Agatha – Françoise Dargent

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Un de mes butins du salon de Montreuil : un roman ado sur Agatha Christie ! Une sympathique couverture, il me tendait les bras au stand Hachette, moi, la fan d’Agatha Christie ! Je ne l’ai pas vu sur la blogosphère ni sur booktube. Pourtant, il est sorti en 2016 (alors merci Montreuil de l’avoir mis sous mes yeux, d’autant que je vais faire une autre heureuse…!)

On rencontre Agatha Miller à l’âge de quatorze ans. Elle est depuis peu orpheline de père, vit avec sa mère dans une demeure bourgeoise, à Torquay, dans le Devon. Entourée des domestiques de la maison. Quel coup de poignard quand elle apprend que sa mère veut vendre la maison familiale car elle n’arrive plus à joindre les deux bouts ! Agatha le refuse de toutes ses forces car c’est la maison de son enfance, celle des souvenirs qu’elle a de son père, quand il rentrait de ses voyages pour son travail. Chamboulée par cet événement, mais aussi chamboulée dans son corps car elle devient une jeune femme et que personne ne lui a jamais appris ce que c’était, Agatha fait jouer son imagination pour détourner sa mère de son projet. Finalement, comme Madame Miller est quelqu’un d’imprévisible qui change souvent d’avis, une solution est trouvée : Agatha partira en pensionnat à Paris, comme Madge, sa soeur aînée l’a fait avant elle. Mère et fille habiteront dans la capitale française pendant ce temps. La maison sera mise en location pour subvenir aux coûts du pensionnat.
Le voeu le plus cher d’Agatha est de devenir… chanteuse lyrique ou pianiste professionnelle. C’est surprenant, non ?

Un moment très sympa avec Agatha, dans le Paris de la Belle Epoque mais aussi dans le sud de l’Angleterre. On va découvrir une jeune fille qu’une éducation stricte guinde, mais nous la découvrons rebelle (cela m’a surprise car je n’avais pas du tout cette image d’elle), maladroite, timide, drôle, mais avec une imagination qui est tout sauf coincée ! Elle se sent différente des autres jeunes filles des pensionnats où elle séjourne où.  Elle se fait de bonnes amies, avec qui elle fait aussi les quatre cents coups. Sa soeur aînée, Madge, reste sa meilleure confidente mais aussi son modèle. Cette soeur qui écrit des nouvelles pour Vanity Fair… Elle est scotchée par le toupet de Nan, sur qui elle prendre modèle aussi et partage des lectures que sa mère réprouve avec la nourrice de son neveu, qui n’est guère plus âgée qu’elle. Rien de plus délicieux que les lectures interdites ! Elle est fan des aventures de Sherlock, va découvrir Gaston Leroux… et puis l’Egypte ! Elle adore lire les faits divers… Pourtant elle n’envisage nullement de devenir écrivain. Elle est bien trop peu sûre d’elle. Elle écrit juste des histoires dans des carnets, où elle consigne aussi ce qu’elle observe et ce qu’elle ressent. Et il y a les lettres à sa soeur, celles à Nan. Elle parle parfaitement français et c’est une belle gourmande qui se demande comment les filles sont capables de s’affamer pour rentrer dans leur corset. 🙂

Françoise Dargent a écrit ce roman à partir de l’autobiographie d’Agatha Christie, un portrait sorti de l’imagination de la lectrice et de l’écrivain qu’elle est. Une restitution qui sonne juste, même si elle ne prétend pas à l’exactitude.

Un roman douillet où il fait bon se réfugier à l’heure du thé ( 🙂 ) pour son ambiance début de siècle et so british. On cherche à travers les lignes notre Agatha Christie qu’on connaît tous à travers ses romans. Saurez-vous la trouver ?

Un roman qui plaira à tous les fans de la reine du crime, jeune et moins jeune.

 

 

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La dernière nuit à Tremore Beach – Mikel Santiago

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Traduit par Delphine Valentin

C’est l’illustration qui a attiré mon oeil. Cette maison perchée sur une falaise derrière un ciel noir. Sans cela, j’avoue que j’aurais raté quelque chose !
C’est d’un roman et plus précisément d’un thriller espagnol dont je vais parler aujourd’hui. Mais un thriller qui se passe en Irlande, dans le plus mystérieux des comtés et le plus reculé aussi : le Donegal !  Mikel Santiago est espagnol, mais en plus il est basque. Il connaît bien l’Irlande où il a fait de longs séjours. Il ne m’en fallait pas plus pour tester cette triple originalité basquo-espagnolo-irlandaise. 🙂

Peter Harper est musicien. Depuis un divorce difficile, il a perdu l’inspiration. Il tente de renouer avec elle en s’isolant dans un coin perdu du Donegal (« coin perdu du Donegal », c’est déjà un joli pléonasme !). Il loue une maison au bord d’une plage dans le hameau de Clenhburran. Un village peu fréquenté pendant la saison touristique, mais où il se transforme en station balnéaire pour faire du surf, ou chasser les crustacés sur la plage, ce genre de choses, loin de la foule déchaînée. Peter a pour seuls voisins, un couple qui vit dans la maison à côté, la seule maison. Nous sommes en été et une tempête cyclonique s’approche des côtes. La météo a sonné l’alarme, une aubaine aussi pour faire marcher le business local en matière de protection mais les Irlandais sont habitués aux coups de tabac. Donc pas de panique.  Sauf que ce jour-là, Peter est victime de la foudre. On le retrouve à l’hôpital avec une bonne grosse migraine. Ce coup de foudre va lui changer la vie. Toutes les nuits ou presque, il va faire des cauchemars. Mais pas n’importe lesquels. Tellement réels qu’il va commencer à s’inquiéter pour sa santé mentale. Dans ses rêves, ses seuls amis (le couple de la maison d’à côté) et son coup de foudre féminin (ben oui !) se trouvent en danger. De plus en plus angoissé par ces visions nocturnes, ces hallucinations, il se confie à Judie (son coup de foudre). Elle lui donne les coordonnées d’un psychiatre de confiance.

