pourtant,  si dans un premier temps, Emily et Charlotte sont parties jusqu’à Bruxelles pour se former, avec dans l’idée d’ouvrir à leur retour leur propre pensionnat pour jeunes filles à Haworth, leur dessein sera contrarié et elles renonceront définitivement.
C’est l’écriture qui prend le relais pour de bon, mais voilée de secret, avec une première publication conjointe des trois soeurs, en 1846, sous des pseudonymes masculins.
Et puis, c’est Jane Eyre, publié en 16 octobre 1847 sous le pseudonyme utilisé par Charlotte :  Currer Bell. Un succès immédiat, un roman plébiscité par Thackeray. Currer Bell, un auteur mystère qui suscite la curiosité, les supputations les plus folles sur son identité, même si l’identité d’une femme ne fait pas de doute.  « Si Thackeray s’enquiert à nouveau de l’identité de Currer Bell, dites-lui que c’est, et cela doit rester, un secret jalousement gardé pour la bonne et simple raison qu’elle ne mérite pas d’être révélée – fait qui n’aura pas échappé à sa perspicacité. », écrit Charlotte.
Charlotte cachera même à sa meilleure amie être l’auteur de Jane Eyre. C’est assez étonnant.

Ces lettres nous plongent, à leur manière, dans les salons littéraires anglais de l’époque. Ainsi apprenons-nous que Charlotte n’appréciait guère Jane Austen, qu’elle lui préfère la Française George Sand ! En revanche, elle est littérairement très proche d’Elizabeth Gaskell, avec qui elle entretient une correspondance : « J’ai lu En visite à Cranford avec un de ces plaisirs qui vous semblent toujours de trop courte durée. J’aurais voulu que le texte fut deux fois plus long. »

Si Emily, Charlotte et Anne sont des génies littéraires qui se cachent, Branwell, lui, a tout de l’artiste imbu de lui-même, d’une manière assez délirante. J’avoue qu’il ne m’a guère été sympathique. Instable, fragile, il plonge dans l’alcool, l’opium et autres stupéfiants. Charlotte déplore à de nombreuses reprises son attitude et désespère dès 1845 : « Mes espoirs sont au plus bas en ce qui concerne Branwell. Je crains parfois qu’il ne parvienne jamais à rien de valable. » Il rend la vie impossible à sa famille, extorque de l’argent à son père en menaçant de se suicider s’il ne lui donne pas satisfaction.

Pourtant, son décès brutal, en septembre 1848 laissera les Brontë dans une grande mélancolie. 1849, année terrible qui verra disparaître Emily deux mois après son frère. Puis ce sera Anne. La mort qui frappe comme une malédiction : « Les jours de cet hiver sont traînés, sombres et pesants, comme un convoi funéraires; depuis septembre, la maladie ne s’est pas éloignée un instant de la maison – c’est étrange – il n’en était pas ainsi jadis – et pourtant tout ceci, je le soupçonne, était en marche depuis des années(…) ».
Des pages très émouvantes, notamment la lettre de Patrick Brontë : « J’ai connu, à la vérité, plus que mon lot d’afflictions dernièrement – mais telle était la volonté du Seigneur – et le devoir m’ordonne de me résigner. Mon unique Fils s’est éteint, suivi de près par une fille que j’aimais tendrement. Les larmes sont permises au milieu de tels maux, puisque le Christ lui-même pleura son ami défunt (…) ». Ou celles de Charlotte, la seule survivante à ses cadets :
« Le 24 septembre, mon unique frère (…) mourut – d’une mort qui nous frappa bien brutalement. L’avant-veille, il s’était encore rendu au village. Ce fut un coup terrible. Il n’était pas même enseveli que je tombai malade. Je fus prise d’une fièvre nerveuse, qui me rongea sourdement, me laissant sans force. Je fus lente à me rétablir, et ce fut alors que ma Soeur Emily – que vous avez côtoyée jadis – contracta une inflammation pulmonaire – une pleurésie se déclara – nous vécûmes deux mois dans une torturante alternance d’espoir et de crainte : enfin le 19 décembre – elle mourut.
A peine la tombe se fut-elle refermée sur Emily qu’Anne, ma plus jeune soeur, la seule qui me restât, présenta à son tour des symptômes qui nous jetèrent dans les plus vives alarmes. (…) Ma pauvre soeur est partie en paix pour sa dernière demeure. Elle est morte ce lundi. (…) Le spectacle des chambres vides, qui jadis abritaient les êtres les plus chers à mon coeur – et où désormais planera éternellement – je crois – l’ombre de leurs derniers instants. »

Charlotte écrivait à Ellen en lui disant : « Je suis certainement vouée à finir vieille fille, Ellen – je ne peux espérer d’autres occasions. Qu’importe, je me suis résignée à ce destin dès l’âge de douze ans »; elle se mariera le 29 juin 1854 au vicaire de son père, Arthur Bell Nicholls, mais meurt en mars 1855, à l’âge de 39 ans, renonçant à tout traitement sur le mal qui la ronge. Une vraie femme libre.

Ainsi se referme la porte du presbytère de Haworth, où infusait à l’insu de tous, le génie littéraire de trois soeurs, marqué du sceau de la tragédie.

Ces Lettres choisies sont une invitation à (re)lire toute l’oeuvre des Brontë et à faire le voyage à Haworth, que je vous recommande. J’y suis allée, très émue mais aussi impatiente. J’ai dévalisé la librairie, et tout et tout…

(c) Village de Haworth, Yorkshire, avec l’entrée du presbytère

 

DSC00591

(c) Le pub, où Charlotte Brontë aimait se rendre

Le presbytère, à présent transformé en musée (où les photos sont interdites, comme pour mieux préserver le mystère) est très bien conçu, on y sent Charlotte, Emily, Anne, Branwell et Patrick vous frôler. C’est aussi l’un des sites littéraires les plus visités d’Angleterre, alors pour être tranquille, il faut y aller tôt, pour mettre une distance entre vous et les foules « déchaînées ». Et là, c’est génial ! Le village est mignon, bien évidemment dédié à la famille devenue mythique. J’y suis allée en été, il faudrait que j’y retourne en hiver pour mieux sentir l’austère climat du Yorkshire.

