Le roman de Beyrouth – Alexandre Najjar

Encore un livre d’Alexandre Najjar et cette fois c’est un roman historique. Nous suivons une famille à travers 3 générations, en particulier un jeune garçon qui au fil du temps deviendra journaliste et par la même occasion le narrateur de l’histoire. L’histoire n’est qu’un prétexte pour raconter l’Histoire en majuscule de ce petit pays qu’est le Liban. Le roman de Beyrouth puisque tout a commencé là, quand le Liban n’existait pas à proprement parlé ou plutôt se résumait au Mont-Liban.

« Beyrouth, comme un sémaphore sur la rive est de la Méditerranée. Surplombée par des cimes laiteuses – « Liban vient de laban (lait caillé) – et des collines plantées de pins parasols et d’oliviers, Beyrouth, ville médiane entre mer et montagne, entre Orient et Occident (…) ».

Il est difficile voire impossible de résumer ce livre très dense mais très intéressant qui plaira à tous ceux qui sont férus d’Histoire. Si par moments je me suis perdue entre les lignes, je n’ai pourtant pas totalement décroché car on se laisse entraîner, poussé par un esprit de curiosité. J’ai appris beaucoup de choses (peut-être pas tout retenu non plus, c’est sûr !) mais je vais finir, au fil de mes lectures par connaître Beyrouth comme ma poche ! La Place des Canons dont j’ai croisé le nom dans d’autres livres n’a presque plus de secrets pour moi.

Il est bien sûr question de la France, des relations entre les deux pays, mais aussi de la Syrie. Il est question de décolonisation et des voisins forts en gueule, exacerbant les extrêmismes de tous bords après la Seconde guerre mondiale. Le livre commence au milieu du XIXe siècle et se termine le 1er janvier 2001. L’Histoire n’a pas fini de s’écrire puisque, comme le remarque l’auteur à la fin de l’ouvrage, à peine publié, on assassinait Rafic Hariri. Que dire sur tout ce qui s’est passé ensuite ?

Il est question des communautés : druzes, sunnites, chiites, maronites qui cohabitent, et de préjugés…

Il est question de L’Orient et Le Jour, les deux quotidiens nationaux concurrents, chacun avec une conception opposée du journalisme, qui vont fusionner en L’Orient-Le Jour : « (…) Georges Naccache décida de ventre L’Orient que Le Jour avait réussi à détroné. Ghassan Tuéni s’en porta acquéreur, mettant ainsi un terme à la rivalité légendaire opposant les deux quotidiens. (…) »

Alexandre Najjar achève de vous faire voyager en parsemant sa prose de mots en arabe. (C’était déjà la cas avec Le chant du ténor).

Enrichissant est le mot qui convient pour ce livre.

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Mauvaises herbes – Dima Abdallah

Elle a peur de le perdre, elle serre sa petite main sur le doigt de son géant. Pas besoin de parler, elle sent toutes ses émotions. Elle sent quand il a peur, quand il est tendu, quand il est stressé car il faut fuir. Ses petites jambes ont alors du mal à suivre. Beyrouth, 1983. Des pluies d’obus ou de tirs, imprévisibles. L’instant c’est la vie dans ce chaos. Avec ses parents, ils n’habitent plus dans leur appartement. Mais dans celui que des amis absents leur ont prêté.

« Les seuls moments où j’ai un peu peur, c’est quand il faut s’arrêter devant les soldats. Ils font des gestes des bras et des mains pour dire si on peut passer ou s’il faut s’arrêter. Ils arrêtent les gens pour leur poser des questions que je ne comprends pas bien. Ils demandent souvent où on va et je ne vois pas bien ce que ça peut bien avoir comme importance. Ils demandent aussi les papiers d’identité et ça non plus je ne comprends pas bien pourquoi. Je ne vois pas ce que ça peut bien leur faire, de savoir comment on s’appelle et quand on est né. Parfois ils crient sur mon géant et il n’y a rien que je déteste plus au monde, qu’on crie sur mon père. »

« Une fois en route, je me retournais souvent pour voir si elle avait peur, mais elle restait calme, comme d’habitude, et me souriait de temps en temps. A mi-chemin de la maison, je lui ai dit que le marchand de glaces était sûrement fermé à cette heure-ci. Demain on irait tous les quatre prendre un gros cornet de glace italienne au bord de la mer. Elle n’a pas insisté. Elle n’a pas répondu. Après une énorme détonation, je l’ai vue dans le rétroviseur, toujours calme, les deux mains sur les oreilles. »

Une petite fille et son père que l’on va suivre pendant une trentaine d’années. Entre le Liban et la France. Séparés mais finalement connectés l’un à l’autre, chacun dans leur solitude. Quand les choses deviennent trop insupportables au Liban, le père décide d’envoyer sa femme et sa fille à Paris. Pour leur assurer un avenir meilleur. Lui, il est journaliste, écrivain, poète. Quelque chose comme cela. La petite fille grandit. Déjà au Liban, elle se sentait différente. Très introvertie, elle reste à l’écart dans la cour de l’école. En France, elle déteste qu’on lui pose plein de question et qu’on la prenne en pitié.

« Les différents sont encore plus seuls à Paris qu’à Beyrouth. (…) J’ai passé six mois à me dire que je voulais rentrer. Je sais que je ne risque rien ici, il ‘y a pas de guerre, je suis en sécurité et c’est déjà pas mal. Je suis grande, je comprends très bien ces chose-là (…). Peut-être qu’un jour viendra, si je reste ici, où je me serais si bien habituée que je prlerai aussi bien français qu’arabe. Peut-être même que mon français, qui est déjà meilleur à l’écrit que celui de mes camarades de classe, évoluera jusqu’à commener à grignoter ma langue maternelle. Dans quelques années, je me mettrai peut-être à rêver en français. Je suppose que mon accent va vite disparaître(…) ».

Elle se lie d’amitié avec une fille qui affiche toujours un sourire était cousu sur son visage. Les deux solitudes se lient d’amitié. Mais finalement, il y a un tel gouffre destructeur…

Dima Abdallah parle d’enfance en ruines, de solitude, de différence, de liberté, celle de rester qui on est quitte à ne pas rentrer dans le moule, mais aussi de souffrance, de cette souffrance justement d’être en rupture de ban. De déracinement. Elle parle aussi de relation père-fille. De paternité. De regrets. De l’inquiétude d’être père dans un pays en guerre et puis d’être père d’une jeune femme exilé et qu’il sait fragile. Une histoire de déchirure sans fin.