Un thriller qui va vous faire tomber dingue et vous faire claquer des dents. Je ne saurai trop vous conseiller de ne pas le lire juste avant d’aller vous coucher (j’ai testé : ensuite c’est vous qui faites de mauvais rêves !). Pendant tout le récit, on tente de trouver une explication : Peter est-il dérangé ? Est-il somnanbule ? A-t-il un sixième sens ou un don pour la voyance ? La maison est-elle hantée ? Ses voisins et sa copine trament-ils un mauvais coup, une sorte de mise en scène, mais alors pourquoi ? Est-ce son ex-femme qui veut se venger de lui ? Bref, il y a un « truc ».

Entre deux événements au suspense haletant, on passe de bons moments dans ce village  du Donegal. On s’attache au quatuor : Judie, Peter, Léo et Marie. Mikel Santiago creuse leur mystère et leur part d’ombre pour mieux nous faire douter. Il explore également le subconscient, les actes manqués, les échecs, le manque de confiance en soi, l’inspiration, l’acte créateur. Un livre où la musique réclame aussi une part de la scène.

« La source d’inspiration (…) comme pour attraper un papillon farouche, nous, les musiciens, avons un filet dans la tête. (…) Nous sommes, d’une certaine manière, des médiums capables de communiquer avec l’autre monde. Un monde de fantômes merveilleux et fuyants. Des fantômes qui sont là pour nous rappeler que nous sommes davantage d’un animal né dans la douleur et destiné à mourir. Des fantômes qui pourraient nous expliquer l’origine du monde, le temps et les étoiles. »

J’ai passé un excellent moment ! Un bouquin sans prise de tête, un pur plaisir à la sauce thriller, qui plaira à ceux qui veulent se divertir, à ceux qui aiment les escapades ventées et les aventures orageuses. Mon seul bémol va au dénouement, qui donne l’impression que l’auteur ne savait plus trop quoi faire de toutes les pistes qu’il a ouvertes. Il y a quelque chose que j’avais deviné. Mais c’est un tout petit détail qui n’enlève rien au plaisir qu’on prend à la lecture de ce livre.
Je sais que je me souviendrai de cette histoire, même si Tremore Beach et Clenhburran n’existent pas sur la carte – mais on retrouve l’esprit mystérieux et envoûtant de ce comté d’Ulster. 🙂

Ce qui est dommage c’est que c’est pour l’instant le seul livre de l’auteur (il date de 2014, paru en France en 2016). Mikel Santiago « partage son temps entre rock’n roll, écriture et programmation informatique » nous dit la quatrième de couverture.

Sans doute le plus irlandais des romans espagnols. S’il  y en a d’autres, il faut me donner les références !

 

 

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Pile à Lire irlandaise : faut faire quelque chose ! :-)

Un billet « blabla »- avant de vous présenter une bien bonne surprise dans la prochaine chronique 🙂 .
Tout ça pour dire qu’en pleine séance de ménage, et sans être frappée par la foudre, j’ai eu une idée géniale , fracassante, pour trouver une solution à ma Pile à lire irlandaise *humour pourri * lire les livres – façon défi 🙂 .
Je me laisse 2 ans. Je profite de cette année 2018 plutôt calme côté nouveautés en provenance de l’île d’émeraude – du moins jusqu’à la prochaine grande rentrée littéraire de l’automne – pour tenter de faire baisser cette PAL Verte.

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Coté livres de poche

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Côté grand format

Si je n’avais que ça, ce ne serait pas si difficile (mis à part deux livres où il faut une brouette : Une enfance irlandaise de Sean O’Casey et une édition de tous les volumes de Les filles de la campagne d’Edna O’Brien), mais le truc c’est que j’ai aussi quelques livres en instance dans ma liseuse : Profil bas de Liz Nugent, (roman policier) ; Le silence pour toujours de Stuart Neville ; Le tango bleu d’Eoin McNamee ; La valse oubliée d’Anne Enright et Le vide et le plein de Paul Murray.

Côté livres papier, je vais pouvoir approfondir la connaissance de l’oeuvre de Kate O’Riordan : Pierres de mémoire m’interpelle depuis un moment, ce sera sans doute le deuxième que je lirai de l’auteure pour cette année. En attendant, Les amants de Liam O’Flaherty, écrivain que j’adore, va sans doute inaugurer le bal du challenge.
Il me reste à découvrir 3 romans de Dermot Bolger, à ses débuts et Le ruisseau de cristal publié en 2014 en France (mais qui date de 1997!).
Je vais faire connaissance avec Maeve Brennan (1917-1993), avec Les origines de l’amour, qui sont des nouvelles, des portraits sur la vie quotidienne quand elle travaillait pour le New Yorker, aux USA où elle s’était installée.
Et puis il y a du roman noir nord-irlandais (Sam Millar, Le cannibale de Crumlin Road ; Adrian McKinty, Une terre si froide) et Stuart Neville. Du polar dublinois, avec Gene Kerrigan A la petite semaine (dont j’ai déjà lu et chroniqué Le Choeur des paumés).

Mais aussi de la romance (oups, là je vais sortir de ma zone de confort !) avec Maeve Binchy et Cathy Kelly .

Je pourrai même ajouter à ce challenge des écrivains français qui écrivent des polars irlandais : Pierre-Olivier Lombarteix, Le trèfle noir ; Gérard Coquet, Connemara Black, et Nicolas Lebel, De cauchemar et de feu, Thomas Lejeune, Renversant .

Bref, me voilà motivée rien qu’en écrivant cette chronique de blabla !
Si certains d’entre-vous veulent se joindre au challenge de cette PAL irlandaise à descendre, c’est avec plaisir : failte !
Un bon moyen de découvrir la littérature irlandaise et de partager.

Je vais tenter de bidouiller un logo pour ce challenge so irish que j’ajouterai ultérieurement à cette chronique.

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Des jours sans fin – Sebastian Barry

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Traduit par Laetitia Devaux

Après Le testament caché, Un long long chemin,L’homme provisoire, Du côté de Canaan (le tout dans le désordre mais tous chroniqués sur le blog), je suis partie pour la cinquième fois à la rencontre de Sebastian Barry, avec le très très très attendu Des jours sans fin, acheté en librairie le jour de sa parution tant j’étais impatiente ! Dévoré illico, tout de suite après avoir terminé l’excellent Dans la baie fauve de Sara Baume. Les mots sont dérisoires pour exprimer mon excellent mois de janvier littéraire !