Merci aux Editions de la Table Ronde, une fois de plus pour cette excellente pioche ! 😉

 

Publié dans Littérature anglaise | Tagué , , , , , , | 2 commentaires

Mrs Hemingway – Naomi Wood

18238094_1537221896319999_8317993935160246778_o

Pause lecture au Jardin du Luxembourg à Paris où Hemingway aimait venir chasser le pigeon, dans les années 1920

Traduit par Karine Degliame-O’Keeffe

Mrs Hemingway. Un titre qui aiguise la curiosité. Ernest Hemingway n’est plus à présenter, tout le monde connaît au moins les titres de ses romans, à défaut de les avoir lus. J’avoue, je n’en ai lu qu’un, il y a très longtemps : Le vieil homme et la mer, qu’on m’avait offert. Je ne savais pas du tout qu’il était un homme à femmes, enchaînant conquêtes, mariages, maîtresses. Pourtant, il ne faut pas s’y tromper, Naomi Wood ne vous invite pas à un portrait moralisateur du grand écrivain, journaliste et baroudeur. Encore moins à une bluette sentimentale à l’eau de rose. Ce livre n’est pas de la veine de la romance. C’est même tout le contraire. Dans ce roman construit sur le point de vue successif des quatre femmes qu’il a épousées (Hadley Richardson, Fife, Martha Gellhorn et Mary Welsh), ce sont ces femmes de l’ombre qu’elle met en lumière, dans une sorte de portrait décalé, peu connu, qui nous plonge dans l’intimité de l’écrivain, sans voyeurisme mais également sans tabous. Ce n’est pas un portrait corrosif et vengeur non plus. Hadley, Fife, Martha et Mary ont toutes aimé Ernest et inversement. Quitte à composer parfois un ménage à trois, sans s’y empêtrer non plus. Ces femmes hors normes ont participé du mythe de l’écrivain mondialement connu, dont tout le monde savait qu’il était un « tombeur ».

Au fil des pages qui nous promène d’Antibes à Paris, de Cuba, à l’Espagne de la Floride à l’Arkansas ou l’Idaho, dans le désordre, se dessine le portrait fragile d’un colosse aux pieds d’argile : un homme fuyant la solitude, avec un besoin vital d’être entouré,  de femmes mais aussi de mots,  pour mieux oublier les démons qui viennent le hanter. Ecrire pour ne pas mourir ou devenir fou. « Parfois, lorsque Fife lui apportait un gin tonique dans son bureau en fin de journée, elle le surprenait les yeux empreints d’une tristesse immense, rivé sur sa page comme s’il avait devant lui le visage mort de son père. »
« Perdre sa capacité à écrire c’était perdre sa capacité à libérer son esprit de ses angoisses. Ecrire c’était entrer dans une maison magnifique : un lieu propre et éclairé où la lumière tombait en de grands faisceaux blancs sur de beaux parquets en bois. Ecrire c’était se sentir chez soi, c’était y voir clair. »

En public, Hemingway présente un ego imposant, pour mieux cacher une grande fragilité et sensibilité. C’est finalement ce qui fait un grand écrivain doté d’une bonne plume. « Elle ne serait pas surprise d’entendre dire qu’Ernest a libéré la ville Lumière à lui seul », dit Martha. « Dans ses articles, Martha s’intéresse à la petite histoire, aux choses qu’elle observe de près ; dans les reportages d’Ernest, il se met toujours en scène, lui, le grand écrivain, bien droit au milieu du récit comme un dictateur bedonnant haranguant les foules sur une place. »
C’était aussi quelqu’un d’assez insupportable à vivre. Provoquant parfois la rage et les affres de la jalousie chez celles qu’il avait épousées, en multipliant les conquêtes. Cela donne lieu à quelques scènes cocasses : « La robe bleue est suspendue dans l’armoire. Elle ira brûler son cadeau – dehors dans l’incinérateur d’ordures. » Sans parler des disques rayés parce que le couple se les balançait à la figure lors de disputes🙂

Je me suis surtout attachée au personnage de Martha, qui a eu le courage de le larguer et d’aller toquer sur l’épaule de celle qui était en voie de lui succéder au titre d’épouse, comme un petit arrangement entre amies, pour mieux retrouver sa liberté. La scène est croustillante. « Tout ce que je veux c’est me libérer de ce mariage, dit Martha, lentement. Je veux mon nom sur mon passeport. » Voilà ce qu’elle dit à Mary, pour se débarrasser d’Ernest ! 🙂  « La vie d’une femme d’écrivain n’était pas pour elle. Elle partait à la guerre. »
Mary Welsh, la pauvre qui aura certainement vécu le pire : ne pas pouvoir sauver Ernest. La fin est sincèrement émouvante.

Ce roman est également une belle plongée dans l’univers « journalistico-littéraire » des années 1920-1960. J’ai aimé me promener dans les rues de Paris, pour aller chez Shakespeare and Co,  qui était alors rue de l’Odéon, et trouver un libraire qui évoque Joyce !

Un bel hommage à Ernest Hemingway, dans un portrait décalé et sensible, qui met en lumière de manière brillante les femmes qui ont façonné son mythe.
Un roman donne envie de (re)lire l’oeuvre d’Ernest Hemingway. Mais aussi d’en savoir un peu plus sur ces femmes.
Je classe ce roman parmi mes coups de coeur 2017.

Mille mercis aux Editions de la Table Ronde pour la découverte en avant-première !

