Rentrée littéraire d’hiver

Cette année, on est fichtrement gâté pour cette rentrée littéraire d’hiver, avec plus de 500 publications ! Une des conséquences du confinement de 2020 ? Peu importe car on va avoir besoin de littérature pour tenir le coup, garder de l’espoir puisque 2022 commence plutôt mal. Obligation de 3 jours sur 5 de télétravail jusqu’au 22 janvier. Ça veut dire moins sortir, moins voir du monde et tenter de ne pas se laisser broyer par les difficultés et l’hécatombe covidesque au boulot – je suis la seule rescapée !😵 Donc, vive la bonne littérature ! Je suis d’autant plus heureuse qu’une librairie indépendante a ouvert près de chez moi et elle reçoit des auteurs. 🥂✌ Enfin ! On attendait ça depuis tellement longtemps !

Je vous présente déjà les parutions en vue concernant la littérature irlandaise. Je suis déjà en train de dévorer Une arche de lumière de Dermot Bolger, roman paru le 6 janvier, qui est la suite de Toute la famille sur la jetée du Paradis. Une fois encore, vous pouvez lire l’un sans avoir lu l’autre, les éléments essentiels sont rappelés au début du livre. Ce livre met sur le devant de la scène Eva, la fille cadette de la famille anglo-irlandaise bienfaisante Goold Verschoyle. Eva est la plus rêveuse, une artiste dans l’âme. Une femme éprise de liberté mais qui s’est rangée par convention dans les liens du mariage avec Freddie Fitzgerald. C’est ainsi que nous l’avions laissée. A présent, elle décide de mettre à exécution ses envies de liberté. Une façon de savoir qui elle est vraiment. Je ne peux que vous recommander de faire la connaissance de Dermot Bolger si ce n’est pas déjà fait !

Traduit par Marie-Hélène Dumas

Et voici la suite en matière de littérature irlandaise et assimilée . J’avais adoré Le tiers temps de Maylis Besserie sur les derniers jour de Beckett. Donc je ne peux pas rater celui sur Yeats.🤩 A paraître le 13 janvier.

Un roman sur le discret W. B. Yeats et le mystère qui entoure son cercueil
Un nouveau venu d’Irlande du Nord. A paraître en février chez La Table Ronde

Joie de voir le deuxième livre de Conor O’Callaghan à paraître en mars (tant qu’on y est, je vous mets les premières bonnes nouvelles du printemps !)

Encore un nouvel auteur irlandais enfin traduit en France : Rob Doyle, que j’avais écouté lors d’un festival au Centre culturel irlandais. Il ne pensait pas être un jour publié à Paris. Comme quoi…. Il est décrit par l’éditeur comme l’auteur le plus original. J’espère pas au point que ce soit incompréhensible… À suivre ! A paraître en janvier.

Ce n’est pas le 1er livre de Rob Doyle, mais le 1er publié en France par le Diable Vauvert et traduit par Alice Zeniter, rien que ça !!

Un roman devenu quasiment un classique de la littérature irlandaise, Entre toutes les femmes de John McGahern est réédité en avril ! Je l’ai en version Albin Michel, acheté lors de sa parution. Je ne sais pas si c’est le même traducteur…

Enfin, Perrine Leblanc, journaliste québécoise nous parle de l’Irlande du Nord dans son roman Gens du Nord, à paraître le 22 février

Un petit aperçu en vrac du reste qui me fait fichtrement envie ! Beaucoup de nordiques, avec l’incontournable romancier poétique Jon Kalman Stefansson traduit par notre Eric Boury national ! Je suis un peu beaucoup en retard avec les deux sur mes étagères et toujours pas lus, mais bon, c’est un auteur que j’aime beaucoup. C’est déjà dans les bacs des libraires.

Très curieuse de découvrir Sjon et cette incarnation du Mal dans Blond comme les blés . Ça sort le 21 janvier.

Traduit par Eric Boury

Voilà, c’est déjà pas mal ! Et vous, que comptez-vous lire ?

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Bilan 2021

Je n’ai rien vu passer, le temps semble s’être accéléré en 2021, année covidée une fois encore. Mais heureusement les confinements et autres couvre-feux se sont arrêtés en début d’année (en mars ? je ne me souviens même pas). Tous les commerces ont rouvert. Les vaccins ont fait leur apparition.On pensait s’en sortir. Dire bye bye à ce foutu virus qui mute (normal, c’est un virus !). Mais vous connaissez la suite…

Malgré cela, 2021, ce fut la joie de retrouver une activité culturelle normale. Les rencontres et festivals littéraires. Cela n’a pourtant pas bien commencé. Coup manqué pour Quai du Polar qui a annoncé Arnaldur Indridason et quelques autres pointures étrangères, avant de faire savoir que les intéressés ne pouvaient pas venir. J’ai vraiment été déçue par Arnaldur, soyons clair. Quant aux organisateurs, j’ai envie de dire que lorsqu’on est un peu sérieux, on évalue les risques ! On évite d’inviter des auteurs étrangers si c’est pour décevoir les lecteurs par la suite. Juin, c’était peut-être encore trop tôt. J’ai tout annulé.

Tout a vraiment redémarré en septembre et là je me suis régalée : Colum McCann, Paul Lynch, Donal Ryan au Centre culturel irlandais. Merci à Colum, et à son ami et musicien violoniste Colm Mac Con Iomaire d’avoir fait venir le soleil à Paris en ce samedi après-midi de septembre, c’était magique après une année et demie d’obscurité ! Puis je suis allée pour la première fois au Livre sur la Place à Nancy, sous un soleil de plomb ! J’ai assisté à plusieurs tables rondes consacrées à la rentrée littéraire, dont une rencontre avec le génial Johathan Coe et je me suis fait dédicacé le dernier Sorj Chalandon. La sublime ville de Nancy fait le reste pour que mon week-end littéraire soit totalement réussi ! Et puis, l’apothéose de cette année bien noire fut de retourner à Dublin et de me faire un trip culturel, sous contrainte de réservations à gogo mais j’ai réussi ! Quelle joie que les mots ne peuvent pas vraiment exprimer, en fait. J’y suis allée au bon moment. Un mois après mon retour, c’est plus compliqué…

Côté lecture, j’ai lu 55 livres – davantage que l’an dernier (50) et j’en ai chroniqué presque autant (52 chroniques, contre 40 l’an dernier) – seuls quelques-uns sont passés à l’as par manque de temps ou d’inspiration, notamment le sublime Silence de la mer de Vercors. J’ai dévoré Le coeur de l’Angleterre de Jonathan Coe dont je reparlerai. Je suis actuellement dans une dystopie, Dans l’Etat sauvage, de l’Américaine Diane Cook.

