L’herbe maudite – Anne Enright

 

Traduit par Isabelle Reinharez

Cela fait presque un mois que j’ai terminé ce roman et pourtant quand il s’agit d’en parler, d’écrire quelques mots dessus eh bien c’est compliqué ! C’est premier roman que je lis de l’Irlandaise Anne Enright. Et je l’ai absolument adoré! Il m’a laissée sans souffle ou presque même si je ne suis pas tout à fait sûre d’avoir tout tout tout compris, parce qu’il est vraiment riche. Donc je ne suis pas sûre d’écrire une chronique très pertinente et j’ai vraiment hâte d’en apprendre davantage lors de la venue d’Anne Enright au Centre culturel irlandais de Paris le 7 juin.

En 1980, dans le comté de Clare la jeune Hanna Madigan part chercher des médicaments pour sa mère dépressive, alitée depuis deux semaines : pensez-donc, son fils Dan lui a annoncé son intention de rentrer dans les ordres afin de devenir prêtre. Il est alors étudiant à l’université de Galway. La mère s’effondre donc devant ce choix. Hemet, le frère de Dan n’en revient pas, tout comme ses deux soeurs : Hanna et Constance. D’autant qu’il a une petite amie, « une tragédie en attente de se produire ».
Anne Enright nous embarque quelques années plus tard, en 1991, à Toronto où Dan a élu domicile. En guise d’embrasser la prêtrise, il est plutôt en train d’embrasser des garçons…
En 1995, Constance est toujours en Irlande,  mariée, des enfants et sans doute un cancer du sein…
En 2002 Emmet vit au Mali avec Alice. Les opérations humanitaires occupent tout son temps mais une histoire de chien brisera son couple. Emmet peine à s’en remettre.
En 2005 Rosaleen restée seule dans son domaine irlandais, décide d’envoyer une carte de voeux à son fils Dan. En post-scriptum elle lui demande de venir et lui annonce qu’elle a décidé de vendre la maison.
Tous les enfants de Rosaleen rappliquent en Irlande pour Noël. Entre temps, on apprend qu’Hanna est devenue actrice, et surtout maman depuis peu, avec dépression post-partum et alcoolisme en développement : rien de mieux que de cacher tout ça dans des bouteilles d’Innocent…

Anne Enright explore l’amour dans toutes ses dimensions (filial, homosexuel, familial, entre fratrie, caché…) ; les liens qui unissent une famille ou les défont.
Rosaleen incarne une mère accaparante et égoïste (du moins j’ai trouvé) qui n’accepte pas le chemin pris par son fils. Mais derrière cet aspect sévère, on découvre une femme brisée qui n’a pas psychologiquement survécu à la perte de son défunt mari, l’amour d’une vie qui la mènera sur la Green Road (le « chemin vert », celui de la Grande Famine) le jour de Noël. Un moment poignant du roman, comme un point zéro entre passé et présent, morts et vivants. Le lieu idéal pour mourir d’après Rosaleen.  Elle se fiche pas mal de l’inquiétude qu’elle a provoqué chez ses enfants, partis à sa recherche. Elle les trouve égoïstes. Elle trouve qu’elle est abandonnée. Oui, Rosaleen est une vraie irlandaise bien bornée qui m’a rappelé quelqu’un. 🙂
Chaque personnage est à un moment charnière de son existence, dans une passe délicate à négocier. Quel chemin prendre ? (Rosaleen en a choisi un, qui donne son titre au roman). Leur fragilité est touchante et suscite l’empathie. Malgré tous leurs défauts parfois agaçants.

Un roman marqué par une variété de ton et de style, magnifiquement écrit (et traduit) qui m’a vraiment bluffée tant par le contenu dense que par l’écriture. Anne Enright promène le lecteur à travers l’espace (Irlande, Canada, Mali…) et le temps dans un canevas savamment tissé. Elle nous plonge dans l’esprit des personnages, dans leurs réflexions intérieures avec délectation.

Mon petit plus personnel à cette lecture : en Irlande, je traîne souvent dans le comté de Clare, le comté de la famille Madigan dans le roman, le comté des vieux cailloux, des ruines, des légendes, des fées et du petit peuple qui se cachent sous les tumulus recouvert d’herbes, des fantômes. J’ai découvert que je m’étais déjà promenée sur la Green Road sans le savoir vraiment.  J’ai refait mes balades en forêt, où se cachent des fortins en ruines, dans lesquels il ne faut pas rentrer à cause de fées…

Quant au titre en français, qui est le choix de l’éditeur, j’avoue que je ne comprends pas trop. Le titre original est The Green Road, le fameux chemin vert de la Grande Famine. L’herbe maudite, en titre d’ouvrage a quelque chose de ridicule, à mon sens. Il y a bien une histoire d’herbe maudite, liée à une superstition irlandaise, dans le roman. Mais, en titre, désincarné de son contexte, ça n’a pas de sens, justement, mais une dimension comique. En revanche,  il y a beaucoup question de chemins, dans ce livre…
Enfin, la photo de la couverture du roman se trouve dans le comté de Mayo et pas du tout celui de Clare. Dommage mais pas grave.

Bref, à lire d’urgence si vous l’avez pas encore fait et une belle aubaine ensuite d’aller rencontrer Anne Enright le 7 juin au Centre culturel irlandais de Paris !

Ce roman a reçu l’Independent Bookshop Week Award en juin 2016 (le prix des libraires indépendants d’Irlande et du Royaume-Uni)

Extraits :
« Si on traversait le grand champ, on arrivait à une boreen, un sentier étroit qui, au-delà de la petite éminence, vous menait devant une vue des îles d’Aran, au large de la baie de Galway, et des falaises de Moher, tout aussi connues, loin au sud. Ce chemin débouchait sur la « green road » qui traversait le Burren et dominait la plage à Fanore. C’était le plus beau chemin du monde, sans exception, disait sa grand-mère – immortalisé en chansons et légendes – avec ses pierres qui s’assemblaient brièvement en murets avant de retomber dans le champ, ses petites prairies rocailleuses aux fleurs rares et suaves. »

« Hanna ne savait pas comment on pouvait casser une bouteille et en même temps tomber dessus, à moins d’être complètement beurrée. »

« Elle pourrait entrer dans ce petit cottage où avait sévi la disette et regarder les étoiles dans le ciel, il y en avait tant, mais elle devait d’abord traverser l’herbe maudite. Il n’y en n’avait pas beaucoup, juste quelques brins devant la porte (…). Bien sûr, après avoir traversé l’herbe maudite, elle aurait faim pour toujours. C’était l’effet de ce maléfice. »

« Il y avait une petite église en ruine là-bas, et un sort jeté à l’homme qui l’avait bâtie, trop atroce pour qu’on le prononce tout haut. Elle l’avait appris de Pat Madigan qui l’avait emmenée se promener sur ces hautes terres avec sa petite chienne, à la fin de l’été 1956. Il avait davantage parlé durant ces jours et ces semaines qu’il ne l’avait jamais fait ensuite, de malédictions, et de ce genre de choses, de pigseogs, des fées sur les tumulus de Croghateehaun et des gens perdus dans le sol traitre et broussailleux en dessous. »

« Et naturellement Ludo aimerait Constance, sa bêtise calculée et ses cheveux de supermarché. »

« Il n’y a pas de Noël sans choux de Bruxelles. » : ne riez pas, c’est véridique ! Tu mangeras tes choux de Bruxelles à Noël où alors tu n’es pas un(e) vrai(e) irlandais(e).