Publié dans Littérature anglaise | Tagué , , | 2 commentaires

Enael – tome 3 : L’alliée

41gptVuThWL

Traduit par Nadège Traoré-Dulot et Marie Hermet

« Si tu croises une fée sur la route,
laisse-la passer. Sois gentil.
Tu la reconnaîtras à ses cheveux roux
et ses yeux verts. Elle accorde
à tous les humains trois voeux.
Ne manque pas de les lui demander.
Si tu as été gentil,
elle les réalisera sans condition.
Si tu as été méchant, elle les déformera
et les réalisera tout de travers.
Alors n’oublie jamais de leur laisser
du lait et des gâteaux. »
Kathleen McNeal du Glen

Troisième opus des aventures fantastiques d’Enael, l’Irlandaise bien contemporaine, qui vit dans le comté du Mayo, à Kilduff. Une gamine qui s’aperçoit au fil du temps qu’elle est différente des autres. Dans les volumes précédents, elle découvre que sa vraie mère est une fée et qu’elle a été déposée dans un berceau par une banshee en échange d’un bébé humain malade, Eva, devenue une changeling, emmenée par la créature malfaisante au royaume de la Jeunesse Eternelle. Enael tombe amoureuse de Shay, qui se laisser piéger par une lenanshe, une créature qui suce le coeur des hommes qui tombent amoureux d’elle avec une paille jusqu’à ce qu’ils meurent !
Je vous renvoie à mes deux chroniques sur les volumes précédents pour les détails de l’histoire.
Dans le présent volume, Helen Falconer joue à merveille avec les faux-semblants, les jeux de dupes, entre humains et démons, dans une folle course poursuite. Carla, la meilleure amie d’Enael, n’en revient pas que cette dernière lui ait piqué son petit copain, le beau Killian. Elle n’en revient pas qu’elle soit devenue la nouvelle coqueluche de ses ennemis jurées au lycée, les pestes Sinead et Loris. Pendant ce temps, Killian est comme un coq en pâte :Enael lui fait tout ce qu’il veut… Mais rappelez-vous : c’est pour mieux te croquer mon enfant… 🙂 🙂
Vous allez faire la connaissance d’une charmante bestiole du folkore irlandais, le pooka. J’ai beaucoup aimé la manière de présenter cette créature d’abord sous l’identité d’une petite fille seule, perdue et affamée : c’est trop mignon !  Mais attention, les enfants, je le répète, c’est pour mieux vous croquer ! 🙂 La lectrice que je suis a failli se faire avoir, mais elle s’est grave méfié quand elle a vu une mamie se faire manger sous ses yeux en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire :
« La pooka se léchait les babines; il ne restait plus une miette de la vieille dame. Elle croqua les os, croustillants à souhait, mais laissa les pieds, trop durs sous la dent. » 🙂 🙂
Plus d’une fois j’ai souri dans les scènes de la première partie du roman… Mais aussi frémi, avec Carla, qui découvre finalement qui se cache sous les traits d’Enael, cette Enael pas tout à fait comme d’habitude. J’étais hilare avec la scène du curé du village face aux démons. Et le coup des rouleaux de « PQ », mesdames les traductrices, c’est vraiment ainsi dans la VO ? C’est bête mais je me suis posé la question…

Helen Falconer semble s’être beaucoup amusée avec certaines scènes, pour le plus grand plaisir du lecteur, entraîné dans une aventure plus folle que jamais. Pooka, dullahans, sluaghs, lenanshees, deargdue, que vous connaissez déjà si vous avez lu les deux volumes précédents, mais aussi grogochs : rien ne manque. Heureusement Carla a trouvé le Catalogue complet des fées et créatures surnaturelles d’Irlande, qui lui donnera les remèdes pour combattre chaque créature maléfique : pierre de cristal, argent, or, aubépine et gui sacré… Il faut dire que lorsque les démons ont décidé d’envahir le village,  ça met juste l’hystérie collective et une panique pas possible. Les scènes de la fin sont particulièrement réussies !
Un roman qui reste ancré dans le monde adolescent très contemporain, tendance 2.0 mais qui bascule dans la folkore mythologique millénaire traditionnel des Thuata Dé Danna. Une belle alliance pour une lecture très distrayante, qui sait ménager, suspense, humour, frayeur mais aussi poésie et amour.

Si vous avez besoin de vous changer les idées, de partir pour une grande aventure fantasy sur fond de folklore irlandais, c’est le moment de plonger du côté de Tir Na Nog!
On croit deviner qu’il y a une suite : on sait dorénavant qui est la mère d’Enael. Mais elle a aussi, bien évidemment un père.

« Un jour, elle s’envolerait vers ces îles. Elle s’assoirait sur le rocher pour regarder la marée monter, descendre, faire onduler la soie verte sur laquelle reposait sa mère la fée ; l’eau laverait ses cheveux roux et or. Enael déposerait la tresse de cheveux de son père entre les mains de sa mère et réunirait ainsi les vieux amants.
Un jour.
Un autre jour. »

Extraits :

« Enaël fit jaillir comme un torrent de lumière, repoussant Dorocha dans la sacristie et le plaquant contre le mur. Les banshees l’encerclèrent , mais soudain, une vague de monstres hurlants, menés par une loutre furieuse chevauchant un énorme chien vert, déferla dans la sacristie. D’autres chiens démons, des énormes chats blancs aux yeux rouges, d’affreux cochons traînant des algues sous leur ventre, tous se jetèrent dans la bataille. Ils poursuivirent les banshees dans le cimetière, les rattrapèrent, les mordirent. Les cooshees fonçaient vers le portail pour attaquer ce qu’il restait des dullahans, les merrows se jetaient par-dessus le mur pour faire fuir les druides à toutes jambes… »

« Le père Leahy eut une attaque ; en tout cas, ça y ressemblait. Il se mit à hurler, recula en trébuchant vers l’église, et fouilla sous ses vêtements pour sortir son crucifix. »

FB_IMG_1493586351588



Mille mercis à Flammarion Jeunesse d’avoir accepté de m’envoyer ce roman !