Cette fois-ci, Sebastian Barry nous emmène aux Etats-Unis, au XIXe siècle. Thomas McNulty, à peine sorti de l’enfance, a fui la Grande Famine pour débarquer sur les côtes américaines comme tant de ses compatriotes. L’histoire débute en 1851, dans le Missouri, où il nous raconte lui-même la fin son « premier engagement dans le commerce de la guerre ». Thomas n’est pas là par conviction personnelle, non, mais parce que s’engager dans l’armée est le seul moyen qu’il a de ne pas mourir de faim. Il sait qu’une vie pourrie l’attend, « La pire paie de toutes les pires paies en Amérique, c’était celle de l’armée. Et puis, on vous donnait des choses tellement bizarres à manger que votre merde était une puanteur. Mais vous étiez content d’avoir du boulot, parce qu’en Amérique, sans quelques dollars en poche, on crève de faim ». Il n’en peut plus de crever la dalle, il est tout de même un peu fier que l’armée l’accepte. Il a un cheval (perclu d’arthrose), un uniforme tout bleu « comme une mouche à viande », et peu importe s’il y a des défauts aux coutures. Il a environ dix-sept ans (il ne connaît pas exactement son âge), l’avenir devant lui, n’est-ce pas ? Il rencontre John Cole, un gars de son âge, beau, en provenance de la Nouvelle Ecosse, orphelin, comme lui. C’est le coup de foudre. Les deux vont vivre une passion amoureuse qui les aidera à tenir, à survivre dans tous les coups durs. Accrochez-vous, lecteur, vous allez vivre des jours sans fin, à l’instar de nos deux jeunes gars, qui, lorsqu’ils ne sont pas engagés par l’armée, se produiront dans des saloons, travestis en femme, mais aussi connaîtront des moments de bonheur…

Vous allez vivre en direct les guerres indiennes contre les Sioux et passer du temps sur le champ de bataille de la guerre de Sécession, entre Tuniques bleues et Jambes jaunes. Vous allez vous prendre une page de l’Histoire américaine dans la face. Vous allez souffrir de la météo infernale : il fait une chaleur accablante qui propage les maladies si elle ne vous tue pas d’abord ou il fait un froid de gueux, qui vous achève si vous ne restez pas la merde gelée au cul, dans le meilleur des cas. Vous allez aussi crever de faim. Si vous résistez à tout ça, vous devrez esquivez les balles perdues ou celles qui vous visent ; vous devrez résister et contourner la ruse indienne. Vous vadrouillerez dans le Missouri, mais aussi le Kentucky, la Virginie et bien ailleurs…

Le roman de Sebastian Barry a clairement une allure de western. Il y a beaucoup de sang versé et de morts, mais il y a aussi au milieu de ce chaos, de l’espoir et de la joie de vivre. C’est aussi une histoire d’amour et une belle famille recomposée et atypique. Thomas et John adoptent une jeune Sioux, Winona qu’ils vont chérir plus que tout. Le jeune fille va les aimer comme des pères, apprendre leur langue ; ils vont mutuellement s’entraider, effacer les frontières de leur culture respective pour se porter tout l’amour du monde comme un bras d’honneur à la haine.

Un drame va tout faire basculer, j’ai été emportée par l’angoisse et je criais mentalement à l’injustice, nan, pas ça, c’est pas possible !! Les dernières pages du livre portent les stigmates de mon angoisse… 🙂 . Heureusement, cette histoire est portée par l’Espoir. Et c’est ce qui en fait un roman majestueux et inoubliable.

J’ai aimé le parallèle entre la conquête de l’ouest de l’Irlande par Cromwell et la conquête de l’ouest américain, que le narrateur souligne avec ironie. Le massacre des Indiens par des Irlandais engagés dans l’armée pour ne pas crever de faim, et le massacre des Irlandais par des Anglais des siècles plus tôt…
Et puis, casser des cailloux est une « spécialité » irlandaise née pendant la Grande Famine, « ça s’appelait des boulots de charité ». Thomas n’est plus à ça prêt, mais prêt à vivre à tout prix, tellement heureux de se sentir vivant ! « En général, les déserteurs, on les fusille, j’avance. Les Jambes jaunes fusillent, les Tuniques bleues pendent, renchérit John Cole. Dans les deux cas, t’es foutu. » Même déguisé en femme.

J’adore la plume de Sebastian Barry, ceux qui me suivent depuis un moment le savent. Je n’ai pas été déçue, ni par son humour, ni par le lyrisme ni par le romanesque de cette histoire, adaptée de celle que son grand-père lui racontait à propos d’un grand-oncle parti pour les Amériques.
Un roman dédié et inspiré par son fils Toby, qui, un jour, a fait son coming out en révélant à ses parents son homosexualité. Toby qui est la figure inspirante de Thomas McNulty.

Sebastian Barry a reçu pour la deuxième fois le Costa Book of the Year, pour ce roman, fait exceptionnel et unique pour un écrivain. Le prix lui avait été décerné une première fois pour le fabuleux Testament caché (en 2008).

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Dans la baie fauve – Sara Baume

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Traduit par France Camus-Pichon

Un homme de cinquante-sept ans, seul et solitaire, lit une annonce sur une vitrine de brocante, entre « une veste de peau de mouton, un tambourin en bois d’hévéa, un canard empaillé et un kit de calligraphie » : « CHERCHE MAITRE COMPATISSANT ET TOLERANT, SANS AUTRE ANIMAL DE COMPAGNIE, NI ENFANT DE MOINS DE QUATRE ANS. » En guise de photo, une tête de chien estropié. La photo est la moins nette et la plus sinistre de toutes.  Néanmoins, l’homme fond complètement pour cette bouille et fonce le récupérer au refuge. Ce chien a la particularité d’être borgne. Son nouveau maître dit ressembler tantôt à un indien, tantôt à un troll.