C’est un magnifique roman, écrit comme une partition de musique. Car oui, il y un rythme, une musique dans la plume de Dima Abdhallah. Un roman douloureux mais aussi sensuel où l’odeur du jasmin et la marjolaine qui vous ramènent au pays.

Encore une belle découverte libanaise ! C’est un premier roman très réussi !

Décidément, ça vaut le coup de voyager en littérature !

Nous sommes plusieurs à avoir beaucoup aimé ce livre : Missk_paris et Cafe.psy.book

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Le silence du ténor * Une enfance libanaise – Alexandre Najjar

C’est un merveilleux écrivain libanaise que j’ai découvert en préparant ce Mois de la littérature libanaise, avec trois livres : L’école de la guerre (1999), Le silence du ténor (2006) et Le roman de Beyrouth (2005), tous édités au format poche, collection « La Petite Vermillon » aux éditions de La Table Ronde. La famille, SA famille est un terreau fertile pour Alexandre Najjar. Je ne savais pas trop lequel chroniquer en premier mais naturellement c’est avec celui qui est un coup de coeur que je commence !😍

Alexandre Najjar est né en 1967 à Beyrouth. Dans ce récit dédié à sa mère, c’est son père qu’il nous présente. Né en 1923, au lendemain de la proclamation du Grand Liban, ce père est à lui seul un précieux témoin de l’histoire de son pays puisqu’il a « tout connu : le Mandat français, l’Indépendance de 1943, la Belle Époque (les années cinquante et soixante ), la guerre, l’occupation. Le Liban est, en quelque sorte, son ami, son complice, son confident« . Malgré tout, c’est également un fervent francophile, maîtrisant parfaitement la langue de Molière, bien que son nom de famille, « najjar » soit arabe, (cela veut dire « menuisier »). Un joli résumé du Liban à lui seul, je trouve. Ce père voue une admiration sans bornes à Bonaparte (sans doute à cause d’ancêtres corses !), mais aussi à De Gaulle. Bourreau de travail, avocat passionné et perfectionniste, il passait des heures enfermé dans son bureau à écrire. L’injustice le révoltait. Spécialisé en droit maritime, il etait surnommé « Amir al bihar » (« l’Armiral »), mais ses plaidoiries lui valurent le surnom de « ténor ».

Le ténor en impose ! C’est un homme de principes et de valeurs : patrie, travail, famille. Marié sur le tard à 43 ans à une femme de… 26 ans, père de quatre enfants, on devine derrière l’homme austère et ce qu’on appellerait ici  » vieille France », un être généreux, esthète, épicurien à sa façon, et drôle . Sa maison, c’était tout ! Quand Alexandre est né, il planta un Cèdre (le symbole du Liban) dans le jardin. « C’est donc qu’il m’aimait autant que son pays » déclare l’auteur. On n’en doute pas et son fils lui rend merveilleusement son amour dans ce portrait magnifique. On s’attache au personnage. On sourit quand il réprimande ses enfants et surprenant Alexandre à lire une lecture indécente : Camus ! Menant sa tribu d’un pas militaire (tous debouts à 7h pour une séance de « culture physique » et pas de foot, hein, du moins pas tout de suite…), il aimait aussi les bons plats du pays : taboulé, foul (fèves à l’huile), batenjen me’lé (tranches d’aubergines frites – miam !, poissons. Hors de sa vue pizzas et hamburgers !! Ah !, et la coupe de cheveux : hors de question qu’un poil dépasse sous peine d’être un « khanfouss » (mouton très frisé) ! Dire à son fils qu’il ressemblait à Mireille Mathieu était la solution pour qu’il aille chez le coiffeur. 😂

Bien évidemment, Alexandre Najjar va vous parler de la guerre civile, de la fuite hors de la maison, ravagée par les obus et les tirs, pillée par les miliciens. Pourtant… rien n’aura raison du cèdre ! Même pas Tsahal qui pilonne le Liban à la moindre provocation du Hezbollah.

J’ai aimé ce père ! J’ai aimé le Liban à travers ses yeux. J’ai adoré la plume de son fils qui brosse un portrait très attachant, avec beaucoup d’humour et d’amour. C’est un livre magnifique, très émouvant. On le termine au bord des larmes. J’avoue : je l’ai lu deux fois ! L’émotion est intacte. ❤

3e coup de coeur libanais. Je vais finir cardiaque avec toutes ces pépites !

L’avis d’Anne sur Mimosa du même auteur ICI

L’avis de Ramettes sur Les Anges de Millegarden du même auteur ICI

L’avis de Karine sur « Le chant du ténor  » ICI

Merci aux éditions de La Table Ronde pour cette découverte et leur aimable participation au Mois de la littérature libanaise.

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Octobre Liban – Camille Ammoun

Un petit livre que vous pouvez glisser dans votre poche. Petit par le format et le nombre de pages (moins de 100 pages) mais ô combien instructif, poignant et non dépourvu d’humour par instants. Mes mots ne seront sans doute pas assez juste, mais c’est souvent ainsi quand on lit d’excellents livres.

Une fois de plus, il ne s’agit pas d’une fiction mais d’une réalité. Camille Ammoun est beyrouthin, a fait ses études à Science-Po Paris et vit toujours dans la capitale libanaise, à l’instar de Charif Majdalani. L’explosion du 4 août dernier a fait oublier (pour peu qu’on en est eu connaissance, ici en France, parce qu’on en a si peu parlé dans les médias) la révolution libanaise commencé en octobre 2019.

Camille Ammoun embarque le lecteur a travers les rues de Beyrouth porteuse d’histoire. « Dans les parfums nouveaux du maïs grillé et des narguilés resurgis du Beyrouth ancien, je me souviens de ce Beyrouth conté que je n’ai pas connu. Ce Beyrouth-centre intra-muros, habité sans discontinuer depuis des millénaires, brutalement déserté par ses habitants dès le début des combats de 1975, en grande partie rasé par son entreprise de reconstruction de 1990, est aujourd’hui réinvesti par une population revendicatrice, urbaine et ludique. Ce jour-là, un dimanche, les gens envahissent à nouveau les places, à la fois sidérés par les pouvoirs qu’ils se sont pacifiquement arrogés, et inquiets d’un potentielle perte de vitesse du mouvement populaire spontané initié un mois plus tôt par l’annonce d’une taxe sur la messagerie instantannée WhatsApp. Ce jour-là, le 31e jour d’une révolution si urgente qu’elle mesure son temps en jours, tous les espoirs sont enfin permis, mais les pires cauchemars sont encore possibles. » Nous sommes le 17 novembre 2019