Publié dans Littérature irlandaise, Littérature jeunesse | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Assez de bleu dans le ciel – Maggie O’Farrell

51fj0Sf7wyL

Traduit par Sarah Tardy

Assez de bleu dans le ciel, un titre français qui tombe à pic pour respirer loin de l’atmosphère plus que nauséabonde qui règne sur les réseaux sociaux dont je m’éloigne pour quelques temps.  L’hypocrisie et la méchanceté ont des limites. L’intolérance aussi 😦 .
Pour vivre heureux, vivons cachés. Profitons de la lecture et des sorties littéraires qui s’annoncent sympathiques. Et des amis, des vrais, pour partager les belles choses qui nous rassemblent. Les autres, je les renvoie à leur Prozac, à leur morale, plutôt que de taper sur les mauvaises personnes.
Je les laisse à la violence de leurs mots, dont ils ne comprennent visiblement pas la force : se faire traiter de « pollueur », puis d’« esprit toxique », (sic!), de lire « tes commentaires exacerbés commencent à me gaver » (exacerbés ? et sur mon mur en plus, sérieux, j’ai le droit de dire ce que je pense !), puis lire « tu m’as viré de tes contacts comme une malpropre » (ben genre je vais continuer à me laisser taper sur la tronche sans moufter tant que j’y suis), je me demande où est leur sens du respect d’une opinion différente de la leur. Je ne parle même pas du reste tellement hallucinant que je n’en reviens pas. Et ils peuvent se rouler par terre de rage : la peur n’évite pas le danger et les coupables ne sont pas les abstentionnistes mais les électeurs de Le Pen. Faut pas sortir de St Cyr quand même… La mauvaise foi a aussi des limites.

Revenons à nos moutons (irlandais). Le dernier Maggie O’Farrell dont j’ai lu quasiment tous les romans (sauf Quand tu es parti, qui est dans ma bibliothèque depuis des lustres, était épuisé, mais vient d’être réédité chez 10/18).
Daniel, un Américain parti fêter les 90 ans de son père dans le Donegal en Irlande, tombe sur Claudette, en panne sur le bord de la route. La dame est un zeste agressive, comme sur le qui-vive. C’est son fils, Ari, un gamin bègue qui l’a guidé jusqu’à elle.
L’histoire racontée par Maggie O’Farrell n’est pas chronologique. Tous les romans que j’ai lus récemment explorent cette même technique de la narration « éclatée ». Je me demande si c’est une question de mode ? Sans doute. En tout cas une technique qui permet de ménager le suspense en dévoilant le passé des personnages, leur part sombre, de creuser leur complexité.
Le portrait de Claudette, présenté par son mari Daniel est pour le moins surprenant au premier abord (elle vient juste de le fiche dehors, certes, mais quand même) : « Ma femme – je dois vous le dire -, ma femme est folle. Pas folle à enfermer avec des médicaments et des hommes en blouse blanche (bien que je me demande, parfois, si elle ne l’a pas déjà été), mais folle dans un sens plus subtil, plus acceptable socialement, moins voyant. Elle ne pense pas de la même manière que les autres. Sortir un flingue devant un type qui traîne autour de votre maison, très probablement en toute innocence, est pour elle une réponse non seulement admise, mais encore appropriée. » 🙂
Claudette n’est donc pas une tiède et on a l’impression que Daniel est tout le contraire. Pourtant…
Le fil du récit va dévoiler l’histoire complexe de ce couple hors normes, construit sur un passé ignoré de l’autre, de blessures. De morts. D’alcool.

Il est difficile de parler du roman sans en dévoiler trop. L’intérêt réside dans sa construction vertigineuse qui nous fait voyager à travers le temps – mais de manière non chronologique, et les continents (les USA, l’Irlande, la France).
Finalement, c’est l’histoire de deux naufragés : Claudette et Daniel. Claudette, ancienne star de cinéma, qui a tout plaqué du jour au lendemain pour venir se cacher avec son fils Ari âgé de 6 ans en Irlande.  Elle a quitté son mari, cinéaste, sa vie fait de futilités et d’argent coulant à flots, pris la fuite pour se retrouver.
Daniel est linguiste. Il aidera Ari à atténuer son handicap. Et c’est par Ari qu’il fera la connaissance de Claudette. La communication entre Claudette et Daniel n’ira pas de soi. Un couple qui va se bâtir sur une construction improbable.
Daniel, dont le passé ressurgi via une information radio qui lui apprend la mort d’une certaine Nichola il y a des années. Son premier amour. La mort semble quelque chose qui le poursuit, la marque de fabrique dont il se sent coupable et responsable : « Comment intégre-t-on dans la vie de tous les jours, l’idée d’avoir tué quelqu’un ? Comment accomplir tous les petits rituels du quotidien tout en sachant qu’à cause de vous une femme a trouvé la mort ? »
Daniel, après Nichola et avant Claudette a été marié. Sa fille Phoebe, ado partie s’acheter du gloss avec une copine, s’est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, tuée par un tireur fou.
Assumer deux morts, c’est trop pour Daniel qui se noie dans l’alcool, se met à vivre reclus chez lui. Il faudra toute la force et l’amour de ses enfants pour le sortir de là. Et aussi l’amour de Claudette. Chacun va devoir mettre une partie de son ego de côté pour se sauver de l’effondrement rédhibitoire.

Un bon gros pavé de presque 500 pages que j’ai englouti en une semaine. Un bon moment de lecture, même si je me suis, par instants, un peu perdue en route. Entre les nombreux personnages et les liens qui les relient entre eux.  Pas mon préféré de l’auteure qui reste pour l’instant l’indétrônable Etrange disparition d’Esme Lennox.

Publié dans Littérature nord-irlandaise | Tagué , , , | 6 commentaires

Abstention, bande de cons ?