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Michael Collins, une biographie – Pierre Joannon

 

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En ce week-end de Pâques, je vous propose de vous (re)plonger dans l’histoire de l’indépendance de l’Irlande. Quand on parle d’indépendance de l’Irlande, tout Irlandais ne peut omettre d’évoquer celui qui en fut le stratège : Michael Collins. On ne peut pas aller en Irlande, visiter et comprendre cette île verte et fougueuse sans savoir qui est Michael Collins. Moi, là je dis : sacrilège !

Pour autant, si les livres d’Histoire vous font peur, eh bien Pierre Joannon, l’un des meilleurs spécialistes français sur l’Irlande (à tel point que Bertie Ahern, ex-premier ministre, lui a conféré la nationalité irlandaise !) a eu l’idée d’écrire le roman de la vie de ce héros, « une biographie », certes, mais tellement plus.

On commence par l’insurrection de Pâques 1916, du lundi de Pâques du 24 avril 1916 à 10h, (parce qu’ « en Irlande, même les révolutions commencent tard » 🙂 ), où le comité militaire secret de l’Irish Republican Brotherwood confirme les ordres de mobilisation pour le soulèvement. Michael Collins se lève, se rase, enfile son uniforme de capitaine des Volontaires irlandais (Irish Volonteers)  et part rejoindre Joseph Plunkett, Patrick Pearse, James Connolly, Tom Clarke, et j’en oublie. Ce jour-là, ils enterrent la Citizen Army et les Volontaires Irlandais pour créer l’Irish Republican Army (la fameuse IRA). Et plus que cela : ils proclament la République d’Irlande et créent le Gouvernement Provisoire ! Imaginez donc la tête des Anglais quand ils apprennent cela !! 🙂 Ils sont une poignée d’insurgés. La Grande-Poste de Dublin, sur O’Connell Street est prise, devant les Dublinois médusés et méprisants vis-à-vis des ceux qu’ils considèrent comme de dangereux illuminés (ils sont alors tous persuadés que Llyod George va tenir sa parole dès la fin de la guerre et leur accorder le Home Rule, une sorte d’autonomie) . Un échec cuisant attend les révolutionnaires qui seront pour la plupart fusillés par les Britanniques. Michael Collins, lui, est emprisonné et déporté au pays de Galles. Grâce à son ascendant personnel et son sens de l’organisation Michael Collins devient le leader du groupe des Irlandais prisonniers les plus résolus. L’étoffe du héros se dessine sous nos yeux, il devient the Big Fellow, celui qui est « un type très fort ». Il parvient à retourner l’opinion : fin 1916, les insurgés sur lesquels les Dublinois crachaient leur venin sont devenus des martyrs. « La proclamation de la République, lue par Pearse dans l’indifférence générale, est réimprimée, affichée sur les murs de Dublin. » Le début d’un long combat pour Michael Collins et ses compagnons de lutte.

Le tour de force de Pierre Joannon est de faire de cette page majeure dans l’histoire de l’Irlande un livre qui se lit parfois comme un roman policier, avec du suspense et de l’émotion. C’est aussi un roman historique avec le souci du détail dans les descriptions et l’enchainement des événements mais sans la lourdeur que pourrait avoir un livre d’Histoire. L’auteur se glisse magistralement dans l’esprit de Michael Collins pour mieux nous faire vivre et comprendre tout ce qui s’est passé, sans concession. Une biographie, mais tellement davantage, à mon humble avis : un mélange de tout ce que je viens de citer précédemment.
En tout cas, j’ai eu ma dose d’émotion, et quand on pense que tout cela est vrai, c’est encore plus effrayant. Une mention particulière pour le chapitre intitulé ‘Ypres-sur-la-Lee » qui évoque la mise à sac de Cork et pour le « Bloody Sunday » dublinois du 21 novembre 1920 qui a précédé : un enchainement de violences incroyables de part et d’autre qui vous glace, vous  stupéfie et vous fige d’épouvante. Et n’oubliez pas : ce n’est pas de la fiction !
La fin du livre, c’est-à-dire l’évocation de ce qui est arrivé à Michael Collins est particulièrement réussie : bien que connaissant la tragédie du héros irlandais depuis longtemps, mon coeur s’est fendu en deux en relisant l’événement. Quant à Eamon De Valera, hum, je n’ai guère de considération sur son état d’âme parce que tout est de sa faute et tellement plus par la suite…

Un livre que je conseille donc à tout ceux qui veulent comprendre l’Irlande moderne et politique : ça se lit très facilement; une bibliographie est fournie à la fin de l’ouvrage pour ceux qui voudraient aller plus loin et je ne peux aussi que vous conseiller l’excellent film de Neil Jordan, Michael Collins (1996) avec Liam Neeson dans le rôle du Big Fellow, si vous ne l’avez pas déjà vu (et aussi Rebellion, la série créée pour le centenaire de Pâques 1916 et disponible sur Neflix).

Je termine en laissant la parole à Michel Déon qui préface l’ouvrage :
« On le croyait invicible. Ce n’était qu’un homme. Il avait fini par l’oublier. »

Mille mercis aux éditions de la Table Ronde pour la bonne pioche ! 😉

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Les hôtes de la nation – Frank O’Connor

 

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Traduit par Edith Soonckindt

Avant d’évoquer à proprement parler de ce recueil de nouvelles, une petite présentation d’un écrivain irlandais dont j’avais entendu parler mais pour autant jamais lu.
Frank O’Connor est né à Cork en 1903 (et décédé en 1966). Il est l’auteur de deux romans, d’un essai sur l’art de la fiction, d’une biographie sur Michael Collins et surtout connu pour ses nouvelles : il en a écrit plus de deux cents ! A titre posthume, son nom a été donné à l’important prix récompensant les meilleures nouvelles : le Frank O’Connor International Short Story Award.
Il est admiré par Yeats et considéré comme un « Flaubert au milieu des bocages irlandais ».
J’emprunte ici des éléments de la préface rédigée par Richard Ellmann :
De son vrai nom Michael O’Donovan (j’aime bien les pseudonymes chez les écrivains ! 🙂 ), il est issu d’un milieu modeste : son père était terrassier, après avoir quitté l’armée britannique ; sa mère, Minnie O’Donovan, faisait des ménages  dont les gages étaient la plupart du temps dilapidé en pintes de bière par son mari, qui, en outre, était un homme violent si on le privait de son addiction alcoolisée. Michael O’Donovan écrit sous pseudonyme parce qu’il est bibliothécaire départemental.

Le recueil regroupe onze de ses plus belles nouvelles, écrites entre 1931 et 1961, dans divers journaux, revues et magazines. Il fut publié pour la première fois en traduction française en 1996.

La nouvelle la plus marquante (enfin, pour moi) est la première, qui donne son titre au recueil : « Les hôtes de nation » (1931), où deux soldats britanniques se lient d’amitié avec deux de leurs prisonniers irlandais. Malheureusement, le rouage impitoyable de l’Histoire va les rattraper. On est pétri de stupéfaction et d’horreur. Les larmes de l’émotion provoquées par ce récit ne sont pas loin. Histoire de ne pas oublier que la guerre est une chose terrible.