Nous suivons notre guide du rond-point de Daoura jusqu’au Grand Sérail. Camille nous raconte l’étalement urbain sauvage, résultat d’une guerre civile de 15 ans, qui a scindé la ville en deux, les contreforts du Mont Liban (le Mythe ABSOLU aux yeux de n’importe quel Occidental, non ?) bouffés par des giclées de béton sur 20 kms puisque Beyrouth s’est vidé de son centre, le rocher de Nahr el-Kalb, rocher mythologique s’il en est, percé par un double tunnel autoroutier…
Camille nous raconte les quartiers bigarrés où l’on parle amharique, cingalais et tagalog une sorte d’arabe créole, la ville arménienne de Bourj Hammoud, le crocodile de Beyrouth, l’ancienne gare ferroviaire de Beyrouth, « souvenir de temps qui semblent aujourd’hui immémoriaux« . « A l’image de son réseau de chemins de fer, l’Etat libanais, en s’est jamais remis de la guerre civile de 1975, et n’existe plus aujourd’hui que pour alimenter une administration parasite ».
(PS : j’ajouterai qu’en France, la SNCF alimente à peu près la même chose, tant cette société est délabrée au point de s’être bouffée toute seule tant certains ont profité jusqu’à l’os, partagé les bouts de ce qu’il restait en 15 000 morceaux sous-traités, au détriment de l’entretien des voies et du matériel roulants et surtout, des usagers pour en arriver au dysfonctionnement permanent comme mode de fonctionnement normal, sans qu’aucun gouvernement, quel qu’il soit mette à pied tous les responsables trop grassement payés pour le néant intersidéral qu’ils fournissent).
Camille Ammoun raconte la corruption, ‘fine, intelligente, ingénieuse, géniale » qui fait croire au citoyen libanais qu’on ne peut se passer d’elle dans ce fonctionnement systémique. Sauf que, rien n’est éternel. En octobre 2019, les Libanais, toutes confessions et tendances politiques ou classes sociales confondues descendent dans la rue pour dénoncer cette mafia.

L’auteur vous donne à lire les slogans, gravés sur les murs ou hurlés dans la rue. C’est savoureux, c’est drôle, c’est sérieux, c’est burlesque, parfois enfantin, c’est provocateur, c’est féministe, c’est juste génial :
« EAT THE RICH » (…) YUMMY » à côté de quelques boutiques de luxe. « FREE YOUR PUSSY ». « NOTRE REVOLUTION EST UNE FEMME ». « NOTRE REVOLUTION EST FEMINISTE. Criminaliser le viol conjugal. C’EST UNE REVOLUTION CONTRE LE HARCELEMENT/C’EST UNE REVOLUTION CONTRE LE VIOL. » « PD N’EST PAS UNE INSULTE » « PUTE N’EST PAS UNE INSULTE ». « L’INSULTE EST UN DROIT. »

C’est ainsi qu’on apprend qu’au Liban, les droits de chacun sont différents selon leur confession. Vous imaginez le bordel ? Moi, j’ai du mal. Ca pose quelques menus problèmes….
« La place rassemble des gens qui ne se seraient jamais rencontrés autrement, qui n’auraient jamais échangé dans cette société libanaise trop, et depuis trop longtemps compartimentée. »
Cette révolution est festive et pacifique. Pendant ce temps, le pouvoir brandit le spectre de la violence de 1975. Facile. La facilité des nazes et des faibles : faire peur.

Camille Ammoun en profite pour vous rappeler un des scandales nationaux : il y a l’électricité, j’en ai parlé avec le livre de Charif Madjalani, mais il y aussi les ordures (moi, ça me rappelle la même chose, mais en Corse, qui est aussi malheureusement une forme de mafia, à croire que la mafia et les ordures ne font qu’un ! 🙂 ) : « Dix ans après le Printemps inachevé de 2005, l’échec du magma oligarchique au pouvoir se matérialise physiquement dans les rues à travers l’apparition de monticules de détritus dans tout le pays. Le 15 juillet 2015, le principal site d’enfouissement du pays est fermé. Du jour au lendemain, les poubelles débordent, les sacs suintent. Une longue crise s’ensuit où la ville et les montagnes qui l’entourent deviennent d’immenses vidoirs à ciel ouvert. (…) Le mouvement VOUS PUEZ est né. »

On n’aurait jamais imaginé que la révolution libanaise allait être brusquement interrompue au printemps. A cause d’un…virus ! « Ah qu’il est pratique le confinement pour les politiques ! Plus besoin de brandir les épouvantails galvaudés de la guerre civile, du complot international, de l’ennemi intérieur ou de la cinquième colonne pour terroriser les gens et vider les rues. Il est tellement plus facile à gouverner, ce peuple, quand il est enfermé chez-lui, en proie à la peur ancestrale et collective de la maladie et de la mort. » On en a chié, en France. Mais dites-vous que le Liban c’est trois mille fois pire. Plus de feuilles, plus de bouffe ou presque (même l’armée est rationné en viande), plus d’électricité, plus de mazout pour alimenter les générateurs, rationnement d’Internet. « L’épargne d’une vie volatilisée. »
« Pour son centenaire, le Grand Liban s’offre un effondrement à la mesure de son message au monde. »

En postface de son ouvrage, Camille Ammoun nous parle du fameux 4 août 2020 18h07. Avec une précision pointue sur la violence de l’explosion et ses conséquences :
« L’équivalent TNT d’un dixième de la bombe atomique larguée sur Hiroshima le 6 août 1945 souffle la ville de Beyrouth. En quelques secondes, il ne reste plus rien. (…) La ville entière est à terre. Impossible à secourir, elle est paralysée, faillie. (…) Cette déflagration, l’une des plus fortes explosions non-nucléaires de l’Histoire récente, en plus d’avoir soufflé la capitale, a aussi totalement détruit des infrastructures vitales déjà sous pression : quatre grands hôpitaux, le port, le silo à grain…. »

Un livre fort, très facile à lire qui fait honneur au peuple libanais et dénonce avec force les dizaines d’années d’incuries en tout genre et de banditisme de haut vol de la parte de l’oligarchie. Magistral ! Un livre de la rentrée littéraire trop peu visible, il me semble. Dommage.

Je lirai sans doute le roman de l’auteur, Ougarit.

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Le nez juif – Sabyl Ghoussoub

Pour une fois, avant de vous parler du livre, je vais vous parler de son auteur : Sabyl est né en 1968, de famille libanaise et a fait sa scolarité en France. Il est photographe et chroniqueur tant pour la presse française que libanaise. Il est également directeur du festival du film français à Beyrouth entre 2011 et 2015. Voilà ce que nous apprend son éditeur (L’Antilope) sur la jaquette de la couverture.