« A quoi je peux ressembler, vu de ton oeilleton solitaire ? Tu m’arrives tout juste au mollet et je suis massif comme un rocher. Mal fagoté, avec une barbe mitée. Les traits passés au rouleau compresseur, le poil pareil à de la limaille de fer. Quand je reste immobile, je me voûte sous le poids de mon propre bloc de peur. Quand je marche, je clopine sur mes pieds de cul-terreux et mes jambes mal proportionnées. Mes rotules cailleuses sortent par les déchirures de mon jean ».
« A une époque, sous certaines lumières et certains angles, j’avais des cheveux noirs corbeaux aux reflets d’un bleu électrique, mais ils sont maintenant mouchetés de gris comme une corneille ébouriffée. J’en fais une tresse qui descend sur la bosse de mon dos de rocher, et parfois je me dis que, si j’avais des gens avec qui blaguer, on me surnommerait GRAND SACHEM à cause de la largueur de mon visage ».
Le véritable prénom du narrateur est Ray, (nommé une seule fois page 17, mais il a tout sauf l’apparence d’un rayon de soleil ou de lune, comme il l’avoue lui-même !).

One Eye est aussi bizarrement fichu : « Tu pourrais faire trois mètres de haut que tu ressemblerais quand même à un chat de gouttière. On voit tes côtes. Ta croupe se termine par une queue coupée aux trois quarts et ton poids te tire vers l’avant comme une brouette. Tes pattes sont tout en os, tes épaules tout en muscles. Ton cou est trop court pour ton corps, ta gueule trop grande pour ton crâne, tes oreilles justes assez longues pour se replier sur elles-mêmes. (…) Il manque un morceau de tes babines, et elles sont figées en un rictus. »

Nous allons passer quatre saisons, du printemps à l’hiver, avec ce couple atypique et branquignole. Voilà l’histoire dans les grandes lignes : le narrateur ramène le chien dans la maison de son père, qui est maintenant la sienne. Tout se passe bien jusqu’au moment où les deux amis partent en promenade. One Eye est le roi des bêtises, malgré son handicap : il croque les autres chiens, qu’il voit très bien !  Le début des embrouilles pour le narrateur qui est prêt à tout, sauf à se séparer de son chien. Il décide donc de tracer la route, dans sa vieille bagnole tout aussi branquignole que le reste et nous voilà partis sur les routes irlandaises, en particulier du côté de Tawny Bay (la « baie fauve »), où le varech pue tout ce qu’il peut. Le roman prend une allure de road trip, de roman d’aventures…

Si on ne connaît rien du passé du chien, on va en apprendre un peu plus sur le narrateur, à travers son long monologue à son animal. C’est un être cabossé par la vie, en retrait de la société, il vivait la plupart du temps reclus chez lui. Son père est mort…. en s’étouffant avec une saucisse ! Pourtant, il ne le regrette pas car c’était un homme froid, égoïste etc.

On se prend d’affection pour le bonhomme comme pour le chien. Cependant, le gars a fait un truc qui m’a filé la chair de poule (il vous faudra lire le roman pour savoir quoi !). J’ai un peu changé d’avis sur  lui en cours de route. Au début on le voit comme un pauvre bougre inoffensif. Certes, il n’est pas méchant, son père était un type moche, mais quand même il fait un truc de fou ! 🙂

J’ai été bluffée par l’écriture de Sara Baume, dont c’est le premier roman traduit en français : à la fois poétique, trash, avec des touches d’humour. J’ai été scotchée par la manière dont elle décrit les plantes, les oiseaux, les rochers, bref la nature. Rien n’échappe à sa plume ciselée. Et on court, on court, on court, on roule, on roule, on roule ! Une écriture dynamique !

J’ai eu la chance d’assister à la rencontre organisée à Paris cette semaine et donc d’en savoir un peu plus. Sara Baume est plasticienne de formation, elle a expliqué ne pas pouvoir écrire autrement qu’en décrivant avec exactitude ce qu’elle voit. Le chien lui a été inspiré par son propre chien, Wink (à qui elle rend hommage à la fin du livre) ; « wink » signifie « clin d’oeil » en anglais britannique et irlandais (mais bien autre chose en argot américain, ce qu’elle ignorait !). Bien heureusement elle n’a jamais vécu comme son personnage, même si à un moment de sa vie, elle habitait avec son compagnon dans un appartement insalubre, sans chauffage etc, tendance squat d’artistes. Ce qui lui a donné de l’inspiration pour la maison de son personnage.
Personnellement, je n’ai pas pensé à Jack London en lisant ce roman. Je n’ai jamais vu Croc Blanc dans la peau de One Eye.  Parce que l’ambiance est globalement différente par le décor et les deux personnages. Le père de Croc Blanc était borgne, mais on ‘y pense pas d’emblée, au regard du contexte.
Il a été évoqué un rapport avec les romans de Jón Kalman Stefánsson (Entre ciel et terre, pour ne citer que celui-ci). J’ai trouvé que c’était quand même très différent, dans l’ambiance et l’histoire, une fois encore.
Bref, Sara Baume a sa propre originalité…

Dans la baie fauve
est plein d’humour, de tendresse, de poésie et empreint d’une ambiance décalée qui ne ressemble à rien d’autre, même pas au roman finlandais Le lièvre de Vatanen.

Je ne peux que vous inviter à découvrir cette auteure dotée d’un vrai talent. De la vraie bonne littérature irlandaise dont vous vous souviendrez !
Elle a écrit un deuxième roman, qui j’espère bien arrivera jusqu’à nous. Elle nous confiés qu’après avoir terminé l’écriture de Dans la baie fauve, ou plutôt Spill Simmer Falter Wither 🙂 , elle n’avait pas du tout dans l’idée d’écrire encore de la fiction, en tout cas plus une histoire de chien. Elle s’intéresse à ce qui est à la marge entre l’essai et la fiction. Mais contre toute attente, elle a écrit un deuxième roman et elle s’est surprise à prendre des notes pour un troisième.
Moi je dis : youpi !