« Les Bergers » (1954) m’a fait rire : un curé et son vicaire tentent d’empêcher une jeune femme d’être corrompue par un capitaine de la marine française. 🙂
Voici le portrait cocasse des deux hommes d’église : « Le frère Whelan était un grand homme robuste au large torse, dont la tête ne se détachait pas très nettement du reste du corps; il avait des buissons de poils fous dans les oreilles et un visage rose et innocent qui faisait penser à celui d’une vieille paysanne pieuse qui gagnerait sa vie en vendant des oeufs.
Devine avait l’air pâle et usé, avec un gentil visage rêveur nimbé d’une douce lueur – celle du clavier d’un vieux piano – il portait un pince-nez perché sur son petit nez triste et insignifiant. » 🙂

« Mon complexe d’Oedipe » (1950) a été la plus surprenante : ou comment un gamin décide de prendre la place de son père parti à Grande Guerre (puis revenu), à la maison.
« Mais ferme-la donc, petit misérable ! » me lança-t-il en s’étranglant.
J’en fus tellement stupéfait que j’arrêtai de crier. Jamais, jamais quiconque ne m’avait parlé sur ce ton-là jusqu’ici. Je le regardai, incrédule, et je vis que son visage était convulsé par la rage. Ce n’est qu’à ce moment-là que je me rendis vraiment compte que Dieu s’était payé ma tête en écoutant mes prières pour le retour sain et sauf de ce monstre.
« Ferme-là toi-même ! hurlai-je, hors de moi. » Ambiance entre père et fils, qui revêt une dimension autobiographique, Frank O’Connor ayant une aversion pour son père…

 » La nuit des noces » (1939) ou comment une institutrice accepte de coucher avec un dément amoureux d’elle par pure bonté avant que la police vienne le chercher et l’emmène sans cri ni menottes pour l’enfermer.

Dans « La femme américaine » (1961), on a droit à un drôle de compte rendu sur les Irlandais, de la part d’Elsie (la femme américaine) : « Elsie rentra chez elle en pleurs et annonça à son oncle étonné que tous les Irlandais étaient des tapettes et, comme il n’avait aucune idée de ce qu’étaient les tapettes, il hocha la tête et admis que c’était effectivement là un affreux pays. » Pourtant, la suite des événements lui donnera tort…

Voilà pour un petit échantillon de nouvelles où j’ai même trouvé des Irlandais plutôt Normands sur les bords, s’exprimant par un « p’ête ben que oui, p’ête ben que non » ! (sauf que je ne retrouve pas la nouvelle où j’ai lu ça…)

Une jolie découverte d’un écrivain devenu un classique de la littérature irlandaise, dont on ne peut  qu’apprécier la finesse, l’humour et l’humanisme.

Merci aux éditions de la Table Ronde d’avoir eu l’idée de me le faire découvrir. 🙂

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Les piqûres d’Abeille – Claire Castillon

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Au mariage de sa marraine, Jean, un grand garçon de CM2, craque pour Abeille, sa cousine à la nuque en caramel. D’emblée, il lui trouve du tempérament et surtout aucune tare physique qui pourrait le dégoûter, comme son ancienne amoureuse de CP, qui avait un grain de beauté sur la joue, susceptible de se transformer en poireau avec l’âge. Il en avait déduit leur amour perdu d’avance, qu’au regard de son allergie aux légumes longs !
Jeannot (c’est son surnom) a une grande soeur qui a des problèmes de poids, des packs d’eau à la place des jambes, d’après sa mère, qui se désespère. Il a aussi une mémé Poil (qui a de la moustache) et un pépé Genou (qui a perdu sa jambe) qu’il adore. Et puis il y a Doumé qui est chauve et Léandra en fauteuil roulant…
Jean décide d’écrire à Abeille : elle habite à Angélus-les-Occis. Tout un programme ! Notre petit bonhomme va avoir une expérience plutôt piquante avec Abeille mais l’amour rend aveugle, c’est bien connu. Enfin, aveugle, jusqu’à un certain point… mais quoi qu’il en soit, il faut sortir la tête haute. 🙂

On s’attache à ce gamin naïf à souhait mais pourtant pas idiot, entre sa grande soeur obèse, mais que l’amour va embellir, pendant que sa mère prend des kilos pour donner naissance une future petite soeur. Bien évidemment, on déteste Abeille et sa famille de gros cons d’abrutis, qui roulent en grosse voiture coûteuse, et se croient au-dessus de tout le monde. On adore mémé Poil et pépé Genou.

L’intérêt de ce roman jeunesse réside surtout dans l’écriture, qui n’est pas à un jeu de mots près :  à la fois tendre et drôle, voire loufoque, elle nous arrache plus d’un sourire. Claire Castillon aborde le thème amoureux de manière ludique, avec beaucoup de fraîcheur, sans oublier les piqûres là où ça fait mal ! Les thèmes du handicap, de l’obésité et des préjugés ont également la part belle dans cet univers de miel et d’Abeille.

Une belle lecture de printemps, rafraîchissante, poétique et drôle avec un zeste de piquant. Une écriture originale.
NB : Sachez que si dans la vie, les nuques en caramel vous déçoivent, il y a les nuques en chocolat ! 🙂

Dans toutes les bonnes ruches à livres à partir du 5 avril !


Extraits
:
« A chaque fois, avant de quitter la cour, Zoé me demande de lui faire la police des dents, du nez, des oreilles. (…) Une fois j’ai oublié de lui signaler une feuille de salade que je n’avais pas vue entre deux molaires et Zoé m’a incendié. Heureusement, elle s’est fait la police des dents toute seule dans un rétroviseur de scooteur. »
« Si je garde un seul souvenir de cet été là : le bonheur total, en train de cuire dans la véranda. »
« Les adultes sont bizarres. Plus ils grandissent, plus ils deviennent fous. »
« Cher Jean,
Un fauteuil roulant ? Mais c’est horrible ! Je ne suis pas sûre de pouvoir être amie avec quelqu’un qui est ami avec quelqu’un qui connaît quelqu’un en fauteuil roulant. Alors je préfère qu’on arrête de s’écrire. Je n’ai pas envie de ce genre de fréquentations. Mes amies à moi ont de beaux genoux, elles sont marrantes, et on ne pourra jamais former de bandes avec tes amis. Ton Lambert doit être bien moche pour avoir une copine sans jambes. »

Merci à Flammarion Jeunesse pour cette lecture printanière.

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A la place du coeur – Arnaud Cathrine

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Je vais me contenter de la quatrième de couverture pour vous présenter l’histoire :
« Six jours dans la vie de Caumes qui vit son premier amour.
Six jours de janvier 2015 où la France bascule dans l’effroi.
Ce soir, Caumes a 17 ans et attend le déluge. Il ne sait qu’une chose : à la fin de l’année, il quittera sa ville natale pour rejoindre son frère aîné à Paris. Paris, la ville rêvée. Ce soir, Caumes a 17 ans et attend aussi le miracle qui, à son grand étonnement, survient : Esther – sujet de tous ses fantasmes – se décide enfin à lui adresser plus de trois mots, à le regarder droit dans les yeux et à laisser deviner un  » plus si affinités « … Nous sommes le mardi 6 janvier 2015 et le monde de Caumes bascule : le premier amour s’annonce et la perspective obsédante de la  » première fois « . Sauf que le lendemain, c’est la France qui bascule à son tour : deux terroristes forcent l’entrée du journal Charlie Hebdo et font onze victimes… »