Le narrateur est traumatisé par son physique, par son nez en particulier, parce que sa mère, depuis qu’il est tout petit lui dit qu’il est moche ! « T’es moche, j’espère que tu te referas faire le nez quand tu grandiras. Et en plus tu ressembles à un Juif. » C’est ce qu’on appelle l’amour vache, non ? Le narrateur s’est toujours senti comme « l’enfant le plus laid du monde ».
Il faut dire que ses parents sont un peu « space » : « Professeur d’arabe viré de la Sorbonne après avoir trité le prophète de « partouzeur » devant un amphi plein à craquer, [son] père insultait et insulte encore Dieu, Yavhé et Allah à longueur de journée. » (Pourquoi pas, si on est athée mais encore faut-il se le garder pour soi).
Aleph, (on apprend que c’est le nom du narrateur) n’a pas grand chose donc pour être équilibré, bien dans sa peau. Aussi, tout au long du roman il se cherche. Un identité. Il veut plaire à tout le monde et donc veut être tout le monde.A la fois le juif, l’Arabe, le Français, l’Israélien, le Libanais, le Palestinien. Finalement, on ne sait plus trop ce qu’il veut être et s’il veut vraiment être ou… s’il se moque du monde !

La plume de Sabyl Ghoussoub se veut drôle. Et sans doute l’histoire trépidante. Pourtant, je me suis rapidement lassé d’un humour qui finit par être lourdasse. Je me suis lassée d’Aleph dans le même élan. Ce personnage est un vrai boisseau de puces qui saute à peu près sur tout ce qui bouge. Les femmes autant que les « déguisements ». Un coup le Mossad, un coup le Hezbollah, un coup Lyam, un coup Nil et j’en passe. J’ai lu ce roman il y a quelques mois et il m’en reste quoi ? Rien.

« J’avais décidé d’acheter une étoile de David et de l’arborer fièrement dans le 9-3. S’il ne se passait rien, j’irais à l’aéroport de Beyrouth. Je la choisirais en plaqué or, je porterais une chemise blanche grande ouverte, comme ma nouvelle idole Bernard-Henri Lévy, et je dévisagerais le douanier. Une fois au Liban, j’airais dans un quartier du Hezbollah me faire massacrer par des Arabes, « des Iraniens », dirait mon père. Après, mon amour pour Israël devrait décupler. »

Je suis la première désolée à être passée à côté, à peu près totalement. J’ai trouvé que c’était de la grosse ficelle à trop haute dose pour finir par être vraiment drôle.

Une chronique aussi mince que le livre car je n’ai pas grand chose à en dire sinon que c’est très spécial et que ça ne plaira sans doute pas à tout le monde.

Vos chroniques dans le cadre du Mois de la littérature libanaise sur les livres de cet auteur :

* la chronique de Kathel sur Beyrouth entre parenthèses, du même auteur, ICI

Avis de La Plume démasquée Ici

Avis d’Eva Ici

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Beyrouth 2020 – Charif Majdalani

Le livre porte en sous-titre « Journal d’un effondrement ». Le monde entier connaît aujourd’hui ce qu’il s’est passé le 4 août 2020 à 18h07. Mais quel gouvernement s’est un instant préoccupé de la situation du peuple libanais ces dernières années ? Aucun. Ici, en France, par-ci, par-là, quelques articles de presse mentionnant la dévaluation de la livre libanaise et l’effondrement économique progressif du pays. Mais certainement pas à la Une des médias comme ce fut le cas quelques semaines. Ensuite, même le président Macron est allé réprimander le gouvernement libanais, avec tout ce que cela a de ridicule, vu de France, de mon point du vue.

Le livre de Charif Majdalani tombe à point nommé pour qui veut en savoir davantage ce qui s’est passé au Liban ces trente dernières années. Ou du moins avoir quelques informations sur la situation du pays avant l’explosion sur le port de Beyrouth. L’auteur lui-même ne pouvait imaginer la tournure qu’allait prendre son récit. Pourquoi en est-on arrivé à un tel désastre ?

Charif Majdalani a entrepris son journal pendant l’été 2020, le 1er juillet. Pour témoigner du quotidien, dans un Liban ruiné par la crise économique et en pleine crise sanitaire due à la pandémie du Covid-19.

A première vue, la vie est normale : « Les embouteillages ne sont pas pire que naguère, bien que les feux de signalisation soient éteints avec la pénurie de courant électrique. » Ah bon, une pénurie électrique ? Oui ! Une pénurie électrique qui entrave beaucoup la vie quotidienne des habitants. Mais, rien n’est impossible dans un pays au gouvernement corrompu ! Il faut masquer les failles. Alors on peut obtenir son permis de conduire sans avoir le Code ! « (…) Ma fille a obtenu son permis de conduire dans les conditions les plus absurdes, l’absence d’électricité dans le centre d’examen l’ayant empêchée de passer le test du Code de la route. » La ville n’est que partiellement illuminée la nuit tombée. Du moins ETAIT. « Il n’y a plus d’électricité depuis quelques jours. Quand on tend l’oreille, on s’aperçoit que le ronron des générateurs peuple la nuit jusque dans ses tréfonds. On s’y est accoutumés, il est devenu comme une part de la texture même de l’obscurité. Certains générateurs s’arrêtent à minuit, d’autres pas. Quoi qu’il en soit, à partir de minuit, les routes deviennent des gouffres insondables (…) L’effondrement du secteur de l’électricité est le plus emblématique de la faillite générale de l’Etat. Durant trente ans, aucun des gouvernements successifs n’est parvenu ou n’a voulu parvenir à moderniser les réseaux et reformer l’ensemble de cette administration. » Charif Majdalani explique qu’il s’agit d’un problème d’entente entre les différents chefs des partis au pouvoir. « Selon les chiffres qui circulent, quarante milliards de dollars se seraient ainsi volatilisés entre chantiers de centrales qui se sont avérées inopérantes, importation opaque d’électricité de Syrie, location à des prix incontrôlables de centrales ambulantes turques. Quarantaine milliards de dollars qui auraient suffit à éclairer la moitié de l’Afrique, et qui n’ont pas permis, en trente ans, d’offrir autre chose que quelques malheureuses heures de courant quotidien à un aussi petit pays que le Liban. Entre-temps, il a bien fallu s’organiser. S’est ainsi développée une offre privée, celle des générateurs de quartier alimentant les maisons et les entreprises. Comble de l’absurde : l’un des divers gouvernements qui se sont succédé a décidé, au début 2019, de contrôler ces entreprises privées. Autrement dit l’Etat s’est mis à réglementer et à taxer un service illégal instauré pour pallier ses propres carrences. »
Cette histoire d’électricité m’a marquée. C’est quand même dingue !!