Toute la semaine, ce fut insultes, mépris, leçon de morale,de la part de ceux qui prétendent sauver la démocratie mais qui finalement semblent, pour la plupart, de bien piètres démocrates quand on a une idée différente de la leur pour le second tour des présidentielles : l’abstention ou le vote blanc.

Le summum a été atteint quand on découvre dans son fil d’actualité sur Facebook, le partage d’un dessin de publié sur la page FB de Charlie Hebdo (ou plutôt feu Charlie Hebdo, parce qu’on sait tous que Charlie est mort) :

18157395_1511522248870908_4876906448394961154_n

Je suis capable d’accepter les idées des autres, je ne porte pas de jugement sur ceux qui ont voté Macron au 1er tour. En revanche je n’apprécie pas de me faire insulter et traiter de con(n)e parce qu’on ne veut voter ni pour leur chouchou ni pour Le Pen.  Si Le Pen gagne, ce ne sera pas la faute des abstentionnistes mais des gouvernements successifs, de ceux qui ont autorisé ce parti néo-facho-nazi d’avoir droit de cité ; les médias qui l’ont présenté comme un parti conventionnel, dédiabolisé à longueur d’années. Et ceux qui ont voté pour lui AU 1ER TOUR. C’est étrange comme on ne leur tombe pas dessus à bras raccourcis, d’ailleurs…
Ce sera la faute de Hollande, Valls et toute la clique soi-disant de « gauche » qui ont appliqué une politique de droite, fait une primaire de Polichinelle, lâché leur élu (Hamon) pour aller voter pour l’ultra-libéral Macron, qui tourne sa veste à longueur de temps et dont le programme est tout sauf franchement clair.
Libre à eux de penser que c’est un démocrate, moi j’en étais encore moins persuadée ce matin en entendant France Info annoncer qu’il n’envisageait aucune alliance et voulait les pleins pouvoirs. Le petit roi avant même d’être arrivé sur le trône. Ce mec imbu de sa petite personne me fait autant vomir que Le Pen. Au-delà même de ses idées louches.

Mais je ne porte pas de jugement sur ceux qui voteront pour lui. Libre à chacun de voter (ou non) en son âme et conscience. Je ne vote plus contre mes idées et on ne peut obliger personne à le faire, sauf dans les systèmes totalitaires, quand il existe encore des élections – de fantoches. Mais je refuse de me faire insulter avec ce genre de dessin et par ceux qui partagent ce genre de dessin sur leur profil, vivent des livres et par ce même biais traitent leurs lecteurs de cons ! C’est vraiment la classe ! Je leur laisse leur grosse tête et leur morale à deux centimes d’euros. Au moins qu’ils aient la décence, l’intelligence d’activer des paramètres de confidentialité. J’ai juste envie de leur donner un miroir pour qu’ils se regardent. Et un parachute pour atterrir.

Je me suis promis de ne plus acheter de livres avec leur nom dessus. Et encore moins de les chroniquer.  De faire du ménage dans mes étagères. J’ai plein de belles choses à y caser, ce sera l’occasion d’y faire de la place. Et de remplacer certaines VF par la VO pour quelques uns.
Leur exultation de joie aux résultats du second tour, je les entends déjà. Je sais déjà que quel que soit le résultat, pour moi, ce sera des larmes, contenues ou non. Et de la rage. La rage, la colère qui ne me quitte pas devant l’état de décadence de la France. La rage devant l’intolérance. La rage devant l’hypocrisie. En tout état de cause, la pérénisation de l’hypocrisie du système électoral en France, ce sera sans moi. En 2002 j’étais dans la rue et j’ai voté Chirac. En 2012 j’ai voté Hollande et j’étais gonflée à bloc d’espoir. Or on s’est moqué de mon vote pendant 15 ans. Les politicards élus s’en sont torché comme avec un PQ. Donc cette fois c’est moi qui leur rend leur PQ plein de merde et laisse le Macron sauver le pays, puisqu’il se présente comme tel. Et c’est mon DROIT le plus strict.
Derrière, il y a les législatives et quel que soit le résultat des présidentielles, j’espère que les deux candidats se prendront un râteau (laissez-moi rêver, et rappelez-vous que c’est le PS qui a fait des législatives un quinquennat pour éviter les cohabitations…).

La prochaine fois, plus de politique, mais des belles choses, de vraies belles choses. Je suis en retard dans mes chroniques, j’ai été très gâtée et j’ai aussi du retard dans mes lectures, mais la littérature est le refuge qu’il nous reste. Quoi qu’il advienne.  Voilà, j’ai dit ce que j’avais sur la patate.

18119456_2031280217093547_5033574892698436906_n

Edit du 6 mai : chronique vue 286 fois, ce qui me fait halluciner !
En tout état de cause, demain je ne participe pas au concours de pourriture. Ce n’est pas la peine de nous ressortir tous les trucs qu’on connaît déjà sur qui est le FN et l’extrême-droite comme si nous étions des abrutis irresponsables. Qui a visité les camps de concentration de Pologne ? Je l’ai fait. J’en suis ressortie comme on peut en ressortir quand on est concerné par l’histoire passée… Je suis fière d’être une petite fille de résistant. Résister c’est désobéir devant  la tromperie, le mensonge, le chantage et l’immondice. Résister ce n’est pas voter contre ses idées.
Le seul vote utile est celui qui représente mes idées. Aucun candidat du second tour ne les représente. Je n’y suis pour rien. Je les renvoie dos à dos ainsi que toute la politique mise en place en France pendant des années, l’épouvantail Le Pen dont on se sert constamment pour jouer avec la peur et obliger la majorité des électeurs à voter en dépit de ce qu’ils soutiennent. C’est n’importe quoi. Ca me fait pleurer.

Il est un peu tard pour avoir peur, le piège va se refermer de part et d’autre. Je suis dedans, comme les autres. Mais je n’aurais pas participé à cette mascarade dégoûtante.