Il faut dire que j’ai beaucoup bougé, visité et marché. Redécouvrir Amboise sous l’aune de Léonard de Vinci, y découvrir un château caché, château Gaillard, dont la visite a été faite par son propriétaire et mécène). Je suis allée deux fois en Bretagne (en mars, juste pour voir la mer et respirer de l’air iodé alors qu’on était confiné le soir, puis cet été dans la très jolie baie de Paimpol, pour marcher et me baigner, visiter les ruines de la très belle abbaye de Beauport reconvertie en site éco-culturel. Ce fut peut-être la seule semaine où le soleil a été radieux en Bretagne. J’ai fui la grisaille parisienne avec une escapade à Trouville, sur la trace de Marguerite Duras, Proust et Flaubert.Je suis retournée dans Hautes-Alpes où je n’étais plus allée depuis au moins 20 ans. J’ai été dépitée par le Bassin d’Arcachon et sa foule agglutinée comme des veaux de mer sur le sable. Le genre qui me fait dégager avant même de le dire. En plus il a fait moche ! Même en Ile de France, j’ai (re)découvert le patrimoine local : la Propriété Caillebotte, La Feuilleraie de St Exupéry; à Paris, la Maison Balzac, le musée Marmottant Monet pour la sublime expo sur le peintre danois Peder Severin Kroyer, le musée Cognac Jay, le musée Carnavalet rénové, l’Hôtel de la Marine sublimement remis dans son jus 18e siècle, l’Hôtel de Soubise qui sert de musée aux Archives nationales de France, le Petit Palais pour voir la très belle expo sur le peintre russe Ilya Répine et enfin l’incroyable collection des frères Morozov à la Fondation Vuitton.
A Dublin, j’ai visité l’expo sur Jack Yeats « Painting & Memory » à la National Gallery of Ireland, où je n(avais pas remis les pieds depuis 2003. Jacks Yeats est le frère de William et j’admire la variété de son oeuvre. Je suis également allée à la Grande Poste Centrale pour voir l’expo sur la Rébellion de 1916, dans le musée qui a ouvert à l’occasion du centenaire, A Witness History. C’était très bien fait, pédagogique et vivant, avec des supports multiples. J’ai visité le très attendu (par moi) Museum of Literature Ireland ouvert depuis septembre 2019. Excellent. Il y a une expo consacrée à Ulysse depuis décembre. Ce musée consacre une grosse partie à Joyce et il y a une petite chasse au trésor à faire pour retrouver des scènes emblématiques d’Ulysse disséminées dans certaines pièces. Pas facile de les interpréter quand on n’a pas lu entièrement cette oeuvre. Pour ma part, actuellement, j’en ai lu 10 chapitres. J’en reparlerai… Malgré la contrainte des réservations obligatoires, j’ai tenu mon programme.

Côté littérature irlandaise et apparentée, j’ai lu 15 livres, il me semble. Après une année morne, ce fut enthousiasmant ! De nombreux coups de coeur, d’ailleurs ! Tout est chroniqué (sauf le dernier Edna O’Brien sur le coupe Joyce, qui m’est tombé des mains).

Côté blog justement, les stats sont en hausse. Il a reçu 7671 visites à l’heure où j’écris (7390 l’an dernier au 31/12) dont 170 en provenance d’Irlande – je suis intriguée un petit peu 🙂 . 138 personnes sont désormais abonnées au blog (dont 4 par mail que vous ne voyez pas), soit + 21. Je ne peux pas dire si ces gens viennent lire les articles, cela dit. Il a reçu 253 commentaires (dont les miens) contre 189 l’an dernier. Je précise que je n’ai pas mis ma famille et mes potes sur coup. 🙂 Que je ne coupe pas non plus mes articles pour faire monter le nombre de vues. La plupart des visiteurs n’arrivent pas là par Instagram. Mais d’abord en premier lieu par les moteurs de recherche (plus de 5000 fois), par les abonnements, puis par… Facebook (387 fois !, contre 83 fois pour Instagram) et par Bibliosurf (112 fois).

Comme quoi, les blogs, pas morts ! Loin de la ronde d’effets de style de Boosksta, où il y a tout et n’importe quoi. Où ça s’abonne comme ça se désabonne . Les montagnes russes, moi ça me donne le tournis ! Je crois que j’ai cumulé à un peu plus de 405 abonnés au moment du Mois de la littérature libanaise, mais ça ne veut pas dire grand chose. Je dois être à 394 actuellement. CQFD. Je préfère la qualité à la quantité, de toutes façons. Je déteste les extrêmes, quels qu’ils soient. Les ayatollahs. (Sauf pour la vaccination LOL!). Je déteste aussi le consensus. Le fait que le livre à la mode doit forcément n’avoir que des avis positifs. Je déteste la malhonnêteté, le vol. Les gens qui s’approprient volontairement les idées des autres sans les citer avec un simple hashtag. Heureusement, ça ne me concerne pas mais c’est un beau reflet des dérives des réseaux sociaux. C’est du gros fake. Bref, je préfère toujours les blogs littéraires à Bookstagram. Je crois qu’il y a de plus en plus de photos autres que des livres sur mon profil IG. Du coup, j’ai reçu des propositions de partenariats étranges. OMG ! En vrac : moi « vendre » des bougies parfumées, des vêtements de sport, faire des photos pour des sites de voyage inconnus de gens inconnus autoproclamés PDG de leur société d’auto-entrepreneur, où on m’a fait miroité plein d’avantages. Eh, les gars, contrairement à vous j’ai un boulot dont je vis. J’ai eu des moments de fou rire !! Je passe sur les attachés de presse que je ne connais pas, qui envoient des mails pour me proposer des livres et ne m’envoient pas les livres… Pas grave, mais ça laisse perplexe. Heureusement, j’ai eu également de belles surprises et aussi de beaux échanges.