J’ai entendu l’auteur parler de son roman dans l’émission La Grande Librairie et il a été assez convaincant pour que j’aie envie de le lire. Ce qui en soit, au regard du sujet, n’était pas gagné d’avance. Je pensais trouver un roman qui sorte des clichés et prenne un peu de hauteur.
Hélas ! Les personnages sont des caricatures : il y a le copain de Caumes, Hakim, le « rebeu » qui vit en HLM, se fait insulter dans la cour, se fait racketter et finalement tout fini très mal pour lui ; il y a le fils de facho, lui-même facho en culotte courte ; il y a Caumes le fils de bourgeois qui rêve d’aller habiter ailleurs qu’en banlieue parce que la banlieue c’est naze (sympa !); il y a Esther la juive.
Le récit se base sur le journal intime de Caumes. On a donc son point de vue d’adolescent sur ce qui se passe autour de lui au moment des attentats de janvier 2015. On a surtout ses états d’âme d’ado qui tombe amoureux d’Esther. Why not ? Mais encore une fois, pour moi, ça a pêché dans l’excès. Caumes est vulgaire et ne fait pas une phrase sans une obscénité. Au début ça amuse. A la longue, ça fatigue…
De ce point de vue, je n’ai pas du tout accroché au style de l’auteur.  Je me suis demandé ce que ça apportait à l’histoire de mettre une obscénité au bout de chaque phrase, d’apporter des détails croquignolets sur l’état du sexe de Caumes (c’est clairement risible).  Ne me prenez pas pour autant pour une prude qui n’accepte aucun « gros mot » dans une narration. Tout est question de dosage et de ce que ça apporte au texte. On ne peut pas dire ici qu’il y a enrichissement en matière de sensualité…

Caumes tombe amoureux au moment où il est confronté à l’horreur. Oui et après ? Je n’ai pas vraiment vu où il était capable de dépasser son nombril. Pourquoi en est-on arrivé là ? Ce n’est pas évoqué. Ou du moins pas assez. Oui les caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo mais c’est n’est pas que ça.
Et pour finir : la fin est aussi une caricature qui n’amènera pas le lecteur plus loin que le bout de son nez. ATTENTION SPOILER : Hakim meurt des suites de ses blessures infligées par des ados fachos qui le persécutaient depuis des années au lycée.

Bref, pour moi un roman qui manque d’analyse, de prise de hauteur, d’explications pour les ados. On n’apprend rien de plus que ce que l’on sait malheureusement déjà sur toutes ces horreurs. Bien que le narrateur soit un adolescent de 17 ans (quand même pas un bébé non plus), on aurait pu souhaiter quelque chose de plus fouillé dans le déroulement de l’histoire. Quand on lit un roman sur un tel sujet, on n’a pas envie d’être devant un témoignage à la sauce BFMTV.
Je ne lirai pas le tome 2.

Extraits :

« Hakim et Kevin sont deux purs produits de la cité HLM. Leurs parents sont employés à la Sodeco, l’usine de la ville (ici on fabrique des tickets; des tickets pour tout et n’importe quoi ; peut-être même pour le métro parisien, si ça se trouve). Au début, mes parents ont fait une drôle de gueule quand ils m’ont vu ramener à la maison le fils du maire socialo, comme ils disent, et deux prolos dont un Rebeu originaire de quel pays déjà, Caumes ? – La France, maman. Tu vois où c’est sur la carte ou tu veux que je te montre ? Depuis, mon père dit souvent avec une forme de condescendance qu’il est tout compte fait très instructif d’aller voir un peu comment ça se passe chez les autres. »

« Dans mon corps, c’est la Troisième Guerre mondiale : je sens une marée acide aux relents de vodka se diriger vers ma gorge et, un peu plus loin, ma bite qui enfle et commence à mouiller. »

« Derrière les mecs gueulent des phrases dont le sens s’évanouit avant même d’arriver jusqu’à moi. J’ai grave envie de pisser. Je commence à avancer. Et je me vautre. (…) Le vent glace mon corps, je sens mes couilles se rétracter. »

« (…) j’ai super envie de me branler, mais je n’ai pas trop le temps ».

« Mes doigts seraient quand même bien plus utiles dans la chatte d’Esther. »

« Partir d’ici. Monter à Paris. La vraie vie, je pense. »

« Je pense avec angoisse à mon frère qui habite dans le onzième arrondissement de Paris – là où l’attentat vient d’avoir lieu – qui est en stage dans un journal dont j’ai oublié le nom (…).

« C’est trop chelou, ce qui est en train d’arriver : je suis fou amoureux pour la première fois de ma vie et des tarés ont flingué douze personnes de sang-froid. Je ne sais pas quoi faire de ce constat. » : ben nous on a envie de te dire qu’il y a des tas de gens qui se font tuer par des guerres dans le monde mon garçon. Arrête de regarder ton zizi petit nombril et ouvre les yeux sur le monde pas trop beau dans lequel on vit…

NB : une petite pensée pour l’atelier de traduction de littérature érotique auquel j’ai participé il y a peu, où, paraît-il, les éditeurs de ce type de romans ne veulent pas voir certains mots dans les ouvrages. Ils devraient lire les non romances érotiques. 🙂

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La revenante – Molly Keane

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Traduit par Simone Hilling

Au domaine de  Durraghlass, en Irlande, Jasper Swift vit avec ses trois soeurs, April, May et June. Tous les quatre sont les descendants d’une famille aristocratique, ruinée. On déduit, au regard des conversations des protagonistes et de la date du roman, que l’histoire se déroule dans les années quatre-vingts. La fratrie Swift ne se contente pas d’être désargentée, chaque personnage a un handicap : Jasper est borgne; May est a une malformation à une main qui l’empêche de se servir du bras qui va avec; June est analphabète et April sourde comme un pot. Bref, en deux mots, ce domaine ressemble à la Cour des miracles ! Trop couvés par leur mère, à présent défunte depuis des lustres, ils n’ont jamais quitté le domaine, sauf April, le temps de se marier, de se retrouver veuve et de retourner à Durraghlass. Nous voici dans un univers cocasse à souhait, où, en outre, les personnages ne se supportent pas et passent leur temps à mesquineries, comme si c’était leur manière à eux de se montrer qu’ils s’aiment. Leur vie va être chamboulée par l’arrivée impromptue d’une excentrique cousine juive, Leda, qu’ils croyaient tous décédée dans un camp de concentration. C’est du moins ce qu’ils avaient imaginé. Comme si c’était presque congénital, Leda aussi est handicapée : elle est aveugle ! 🙂 Mais manipulatrice, prompte à faire ressurgir les secrets de famille et raviver des flammes…

La revenante, a été écrit par Molly Keane en 1983. Ses  premiers romans datent des années trente, publiés sous un pseudonyme pour éviter sans doute les envies de vengeance. Elle se remet à écrire après trente ans de silence, avec la publication  des Saint-Charles, en 1981, sous son vrai nom. Il faut dire que les temps ont changé !
J’ai été étonnée par l’acuité, la causticité et la modernité de l’auteure, née au début du siècle (en 1904). Ses personnages sont des vieillards d’un autre temps, vivent en retrait du monde, sortant très peu de leur domaine : ils n’ont même pas de quoi manger : Jasper confectionne des plats avec des ingrédients douteux comme si cela était normal. Pendant qu’April s’achètent des crèmes de beauté hors de prix pour effacer les ravages du temps !  Finalement, ce sont les animaux du domaine, chiens, poules, truies, qui vivent comme des artistocrates. Le seul homme de cette big house  porte toujours la casquette en tweed que sa mère lui a acheté trente ans plus tôt :
« Elle lui seyait avec autant de grâce que les chapeaux rêvés par Proust pour Odette (…) Maman avait également choisi le tweed de son manteau. (…) Antiquité fragile et sans âge, il pouvait lui claquer dans les mains d’une minute à l’autre. Mais Savile Row… Il frissonna : trois cents livres pour avoir quelque chose de présentable aujourd’hui. Impossible. Terrible. Terrible époque. »
Terrible, terrible humour noir de Molly Keane qui n’épargne aucun de ses personnages dans cette satire sociale qui vous met le sourire aux lèvres. Elle ne se gêne pas pour dénoncer les travers d’une caste dont la vie est à présent une ruine, à l’instar de la maison dans laquelle elle vit. Elle laisse le lecteur deviner entre les lignes les secrets enfouis par des tabous d’un autre âge. Sans pour autant épargner la cousine juive pas franchement claire.