 

 

Publié dans Humeur | 5 commentaires

L’herbe maudite – Anne Enright

 

Traduit par Isabelle Reinharez

Cela fait presque un mois que j’ai terminé ce roman et pourtant quand il s’agit d’en parler, d’écrire quelques mots dessus eh bien c’est compliqué ! C’est premier roman que je lis de l’Irlandaise Anne Enright. Et je l’ai absolument adoré! Il m’a laissée sans souffle ou presque même si je ne suis pas tout à fait sûre d’avoir tout tout tout compris, parce qu’il est vraiment riche. Donc je ne suis pas sûre d’écrire une chronique très pertinente et j’ai vraiment hâte d’en apprendre davantage lors de la venue d’Anne Enright au Centre culturel irlandais de Paris le 7 juin.

En 1980, dans le comté de Clare la jeune Hanna Madigan part chercher des médicaments pour sa mère dépressive, alitée depuis deux semaines : pensez-donc, son fils Dan lui a annoncé son intention de rentrer dans les ordres afin de devenir prêtre. Il est alors étudiant à l’université de Galway. La mère s’effondre donc devant ce choix. Hemet, le frère de Dan n’en revient pas, tout comme ses deux soeurs : Hanna et Constance. D’autant qu’il a une petite amie, « une tragédie en attente de se produire ».
Anne Enright nous embarque quelques années plus tard, en 1991, à Toronto où Dan a élu domicile. En guise d’embrasser la prêtrise, il est plutôt en train d’embrasser des garçons…
En 1995, Constance est toujours en Irlande,  mariée, des enfants et sans doute un cancer du sein…
En 2002 Emmet vit au Mali avec Alice. Les opérations humanitaires occupent tout son temps mais une histoire de chien brisera son couple. Emmet peine à s’en remettre.
En 2005 Rosaleen restée seule dans son domaine irlandais, décide d’envoyer une carte de voeux à son fils Dan. En post-scriptum elle lui demande de venir et lui annonce qu’elle a décidé de vendre la maison.
Tous les enfants de Rosaleen rappliquent en Irlande pour Noël. Entre temps, on apprend qu’Hanna est devenue actrice, et surtout maman depuis peu, avec dépression post-partum et alcoolisme en développement : rien de mieux que de cacher tout ça dans des bouteilles d’Innocent…

Anne Enright explore l’amour dans toutes ses dimensions (filial, homosexuel, familial, entre fratrie, caché…) ; les liens qui unissent une famille ou les défont.
Rosaleen incarne une mère accaparante et égoïste (du moins j’ai trouvé) qui n’accepte pas le chemin pris par son fils. Mais derrière cet aspect sévère, on découvre une femme brisée qui n’a pas psychologiquement survécu à la perte de son défunt mari, l’amour d’une vie qui la mènera sur la Green Road (le « chemin vert », celui de la Grande Famine) le jour de Noël. Un moment poignant du roman, comme un point zéro entre passé et présent, morts et vivants. Le lieu idéal pour mourir d’après Rosaleen.  Elle se fiche pas mal de l’inquiétude qu’elle a provoqué chez ses enfants, partis à sa recherche. Elle les trouve égoïstes. Elle trouve qu’elle est abandonnée. Oui, Rosaleen est une vraie irlandaise bien bornée qui m’a rappelé quelqu’un. 🙂
Chaque personnage est à un moment charnière de son existence, dans une passe délicate à négocier. Quel chemin prendre ? (Rosaleen en a choisi un, qui donne son titre au roman). Leur fragilité est touchante et suscite l’empathie. Malgré tous leurs défauts parfois agaçants.

Un roman marqué par une variété de ton et de style, magnifiquement écrit (et traduit) qui m’a vraiment bluffée tant par le contenu dense que par l’écriture. Anne Enright promène le lecteur à travers l’espace (Irlande, Canada, Mali…) et le temps dans un canevas savamment tissé. Elle nous plonge dans l’esprit des personnages, dans leurs réflexions intérieures avec délectation.

Mon petit plus personnel à cette lecture : en Irlande, je traîne souvent dans le comté de Clare, le comté de la famille Madigan dans le roman, le comté des vieux cailloux, des ruines, des légendes, des fées et du petit peuple qui se cachent sous les tumulus recouvert d’herbes, des fantômes. J’ai découvert que je m’étais déjà promenée sur la Green Road sans le savoir vraiment.  J’ai refait mes balades en forêt, où se cachent des fortins en ruines, dans lesquels il ne faut pas rentrer à cause de fées…

Quant au titre en français, qui est le choix de l’éditeur, j’avoue que je ne comprends pas trop. Le titre original est The Green Road, le fameux chemin vert de la Grande Famine. L’herbe maudite, en titre d’ouvrage a quelque chose de ridicule, à mon sens. Il y a bien une histoire d’herbe maudite, liée à une superstition irlandaise, dans le roman. Mais, en titre, désincarné de son contexte, ça n’a pas de sens, justement, mais une dimension comique. En revanche,  il y a beaucoup question de chemins, dans ce livre…
Enfin, la photo de la couverture du roman se trouve dans le comté de Mayo et pas du tout celui de Clare. Dommage mais pas grave.

Bref, à lire d’urgence si vous l’avez pas encore fait et une belle aubaine ensuite d’aller rencontrer Anne Enright le 7 juin au Centre culturel irlandais de Paris !