Les banques ? C’est devenue une chose impossible. On l’a bien compris avec quelques autres blogueuses en voulant aider une famille à restaurer ce qu’il restait de son appartement qu’il y avait un problème avec les banques libanaises. On va dire que l’essentiel est que l’argent est arrivé mais sans passer par elles. Tout virement sur un compte libanais est refusé. Même si vous êtes en France.L’auteur décrit sa perte de temps à tenter x combines : « Je passe ma journée à courir d’une banque à l’autre, à convertir des dollars en livres selon le taux officiel, puis à compare ce dernier à celui des banques, puis, à celui des changeurs, puis à celui du marché noir, à faire des calculs, à planifier des dépenses moitié en chèque, moitié en liquide, avant de m’embrouiller et d’envoyer tout paître. »

La pauvreté croît à vue d’oeil, même chez ceux qui vivaient bien, les licenciements vont bon train, les suicides aussi… La souffrance psychique due à la situation du pays obligent certains à prendre des psychotropes, à cela s’ajoute la crise sanitaire qui en rajoute une couche.

La pauvreté des Libanais, mais aussi de ceux qui viennent des pays voisins. Notamment de Syrie. Du moins c’est ce que disent ce que disent ces êtres humains qui mendient dans les rues de Beyrouth. Certains disent venir d’Alep. Mais rien n’est sûr. Des Nawars ? « ce peuple mystérieux dont certains considèrent les membres comme des cousins asiatiques des Roms. (…). il est certain que, depuis quelques années, ils ont été supplantés dans les rues par l’immense déploiement d’une population de nouveaux mendiants. » Des enfants, des femmes, des vieillards syriens font partie du paysage urbain de la mendicité, chassés de leur pays par la guerre civile. « Mais nombre d’entre eux sont nés ici, dans des chantiers abandonnés, des squats ou dans la rue, et sont donc totalement apatrides, abandonnés à eux-mêmes (…) La natalité dans ce milieu est apparemment vertigineuse. L’Etat libanais ne s’en est pourtant jamais préoccupé, laissant croître la misère, la violence domestique, l’ignorance et sans doute la drogue et la prostitution. »

Charif Majdalani évoque également les problèmes d’écologie. La destruction des paysages, des forêts des montagnes par les guerres. Mais pas que. Par ce qu’ont fait les gouvernements successifs, les magouilles de grande ampleur, l’afflux d’argent sale provenant de la vente d’armes, et de drogues régenté par des milices… Depuis trente ans, « le pays tout entier est devenu la chasse gardée de la caste des oligarques au pouvoir, qui a établi avec les citoyens une relation de nature mafieuse ». Les anciens chefs de guerre ou leurs descendants se partagent le pouvoir, notamment « le plus dangereux de tous, le Hezbollah, encore armé sous prétexte de résistance contre l’occupation israélienne dans les provinces du Sud alors qu’il n’y a plus d’Israéliens depuis quinze ans ».

On pense à peu près avoir touché le fond. Et pourtant, le pire du pire est arrivé. L’auteur ne pouvait pas le savoir lui non plus. Si je vous dis que les dernières pages du livre sont pleines d’émotion, c’est comme enfoncer une porte ouverte.

On sort de cette lecture révolté et ému. Mais aussi en ayant appris quelque chose ! Un livre qui contient un récit fort, qui n’est pas une fiction, bien malheureusement, mais la réalité insupportable bien loin de la petite Suisse du Romantisme.

Je n’avais jamais lu d’écrits de cet auteur, par ailleurs enseignant à l’université Saint-Joseph de Beyrouth. J’ai encore appris beaucoup de choses sur la situation complexe de ce pays.

Je vous conseille la lecture de ce journal. L’auteur explique les choses avec simplicité, sans pour autant être simpliste! Un témoignage poignant sur le Liban actuel. Un de mes coups de coeur pour ce Mois de la littérature libanaise. J’aurais adoré aller à la rencontre en octobre dernier à la Maison de la poésie mais le couvre-feu sanitaire m’en a empêchée. Un de mes regrets 2020.

J’ai dans ma PAL Villa des femmes du même auteur (un roman, cette fois !) et un autre témoignage, Octobre Liban de Camille Ammoun, dont je parlerai bientôt.

Vos chroniques sur les livres du même auteur dans le cadre du Mois de la littérature libanaise :
L’avis de Sisterread sur Beyrouth 2020 : ici

L’avis de Karine ici

L’avis d’Emmanuelle Ici

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L’âge d’or – Diane Mazloum

En France, soyons clair, on n’y connaît rien ou si peu à l’histoire du Liban. Si vous êtes né à partir de la guerre civile de 1975, vous n’aurez sans doute entendu parler que de la guerre civile. C’est exactement les souvenirs que j’ai en tête quand on me dit « Liban ». Je revois vaguement la télé allumée, les images d’une ville dévastée :Beyrouth. Mon père qui se révolte de pareils saccages. Depuis, il dit souvent « On dirait Beyrouth » quand il voit des routes défoncées ou des coins délabrés. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est resté dans nos expressions familiales (ne pas taper, amies beyrouthines !, c’est plein d’affection 😉 ). Cela dit, je ne sais toujours pas exactement pourquoi ce pays m’attire mais ce n’est pas à cause de la guerre, évidemment, plutôt le mélange de cultures !

Pour y voir plus clair dans cette histoire compliquée, j’ai commencé par L’äge d’or de Diane Mazloum qui évoque le Liban d’avant. Le roman commence en 1967. Et s’achève en 1979. Je le dis tout de suite, je me suis régalée ! Diane Mazloum évoque deux personnages emblématiques du Liban ; quand je dis « personnages », je devrais dire « personnes » : Georgina, une adolescente beyrouthine qui deviendra la première Miss Univers libanaise, et son anti-thèse, Ali Hassan, un jeune Palestinien exilé, qui deviendra le chef de guerre le plus recherché, tant par le Mossad (services secrets israéliens) que par le Fatah palestinien, « cellule secrète » devenue plus importante et plus radicale que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat.

Diane Mazloum s’empare de ces deux personnages, qui sont finalement un quasi-prétexte, pour vous raconter le Liban où l’on s’amusait, en pattes d’eph, rock’n’roll et cheveux au vent. Le Liban est un pays qui vit à l’Occidental. La belle Georgina ne rêve que de casting et de produits de beauté. Elle est d’une famille chrétienne aisée. Son amour s’appelle Roland. Il y a le petit Micky qui veut écrire sur le Liban. Ali Hassan, lui, ne vit pas dans cet univers insouciant. Il n’est pas né au Liban mais en Palestine. Son père a été assassiné quand il était enfant. Sa mère le pousse depuis longtemps à le venger. Ali Hassan s’avère très intelligent, très malin, très charismatique. Très beau. Le vrai « bad boy » pour jeunes filles en fleurs ! Mais finalement, tout cela n’est qu’un prétexte. Ne croyez pas à une romance.