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Paul Auster à Paris, 13 janvier 2018

Début décembre, j’ai appris que Paul Auster venait à Paris pour la promotion de son nouveau roman, 4 3 2 1, après un silence de sept ans. J’ai d’abord vu un « événement » sur Facebook à la librairie Mille Pages de Vincennes mais c’était un jour où je n’étais pas disponible. Mais miracle, quelques jours plus tard, j’apprends que le théâtre du Rond-Point organise une interview de l’auteur menée par François Busnel, qui connaît bien son oeuvre. Rencontre payante mais bon, c’était ça où rien et je me disais que ça allait être plutôt « chaud » en librairie pour écouter l’écrivain, sans réservation, compte tenu des foules qu’il déplace au regard de sa notoriété. Un autre événement était organisé dans une FNAC parisienne mais sur invitation (ce qui veut tout dire). Les rencontres en librairie se sont vite avérées de simples dédicaces : intérêt moindre en ce qui me concerne car j’aime toujours écouter un auteur parler de son nouveau roman. Donc voilà, je réserve deux places au théâtre du Rond Point et hier on fonce, impatients comme des enfants. On se programme une heure d’avance pour être bien placés et c’était bien vu !

Paul Auster, je n’en n’avais jamais entendu parler jusqu’à mes études de lettres à la fin des années 90. Je ne peux que remercier un enseignant de littérature générale et comparée d’avoir eu l’idée de nous faire lire, ce qu’on appelle aujourd’hui « La trilogie new-yorkaise », en particulier, La Cité de verre qui m’avait alors emballée. C’était il y a longtemps maintenant, mais ce livre et cet auteur ont effacé tout le reste du programme du module dans mon souvenir. Je me rappelle que le prof nous avait alors enjoint de connaître Paul Auster cinéaste, avec Smoke. Que je n’ai toujours pas vu. J’ai lu, avant la création du blog, quelques autres romans : L’invention de la solitude et Brooklyn Follies. Autant dire presque rien, mais le peu m’a convaincue depuis longtemps. Mais vous savez comment c’est quand on lit beaucoup…
Et puis ce fut un long silence de l’écrivain. Sept ans c’est énorme. Je ne sais pas pourquoi ce silence, mais on peut dire qu’il s’est bien rattrapé puisque, avec 4 3 2 1, il nous offre une brique de plus de 1000 pages qui pèse pas loin d’1,5 kilo.  🙂 Encore pas lu mais j’ai bien l’intention de le faire et depuis hier je suis encore plus motivée !

Voici les quelques propos recueillis hier (que j’espère pas trop déformés !), suite aux questions posées par François Busnel.  Aucun besoin d’un interprète puisque Paul Auster est parfaitement francophone et francophile, à tel point qu’on oublie qu’il est américain…

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Le roman repose sur le principe vertigineux suivant :  Qu’est-ce qu’on aurait fait si, qu’est-ce qui serait arrivé si… ?
Paul Auster a imaginé 4 fois la vie de son personnage principal, Archibald Ferguson.
Paul Auster n’a pas voulu écrire sa vie de ce personnage de la naissance à la mort racontée quatre fois. Il évoque les vingt premières années (l’enfance, l’adolescence et la jeunesse) parce que c’est à ce moment-là qu’on se façonne et qu’on fait des choix qui feront ce qu’on est.

François Busnel lui fait remarquer que Ferguson 1 ressemble étrangement à son auteur, il est né en 1947, comme lui, habite Brooklyn, il est journaliste d’abord pour le canard de son université. On voit ce qui le mène à l’écriture.
Paul Auster explique que chaque roman contient une part d’autobiographie, qu’on le veuille ou non, car on est coincé par ses propres expériences. On ne peut pas parler de ce que l’on ne connaît pas. Son roman se passe à New York parce qu’il y vit. Il ne pourrait pas écrire des romans qui se passent en Russie. Pour construire ses personnages, on doit puiser en soi les expériences vécues, explorer ses émotions, quitte à les imaginer poussée à l’extrême. Paul Auster évoque la colère, par exemple, qui, si elle est poussée à l’extrême peut, dans certains cas pousser au meurtre. Ferguson partage sa chronologie et sa géographie avec son créateur car ce sont des périodes que celui-ci connaît bien.
Ferguson 1 est le seul des personnages à s’intéresser à la politique. Mais être écrivain l’empêche de devenir activiste,  car écrire lui prend toute son énergie, son être tout entier est accaparé.

Evidemment, on en vient à parler un peu politique, en particulier de la situation actuelle des Etats-Unis, avec Trump au pouvoir. Pour Paul Auster, 25% des Américains sont des gens dérangés. Et ce n’est pas nouveau . Il évoque aussi l’erreur monumentale des Américains quand ils se sont engagés dans la guerre du Vietnam .
Il explique que la lutte actuelle contre le terrorisme depuis le 11 septembre 2001 n’est pas une guerre mais une action policière et qu’il ne faut pas se tromper de terme.

Dans son livre, à travers Ferguson 4 est évoquée la question raciale, qui est encore taboue aux Etats-Unis.

Quand on lui demande : « Qu’est-ce que la littérature », il répond que personne jusqu’à présent n’a donné de vraie réponse à cette question. Et ça, c’est bien vrai !

« Manies » d’écrivain : il ne peut écrire que dans un lieu fermé, pas dans un café ou un lieu public car sinon il est distrait par ce qui se passe autour de lui. Oui, ça je comprends aussi tout à fait ! 🙂
Il n’écrit pas à l’ordinateur car les touches sont trop souples. Il préfère la machine à écrire qui permet de se muscler les doigts mais il écrit à l’ancienne, c’est-à-dire avec un stylo !

On trouve dans son livre des passages sur un Paris disparu, notamment celui du Quartier Latin, avec Ferguson 4 et son amie qui ne peuvent pas s’empêcher d’acheter des livres, partout ! Eh, les blogueurs et autres grands lecteurs, vous n’êtes pas les seuls à avoir cette manie ! 😉 Ouf, on déculpabilise !

La vie est une question de choix, de route,  mais il ne faut rien regretter si on n’a pas pris les bons chemins. Souvent, c’est l’amour au détriment du reste qui prend le pas.

On a eu plusieurs petits extraits lus en anglais par Paul Auster et en français par François Busnel. L’ouvrage est traduit par Gérard Meudal.