La revenante est un bonbon acidulé, saveur citron, à consommer sans modération. 🙂
Si vous n’avez jamais lu Molly Keane, peut-être pouvez-vous commencer par celui-ci !
Quant à moi, La chasse au trésor (1952) a rejoint ma PAL depuis peu.

Extraits :
« Ses mains réchauffées et assouplies, Jasper se remit à la préparation de la tourte aux pigeons, se laissant aller au gré de l’inspiration… il y avait des champignons dans un sac en papier, et il se rappela quelques tranches de bacon strié, raidies par l’âge, trop salées pour le petit-déjeuner, parfaite pour une tourte. Un peu de boeuf ? Il hocha la tête. Une minute, une minute – où les avait-il donc mis, ces restes parfaits pour la pâté des chiens ? En fait, il les avait mis dans la pâté des chiens. Mais ce qui y était entré pouvait en ressortir puis passer sous le robinet de l’office, peut-être. Oui, bien sûr, pourquoi pas ? »

« Elle avait sept ans en effet quand Leda était venue pour la première fois passer les grandes vacances à Durraghglass, quand Leda et April l’avaient écartée de leurs gloussements de meilleures amies. Elle leur tournait autour pour écouter leur conversation, mourant d’envie d’en savoir plus sur les gâteaux à la crème et le chocolat d’Autriche. Amoureuse de la belle Leda, elle entendait jouer des valses… »

« – Reste là, commanda-t-elle, pendant que je vais dans ma chambre chercher ma crème Vitamine Plus. Une pure merveille. »
« C’est la crème qu’Ulick me rapporte de Paris.
Elle tenait entre ses mains, comme un calice, un petit pot.
– Une noisette suffit. Tu masses de bas en haut; ça nettoie, raffermit et nourrit.
– Oh ma chérie, et est-ce que ça fait tout ça en français ? 🙂

Mille mercis aux éditions de la Table Ronde, qui m’a décidément bien gâtée avec la belle collection « Petit Quai Voltaire ».

 

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Hortense et Queenie – Andrea Levy

 

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Nouvelle traduction d’après celle de Frédéric Faure

En 1948, Hortense, Jamaïquaine, rejoint Gilbert, son mari, à Londres. Gilbert est un ancien soldat de la R.A.F., un Jamaïquain engagé dans l’armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, au service de la « Mère Patrie ». Hortense était institutrice dans son île natale.Qu’elle n’est pas sa surprise de découvrir que Gilbert habite dans une chambre et que c’est là-dedans qu’il compte la faire vivre ! La jeune femme prend plutôt mal la chose, elle qui est coquette et élégante, elle n’en revient pas de voir dans quelle crasse vit cet homme qu’elle n’a rencontré que quelques mois auparavant. Gilbert n’est pas le seul dans cette situation. Queenie, la propriétaire de la maison, loue les chambres pour pouvoir s’en sortir. Son mari, Bernard, est parti à la guerre en Indes et n’est pas revenu.  Elle est montrée du doigt par le voisinage parce que ce sont des hommes mais surtout parce qu’ils sont des Noirs.

Nous découvrons à travers le regard de ces trois personnages, l’ambiance londonienne du lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le récit alterne entre deux époques : 1948 et « avant » et Andrea Levy laisse alternativement, à plusieurs reprises, la parole à Hortense, Gilbert, Queenie et puis, Bernard. Chacun amène sa pierre angulaire au récit. Au fil des pages les personnages gagnent en profondeur en dévoilant au lecteur leur histoire particulière.
C’est avec pas mal de stupeur que le lecteur découvre l’ambiance de racisme et de préjugés qui règne encore  en Grande Bretagne, avant, pendant et même après la guerre, où les mentalités n’ont pas changé. Ce récit résonne aussi comme un écho avec ce qui se passe actuellement.  La Jamaïque, alors colonie britannique, a vu s’engager en masse des soldats jamaïquains dans les rangs de l’armée, venant prêter main forte à ce qu’ils appellent leur « Mère Patrie ». Ils sont plein d’illusion et vont déchanter.
Andrea Levy  donne à voir ce pan de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale méconnu. Son tour de force littéraire est, en outre, d’y insuffler humour et tendresse pour mieux mettre à jour une réalité honteuse.

Hortense et Queenie ont en commun un fort caractère et agacent un peu : Hortense a la dent dure envers Gilbert qu’elle regarde un peu de haut, en se demandant si cet énergumène ne se ficherait pas un peu de sa poire à vouloir la faire vivre dans un taudis pareil : elle était institutrice en Jamaïque, se rend-t-il compte ?
Queenie, qui est fille de bouchers et vivait dans une ferme, enfant, s’adresse à Hortense comme à une demeurée, s’étonnant qu’en Jamaïque, il y ait aussi des boutiques… Regard croisé sur les préjugés… Pourtant, elles ont beaucoup plus de point en commun qu’elles n’imaginent.
Gilbert a été pour moi le personnage le plus sympathique de l’histoire : pris au piège, il fait ce qu’il peut pour s’en sortir, essuie le racisme ordinaire et les remontrances de son épouse. Lui, l’ancien aviateur de l’armée de la Mère Patrie !
Quant à Bernard, que Queenie croyait mort et qui déboule cinq ans après la fin de la guerre, c’est vraiment le personnage détestable du roman. On croit pendant 30 secondes qu’il va changer…
Je ne veux pas « spoiler » le dénouement mais c’est vraiment un moment fort et qui renverse la donne. L’avenir semble meilleur en Jamaïque que dans la Grande Bretagne ruinée, crasseuse, raciste,  et prise dans ses carcans du « qu’en dira-t-on ? »…

Je me suis plongée dans ce petit pavé de plus de 500 pages et une fois le nez dans ma lecture, il m’a été difficile d’en sortir, charmée par la prose d’Andrea Levy, son humour et son humanisme. J’avais lu d’elle Une si longue histoire, que j’avais beaucoup aimé. Je ne peux pas en dire moins de celui-ci  : c’est un crève-coeur que de savoir qu’on arrive à la dernière page…
J’espère, un jour, un troisième roman de cette auteure !

Extraits :
« Pour les dents et les lunettes. C’était la raison pour laquelle tant de gens de couleur venaient dans ce pays, d’après le voisin d’à côté, M. Todd. « Cette sécurité sociale – ça les attire, mademoiselle Bligh. Ils continueront de venir tant qu’on leur fera ce cadeau, et à nos frais », disait-il. »
(Aheum ! Ca ne vous rappelle pas rien, en ce moment, ce genre de discours raciste ?)

« Mon rêve était, et à toujours été de trouve un poste d’enseignante à la Church of England School à Kingston. Car c’était là que les filles à la peau claire venaient chercher l’aubaine d’un curriculum anglais. Mais lors de mon entretien d’admission, le directeur de cet établissement fronçait les sourcils et semblait plus préoccupé par les étapes de mon éducation que par les qualifications que j’avais acquises. »

« Il est de couleur.
– Il est quoi ?
– De couleur.
– Ah merde. De couleur, vous dites ?
– Noir, monsieur.
– Ouais, merci sergent. Je sais ce que c’est, de couleur. Bordel, à quoi ils jouent ? Putain de Rosbifs ! »
(Le racisme dans l’armée américaine n’est pas en reste… )

Un vrai plaisir dans cette jolie réédition des éditions de la Table ronde, collection « Petit Quai voltaire », que je remercie beaucoup pour l’envoi du roman !