En effet, Diane Mazloum s’attache, dès le début, à montrer l’ombre qui plane sur le pays, les prémisses d’un effondrement. Pour cela, elle accorde une dimension importante à l’Histoire dans son récit. C’est quasiment un travail de journaliste. Le Liban est à ce moment-là une petite Suisse jalousée par tous ses voisins, qu’ils soient arabes ou hébreux. Le Liban n’a pas d’armée. Juste quelques avions offerts par les Américains. La tension monte entre les pays arabes et Israël sur la question palestinienne. En particulier entre l’Egypte et Israël.« Voilà vingt-quatre heures que hostilités israélo-égyptiennes s’aggravent. Jérusalem et Le Caire s’accusent mutuellement d’avoir déclenché le conflit : combats acharnés entre blindés dans le Néguev, mouvements d’avions et de troupes vers le Sinaï, bombardement de villages à Gaza. La flotte aérienne des Egyptiens a été détruite avant même de décoller. En dehors de quelques appareils, il en va de même pour les Mig 21 syriens. Tous les aérodromes du Moyen-Orient sont interdits à la circulation. Seul le Liban est épargné. » La guerre des Six Jours déclenchée par Israël contre ses voisins arabes va finir par ne pas épargner le Liban qui n’a pourtant pas voulu se mêler à ça. Mais un jour, le Liban abat un avion israélien (par erreur, semble-t-il). C’est le début de la fin. L’aubaine est bonne pour Israël. Mais également pour les membres de l’OLP réfugiés au Koweït. La cause du tir serait qu’Israël aurait violé l’espace aérien libanais. Israël dément, mais rien n’est très clair de leur part : que faisait donc ce Mystère israélien au-dessus du Liban ? De leur côté, les autorités libanaises démentent : ce n’est pas un avion de chasse libanais qui a abattu le Mystère israélien. Bref, un vrai sac de noeuds, déjà à l’époque. Chacun se renvoie la ba-balle ! Il va sans dire qu’Israël va riposter et dès le 28 décembre 1968 : « il est environ 2h30 quand un raid héliporté israëlien atterrit par surprise à l’aéroport international de Beyrouth et détruit méthodiquement la quasi-totalité de la flotte commerciale libanaise ». Sérieusement, j’ai hurlé de rage en lisant ça ! 🙂

Le Liban es un pays désarmé, neutre, grand comme le département de la Gironde. Sa neutralité va en faire l’ennemi du géant syrien qui ne le soutiendra pas pour régler la question des Palestiniens réfugiés au sud Liban, malgré les accord du Caire. Bref, le Liban est aussi bien l’ennemi des pays arabes voisins que d’Israël. Les Palestiniens sont comme les Roms d’Europe finalement : personne ne veut d’eux, même pas leurs frères arabes. C’est quelque chose que j’ignorais. Je pensais qu’ils étaient soutenus par la Jordanie, la Syrie et l’Egypte. Dès qu’il se passe quelque chose avec les Palestiniens, on accuse le Liban ! C’est ouf !

De leur côté, les jeunes Libanais chrétiens sont intrigués. Georgina a participé à une excursion au Sud Liban avec son école. « Georgina en profite pour déballer d’un air qui se veut distrait tout ce qu’elle a appris au sujet des Palestiniens, à savoir qu’en vrai les pays arabes n’en veulent pas, de ces pauvres réfugiés, qu’ils les trouvent trop intelligents, travailleurs et modernes, du fait de l’influence des Anglais, et que de toute façon les pays arabes ne feront jamais rien pour améliorer les conditions de vie dans le camps, de peur, ajoute-t-elle, que ces camps soi-disant temporaires ne deviennent des villes permanentes. » Quelle ironie de la part de l’autrice ! En fait, Georgina n’est pas passionnée par ces questions israélo-palestiniennes. Ca lui paraît loin, elle est davantage préoccupée par ses plans de casting ! Elle ignore évidemment ce que l’avenir doublement incroyable lui réserve : se marier à Ali-Hassan, THE Palestinien engagé et devenir Miss Univers, l’Emblème du Liban ! L’histoire est vraie. Certes romancée par l’autrice, mais c’est vraiment incroyable. Une chrétienne un peu volage et un musulman engagé. Deux antithèses qui finalement sont les deux visages du Liban. Ali-Hassan est un personnage complexe, c’est ce que montre Diane Mazloum. Il est dangereux mais on s’attache à lui. La fin du roman est dramatique. Pour le couple comme pour le Liban.

La tension va monter en puissance d’année en année, Israël ne rate pas une occasion, le Fatah non plus. Attentats. Même Arafat se désolidarise des exactions commises par les membres du Fatah. Des Palestiniens armés se mettent à arpenter les plages libanaises et à « improviser des check-points le long des routes », des milices phalangistes (chrétiennes) s’en prennent aux Palestiniens. La solidarité nationale se fissure : il y a les pro-Palestinien et les autres. C’est un vaste merdier qui s’installe durablement. Malgré les « Plus jamais ça! », « ce qu’avait crié tous les Libanais en choeur. De grandes photos qui s’étalent sur deux pages montrent des accolades entre musulmans et chrétiens ». Le Liban va se fracturer en une guerre fraticide aussi violente que stupide. Diane Mazloum le montre bien. Son beau mais petit pays n’est qu’un pantin malmené par ses voisins et dont les conséquences des intérêts extérieurs vont franchir ses frontières.

J’ai dévoré ce roman. Diane Mazloum va à l’essentiel tout en étant précise sur les événements. Elle n’épargne personne et sûrement pas le rôle joué par Israël dans tout ça. Il y a un personnage intéressant dans ce roman qui retient l’attention : c’est le jeune Ricky qui veut devenir un spécialiste du Liban.

J’ai beaucoup appris, c’est très intéressant et très facile à lire. Les personnages sont attachants. Peut-être le roman par lequel il faut commencer pour comprendre le pays. Je sais que certaines d’entre vous veulent le lire : j’attends vos chroniques avec impatience !

L’avis de Karine à lire ICI

L’avis de Marinette les Bas Bleus ICI

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Bye Bye 2020

Comme tout le monde, je ne suis pas mécontente de voir s’envoler cette abominable année 2020 ! Confinement sur confinement, d’autorisations dérogatoires de sortie, couvre-feux un peu ridicules qui ne changeront rien à la situation. Mais on ose à peine se plaindre quand on a gardé son boulot, quand on a gardé la santé et que celle de ses proches et amis est a priori bonne également.