J’ai organisé trois mois thématiques dont deux ont super bien marché (Le mois de la littérature libanaise et le Mois irlandais. Le troisième, sur le « Nature Writing », alors que j’avais pourtant fait un rapide sondage, positif, a été un flop. C’est beaucoup de boulot. J’étais un peu déçue. J’avoue que je n’ai pas trop le temps de faire du « teasing ». Voilà encore une des dérives de Booksta. Je ne me relancerai pas là-dedans.

Pour 2022, je ne sais pas ce que vous souhaitez, mais moi, c’est pas compliqué : voyager comme avant, passer davantage de temps en Irlande. Avoir autant, sinon davantage de coups de coeur littéraires que cette année. Avoir toujours la possibilité d’assister à des rencontres littéraires, d’aller au musée. Le petit supplément d’âme de toute vie ordinaire, quoi ! En 2021, j’ai arrêté de prendre des notes de mes lectures avant de rédiger les chroniques. En 2022, je vais les reprendre car ça permet un peu plus d’analyse. Je vais aussi essayer d’arrêter de rédiger avec mon smartphone, sur l’appli WordPress, ça met le souk dans la mise en pages, d’autant que la dernière version n’est pas géniale.

La rentrée littéraire d’hiver approche avec un nombre de publications démentiel. J’ai hâte, surtout pour la littérature irlandaise – je n’ai pas encore vraiment regardé le reste avec attention ! Je ferai un petit topo très bientôt. Mais je suis ravie de voir que W. B. Yeats va être au programme.

En attendant, je vous souhaite un bon réveillon non confiné (ça s’arrose !) et que l’année 2022 vous soit meilleure que 2021.

Excellente année livresque !

A bientôt.


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Mes meilleures lectures de l’année

Allez un petit coup d’oeil dans le rétroviseur pour mettre en lumière les livres qui ont marqué mon année 2021. Ceux que j’aimerais que tout le monde lise ! Mais en fait c’est le très bon du très bon car j’avoue que l’année littéraire fut vraiment excellente.

Tous ces livres sont chroniqués ici même, bien entendu. C’est parti…

❤❤❤
Méga coup de ❤❤❤ . Le livre de non-fiction qui m’a le plus impressionnée, par le courage de son autrice

❤❤❤
Incroyable hommage à Samuel Beckett et découverte d’une autrice française qui sait parler des grands hommes de la littérature irlandaise.
❤❤❤ Chef-d’oeuvre absolu
❤❤❤ Ma révélation nord-irlandaise et belfastaise 2021.
Vive le réalisme magique !
Magnifique ❤❤❤
❤❤❤ Prix Jean-Monnet 2021
Et auteur inscrit au palmarès des chouchoux irlandais depuis son 1er livre.

❤❤❤ Instructif et engagé
❤❤❤ Très belle plume libanaise pour ce récit autobiographique émouvant.

Belle découverte libanaise de langue arabe.

❤❤❤ Sorj Chalandon écrit toujours avec ses tripes. Je l’aime bien pour ça, même si je sors en pièces détachées. Et en plus, on apprend toujours des choses.
❤❤❤ On ne présente plus ce livre ni l’engagement écologique de Dan O’Brien. J’ai cherché longtemps dans le ciel la trace de la petite faucon pèlerin dont il est question.
❤❤❤ Un classique qui m’a obsédée en rando dans le paimpolais. J’ai revécu mon voyage en Islande d’un autre point de vue dans cette histoire tragique d’amour et de marins bretons.
Thriller détente excellent.
❤❤❤ Jolie plume et bonnes jambes, écrivain-voyageur avec qui j’aimerais bien travailler !
Livre plus édité. Je me suis régalée de découvrir St Ex par les yeux de celle qui le connaissait le mieux. Et de revisiter mes environs par ses yeux.
❤❤❤ Le livre qui m’a le plus émue.
❤❤❤ Un étonnant Paul Lynch aux allures de thriller et aux échos écologistes.
❤❤❤ Émouvant témoignage d’un auteur majeur de la littérature libanaise sous forme d’un journal qui se termine au-delà de ce qu’il pouvait imaginer
❤❤❤ Le Liban d’avant la guerre civile en roman. Très instructif.

Vivement 2022 ! Je sais qu’il y a déjà de jolies promesses pour nous évader de l’ambiance morose 2021.

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Mes dernières bonnes feuilles 2021… peut-être !

La fin de l’année arrive à grands pas et je n’ai pas eu le temps de chroniquer tout ce que j’ai lu ces dernières semaines.

Coup de ❤ pour Le ghetto intérieur

Pourtant j’ai eu un coup de coeur avec la découverte du Ghetto intérieur de l’écrivain argentin Santiago H. Amigorena. J’ai mis plusieurs jours à me remettre de ce récit très fort, que l’on comprend autobiographique. C’est l’histoire de Vicente Rosenberg, jeune Polonais de Varsovie, qui décide de partir vivre en Argentine en 1928. Sa mère n’a pas voulu suivre. Le reste de la famille reste en Pologne. Vicente fait sa vie à Buenos Aires, il y fonde une famille. Vit bien, profite. Pourtant, en Pologne, Vicente avait un bel horizon à l’époque. Sa mère, Gustawa Goldwag « en bonne mère juive, rêvait d’un fils médecin et d’un autre fils avocat « . Mais Vicente veut voir du pays, quitter le Vieux Continent. « (…) Lui qui aimait tant plaisanter sur les Juifs restés dans le shtetlech, bien que parfois il se sentît lui-même antisémite, supportait mal l’antisémitisme de ses compatriotes polonais« . En effet, Vicente a participé à la dernière guerre pour sauver la Pologne. Il est Polonais avant d’être juif. Ce n’est pourtant pas un vantard. Il ne revendique pas ses exploits militaires devant ses amis argentins. Mais « comment tolérer que de jeunes étudiants inscousciants, parce qu’ils étaient polonais de souche, puisse se moquer de lui, qui, aux côtés du maréchal Pilsudski, avait combattu pour libérer leur patrie ? » On découvre que Vicente a eu un problème personnel d’intégration que n’ont pas ressenti ses frères, soeurs, parents. Depuis l’enfance, il a été brimé par ses bévues (rendre une copie en yiddish au lieu de la rendre en polonais, tout simplement parce ignorance car tout le monde dans son quartier de Chelm parle yiddish). Son engagement patriotique n’aura servi à rien. En partant en Argentine, c’est une façon de mettre tout ça à distance. Il oublie le yiddish qui devient une langue étrangère. Il est dorénavant argentin. Point. Pourtant, l’Histoire va le rattraper. La Deuxième Guerre mondiale éclate. On mure les Juifs dans un ghetto à Varsovie. Vicente apprend tout cela par les lettres de sa mère, de plus en plus alarmantes, puis de plus en plus rares. On affame les Juifs, dans le ghetto où les nazis parque volontairement jusqu’à la surpopulation. Les maladies se propagent. Vicente est de plus en plus inquiet. Il perd sa joie de vivre. Il a des échos de déportation. Mais c’est le flou, le brouillard. Les nouvelles arrivent difficilement de l’Europe. Vicente est submergé par un ghetto intérieur, se mure dans un silence qui l’étouffe mais dont il est difficile de le faire sortir.