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Trouvailles littéraires de printemps

A la recherche d’une couverture de roman pour illustrer la chronique qui allait avec, me voici déviée de mes intentions par une moisson de trouvailles… L’occasion de faire le point de ce que j’ai repéré ces derniers mois.

Les mois de février et mars ont déjà été copieux mais j’en découvre encore en cours de chemin :
L’herbe maudite d’Anne Enright (éditions Actes Sud) a déjà rejoint ma PAL depuis la sortie du roman début mars (le titre me fait rire !!!).

51zFwule2ULPrésentation éditeur : « Cette année, les quatre enfants de Rosaleen Madigan retournent fêter Noël en Irlande, dans la maison de leur enfance. Et pour cause : ce sera la dernière fois. Leur mère, veuve depuis quelques années, a décidé de la vendre. Constance, l’aînée, arrive avec les courses et toute sa famille. Son frère Dan rentre lui de Toronto, sans son copain Ludo, dont il vient pourtant d’accepter la demande en mariage. Leur cadet Emmet, qui dirige des opérations humanitaires, arrive d’Afrique avec un chagrin d’amour. Et Hanna, la benjamine, artiste qui vit à la capitale, apporte ses doutes et ses joies face à sa maternité toute récente. En soumettant cette réunion familiale et le passé de toute une fratrie à sa formidable acuité psychologique, Anne Enright insuffle dans son roman une profonde empathie pour ces êtres en souffrance, aux lâchetés ordinaires et aux espoirs émouvants. L’Herbe maudite est enracinée dans l’Irlande d’aujourd’hui tout en rendant palpable le besoin des jeunes générations de tourner le dos au pays. »

Je crois qu’avril va me rendre dingue folle de joie au regard de toutes ce que je viens de repérer (de quoi fêter dignement le mois de mon anniversaire 🙂 )

Le 5 avril, pour être dans l’ambiance printanière, j’ai accepté de recevoir ce roman, dont je ne connais pas l’auteure, mais qui m’a l’air tout mignon :  Les piqûres d’Abeille  de Claire Castillon (éditions Flammarion Jeunesse, collection « Grand Format ») : Affaire à suivre…

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Présentation éditeur : « Jean est tombé amoureux d’Abeille au mariage de sa marraine. Pendant un an il lui écrit des lettres, mais les réponses d’Abeille sont piquantes… »

Le 6 avril sont publiés simultanément :
Assez de bleu dans le ciel de Maggie O’Farrell (éditions Belfond) dont j’ai lu tous les livres sauf un. Donc pas question de mollir… (Merci à « Lettres d’Irlande et d’ailleurs » de l’avoir repéré 😉 )

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Présentation éditeur : « Une maison au bout d’une piste, à des kilomètres de tout. Autour, rien que l’herbe verte, les trembles aux feuilles chargées de pluie et le ciel changeant du Donegal. Daniel Sullivan est linguiste, il s’en va donner un cours à l’université avant de prendre l’avion pour les États-Unis, son pays d’origine, pour se rendre à l’anniversaire de son père qu’il n’a pas vu depuis des années.
À ses côtés, dans la voiture qui le conduit à l’aéroport, sa femme Claudette et leurs deux enfants. C’est là, dans cette voiture, que Daniel apprend à la radio le décès de Nicola, son premier amour. (…) »

Michael Collins, une biographie, de Pierre Joannon , (éditions de la Table Ronde, collection La Petite Vermillon). J’ai lu L’histoire de l’Irlande et des Irlandais du même auteur. Il s’agit ici d’une nouvelle édition de la biographie du célèbre héros irlandais.

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Les hôtes de la nation, de Frank O’Connor – (éditions de la Table Ronde, collection
La Petite Vermillon) : encore inconnu pour moi !

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Présentation éditeur : « On a dit de Frank O’Connor qu’il était un «Flaubert au milieu des bocages irlandais». Ce premier recueil de nouvelles à paraître en français contient onze de ses plus célèbres histoires. Chacune met en scène cette mystérieuse ligne de force à partir de laquelle des individus prédisposés à l’acquiescement se raidissent : le cœur se durcit au moment même où on l’imagine sur le point de s’adoucir. Dans la nouvelle éponyme, deux soldats britanniques emprisonnés se lient d’amitié avec leurs geôliers, qui reçoivent un jour l’ordre de les exécuter. Dans Les Lucey, un père refuse de serrer la main de son frère à cause de sa fierté blessée par la mort de son fils. Ces histoires généreuses d’esprit et fines de sentiment mettent en scène coutumes, piétés, superstitions, amours et haines à un moment où les conditions de la vie moderne déchirent lentement le tissu de la société irlandaise. »

Le 6 avril c’est aussi le retour de l’écrivain nord-irlandais Sam Millar, avec Au scalpel (éditions du Seuil) , une nouvelle aventure de Karl Kane. Je fais confiance à Sam Millar pour son humanisme et son humour noir, comme seuls les Irlandais en ont le don… Je suis un peu en retard sur cette série, mais il n’est jamais trop tard pour se rattraper…

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Présentation éditeur : « Karl Kane, l’irréductible privé de Belfast, est confronté à Walter Arnold, l’homme qui a brutalement assassiné sa mère sous ses yeux, quand il était enfant, avant de le laisser pour mort à côté du cadavre. Quand une très jeune fille disparaît après l’incendie suspect de la maison familiale, Kane le soupçonne aussitôt. (…) Sans concession mais éclairé par un humour grinçant, Au scalpel est le plus noir et le meilleur roman de la série. »

Voici au moins 2 ans – et même peut-être plus – que j’attends la suite des aventures du docteur Quirke, médecin légiste dublinois de son état, tellement attachant par tous les pétrins dans lesquels il se fourre, dans lequel Benjamin Black (alias John Banville écrivain de romans noirs) insuffle tout son humour so irish et son sens de l’observation de la société irlandaise des années 50. Les gens, je viens de faillir tomber de mon canapé en découvrant, qu’ENFIN ce tome 5 allait être publié en France (ben c’est pas trop tôt ! 🙂 ) Donc voici Vengeance, de Benjamin Black  (éditions Robert Laffont – qui apparemment prend le relais des éditions du Nil etc.). Et publication encore une fois le 6 avril ! 🙂

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Présentation éditeur : « Victor Delahaye, patron d’une très prospère société dublinoise, emmène le fils de son associé faire un tour en mer. Une fois au large, le jeune Davy Clancy assiste, impuissant, au suicide de Delahaye, qui se tire une balle dans le coeur.
Ce drame attire l’attention de l’inspecteur Hackett et de son ami, le médecin légiste Quirke. Les Delahaye et les Clancy sont rivaux depuis des générations et, lorsque tombe une seconde victime, Quirke ne doute plus que de terribles secrets se cachent au sein de ces deux familles. Dans un monde hanté par la jalousie, l’orgueil et l’ambition, les apparences peuvent être trompeuses… »

13 avril : Avis aux amateurs de la famille Brontë ♥ avec ces Lettres choisies (éditions de la Table Ronde, Quai Voltaire) :

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Présentation éditeur : « Les œuvres des sœurs Brontë sont presque devenues des lieux communs. Et pourtant leur correspondance reste méconnue, a fortiori en France où elle n’a pas encore été traduite. Parmi les quelque mille lettres recensées par Margaret Smith dans l’édition originale (The Letters of Charlotte Brontë, 3 vol., 2004), le présent recueil en réunit plus de trois cents. »

26 avril : sortie du tome 3 d’Enael  : « L’alliée » de Helen Falconer (éditions Flammarion Jeunesse), visuel non disponible, qui nous entraînera encore sûrement dans la mythologie irlandaise à travers cette romance fantasy dont j’ai apprécié les deux premiers volumes. (Merci la FNAC en ligne pour l’info).