Ce roman a reçu l’Independent Bookshop Week Award en juin 2016 (le prix des libraires indépendants d’Irlande et du Royaume-Uni)

Extraits :
« Si on traversait le grand champ, on arrivait à une boreen, un sentier étroit qui, au-delà de la petite éminence, vous menait devant une vue des îles d’Aran, au large de la baie de Galway, et des falaises de Moher, tout aussi connues, loin au sud. Ce chemin débouchait sur la « green road » qui traversait le Burren et dominait la plage à Fanore. C’était le plus beau chemin du monde, sans exception, disait sa grand-mère – immortalisé en chansons et légendes – avec ses pierres qui s’assemblaient brièvement en murets avant de retomber dans le champ, ses petites prairies rocailleuses aux fleurs rares et suaves. »

« Hanna ne savait pas comment on pouvait casser une bouteille et en même temps tomber dessus, à moins d’être complètement beurrée. »

« Elle pourrait entrer dans ce petit cottage où avait sévi la disette et regarder les étoiles dans le ciel, il y en avait tant, mais elle devait d’abord traverser l’herbe maudite. Il n’y en n’avait pas beaucoup, juste quelques brins devant la porte (…). Bien sûr, après avoir traversé l’herbe maudite, elle aurait faim pour toujours. C’était l’effet de ce maléfice. »

« Il y avait une petite église en ruine là-bas, et un sort jeté à l’homme qui l’avait bâtie, trop atroce pour qu’on le prononce tout haut. Elle l’avait appris de Pat Madigan qui l’avait emmenée se promener sur ces hautes terres avec sa petite chienne, à la fin de l’été 1956. Il avait davantage parlé durant ces jours et ces semaines qu’il ne l’avait jamais fait ensuite, de malédictions, et de ce genre de choses, de pigseogs, des fées sur les tumulus de Croghateehaun et des gens perdus dans le sol traitre et broussailleux en dessous. »

« Et naturellement Ludo aimerait Constance, sa bêtise calculée et ses cheveux de supermarché. »

« Il n’y a pas de Noël sans choux de Bruxelles. » : ne riez pas, c’est véridique ! Tu mangeras tes choux de Bruxelles à Noël où alors tu n’es pas un(e) vrai(e) irlandais(e).

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , , | 4 commentaires

Michael Collins, une biographie – Pierre Joannon

 

1374835151

En ce week-end de Pâques, je vous propose de vous (re)plonger dans l’histoire de l’indépendance de l’Irlande. Quand on parle d’indépendance de l’Irlande, tout Irlandais ne peut omettre d’évoquer celui qui en fut le stratège : Michael Collins. On ne peut pas aller en Irlande, visiter et comprendre cette île verte et fougueuse sans savoir qui est Michael Collins. Moi, là je dis : sacrilège !

Pour autant, si les livres d’Histoire vous font peur, eh bien Pierre Joannon, l’un des meilleurs spécialistes français sur l’Irlande (à tel point que Bertie Ahern, ex-premier ministre, lui a conféré la nationalité irlandaise !) a eu l’idée d’écrire le roman de la vie de ce héros, « une biographie », certes, mais tellement plus.

On commence par l’insurrection de Pâques 1916, du lundi de Pâques du 24 avril 1916 à 10h, (parce qu’ « en Irlande, même les révolutions commencent tard » 🙂 ), où le comité militaire secret de l’Irish Republican Brotherwood confirme les ordres de mobilisation pour le soulèvement. Michael Collins se lève, se rase, enfile son uniforme de capitaine des Volontaires irlandais (Irish Volonteers)  et part rejoindre Joseph Plunkett, Patrick Pearse, James Connolly, Tom Clarke, et j’en oublie. Ce jour-là, ils enterrent la Citizen Army et les Volontaires Irlandais pour créer l’Irish Republican Army (la fameuse IRA). Et plus que cela : ils proclament la République d’Irlande et créent le Gouvernement Provisoire ! Imaginez donc la tête des Anglais quand ils apprennent cela !! 🙂 Ils sont une poignée d’insurgés. La Grande-Poste de Dublin, sur O’Connell Street est prise, devant les Dublinois médusés et méprisants vis-à-vis des ceux qu’ils considèrent comme de dangereux illuminés (ils sont alors tous persuadés que Llyod George va tenir sa parole dès la fin de la guerre et leur accorder le Home Rule, une sorte d’autonomie) . Un échec cuisant attend les révolutionnaires qui seront pour la plupart fusillés par les Britanniques. Michael Collins, lui, est emprisonné et déporté au pays de Galles. Grâce à son ascendant personnel et son sens de l’organisation Michael Collins devient le leader du groupe des Irlandais prisonniers les plus résolus. L’étoffe du héros se dessine sous nos yeux, il devient the Big Fellow, celui qui est « un type très fort ». Il parvient à retourner l’opinion : fin 1916, les insurgés sur lesquels les Dublinois crachaient leur venin sont devenus des martyrs. « La proclamation de la République, lue par Pearse dans l’indifférence générale, est réimprimée, affichée sur les murs de Dublin. » Le début d’un long combat pour Michael Collins et ses compagnons de lutte.

Le tour de force de Pierre Joannon est de faire de cette page majeure dans l’histoire de l’Irlande un livre qui se lit parfois comme un roman policier, avec du suspense et de l’émotion. C’est aussi un roman historique avec le souci du détail dans les descriptions et l’enchainement des événements mais sans la lourdeur que pourrait avoir un livre d’Histoire. L’auteur se glisse magistralement dans l’esprit de Michael Collins pour mieux nous faire vivre et comprendre tout ce qui s’est passé, sans concession. Une biographie, mais tellement davantage, à mon humble avis : un mélange de tout ce que je viens de citer précédemment.
En tout cas, j’ai eu ma dose d’émotion, et quand on pense que tout cela est vrai, c’est encore plus effrayant. Une mention particulière pour le chapitre intitulé ‘Ypres-sur-la-Lee » qui évoque la mise à sac de Cork et pour le « Bloody Sunday » dublinois du 21 novembre 1920 qui a précédé : un enchainement de violences incroyables de part et d’autre qui vous glace, vous  stupéfie et vous fige d’épouvante. Et n’oubliez pas : ce n’est pas de la fiction !
La fin du livre, c’est-à-dire l’évocation de ce qui est arrivé à Michael Collins est particulièrement réussie : bien que connaissant la tragédie du héros irlandais depuis longtemps, mon coeur s’est fendu en deux en relisant l’événement. Quant à Eamon De Valera, hum, je n’ai guère de considération sur son état d’âme parce que tout est de sa faute et tellement plus par la suite…

Un livre que je conseille donc à tout ceux qui veulent comprendre l’Irlande moderne et politique : ça se lit très facilement; une bibliographie est fournie à la fin de l’ouvrage pour ceux qui voudraient aller plus loin et je ne peux aussi que vous conseiller l’excellent film de Neil Jordan, Michael Collins (1996) avec Liam Neeson dans le rôle du Big Fellow, si vous ne l’avez pas déjà vu (et aussi Rebellion, la série créée pour le centenaire de Pâques 1916 et disponible sur Neflix).