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Lecture en duo

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On aurait pu l’écouter parler encore des heures. Une heure trente d’entretien qui est passée à une allure folle. Ici c’est juste un minuscule résumé.
Une chose rigolote fut de reconnaître Siri Hustvedt (dont j’ai adoré Tout ce que j’aimais, lu il y a des années !) qui allait s’asseoir dans le public.  C’était sympa ce sourire de connivence (enfin, c’est moi qui m’imagine ça car elle a dû croiser mon regard mais aussi celui de tous les autres au même moment !).

Seul regret : la foule compacte qui attendait pour se faire dédicacer le roman m’a découragée. Je voulais prendre le roman en version papier, mais si je veux le lire, un aspect pratique s’impose : comment se traîner un roman de plus d’un kilo dans les transports sans se démonter l’épaule ? Comment lire un livre de plus d’un kilo sans se faire un accident de lit ? J’ai décidé finalement de le lire en ebook et de me le procurer en version papier sans doute ensuite.

En attendant, je suis plongée dans un sacré bon bouquin irlandais, qui sera suivi par la lecture du dernier roman de mon chouchou Sebastian Barry… Et il faut aussi que je vous parle de Sam Millar. Moi être lectrice débordée d’enthousiasme, ce qui m’amène à être débordée tout court ! Mais j’assume mes choix. 😉

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Dans les angles morts – Elizabeth Brundage

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Traduit par Cécile Arnaud

23 février 1979 : un soir de tempête, George Clare rentre chez lui après son travail et trouve sa femme assassinée, une hache plantée dans la tête. Franny, leur fillette de trois ans, est seule dans sa chambre. Il se rend chez ses plus proches voisins pour appeler à l’aide. Le sherif Lawton est chargé de l’affaire. George est soupçonné. Le meurtre fait grand bruit dans cette petite ville, Chosen, Etat de New York.
Flash back une année auparavant : Catherine et George achètent aux enchères la vieille ferme des Hale, à bon prix. Il faut dire que cette maison a un sinistre passé : les anciens propriétaires, des agriculteurs qui ont transformé cette ferme en laiterie, étaient endettés jusqu’au cou, menacés de saisie, et se sont suicidés, laissant leur trois fils orphelins. Les fermes alentours sont rachetées par des citadins fortunés en mal de campagne. Le couple de Catherine et George n’est pas riche mais il pense avoir fait une bonne affaire. Jeunes mariés, de quoi bien commencer une vie de famille, à la campagne… George donne des cours d’histoire de l’art à l’université et travaille sur sa thèse sur le peintre George Inness. Catherine est femme au foyer. Elle a fait des études, mais l’arrivée de Franny a bouleversé ses projets de vie. Son éducation catholique et la pression de sa mère ont fait le reste : une femme dévouée à son foyer, soumise à son mari.
Pourtant, dès le début, la « vie à la ferme » ne va pas se passer comme elle l’imaginait. Le tableau rupestre va s’écailler. Tout d’abord il y a cette maison qui l’oppresse. Elle a l’impression d’être surveillée par quelqu’un.  « La maison paraissait triste, songea-t-elle. Meurtrie ». « A un endroit, Catherine eut la sensation que quelqu’un se tenait juste à côté d’elle dans une petite poche d’air froid. » Cette ferme est un mystère : elle date des années 1790 sans que personne ne connaisse la date exacte de sa construction. Les champs alentours ont été témoins de la guerre de Sécession, on peut encore en trouver des traces en fouillant le sol, les boutons d’uniforme des soldats…
Et puis il y a George, son mari. Un coureur de jupons. Un type autoritaire. Un menteur. Le genre frustré dans sa carrière. Quelqu’un qui ne supporte pas la contrariété, que ce soit dans sa vie professionnelle ou personnelle. Le roi du mensonge par omission.
Le seul rayon de soleil de Catherine sont les petits jeunes qui viennent l’aider à retaper la ferme. George a oublié de lui dire que ce sont les enfants dans fermiers qui se sont suicidés (et les gamins n’ont rien dit de peur qu’on leur interdise de revenir)… Bref, ce n’est pas le Paradis sur terre pour Catherine.
Et puis il y a toutes ces choses étranges qui se passent (je ne vais pas vous les spoiler ! 🙂 ) .

Elizabeth Brundage, dont c’est ici le premier roman traduit en français, signe un brillant thriller psychologique et littéraire. Elle prend son temps, dans une prose qui s’attache aux moindres détails de l’intrigue.  Une écriture très cinématographique également, une description minutieuse des paysages. Vous êtes rapidement envouté par l’ambiance. La culpabilité règne en maître. Les secrets aussi, révélés au compte goutte, renversant peut-être votre premier jugement pour le faire revenir et ainsi de suite : vous perdrez un peu la boule ! On se demande si on verra George un jour sous les verrous, même plus de vingt ans après le meurtre. La fin est inattendue. Mais on peut tuer avec des mots…
Portrait d’un mariage (raté), d’un psychopathe (en pleine forme) et des cicatrices indélébiles sur une communauté tout entière.

Il y a aussi du William Blake et un bon clin d’oeil à Rosemary’s Baby, le roman culte d’Ira Levin, mais aussi (plus discret) à Herman Melville, enfant d’Albany.

On frôle le surnaturel et l’imagination, à la part belle, fait le reste. Frissons garantis. Si vous venez de racheter une vieille ferme, ce thriller littéraire n’est peut-être pas pour vous parce que vous allez devenir paranoïaque au moindre bruit. 😉 .
Et n’oubliez jamais : ce sont les maisons qui choisissent leur propriétaire et non l’inverse ! Les maisons ont une âme et Elisabeth Brundage sait parfaitement nous le faire sentir.

Un roman riche, à l’histoire dense mais prenante, qui m’a complètement envoûtée.

Un grand merci aux éditions de la Table Ronde pour cette découverte.
Le roman sort demain 11 janvier.