En mai, S’accrocher aux étoiles de Katie Khan (aux éditions Super 8, éditeur chez qui j’ai lu l’excellent Captifs de Kevin Brooks).

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Présentation éditeur : « Dérivant dans l’espace, Carys et Max n’ont plus que 90 minutes d’oxygène disponible – 90  minutes durant lesquelles, en contact avec l’intelligence artificielle de leur vaisseau, il va leur falloir essayer de sauver leur vie. Accrochés l’un à l’autre, les deux amoureux regardent la planète bleue s’éloigner, et se souviennent de leur rencontre, et évoquent le monde qu’ils laissent derrière eux. Un monde censément idéal duquel l’amour est banni.
Roman spatial à grand spectacle évoquant immanquablement Gravity, compte-à-rebours dopé au cortisol, S’accrocher aux étoiles est aussi une love-story grandiose, mettant en scène deux personnages que l’amour a changé et qui aimeraient à présent changer le monde. Mais à quel prix? »

Et puis comme je me suis découvert un goût pour la fantasy et la SF de manière très éclectique, je me lance à la découverte du Paris des Merveilles,  (tome 1 : « Les enchantements d’Ambremer ») de Pierre Pevel – qui, paraît-il , est devenu un classique SF tendance steampunk,  (édition Folio SF depuis mars et éditions Bragelonne pour le grand format).

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Présentation éditeur : « Occupé à enquêter sur un trafic d’objets enchantés, Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan, se retrouve mêlé à une série de meurtres. Confronté à des gargouilles immortelles et à un puissant sorcier, Griffont n’a d’autre choix que de s’associer à Isabel de Saint-Gil, une fée renégate que le mage ne connaît que trop bien. Brillant hommage aux feuilletonistes du début du XXe siècle (Maurice Leblanc et son Arsène Lupin, Gaston Leroux et son Rouletabille, entre autres), Les enchantements d’Ambremer est le premier tome du Paris des Merveilles, une trilogie steampunk aussi drôle qu’érudite. »

Dans la prochaine chronique, je vous parle de Hortense et Queenie,  d’Andrea Levy, réédité en février par les éditions de la Table ronde dans la magnifique collection « Petit Quai Voltaire » .

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Je suis ton soleil – Marie Pavlenko

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Déborah rentre en classe de terminale. Nous allons la suivre du début à la fin de l’année. Une adolescente ordinaire, parisienne, fille unique, avec un père, une mère et un chien… « clochard » : un labrador obèse ramassé sur le trottoir par sa mère, Isidore, comme, le comte de Lautréamont, dixit la maman ! Il est hideux, il pue, pour Déborah, c’est « le chien de l’angoisse », « un mélange improbable de Droopy en fin de vie, Beethoven (le chien, pas le compositeur) atteint de psoriasis et Milou passé entre les mains d’une esthéticienne sous acide ». Un Destroy Dog qu’elle déteste, comme vous l’aurez remarqué au regard de la description délicate qu’elle en fait,  d’autant  qu’il a le chic de chier déféquer là où il ne faut pas et toujours quand il y a une vieille peau de voisine pour lui rappeler qu’il faut ramasser les cacas de chien… Pourtant Déborah ignore qu’elle aura besoin de ce chien pourri dans les mois qui suivent.
Bon, mais on est au début de l’année, Déborah fait sa rentrée scolaire au Clapier, avec sa copine de toujours, Eloïse. Celle-ci s’amourache d’un Erwann et se met à ne plus vivre et respirer uniquement pour lui. Pendant ce temps, Déborah sympathise avec Jamal, le « mygale-man » (il a une charmante bestiole chez lui) et Victor pour qui elle se met à en pincer, en secret, sachant que celui-ci est déjà avec une autre. Bon, vous vous attendez à un livre guimauve sur les amours adolescentes. Eh bien bien non !! Oubliez les romances ados,  mièvres à souhait  avec un trop plein de coeurs sucrés roses et de filles en pâmoison. Marie Pavlenko raconte ici la vie d’une adolescente de nos jours, sans clichés réducteurs, avec la vie telle qu’elle est : des hauts et des bas, des éclats de rire et des larmes, et l’amour dans tous ses états (et pas seulement les étoiles et les coeurs roses).
La famille de Déborah se met à partir à vaux-l’eau pendant cette année de terminale : elle surprend son père dans les bras d’une « Brésilienne » pendant que sa mère passe une bonne partie de son temps à découper des formes dans des magazines tout en montant une forteresse entre elle et le monde. Colle des post-it avec un mystérieux numéro en 06. Devient une Enigme. Puis l’Enigme décide de disparaître le dernier jour de l’année.  Perturbée, Déborah rejette son amie de toujours, Elo. Déteste son père. Se réfugie dans l’amitié de Jamal et Victor.  Découvre le jeu des cadavres exquis.
Une vie bouleversée qui va  lui apprendre à se connaître, à découvrir ses parents et aller au-delà des apparences.

Le premier roman que je lis de Marie Pavlenko. Je suis ton soleil, un roman qui porte formidablement bien son titre (dont on découvre le sens à la fin). Un roman qui éblouit par son style : une écriture vivante comme un feu d’artifice, qui vous fait passer par un panel d’émotions : le rire, la stupeur, l’angoisse. Mais finalement c’est le soleil riant qui l’emporte. La couverture couleur or se marie tout à fait avec le contenu.

Une fiction qui retire les filtres pour donner à voir la vie telle qu’elle est.  Et oui, parfois, l’amour c’est aussi la capote qui craque et ce qui s’ensuit, avec les décisions à prendre mais qui vous marqueront à jamais… (Un roman  à offrir à ceux qui voudraient décider à votre place ce que vous devez faire de votre corps, en ces temps de recul du droit des femmes à disposer d’elles-même !) 🙂
Et puis Jamal aime Victor : allez, zou, un exemplaire à envoyer à ceux qui veulent décider aussi de qui vous devez aimer. 🙂
C’est aussi l’amour filial. Dans toute sa complexité. Bref, l’amour tout court dans toute sa complexité.

Une autre thématique, celle de l’habit qui ne fait pas le moine. Si Déborah est confrontée à une vraie « pétasse larve » en voie de devenir « une pétasse adulte » qui lui pourrit la vie au lycée, elle-même se fera prendre au piège des apparences avec cette mamie en tenue de jogging flashy qui l’engueule dès qu’elle sort Isidore : une sacrée surprise l’attend au bout du chemin. Même Isidore le chien « périnée » qui pue en sortira grandi ! 🙂

Un roman qui laisse une grande place au rôle de l’art et de la littérature dans la vie : le bol d’oxygène qui permet de prendre de la hauteur  quand ça part de traviole, de trouver des solutions, parfois. L’art thérapie. Déborah découvre grâce à sa libraire Les Misérables de Victor Hugo (Victor dont elle est amoureuse, elle, pauvre Cosette !). La grande surprise concerne sa mère, cette énigme ! L’auteure explique à la fin de l’ouvrage que « la plupart des titres de chapitres (…) sont en réalité des citations de chansons, de livres, de poèmes, souvent coupés, réagencés ». Il y a également des citations « éparpillées dans le texte, à vous de les trouver ! (Verlaine, Rowling, Hugo encore, Brel, la Bible, Tolkien et d’autres…).