C’est un récit incroyablement émouvant que nous livre Santiago H. Amigorena, qui questionne d’une plume sublime les questions de l’identité, de la culpabilité, du poids du silence qu’on ne parvient pas à briser. De l’absurdité des choses et du monde. J’ai adoré la manière dont il souligne certaines débilités sur l’identité juive. « (…) je ne voudrais jamais vivre dans un pays il n’y aurait que des Juifs. Mais n’est pas le problème. Ce que je voulais dire, c’est que c’est ridicule d’imaginer ça [avec le recul historique, la lectrice se marre de ce qu’il va se passer après la guerre et c’est l’un des points forts du livre]. C’est absurde de vouloir nous définir de cette façon. Techniquement on est juifs. Mais pratiquement, on ne l’est pas. Que nos mères soient juives peut impliquer, pour certains, que nous aussi nous le soyons, mais ça n’empêche pas que pour d’autres, cela peut ne rien vouloir dire du tout. D’ailleurs, imagine à quel point cette définition est ridicule : si je me marie avec une goy, mais enfants ne seront pas juifs, mais si eux, à leur tour, tout goyim qu’ils soient, ils épousent une Juive, j’aurai des petits-enfants juifs ! C’est pas aberrant, ça ? »

Ce livre est à mettre dans toutes les mains, en particulier des « zemmouriens », vous savez, ces bestioles grâce auxquelles un gros facho-nazo-prout se déclare à la présidentielle, pétri l’imbécilité et d’ignorance volontairement crasse pour faire passer ses idées nausabondes auprès des masses ignorantes et idiotes, scotchés sur les réseaux sociaux. 😒 Ce livre est un sacré rappel de l’histoire de ce que l’on appellera plus tard la Shoa. C’est très documenté sans être difficile à lire (au-delà de l’émotion suscitée), car Santiago H. Amigorena écrit d’une manière très simple (qui ne signifie pas simpliste). A lire un jour où on a le moral, clairement. Mais c’est plus facile à lire que Semprun ou Primo Levy, parce que l’angle est différent et que ce n’est pas directement un déporté qui s’exprime mais sa descendance par le prisme à peine voilé d’une pseudo-fiction. Un de mes coups de ❤ 2021 !

J’ai également lu La fille qu’on appelle de Tanguy Viel, roman publié pour cette rentrée littéraire d’automne. Sans trop savoir de quoi ça causait car la quatrième de couv est assez susccinte.

Verdict : dans la mouvance des romans tendance « Me too », dont j’avoue que je sature un peu (pas parce qu’il ne faut pas dénoncer, mais parce que l’édition s’est engouffrée là-dedans un peu trop et que c’est devenu la dernière tendance. Tanguy Viel a une écriture originale, qui désarçonne un peu au début. Puis on plonge dans l’histoire de ce boxeur amateur qui a connu ses heures de gloire par le passé et s’apprête à faire son grand retour sur le ring. C’est le chauffeur du maire. Sa fille, Laura, a décidé de revenir vivre avec lui. Mais elle n’a pas de boulot et a besoin d’un logement. C’est une belle jeune femme. Quelques années auparavant, elle a été approchée par des mecs qui lui ont promis une belle carrière dans le mannequinat. On devine rapidement qu’elle s’est fait avoir. Les griffes libidineuses sont partout. Vivent tranquillement leur vie. Jusqu’au jour où la fille décide de porter plainte contre le maire de cette ville cossue, où le patron du Casino sait faire magouille avec le maire. Le retour du boxeur va se faire. Mais pas forcément comme prévue. La fin est rageante. Un bon roman, sans coup de coeur.

Une petite déception

J’ai assisté au Livre sur la Place à Nancy à une table ronde. C’est ainsi que j’ai découvert Lilia Hassaine. C’est l’histoire d’une famille algérienne qui émigre en France dans les années 50. Ils obtiennent un logement en HLM, ce qui est le luxe de la classe ouvrière à l’époque. Français et immigrés vivent ensemble et se côtoient, s’entraident dans la cité, sans discrimination. Les deux derniers enfants sont des jumeaux. Une grossesse non voulue et déjà beaucoup de bouches à nourrir. La voisine, Eve, devenue une amie de la famille, est stérile. La mère lui donne un des jumeaux. Il s’appellera Daniel. Celui qui lui reste se nommera Amir. Les années passent. 1970-1975, le chômage de masse fait son apparition. Les Français quittent la cité grâce à l’accession à la propriété. Les immigrés se retrouvent entre eux. Pendant que la discrimination et le racisme font leur apparition. Le père doit renoncer à une promo à l’usine, poussé par ses compatriotes eux-mêmes qui lui mettent des bâtons dans les roues en lui disant que ce serait un enfer pour lui par rapport aux Français. Années 80 : Amir est un élève brillant. Il intègre des études de médecine. Mais il doit travailler car son père, décédé, a laissé le peu qu’il possédait à.. Daniel. La mère fait des ménages. C’est difficile. Grâce à une de sa mère, Amir trouve du travail comme boulanger. Le matin, avant les études, il fait le pain pour le propriétaire de la boulangerie. Et il se passe un truc que je ne vais pas vous spoiler mais qui finalement a été l’effet too much pour moi ! A présent, la drogue coule à flots dans la cité, les overdoses y sont monnaie courante car les jeunes ne trouvent pas de boulot.

Je pensais lire un roman beaucoup plus fouillé sur les causes à effets. Finalement j’ai trouvé un livre qui énonce des faits (pas faux), déjà connus mais qui reste en surface. Il manque une dimension d’analyse vraiment fouillée. L’histoire avec le boulanger est assez dingue pour être totalement crédible. Un haut pouvoir symbolique mais c’est carrément caricatural ! C’est dommage ! J’attendais beaucoup plus. L’intégration est une chose complexe, difficile qui ne peut pas être traitée avec simplicité. Mais c’est un roman intéressant tout de même.