 

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Trouvailles en librairie # rentrée littéraire d’hiver /1

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Rien ne vaut une bonne petite descente en librairie pour se faire des trouvailles. C’est ce que j’ai fait hier, la rentrée littéraire d’hiver ayant été lancée jeudi. Je ne regrette pas ma « descente » : )

2 trouvailles majeures pour moi :
Un premier roman irlandais : celui de Sara Baume, une jeune femme d’une trentaine d’année avec Dans la baie fauve (aux Editions Noir sur blanc ; traduit par France Camus-Pichon).
Un roman qui a déjà été shortlisté pour plusieurs prix littéraires lors de sa sortie en VO et que cette fabuleuse rentrée littéraire d’hiver (que je préfère souvent à celle d’automne pour les romans étrangers) nous offre en cadeau ! Joseph O’Connor dit de ce livre : « Merveilleux. C’est le premier roman le plus impressionnant que j’aie lu depuis des années » . Comment ne pas craquer, je vous le demande ? ! 🙂
L’histoire d’un cinquantenaire, cabossé par la vie, qui croise sur sa route un chien borgne qui deviendra son compagnon de misère. « Servi par une langue étincelante et une intrigue menée tambour battant, Dans la baie fauve est un roman poignant sur l’alliance de deux êtres abîmés. » nous dit la 4e dé couverture.

Un autre roman qui se passe en Irlande, et plus précisément un polar, mais écrit par… un Espagnol : La dernière nuit à Tremore Beach, de Mikel Santiago (édition en poche pour cette rentrée littéraire, chez Babel Noir ; traduit par Delphine Valentin) . Ca se passe dans le Donegal, mon 2e comté irlandais favori. L’histoire d’un compositeur qui trouver refuge dans une maison isolée sur la plage après un divorce compliqué. Un jour de tempête il est frappé par un éclair, commence à faire des cauchemars sanglants. On nous dit que l’auteur est le Stephen King espagnol : affaire à suivre, et je suis très intriguée de voir mon Irlande peinte par un auteur espagnol.

Ensuite, un roman américain, Shore, de Sara Taylor (traduit par Patrick Dusoulier, éd. 10/18) qui se passe sur un archipel au large de la Virginie, oublié des Américains et du reste du monde. Des femmes s’y adonnent à la magie noire… Un archipel perdu c’est pour moi ! Et l’occasion de découvrir une auteure que je n’ai jamais lu. Une autre nouveauté poche pour cette rentrée littéraire (sorti en grand format l’an dernier).

Enfin, un roman qui n’est pas une nouveauté mais d’un auteur dont je n’entends dire que du bien, voire des éloges. Je suis curieuse. Je veux parler de Philip Pullman, avec le premier tome des Royaumes du Nord, « A la croisée des mondes » (traduit par Jean Esch). Affaire à suivre. 🙂

 Et pour finir, La neige noire de Paul Lynch vient de sortir au Livre de Poche. Plus aucune excuse pour ne pas lire ses 2 romans en attendant le 3e !26167141_959891914159825_7204194280520700324_n J’ai adoré les deux avec une préférence pour La neige noire. Les chroniques sont sur le blog.

Edit du 8/01 : autre trouvaille ce soir, le roman autobiographique de Sorj Chalandon, Mon traître, adapté en BD  par Pierre Alary (éd. Rue de Sèvres). La chronique du roman est sur le blog. Voici le résumé bref de l’histoire de éditeur de la BD : « Antoine, luthier parisien se prend d’amour pour l’Irlande. Fasciné par sa culture, ses paysages et par la chaleur des gens, le jeune français rencontre Jim et Cathy qui deviendront des amis précieux. Tous font partie du mouvement républicain irlandais, et mènent des actions pour le compte de l’IRA . Un soir à Belfast, il fait la connaissance du charismatique Tyrone Meehan, responsable de l’IRA, vétéran de tous les combats contre la puissance britannique. Antoine ne tarde pas à embrasser la cause de ce peuple »

indexSortie le 10 janvier !

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Deux remords de Claude Monet – Michel Bernard

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Illustration couverture  : Aline Zalko

Trois prénoms ponctuent ce roman : Frédéric, Camille et Claude.
Frédéric Bazille, le jeune peintre mort la veille de ses 29 ans pendant la guerre contre la Prusse, en 1870, par un hiver glacial. Un hiver de guerre. Réfugié à Londres, Claude Monet apprend la mort de son jeune ami, celui qui lui achetait ses tableaux pour l’aider. Camille, modèle puis première épouse de Claude,

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La femme à la robe verte

figure inspirante de nombreux tableaux, avant que la mort ne l’emporte à son tour.

Claude, le peintre que l’on côtoie ici comme un ami qu’on connaîtrait depuis toujours, veuf puis remarié à Alice. Le peintre de Giverny, célèbre dans le monde entier, riche, ami de Clemenceau qui enverra dare-dare se faire opérer de la cataracte son « vieux hérisson » têtu comme une bourrique, avant qu’il ne soit trop tard. Monet, marqué à jamais par la guerre qui donnera son oeuvre à la France « pas pour les quelques millions d’individus qui portaient le nom de Français aujourd’hui, mais pour le million et demi de jeunes hommes qui n’étaient pas revenus des tranchées, pour ceux qui étaient morts à sa place en 1870, et tous ceux-là, les millions d’hommes et de femmes qui avaient aimé, souffert, travaillé et rêvé sur ce morceau de terre, dans cette partie du monde, pour en faire sous le ciel changeant une des plus belles oeuvres hmaines, le plus beau des jardins ».

Deux guerres et la Commune de Paris. Les temps sont durs et on oublie souvent, en regardant les tableaux de Monet dans les musées, que derrière la douceur et la luminosité de ses peintures, se cache un contexte personnel, historique et social qui n’a pas toujours été facile. La mort est omniprésente dans la vie de Monet, avec le décès de Frédéric Bazille, de Camille, mais aussi de son fils, Jean. Des mondes qui s’effondrent pour mieux renaître sous le pinceau du génie artistique. De belles amitiés (Renoir, Pissaro, Sisley, Clemenceau et tant d’autres) l’empêcheront sans doute de sombrer.