Je termine en laissant la parole à Michel Déon qui préface l’ouvrage :
« On le croyait invicible. Ce n’était qu’un homme. Il avait fini par l’oublier. »

Mille mercis aux éditions de la Table Ronde pour la bonne pioche ! 😉

Publié dans Littérature française | Tagué , , | Laisser un commentaire

Les hôtes de la nation – Frank O’Connor

 

17834783_1500520016656854_6002566862052335590_o

Traduit par Edith Soonckindt

Avant d’évoquer à proprement parler de ce recueil de nouvelles, une petite présentation d’un écrivain irlandais dont j’avais entendu parler mais pour autant jamais lu.
Frank O’Connor est né à Cork en 1903 (et décédé en 1966). Il est l’auteur de deux romans, d’un essai sur l’art de la fiction, d’une biographie sur Michael Collins et surtout connu pour ses nouvelles : il en a écrit plus de deux cents ! A titre posthume, son nom a été donné à l’important prix récompensant les meilleures nouvelles : le Frank O’Connor International Short Story Award.
Il est admiré par Yeats et considéré comme un « Flaubert au milieu des bocages irlandais ».
J’emprunte ici des éléments de la préface rédigée par Richard Ellmann :
De son vrai nom Michael O’Donovan (j’aime bien les pseudonymes chez les écrivains ! 🙂 ), il est issu d’un milieu modeste : son père était terrassier, après avoir quitté l’armée britannique ; sa mère, Minnie O’Donovan, faisait des ménages  dont les gages étaient la plupart du temps dilapidé en pintes de bière par son mari, qui, en outre, était un homme violent si on le privait de son addiction alcoolisée. Michael O’Donovan écrit sous pseudonyme parce qu’il est bibliothécaire départemental.

Le recueil regroupe onze de ses plus belles nouvelles, écrites entre 1931 et 1961, dans divers journaux, revues et magazines. Il fut publié pour la première fois en traduction française en 1996.

La nouvelle la plus marquante (enfin, pour moi) est la première, qui donne son titre au recueil : « Les hôtes de nation » (1931), où deux soldats britanniques se lient d’amitié avec deux de leurs prisonniers irlandais. Malheureusement, le rouage impitoyable de l’Histoire va les rattraper. On est pétri de stupéfaction et d’horreur. Les larmes de l’émotion provoquées par ce récit ne sont pas loin. Histoire de ne pas oublier que la guerre est une chose terrible.

« Les Bergers » (1954) m’a fait rire : un curé et son vicaire tentent d’empêcher une jeune femme d’être corrompue par un capitaine de la marine française. 🙂
Voici le portrait cocasse des deux hommes d’église : « Le frère Whelan était un grand homme robuste au large torse, dont la tête ne se détachait pas très nettement du reste du corps; il avait des buissons de poils fous dans les oreilles et un visage rose et innocent qui faisait penser à celui d’une vieille paysanne pieuse qui gagnerait sa vie en vendant des oeufs.
Devine avait l’air pâle et usé, avec un gentil visage rêveur nimbé d’une douce lueur – celle du clavier d’un vieux piano – il portait un pince-nez perché sur son petit nez triste et insignifiant. » 🙂

« Mon complexe d’Oedipe » (1950) a été la plus surprenante : ou comment un gamin décide de prendre la place de son père parti à Grande Guerre (puis revenu), à la maison.
« Mais ferme-la donc, petit misérable ! » me lança-t-il en s’étranglant.
J’en fus tellement stupéfait que j’arrêtai de crier. Jamais, jamais quiconque ne m’avait parlé sur ce ton-là jusqu’ici. Je le regardai, incrédule, et je vis que son visage était convulsé par la rage. Ce n’est qu’à ce moment-là que je me rendis vraiment compte que Dieu s’était payé ma tête en écoutant mes prières pour le retour sain et sauf de ce monstre.
« Ferme-là toi-même ! hurlai-je, hors de moi. » Ambiance entre père et fils, qui revêt une dimension autobiographique, Frank O’Connor ayant une aversion pour son père…

 » La nuit des noces » (1939) ou comment une institutrice accepte de coucher avec un dément amoureux d’elle par pure bonté avant que la police vienne le chercher et l’emmène sans cri ni menottes pour l’enfermer.

Dans « La femme américaine » (1961), on a droit à un drôle de compte rendu sur les Irlandais, de la part d’Elsie (la femme américaine) : « Elsie rentra chez elle en pleurs et annonça à son oncle étonné que tous les Irlandais étaient des tapettes et, comme il n’avait aucune idée de ce qu’étaient les tapettes, il hocha la tête et admis que c’était effectivement là un affreux pays. » Pourtant, la suite des événements lui donnera tort…

Voilà pour un petit échantillon de nouvelles où j’ai même trouvé des Irlandais plutôt Normands sur les bords, s’exprimant par un « p’ête ben que oui, p’ête ben que non » ! (sauf que je ne retrouve pas la nouvelle où j’ai lu ça…)

Une jolie découverte d’un écrivain devenu un classique de la littérature irlandaise, dont on ne peut  qu’apprécier la finesse, l’humour et l’humanisme.

Merci aux éditions de la Table Ronde d’avoir eu l’idée de me le faire découvrir. 🙂

Publié dans Littérature irlandaise, Non classé | Tagué , , | 2 commentaires