Je n’ai pas lu plus de livres que d’habitude, peut-être un peu moins : 50 livres (contre 58 l’an dernier). Je suis une lectrice flâneuse, qui rêve entre les lignes, aime reposer un livre et le reprendre plus tard à un moment crucial, ça me permet de réfléchir. L’année compliquée explique aussi cette petite baisse car pendant le premier confinement, j’ai eu beaucoup de mal à lire. A l’heure où j’écris, le blog a reçu en 2020 7369 visites (un peu moins qu’en 2020), a gagné des abonnés (120 au total avec les abonnés par mail que vous ne voyez pas, contre 91 l’an dernier), j’ai rédigé 41 chroniques (un peu moins que l’an dernier), passé le cap des 500 chroniques en ligne. Bookstagram, the place to be, 350 abonnements qui reflète la place croissante prise par ce réseau social dédié aux livres. Outil complémentaire mais qui ne remplacera jamais le blog, pour moi. Enfin, je suis toujours la 1ère en littérature irlandaise sur Babelio ! :p Nananère !

Comme un pied de nez à la réalité, j’ai également participé à quelques rencontres littéraires : j’ai dû m’expatrier pour assister à un festival littéraire: en France tout a été annulé à part Libri Mondi à Bastia et Le Livre sur la place à Nancy. Les Belges ont tenu bon jusqu’au bout à Namur pour l’Intime Festival qui était génial, malgré les contraintes toujours plus difficiles imposées par le gouvernement belge, jusqu’au dernier jour ! J’ai eu cette chance incroyable d’habiter dans une zone orange selon les autorités belges qui ne contraignait pas à la quarantaine ni à remplir quelconque papier de renseignements si on restait moins de 24h. Je suis partie avec la boule au ventre tout de même, la situation étant instable, je me demandais si on n’allait pas m’attendre avec une épuisette à la descente du Thalys ! Mais rien du tout. J’ai été super bien accueillie, tant à l’hôtel que partout. C’est vraiment le souvenir que j’avais de la Belgique où j’ai travaillé il y a longtemps. Et puis quel bonheur ce festival ! Quelle idée géniale ces lectures dans les églises. Succès assuré, Belges ravis si j’en crois les conversations entendues alors, malgré l’absence des auteurs en raison des restrictions entre les pays. Toutes les places étaient réservées pour les deux lectures de Reda Kateb mais les organisateurs se sont mis en quatre pour me trouver une place jusqu’au dernier moment. C’était très sympa de leur part ! Par ailleurs, à défaut de pouvoir aller à Dublin voir Roddy Doyle et Claire Keegan, j’ai assisté à deux rencontres en ligne, avec une mention particulière pour celle de Claire Keegan, qui était très bien préparée (coopération Alliance française de Dublin et Centre culturel irlandais) et donc très réussie.

Je tire la chasse sur cette année 2020, serai incapable de vous souhaiter une bonne année 2021 mais vous souhaiterai plutôt un Joyeux Carpe Diem ! 🙂

2021 fera son entrée sur le blog aux couleurs de la littérature libanaise, avec un mois thématique !

J’ai hâte, j’avais peu d’être débordée par mon enthousiasme et ne pas avoir le temps de vous parler de tous les livres que je veux lire. Donc j’ai pris un peu d’avance : j’ai lu déjà pas mal de livres, dégoté des pépites ! Mais janvier a la réputation d’être un mois long : youpi !

Tout le monde peut participer. Avec ou sans préméditation. 🙂

Je remercie toutes celles qui se sont déjà jointes à moi (ben oui, il n’y a que des femmes !) pour explorer ce nouvel horizon littéraire, voyager en dépit des frontières fermées au-delà de l’Europe, en apprendre un peu plus sur ce pays intriguant, à l’histoire mouvementée :
Marianne Panigel, du blog Netsdevoyages
Emmanuelle Carpenter, du blog Les Carpenter racontent
Anne Avignon, du compte Bookstagram du même nom
Ramettes du blog, L’atelier de Ramettes
Kathel, du blog Lettres exprès
Laurence du compte Bookstagram Sixtmumlivres
Nathalie Sci, du compte Nath 56
Cafe.Psy.Book du compte Instagram du même nom
Mathilde Cotton, du compte Bookstagram du même nom
Valérie
Iganmmic du blog Book’ing.
Tia, en direct du Liban depuis le compte Bookstagram Tete.litteraire.
Laplumemasquee (Instagram) ;
Helenedemontaigu (Instagram)
Missk_paris (Instagram )
Sisterreads (Instagram)


J’espère que je n’ai oublié personne…

Une chronique est sur le blog ICI avec quelques références littéraires. Pas exhaustive mais largement suffisante pour un mois. Je ne sais pas trop encore où je mettrai les liens des chroniques des autres blogueurs, mais je vous fais confiance pour me faire signe. Le logo est à votre disposition. N’oubliez pas le hastag pour que je vous repère.

Bonnes lectures 2021 et profitez bien du 1er janvier !

#moisdelalittératurelibanaise

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Le mur invisible – Marlen Haushofer

traduit par Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon

Après avoir lu pendant le premier confinement Les buveurs de lumière de Jenni Fagan, j’ai lu Le mur invisible pendant le second. Ce roman est devenu un classique de la littérature dystopique post-apocalyptique, comme il est à la mode d’appeler une certaine science-fiction ainsi aujourd’hui. Le mur invisible a été publié en 1963. Il traduit les angoisses de la guerre froide et la peur de la destruction de la planète par les armes militaires. C’est ce qu’on nous dit à la fin de l’ouvrage dans une analyse du livre par Patrick Charbonneau. Pourtant, le lecteur d’aujourd’hui ne trouvera pas un trace de toute cette ambiance de guerre froide. Je l’ai lu sans prendre connaissance de cette analyse. J’avais plutôt en tête nos deux confinements.

Une femme, la narratrice, commence à écrire un journal, sans plus avoir une exacte notion du temps. Elle suppose qu’elle est le 5 novembre. Elle dit écrire pour ne pas devenir folle. C’est le seul moyen, à ses yeux, « de ne pas perdre la raison » et conjurer la peur. Pas pour être lue. Elle doute qu’elle le sera un jour.