Un chouette roman d’apprentissage, porté par une écriture dynamique et inventive. Une héroïne forte, drôle, attachante, émouvante et libre. Un lingot d’or de plus de 400 pages terriblement addictif. J’ai vraiment beaucoup ri, j’avoue. 🙂

Extraits :
« – Mon babouin en sucre, lâche Carrie en se retournant, fouettant l’air de sa toison volante, j’ai ce qu’il te faut !
Elle pose dans ma main une brique.
Les Misérables.
Quand je l’aurai terminé, Eloïse aura sûrement oublié Erwann et je pourrai reprendre ma vie d’avant. Vu l’épaisseur du tome 1, j’aurai aussi ma ménopause. »

« Je reprends Victor Hugo dans une sorte de bouillabaisse personnelle. Je suis transportée mieux que sur un tapis volant, mais je lui en veux. Hugo abuse grave. Il se fout de moi, il m’assassine, il me torture. Il est mort depuis longtemps et par un miracle un peu timbré, il est entré dans ma tête. Quand Marius fait les cent pas devant Cosette sur son banc, je me vois ignorant superbement Victor mais tremblant qu’il ne me remarque pas. »

« Je voudrais fermer les yeux. Ca m’éviterait de supporter les mirettes psychédéliques (ces pupilles! Que dis-je, ces frisbees, ces siphons de baignoire, ces trous noirs !) de Lady Leg… d’Anastasia Verdegris. »

« Mon cabri croquignole. »

« Parfois je rêve de lui. Il avoue qu’il m’aime, il n’aime que moi. Adèle, à côté de ma beauté naturelle, c’est Elephant Man qui s’est pris un poteau dans l’oeil. Mon sourire niaiseux m’étire si fort les zygomatiques qu’il finit par me sortir du sommeil. Dans mes cauchemars, lui et sa chérie se roulent des galoches qui font un bruit de syphon bouché et je n’existe plus. »

J’arrête là parce que je pourrais citer tout le livre tant j’adore le style ! ♥

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Merci à Flammarion Jeunesse, pour tout !

 

 

 

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Opération Napoléon – Arnaldur Indridason

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Traduit par David Fauquemberg d’après l’édition anglaise du roman
à la demande de l’auteur

La mention un peu spéciale de la traduction m’intrigue et je me demande bien pourquoi ce cher Arnaldur a eu cette idée un peu saugrenue (convenons-en) de faire traduire son roman, non d’après sa langue mais d’après l’anglais. Si quelqu’un a la réponse, je suis preneuse ! 🙂

Je vais me contenter de la 4e de couverture de l’édition Métailié pour résumer l’histoire :  » 1945. Un bombardier allemand pris dans le blizzard en survolant l’Islande, s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe. Parmi les survivants, étrangement, des officiers allemands et américains. L’Allemand le plus gradé affirme que leur meilleure chance de survie est de marcher vers la ferme la plus proche. Une mallette menottée au poignet, il disparaît dans l’immensité blanche. (…)
1999. Le glacier fond et les satellites repèrent une carcasse d’avion, les forces spéciales de l’armée américaine envahissent immédiatement le Vatnajökull et tentent en secret de dégager l’avion. Deux jeunes randonneur surprennent ces manoeuvres et sont rapidement réduits au silence. Avant d’être capturé, l’un d’eux contacte sa soeur Kristin, une jeune avocate sans histoires. Celle-ci se lance sur les traces de son frère dans une course poursuite au coeur d’une nature glaçante. »

J’avais ce polar d’Indridason depuis sa sortie dans ma bibliothèque. Il était temps que je le lise, moi qui mets un point d’honneur à lire les livres du meilleur des écrivains islandais dès leur sortie. Là, j’ai failli, mais je me rattrape. 🙂

Très différent de la série de l’inspecteur Erlendur, qui s’attache à décrire la société islandaise sous toutes ses coutures ou presque. Ici, certes c’est une page de l’histoire de l’Islande, avec la base américaine implantée dans le pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Si au début, je me suis assez amusée, avec ces deux « glandus » des services secrets américains qui débarquent chez Kristin, cette pauvre avocate au service de l’Etat islandais, célibataire de son état, qui ne comprend absolument pas ce qui lui arrive, je me suis ensuite pas mal ennuyée dans cette course poursuite contre des tueurs, pour sauver la peau de son frère, déjà moitié crevé, en vrai. J’ai trouvé super bonne pomme son « ex » qu’elle entraîne dans cette galère. Le pauvre, il aurait dû éviter !!
Bref, je n’ai pas reconnu mon Arnaldur adoré qui écrit des romans noirs hyper bien ficelés. Ce livre est davantage un roman d’espionnage. Ecrit en 1999, on y retrouve des thèmes de la série qui a fait le succès de l’écrivain : la disparition un jour de blizzard ; la rudesse du climat islandais qui ne pardonne rien; la présence d’une base militaire américaine sur l’île (on le retrouve dans Le lagon noir) et l’hostilité des Islandais à cette présence. Je ne sais pas du tout de quand datent les premiers romans traduits en France. Mais il m’a semblé que ce livre ressemblait presque à un « brouillon » des autres parus depuis.
Dans la série Erlendur,c’est noir mais il y a peu de sang. Ici, purée ça dégomme sec. Ca part dans tous les sens et finalement, même l’intrigue finie un peu trop entortillée-écrabouillée.
Un peu déçue donc. Pas du tout mon préféré. Je pensais m’attacher à cette héroïne super courageuse, mais non. Bref, je suis restée en dehors de l’histoire, les regardant tous se courir après, avec un zeste d’agacement.

Cela dit, même dans cette lecture au fin fond des glaciers islandais, j’ai réussi à trouver un peu d’Irlande.  🙂

Extrait :
« Avec une fascination horrifiée, elle étudia  la cruelle ingéniosité avec laquelle on l’avait torturé : la chair sanglante au bout des doigts, là où les ongles avaient été arrachés, les deux pouces manquants, son nez brisé et les trous noirs aux endroits où plusieurs de ses dents avaient été enfoncées à coups de pied, des lambeaux de peau pendaient sur sa poitrine. »

« Elle avait éprouvé un tel soulagement quand cette histoire s’était achevée qu’elle n’était pas sûre de vouloir un jour, à nouveau partager son espace vital. C’était peut-être un trop gros sacrifice. Avoir des enfants, cela ne lui avait jamais traversé l’esprit. Peut-être avait-elle peur de devenir comme ses parents. »

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Premier festival franco-irlandais à Paris !

Comme vous pouvez le voir dans la colonne Instagram, je me suis bien amusée au premier festival littéraire franco-irlandais de Paris, avec la thématique « News Writings, New Styles », organisé par le Centre culturel irlandais. Un immense bonheur de passer le week-end avec des pointures de la littérature irlandaise contemporaine : Mike McCormack, Lisa McInerney, Rob Doyle  Declan Meade (j’ai vraiment hâte de les voir un jour dans nos librairies ici, en France !), Paul McVeighPaul Lynch, et Dermot Bolger !!! (tellement impressionnée !). Pour la France, c’était aussi la classe, avec Léonor de Recondo, Patrick Deville, Colette Fellouss, Julia Kerninon et Maylis de Kerangal. C’est malin, parce que maintenant j’ai très envie de les lire alors que je suis déjà over-débordée de lectures à faire. :p . Même le temps était au diapason de l’île d’Emeraude (même si, c’est vrai, en Irlande, il ne pleut jamais aussi longtemps qu’à Paris). Arriver trempée jusqu’aux genoux, parapluie ruisselant sur les chaussures, cheveux en forme de serpillère, lever la tête et se trouver pile poil en face de Dermot Bolger, ça c’est du souvenir ! 🙂 Fêter les 18 ans du festival franco-irlandais de Dublin devant un bon goûter : merci pour le sens de l’accueil so irish. C’était adorable ! Merci à Sinead Mac Aodha qui nous a organisé tout ça et gratuitement.

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