Voilà pour une chronique 3 en 1. 😁 Je ne referai pas une chronique de Transatlantic de Colum McCann car je me suis aperçu que je l’avais déjà lu… et chroniqué !🤣

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Le blog a 12 ans ! Je vous emmène à Dublin

Je ne suis pas trop derrière les écrans en ce moment, même si je lis beaucoup. Juste envie de prendre l’air… pour retourner en Irlande après 2 ans d’absence. Un certain stress avant le départ avec toute la paperasse sanitaire à remplir, différente entre la France et l’Irlande. Et surtout l’insistance d’Aer Lingus pour nous faire télécharger une application où l’on devait mettre la preuve de nos démarches et vaccination, à coup de QRCode. Finalement, personne ne nous a rien demandé – à part le pass sanitaire en France, reine du contrôle). Peut-être que c’était parce que le « job » était fait. Mystère.

Pour les 12 ans du blog, ce sera donc… quelques photos de Dublin, dont je suis revenue hier… pour repartir !😁

Une visite que j’attendais depuis longtemps du nouveau Museum of Literature Ireland (MoLi, jeu de mots en référence à Molly Blum), ouvert en septembre 2019.

Le MoLi est situé dans les anciens locaux de l’ université catholique de Dublin,
Newman House
Extrait d’une immense farandole d’écrivains, auteur de théâtre et poètes irlandais
Le lien littéraire entre Paris et Dublin
La toute première édition d’Ulysse !
Précieux manuscrits de James Joyce, résultat de la collaboration entre la National Library et l’University College of Dublin

A Dublin, encore davantage maintenant qu’avant (je trouve), la littérature est partout. Jusque dans la Guest House que j’avais réservé, sans savoir que le « paquet » était mis sur les écrivains irlandais dans la déco, en particulier sur Oscar.😁

Les mouettes de Dublin ne se laissent pas impressionner par les chantres de la littérature !
Du côté de Pearse Station
La plus fameuse statue d’Oscar à Merrion Square
Fresque murale à Temple Bar
Dans le quartier d’Ha’Penny Bridge
Dans la fameuse très chic librairie de Dawson Street
Les pattes d’Edna devant un théâtre près de Grafton Street
Dans la Guest House

Bien entourés pour prendre une collation ou le breakfast !

En attendant le prochain départ, si on ne nous remet pas sous cloche d’ici là 😓, je suis plongée dans Transatlantic de Colum McCan mais aussi le ardu Ulysse depuis plusieurs mois. En tout cas l’Irlande ça se lit, mais ça se vit aussi !

Chronique blog-anniversaire en forme d’excuse parfaite pour dévoiler quelques photos de mon périple. 😇

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Des milliers de lunes – Sebastian Barry

Traduit par Laetitia Devaux

Des milliers de lunes est la suite de Jours sans fin, mais on peut lire ce roman sans l’autre. Même si je vous conseille de lire les deux pour saisir cette fresque historique, sociale et familiale dans son ensemble.

Dans ce deuxième opus, nous sommes encore aux États-unis, mais après la guerre de Sécession cette fois. A Paris, petite ville du Tennessee. On retrouve Winona, jeune indienne lakota, adoptée par le couple hors norme que forment John Cole et Thomas McNulty. Sebastian Barry indique à la fin de l’ouvrage qu’il s’est inspiré, entre autres, de Indian Boyhood de A. Eastam – je ne connais pas.

La guerre est donc finie. L’esclavage est aboli. La petite famille vit dans la ferme de Lige Magan, avec deux esclaves affranchis, Tennyson Bouguereau et Rosalee. Ils cultivent tranquillement du tabac, même si joindre les deux bouts n’a rien d’évident. Winona a bien grandi depuis des Jours sans fin. C’est une ado de dix-sept ans. C’est elle qui raconte l’histoire : ce qu’est être indien, et plus précisément indienne, dans ce sud des États-unis aux mentalités encore bien étriquées. La guerre est finie sur le papier, mais dans les faits certains cherchent encore à en découdre. Ou du moins considèrent que les Indiens et les Noirs ne sont pas des êtres humains. Winona est consciente de la manière abominable dont les Blancs traitent les gens comme elle. Un jour, il lui arrive malheur. Un certain Jas Jonski la trouve à son goût. Sauf que bon, le consentement mutuel, c’est pas vraiment son truc. Winona met du temps à se rendre compte de ce qui lui est arrivé. Elle met du temps à arriver à en parler. Et puis, il arrive aussi malheur à Tennyson.

C’est une très belle fresque historique et sociale. L’histoire est émouvante. On se révolte de cette mentalité de culs terreux qui sévit encore dans ce sud étasunien encaissant mal la défaite. Heureusement, quelques personnages sauvent la mise, comme l’avocat Briscoe, ami de la famille. Il le paie chèrement mais ne baisse pas les armes.

Néanmoins, je suis restée un peu en surface, je n’ai pas réussi à plonger totalement dans l’histoire, sans doute à cause de quelques digressions. Seule la fin m’a rattrapée au vol. J’en suis la première étonnée car j’adore la prose de Barry. Certains de ses livres comme Un long long chemin et Le testament caché font partie de mon Panthéon littéraire. Vivement le prochain. Je me demande de quoi ça va parler !

J’ai lu 2,5 kilos de littérature irlandaise depuis début septembre !😁

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Les lanceurs de feu – Jan Carson

Traduit par Dominique Goy-Blanquet

Les lanceurs de feu est le premier roman traduit en français de Jan Carson, autrice d’Irlande du Nord. Elle a récolté, grâce à ce livre, le Prix de littérature européenne pour l’Irlande en 2019. J’ai lu pas mal d’auteurs nord-irlandais – Colin Bateman, Stuart Neville, Adrian McKinty, Maggie O’Farrell, Robert McLiam Wilson, Sam Millar, et je vais en oublier !😊 Mais celui-ci est sans doute le plus singulier que j’aie lu depuis longtemps ou plutôt le deuxième en quelques mois, avec Milkman d’Anna Burns. Je vous annonce tout de suite la couleur : c’est un gros coup de coeur pour l’imagination incroyable de l’autrice.