La prose de Michel Bernard possède la souplesse du pinceau de l’artiste, procède par touches successives entre ombre et lumière. Une jolie balade dans la vie du peintre, à la fois instructive, plaisante, délicate et émouvante.
Quel ne fut pas mon bonheur de lire ce passage :
« Comme un vieux cognac, le nom des choses aimées lui coulait dans les veines.
Tout ici, entre la forêt de Fontainebleau et celle de Sénart, lui paraissait bon à peindre. (…) La ville moderne jetait dehors, avec les eaux sales, l’âme de ses habitants. Monet avait retrouvé la sienne dans le parc de Rottembourg, paysage neuf et immédiatement familier déjà intime. »
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« Quand il eu terminé, au début du mois de décembre 1876, Monet, raccompagné par la voiture de Mme Hoschedé à la gare de Montgeron, y pris le train jusqu’au terminus d’Orsay. »
Regarder par la fenêtre, scruter le paysage, voir le train du matin entrer dans la gare de Montgeron, se dire qu’on pourrait, en se penchant, voir Monet et Hoschédé sur le quai… Un beau moment magique ! Etre un peu nostalgique aussi et fière que ces paysages aient inspiré deux peintres mondialement connus. Si je sais bien évidemment que Caillebotte a été inspiré par le val d’Yerres, j’ignorais totalement que Monet y avait séjourné. Il y a peint trois tableaux, à la demande d’Ernest Hoschédé, alors propriétaire du château de Montgeron (disparu depuis). Ces tableaux sont… au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg ! Un autre tableau est parti dans une collection aux Etats-Unis.

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Coin de jardin à Montgeron (1876)

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Entrer une légende (1876)

Un joli roman qui vous émeut et vous ravit.
Le livre au sort demain 4 janvier au format poche, collection « La Petite Vermillon » aux Editions de La Table Ronde.

 

Un grand merci aux Editions de La Table Ronde.

 

 

 

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Bonne année 2018 et petit bilan…

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Les douze coups de minuit ont sonné et nous sommes (déjà !) en 2018 !

Je vous la souhaite joyeuse, sereine et pleine de belles découvertes littéraires !!  🙂

L’occasion aussi de faire un petit bilan blogo-littéraire de mon année 2017 .

Cette année, j’ai écrit 62 chroniques (comme l’an dernier !), lu 60 livres (59 en 2016) et reçu une vingtaine de service presse (de bien belles surprises m’ont attendue dans ma BAL cette année, la dernière est un livre audio qui a fait le chemin depuis Belfast, avec une petite dédicace de Sam Millar ).
Je me suis offert le luxe de relire 2 livres : L’île des chasseurs d’oiseaux de Peter May qui m’a accompagné pendant mon périple sur Lewis ; et Cavalier, passe ton chemin ! de Michel Déon (à l’occasion de l’hommage qui a été rendu en octobre au Centre culturel irlandais, à l’écrivain « irlandais » qu’il était).

Globalement mon année a été ponctuée par des romans de qualité, j’ai eu peu de grosses déceptions (dans ce registre-là, plutôt des romans qu’on oublie dès qu’on les a terminés ; mais tout de même un Stephen King qui m’est tombé des mains : Carnets noirs. Le seul livre que je n’ai pas terminé.

En 2017 j’ai lu 11 romans irlandais et chroniqué tout autant  (je crois).
Je me suis procuré une trentaine de livres (achat neuf ou d’occasion, ebooks, trouvailles de boîte à livres) ; on m’en a offret 2 – eh oui, quand on est blogueur littéraire, l’entourage n’ose plus vous offrir des livres ; ceux qui bouquinent viennent plutôt vous demander conseil …).
J’ai déposé une dizaine de livres en bon état à la boîte à livres près de chez moi, qui sont partis comme des petits pains. J’étais contente d’avoir pu faire plaisir à quelqu’un !

J’ai assisté à 4 rencontres littéraires dont un festival, et je suis allée à deux salons et un lancement de roman.
J’ai vraiment passé du bon temps, en particulier au festival franco-irlandais organisé pour la première fois à Paris. C’était juste magique tous ces écrivains juste là devant nous, en petit comité pendant presque deux jours. Allez, je parie qu’en 2018, on verra paraître les traductions de Mike McCormak et Rob Doyle. Je fais un voeu pieu ! ! 🙂 🙂 J’attends aussi le prochain Dermot Bolger et le prochain Paul Lynch de pied ferme !

Allez un peu de chiffres. Un petit schéma de l’évolution de la fréquentation du blog :

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Autant de chroniques que l’an dernier mais une fréquentation en hausse ! Vous avez compulsé 6 901 fois les chroniques (contre 4 376 l’an dernier), vous avez été 3 435 « visiteurs » (contre 1 885 l’an dernier).

Une chose qui m’amuse : les « pays du blog ». En jaune, les pays qui ont atterri chez moi cette année :

Pays du blog


Je me demande toujours bêtement comment c’est possible de voir quelqu’un en Australie atterrir sur mon blog !

Puisse 2018 nous apporter, à vous et à moi, autant, sinon plus, de joie littéraire que l’année achevée ! Elle va bien commencer avec la sortie le 11 janvier du dernier Sebastian Barry : Des Jours sans fin (éditions Joëlle Losfeld) Des-jours-sans-fin et Dans les angles morts de l’Américaine Elizabeth Brundage (éditions de la Table Ronde) que je suis en train de dévorer.41wDdPK0cnL Un roman dense, une histoire de vieille ferme qui abrite bien des histoires, dans un coin paumé. Pour l’instant, j’adore. La suite, bientôt !

Et si cela ne vous suffit pas, John Banville sort sa Guitare Bleue chez Robert Laffont :

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Autre trouvaille : Laura McVeigh a grandi en Irlande du Nord. 51dohRY5cmL._SX332_BO1,204,203,200_Elle vit actuellement à Londres et s’intéresse aux droits de l’homme. Une histoire de fuite d’Afghanistan aux mains des talibans. Ca sort le 8 février. Je veux le lire !

Autre événement : Paul Auster,  le génie de la Trilogie new-yorkaise, dont La cité de verre, sort un nouveau roman, 4 3 2 1 et sera de passage à Paris en janvier. 61XTIFC5M8LJe file le voir, interviewé par François Busnel.

Slainte ! Merci à tous ceux qui ont illuminé mon année littéraire, d’une manière ou d’une autre !
Et à bientôt pour de nouvelles chroniques ! La prochaine fois je vous parlerai de Claude Monet, 51Lj+tlwQiL._SY346_avec la sortie au format poche de Deux remords de Claude Monet  de Michel Bernard : une lecture qui me fut magique. Je vous expliquerai…

 

 

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