Elle était chez sa cousine et le mari de celle-ci quand c’est arrivé. Hugo et Louise possèdent un domaine de chasse en forêt, où ils aiment se rendre pour décompresser. Hugo est du genre hypocondriaque. La narratrice l’aime bien, non parce qu’il est chasseur, mais parce qu’elle partage son amour de la forêt. Bref, ils avaient l’habitude de passer du bon temps au chalet tous les trois. Ce jour-là, quand elle rejoint ses cousins au chalet, elle est accueilli par Lynx, le chien. Mais pas de trace de ses maîtres. Bien évidemment, quand leur absence perdure, elle s’inquiète et commence à explorer les alentours. Le chien devient nerveux. En voulant poursuivre son chemin, elle se cogne la tête contre quelque chose de froid et lisse : un mur invisible. C’est ainsi qu’elle le nomme. La peur la saisit, elle ne pense qu’à quitter cet endroit. Mais finalement elle renonce très rapidement à la fuite. Elle va faire sa vie là, sous cloche. Avec un chien, une vache qui attend un veau, des chats. Elle va planter des patates et se nourrir de patates au lait…

Je crois que si j’avais lu ce roman avant La foret de Jean Hegland ou Manuel de survie à l’usage des jeunes filles de Mike Kitson, je l’aurais sans doute apprécié davantage. En effet, si je me suis prise au jeu au début, j’avoue que j’ai fini par m’ennuyer ! Ce roman mériterait d’être raccourci ! Il ne se passe pas grand chose. On suit la narratrice avec ses animaux, tous devenus des animaux de compagnie, au sens fort. Certains meurent, d’autres naissent. Elle observe leurs caractères différents. Elle sème les pommes de terre, des haricots et surveillent leur croissance. Elle connaît la faim. Elle se restreint, est obsédée par la peur de manquer de nourriture. Mais jamais elle ne pense à sortir de là ! Voilà en fait ce qui m’a dérangée ! De l’autre côté du mur invisible, elle s’est rendu compte que les gens étaient morts. Mais tout de même…. Elle ne se demande même pas vraiment si elle est seule. C’est un peu l’ellipse totale à ce sujet. Elle y songe à peine. Ce devrait être obsessionnel…. Comme le fait de vouloir s’enfuir quitte à se fabriquer une combinaison ou un masque au cas où un gaz mortel serait répandu de l’autre côté du mur. Je me suis même demandé comment ça avait été possible pour elle d’arriver au chalet et de ne pas pouvoir en repartir. L’ellipse est un peu gênante.

On ne saura jamais le pourquoi ni le comment de ce mur. On reste confiné avec elle dans cet extérieur forestier. L’écriture de Marlen Haushofer est agréable. Mais rester avec son personnage à manger des patates au lait , parfois des haricots et des pommes ne m’a pas rassasiée. J’ai terminé ce roman avec une sensation de faim et l’esprit plein d’interrogations.

Un roman avec un goût d’inachevé.

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Ce qu’il faut de nuit – Laurent Petitmangin

Je me suis laissé influencer par ce roman dont je n’ai vu (à défaut de les avoir vraiment lues) que des critiques positives, voire élogieuses. Depuis, ce livre a obtenu le prix Stanlislas et celui que vous voyez en bandeau.

Une critique à froid pour moi car j’ai lu ce roman il y a plusieurs semaines. A froid aussi, parce que, bof, je m’attendais vraiment à quelque chose de plus fouillé et avec davantage d’analyse sur la société ou/et le pourquoi du comment on en arrive à ce drame.

Nous sommes dans un bled de Lorraine. Le narrateur est veuf, père de 2 enfants. Fus est l’aîné. Celui avec qui il allait au foot au club local tous les dimanches. La « môman » est morte d’un cancer, après des mois à l’hosto où ils allaient la voir. C’est pas la joie. Lui, le père, il est monteur de câbles à la SNCF. Quand il n’est pas au foot, il est à la cellule du PS. Au fil du temps, les réunions de cellule se sont effilochées. C’est devenu un peu vide de sens tout ça, on y passe plus de temps à critiquer les « cocos » (communistes) qu’à débattre et avoir des projets. Mais bon, les potes sont là-bas. Il y va davantage pour les voir que pour le reste. Tracter ? Un autre siècle. Et puis, sa femme est mourante, il va reprendre le taf quand même, obligé. Il faut s’occuper de Fus et de son petit frère, Gillou. Les gamins grandissent sans leur mère (qui meurt). Et lui se noie dans son chagrin.

Fus continuera ses études dans le coin. Finalement c’est plus pratique. Paris, c’est loin. Nancy aussi. C’est la Ville etc. Une décision qu’il (lui, le père) regrettera plus tard, mais trop tard. Fus se fait de nouveaux potes et il se met à changer. Le père n’aime pas du tout ses nouvelles fréquentations, mais, après avoir perdu sa femme, il semble craindre de perdre son fils. L’ambiance devient tendue à la maison, les fréquentations de Fus taboues. Vous comprenez, lui le militant PS a un fils qui fréquente les mecs du FN. La honte.

Pourtant c’est Fus qui trouve un logement à Gillou à Paris, quand il est admis dans une grande école. Le père était mort de trouille de ne pas arriver à le loger, faute de moyens. Et puis un jour, Fus rentre salement amoché. L’hosto, encore ce putain d’hosto. A cause des « antifa ». Ce sont eux qui ont fait ça. La spirale infernale est en marche…

On ne peut pas dire que ce soit un roman très gai. Ni très explicite. Chacun mettra ce qu’il voudra là-dedans : Fus a viré FN car il n’a plus de mère et que son père ne s’occupe pas de lui, trop accaparé par son propre chagrin ? Rien ne le dit. Le père n’est pas un cas social ni même un « beauf » : militant et ouvrier à la Sncf. On a vu pire ! On ne saura jamais pourquoi Fus s’est mis à fréquenter ces mecs. Parce qu’il s’ennuie ? Des jeunes de son âge, de la compagnie, toujours mieux qu’être seul ? Les parents de ces jeunes ont a priori l’air comme tout le monde : leur tronche n’est pas tatouée d’un insigne nazi. Aucun acte militant clairement explicite.

Je suis vraiment restée sur ma faim ! Et puis le style un peu « cul terreux », genre « la môman », « le Jérémie » m’a bien saoulée ! Ok, je connais certains parlers de France, je ne connais pas l’accent lorrain, mais c’est pas la peine d’en rajouter… ça fait caricature, avec une impression de mépris. Pas d’analyse sur l’état de la société ni de la France des ex-hauts fourneaux. C’est juste un drame familial. Loin d’être inoubliable à mes yeux. En tout cas dans la manière dont cela est conté.

Ce roman n’est pas sans rappeler Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018. Y aurait-il une mode du « roman lorrain » ou un nouveau genre littéraire que l’on pourrait appeler ainsi ?

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