Jan Carson vous emmène passer l’été à Belfast, 3 mois, de juin à août 2014, sous une chaleur torride. Dès juin, la préparation des parades orangistes mettent les deux communautés de la ville sur des charbons ardents, pour des raisons bien évidemment diamétralement opposées. Cette année, c’est encore plus particulier que d’habitude avec des brasiers qui vont encore plus chauffer l’ambiance ! Qui allumera le plus haut brasier ? Une vidéo anonyme sur internet d’un mystérieux Lanceur de feu appelle à la rébellion en allumant de gigantesques incendies. La police, les pompiers et les médias sont rapidement sur les dents, la peur se propage. Mais, au milieu de tout ce bordel surréaliste, on découvre quelque chose d’encore plus bizarre. En observant de plus près deux hommes.

Sammy, le papa protestant pense savoir qui est l’incendiaire anonyme. Jonathan jeune médecin de la communauté catholique, reçoit l’appel d’une femme en détresse aux urgences de la ville. Tout oppose ces deux hommes. Du moins au début. Sam est un ancien paramilitaire. Marié. Déjà père de plusieurs enfants. Jonathan est célibataire, timide, mal dans sa peau pour ne pas dire dépressif. L’appel au secours de cette femme va bouleverser sa vie à jamais. Il devient lui aussi papa d’une petite Sophie, à la peau si diaphane, si parfaite et aux cheveux si noirs et brillants qu’on a l’impression qu’ils sont toujours mouillés. Il devient pour être exacte, papa célibataire puisque la maman de Sophie disparaît comme elle est apparue. Jonathan se rend tout de suite compte que ce qui lui est arrivé est étrange, que cette femme est étrange, que leur fille est une enfant qui peut devenir un danger pour les autres. De son côté, Sammy se ronge les sangs pour les mêmes raisons, qu’un de ses enfants fasse du mal. Il finit par aller consulter…

Et c’est là que les deux hommes que tout oppose vont se rapprocher. Deux papas dépassés par leur progéniture qu’ils aiment plus que tout mais qu’ils veulent empêcher de nuire pour protéger les autres, la population de cette ville qui panse encore ses plaies ouvertes après 30 ans de guerre civile. A l’instar de Jonathan, on va se rendre compte que Belfast-Est est peuplée d’un certain nombre d’enfants particuliers, qui souffrent, appelés les Enfants Infortunés. Ce sont des enfants différents. Comme Sophie. Mais chacun a sa particularité. Je ne peux pas en dire davantage pour ne pas casser la magie !

Je crois que l’autrice utilise ce qu’elle appelle le « réalisme magique » pour évoquer de manière métaphorique la particularité de la ville de Belfast, où tout le monde se côtoie sans se connaître, où la peur engendre une ambiance dingue, où le feu peut rapidement renaître de ses cendres à la moindre étincelle. Où la peur fait finalement toujours présager le pire.

Jan Carson écrit un roman hypnotique. Elle vous chope et ne vous lâche pas, redoutable jusqu’à la dernière ligne. La fin est une effroyable épreuve !

J’ai refermé ce livre il y a une semaine et il me hante toujours. Coup de coeur, je l’ai déjà dit, mais je le répète ! Ce n’est pas tous les jours qu’on lit une histoire pareille ! Vivement les prochaines traductions !

« Chaque fois que je ferme les yeux, je vois ta bouche qui me sourit. Parfois tu as un visage. Parfois tu n’es qu’une bouche qui flotte du haut en bas de l’escalier ou qui plane au-dessus de la cuisine. Tu es le Chat du Cheshire sans les dents. Ta bouche a tellement de nuances de rose, rouge et rouge rosé. Tu ressembles à la devanture d’un boucher. »

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L’audacieux Monsieur Swift – John Boyne

Traduit par Sophie Aslanides

J’ai dévoré à peu près tous les romans jeunesse de John Boyne et tous les autres par ordre chronologique. Tous aimés. Alors j’étais trop heureuse de me lancer dans cette nouvelle lecture. Mouais, mais rien de pire qu’un amour déçu, non ?😉 Je suis tombée de mon placard assez rudement et très agacée par cette trahison littéraire !

Le pitch : le jeune Maurice Swift travaille dans un hôtel de Berlin. Il y rencontre un écrivain célébrissime, Erich Ackermann. Ce dernier, lui, le remarque pour sa beauté. Le rêve de Maurice est de devenir un écrivain célèbre. Erich est amoureux et pense arriver à ses fins en racontant sa vie au jeune Maurice. Or, il lui révèle un secret, une chose très grave commise pendant la Seconde Guerre mondiale, qu’il n’a jamais évoquée avec personne. Malheureusement cette histoire ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Maurice en fait le sujet de son premier roman, qui provoque un scandale à l’endroit d’Erich. Celui-ci est répudié par ses pairs, les éditeurs, les lecteurs et, tout à l’inverse, Maurice est porté aux nues. Le lascar devient le roi de la manipulation et des coeurs brisés. Il se sert des hommes haut placés – et amoureux – puis les jette comme de vieilles chaussettes. Les années passent, et c’est la Page Blanche : plus rien ne sort de la plume de Maurice. Son dernier roman s’est moyennement vendu, trop médiocre. Entre temps, Maurice s’est marié à Edith, qui enseigne l’écriture à l’université, tout en étant elle-même écrivain à succès. Son dernier roman est presque prêt.

Attention SPOILER : devinez ce que fait Maurice ! Il lui pique son histoire !! Encore. Et comme si cela ne suffirait pas… un accident dans l’escalier, provoquant un coma, pendant de longues semaines à l’hôpital. Devinez qui débranche le tuyau qui maintient Edith en vie ? Déjà là, je commençais à trouver ça abracadabrant !! Les années passent encore. Maurice devient père grâce à une mère porteuse. 🤨 Puis, son fils découvre la vérité sur Maurice et pensait qu’Edith était sa mère. Asmathique, il fait une crise qui finit par le tuer parce que son père lui enlève sa ventoline (à moins qu’il ne l’étouffe avec un oreiller ?!). Bref, too tooooo much incredible !!!

J’ai failli abandonner à mi-parcours ce pavé de plus de 500 pages. Mais je voulais aller au bout de mes 8,70€ et être sûre jusqu’au bout que ce roman était vraiment un nanar. A vrai dire, j’ai bien fait : la dernière partie de l’histoire sauve – un peu – la mise, le labeur du lecteur qui hallucine devant une plume si bâclée, pour ne pas dire grossière voire vulgaire, pétrie des scènes de sexe bien cradement détaillées, qui ne servent en rien la narration et de péripéties plus incroyables les unes que les autres mais également cousues de fils blancs car j’ai deviné une partie de la fin. Ça, c’est du John Boyne ???? Je ne l’ai pas reconnu. Je me suis demandé s’il n’avait pas fait écrire l’histoire par quelqu’un d’autre !

Bref, le personnage principal est un abominable bonhomme qui ment, vole, tue, n’a aucun sentiment pour personne, est incapable de créer ses propres histoires parce qu’il n’a pas vécu, et parce qu’il manque cruellement de talent. La fin renverse la situation car il lui arrive quelques bricoles, l’arroseur arrosé, démasqué, jugé… La toute fin m’a amusée. Mais bien bien bien trop trop trop taaard !

Je me suis beaucoup ennuyée, j’ai ramé pour terminer cette histoire creuse. John Boyne a de l’imagination pour les rebondissements, mais là, ça sonne toc. J’ai autant détesté ce roman que Les fureurs invisibles du coeur avaient été un sacré coup de coeur. Alors je suis fâchée après John Boyne ! J’hésiterais sûrement avant de lire Il n’est pire aveugle sorti cette année. J’ai envie de lui dire de ralentir la production pour faire mieux !

Et puis, le titre français est assez tarte, je trouve ! Titre VO : A ladder to the sky.

« Mais finalement, il avait apprit à maîtriser les règles du jeu et utilisa ces garçons uniquement pour le sexe, sans rien leur donner en retour (…) ».

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Enfant de salaud – Sorj Chalandon

Quatrième roman que je lis de Sorj Chalandon que je connais surtout pour son passé « irlandais  » ou du moins en lien avec l’Irlande, mais aussi Le quatrième mur qui se passe au Liban. Des romans autobiographiques très émouvants qui vous retournent. Je n’avais encore rien lu sur la famille de l’auteur. J’en avais juste entendu parler à la sortie de Profession du père . J’ai profité de la présence de Sorj au Livre sur la Place à Nancy pour acheter Enfant de salaud (que je voulais lire de toute façon). L’occasion faisant le larron, pour le coup je suis aussi allée le faire dédicacer (ce que je fais rarement parce que tout simplement je ne sais jamais trop quoi raconter à un auteur, je me dis que ça l’embête, je suis impressionnée etc.). Mais Sorj Chalandon a vraiment l’air d’aimer rencontrer ses lecteurs.

J’ai terminé Enfant de salaud (toujours en lice pour le Goncourt après la deuxième sélection ) il y a quelques semaines. Il m’a fallu le temps de digérer mon émotion, si je puis dire.

Alors qu’il a dix ans, le narrateur apprend par son grand-père qu’il est un enfant de salaud. Le père de son propre père, lui balance un jour de colère inexpliquée : « – Ton père pendant la guerre, il était du mauvais côté. (…) Ton père, je l’ai même vu habillé en Allemand place Bellecour… » Tout cela va hanter l’esprit du narrateur. Devenu journaliste, couvrant le procès Klaus Barbie en 1987, auquel son père lui a demandé d’assister également, il va scruter cet homme, tenter de faire le clair, non pas pour sa collaboration, mais sur le fait de lui avoir menti, caché la vérité.

En effet, le narrateur mène sa propre enquête aux archives départementales du Nord et a découvert que son père, qui se pense un héros, de tous les bords, auteur d’exploits, tour à tour résistant, collabo, Allemand, etc., a, en réalité écopé d’une peine de prison d’un an et de cinq ans de dégradation nationale. S’il a étourdi son entourage de faits et de dates, il a surtout menti. Mais pourquoi ? C’est une quête vers la vérité que tente le narrateur. Une confrontation.

Nous assistons à un double procès. Celui de l’Histoire, du chef de la Gestapo en France, le nazi Klaus Barbie qui a ordonné l’arrestation et la déportation de milliers de juifs, entre autres, dont 44 enfants et 7 adultes de Maison d’Izieu, une colonie de vacances qui était alors un havre de paix au coeur du Vercors, avant de devenir le maillon fort d’une filière de sauvetage. Le sous-préfet pensait qu’ici ils seraient en paix. Tout a volé en éclat le 6 juillet 1944. Tous embarqués, conduits à la prison Montluc à Lyon avant d’être déportés grâce aux services de la RATP et de la SNCF ! N’est-ce pas merveilleux comme piqûre de rappel sur le rôle de ces entreprises (toujours de merde) pendant ces années de guerre !? Je faisais des bonds de colère sur mon canapé ! Vraiment des pourris jusqu’à l’os. 😦

Nous assistons au jugement de l’ignoble Barbie et son petit sourire en coin, qui finit par refuser d’assister à son procès quand ça devient un peu trop « chaud » . La justice est obligée de lui imposer mais comme il n’a rien à perdre, il ne vient pas. Defendu par Vergès. Beurk ! Comment défendre l’indéfendable !? Le narrateur scrute les réactions de son père totalement à côté de la plaque. En gros, il est aussi dingue que l’accusé. L’émotion suscitée par le procès Barbie additionnée au comportement du père met les nerfs à fleurs de peau au narrateur. La tension, déjà forte entre les deux hommes, monte d’un cran, jusqu’au point de rupture. Le père, qui fait des pieds et des mains pour assister au procès, disparaît, se cloître, refuse d’y remettre les pieds, surtout à partir du moment où son « héros » est laminé par une avalanche de témoignages qui les mettent au pied du mur. Finalement tous les deux. N’est-ce pas difficile de voir la vérité en face quand on est un mythomane ou un bourreau ? (Bien sentir l’ironie dans ma phrase !) Quand le fils met sous le nez de son père la vérité et lui demande des comptes ?

Sorj Chalandon écrit avec ses tripes et vous embarque dans un voyage au coeur des mensonges. Ce roman est également très intéressant d’un point de vue documentaire, tant sur le procès Barbie que sur la Maison des enfants d’Izieu, le rôle de la Gestapo, de la France collabo dans la déportation. Ça met les poils !!

C’est aussi une histoire familiale et personnelle douloureuse, une enquête qui dépasse finalement la sphère privée en revoyant d’aucuns à s’interroger sur le rôle de ses ailleux pendant la guerre. Ce roman interroge aussi sur le poids de la culpabilité, le poids de la découverte de la vérité les proches.

J’ai beaucoup aimé ce livre. Je vous le conseille si vous aimez tant l’Histoire que les histoires de famille.

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Le tiers temps – Maylis Besserie

Je me demande comment j’ai pu passer à côté de la parution de ce roman, Prix Goncourt du Premier roman 2020, consacré à un auteur majeur de la littérature irlandaise ! Il y a des mystères que l’on ne s’explique pas… On ne peut pas dire que ce livre a inondé les réseaux sociaux. Les confinements, couvre-feux et autres fermetures de librairies expliquent peut-être cela. Mais c’est en vadrouillant en librairie la semaine dernière que je suis tombée sur la parution au format poche, avec cette magnifique photo de Beckett.

Il faut à peu près être un Martien pour ignorer que Beckett a vécu une bonne cinquantaine d’années de sa vie en France, à Paris et à Ussy, en Seine-et-Marne, près de Coulommiers. Tout Irlandais qu’il est. Comme Joyce, et tant d’autres, il a pris la poudre d’escampette. Il a fini ses jours, après la mort au Tiers-Temps, une maison de retraite du 14e arrondissement de Paris (c’est une chose que j’ignorais). Comme presque Monsieur Tout le Monde. Presque.
Maylis Besserie imagine les six derniers mois de sa vie, du 25 juillet 1989 au 11 décembre de la même année.

Beckett, 83 ans, arrive en très mauvais état de santé à la maison de retraite, atteint d’emphysème, dénutri, 63 kgs pour 1,82m. C’est sur l’avis de son ami médecin, après plusieurs chutes que le veuf atterrit au Tiers-Temps. On soupçonne une forme atypique de la maladie de Parkinson.

Doué d’une imagination sans bornes, Beckett parvient à s’évader de sa prison pour grabataires en plongeant dans ses souvenirs.

« Aujourd’hui, je crois que c’est vendredi. De mon lit, je ne vois du dehors qu’un platane déplumé. A Dublin, j’entendais le cris des mouettes. La ville leur appartient et elles le crient, le gueulent – à toutes les portes. Elles encerclent les tours de Sandycove et remontent en horde jusqu’au centre. Elles s’égosillent et bouffent tout sur leur passage. (….) Je me revois, en Irlande, accélérant le pas. Mon ombre pressée se reflétant dans la Liffey, alors qu’elles étaient à mes basques. (…)
Rue Dumoncel, je n’entends pas les mouettes. Je n’entends même plus Suzanne. Je n’entends plus rien. J’entends seulement ce que j’ai déjà entendu. »

On retrouve Dublin, l’Irlande, Joyce, Wilde, mais aussi sa mère, ses amours, ses amis moins célèbres. On retrouve la verve, l’humour noir, l’ironie de Beckett roi de l’Absurde, qui contraste avec les rapports médicaux et la perception qu’a le personnel de la maison de retraite du vieil échalas taiseux qu’ils traitent comme un enfant. N’imaginez pas que Beckett soit devenu un moulin à paroles. Non. C’est son journal-monologue intérieur qui le rend drôle. Rien ne lui échappe. Tout est prétexte à rebondissements. Lucide sur sa situation, il a le pouvoir d’envoyer tout valdinguer et d’en rire. L’imagination abolit le temps. Nous avons l’impression d’avoir affaire à un fringuant jeune homme, par instants. Des yeux qui ne traînent pas pour rien. Une infirmière « aux yeux fougère », d’un souvenir de phoque à la gaudriole, il n’y a qu’un pas ! « J’ai erré dans la baie de Dublin, au milieu des algues et des phoques. Oui, la mer froide d’Irlande regorge de phoques. La mer glacée. Ils sont bien les seuls à s’y plaire. A s’y multiplier comme des pains, à la grâce de Dieu. A y forniquer comme des lapins de mer. (…) Les phoques. Mot merveilleux s’il en est. Je n’ai jamais pu m’y faire. Un délice. Question d’oreille, quand on dit « phoque », j’entends « fuck ». Une insulte en Irlande. (…) La façon dont nous prononçons fuck, dans la région d’où je viens – avec un « u » fermé, replié sur lui-même, pour ne pas dire honteux-, cette façon de dire fuck ressemble à un mammifère aquatique des plus gras. Dit comme ça, ça fait pas envie. Pourtant, dans mon souvenir, lointain souvenir, la chose était plutôt pas mal. »

Beckett garde son côté mordant, son côté dent dure qui nous fait rire, le rend drôle mais non ridicule.
« Bien du mal à mordre aujourd’hui. Vieux débris. Denture périmée – capitale des ruines. Ensemble cohérent. Cavité détruite à quatre-vingt-quinze pour cent. Douleur lancinante. Toujours des douleurs.

– Monsieur Beckett, pour votre dent, je vous pose un Dopliprane 1000 sur votre plateau. Le dentiste vous prendra demain matin à huit heures. Vous verrez, il est très gentil.

Manquerait plus qu’il morde.

*
A l’aube, à l’heure où blanchit le dentiste, recroquevillé sur le fauteuil, je sais ce qui m’attend. »

C’est un peu casse-gueule de se glisser dans l’esprit d’un écrivain, de quelqu’un qu’on n’est pas, de quelqu’un de connu, qui plus est Prix Nobel de littérature, de coucher sur le papier les derniers moments du solitaire qu’il fut. Pourtant, ce roman est une franche réussite. En trois temps – en trois actes- , Maylis Besserie brosse un portrait à la fois émouvant, drôle et tendre du grand écrivain. Elle le rend accessible sans lui faire perdre sa grandeur. Beckett a la réputation d’être l’auteur d’une oeuvre difficile. Le tiers temps fait de l’homme de lettres quelqu’un (presque) comme tout le monde.

Je ne me suis pas ennuyée un seul instant avec ce livre à l’intensité dramatique importante, mais qui évite le pathos. Au contraire, j’ai beaucoup souri. L’écriture y est à la fois simple et travaillée. Une vraie qualité littéraire, donc. Celle d’un Goncourt !

Encore un coup de coeur !

Pour ceux qui l’ignorent, Beckett repose au cimetière du Montparnasse, avec son épouse et beaucoup d’autres écrivains – je voudrais bien savoir ce qu’ils se racontent…


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