Monsieur Viannet – Véronique Le Goaziou

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Toc ! Toc! Toc !
Qu’est-ce que c’est ?
C’est la rentrée littéraire !
Rentrez donc et faites comme chez vous !

C’est Monsieur Viannet , le dernier roman de Véronique Le Goaziou qui inaugure l’événement sur le blog !

Le pitch : « Monsieur Viannet a cinquante ans. Il vit avec sa femme dans un minuscule appartement glacial, du côté de Bastille, où les courants d’air ne chassent plus l’odeur du tabac. Monsieur Viannet a autrefois été bel homme. Monsieur Viannet a autrefois été sportif. Monsieur Viannet a fait l’armée. Monsieur Viannet a des enfants qu’ils ne voit plus. Monsieur Viannet, surtout, a été acquitté après avoir été accusé du meurtre de son père. (…) Monsieur Viannet appartient à ce qu’il est convenu d’appeler le quart-monde ».

Voici un petit extrait de la quatrième de couverture. Vous l’aurez compris, on n’est pas dans le registre feel good mais dans celui du réalisme social.  Véronique Le Goaziou est sociologue et chercheuse. Par l’entremise de la narratrice, elle nous immisce dans l’intimité du couple Viannet. Cette narratrice est « cadre dans un cabinet d’études qui réalise des sondages et des enquêtes sur des faits de société ». Elle a « été contactée par une association nationale de réinsertion sociale. Spécialisée dans l’hébergement de personnes en grande difficulté, cette association souhait[e] mener un travail sur ce [que sont] devenus ses anciens résidents ». Cependant, la narratrice, avant d’envoyer des enquêteurs sur le terrain, décide de « réaliser [elle-même] quelques entretiens ». histoire de se « faire une idée du public » et « tester les questions » . Monsieur Viannet est d’accord.

Accompagné de la narratrice, le lecteur pénètre dans le minuscule appartement de Monsieur Viannet, qui, en décapsulant bière sur bière, télé en permanence allumée, va dévoiler sa réalité. L’homme y vit avec sa femme, de père algérien. Les disputes du couple rythment le récit, qui font écho aux bouteilles de bière qu’ingurgite Monsieur Viannet. Y ajouter la fumée des cigarettes que le couple grille comme des  petits pains et vous sentez l’ambiance.
Monsieur Viannet dévoile sa vie, passée et présente. Il a tué son père (mais on comprend pourquoi au fil du récit), il a été trimbalé toute son enfance de foyer d’accueil en foyer d’accueil ; les foyers de réinsertion, à l’âge adulte, ont pris le relais quand il est sorti de prison, puis les hôtels. Sa femme a fait de la prison à 15 ans. Monsieur Viannet va vous dévoiler les conditions des centres d’hébergement, de réinsertion, etc., censé aider les gens en grande difficulté ; celle de la prison ; ses enfants placés en famille d’accueil, eux aussi ; l’endettement et son cercle vicieux. L’absurdité de la société finalement.
Une vie brisée avant même d’avoir commencé ou presque. Dès le début, à l’instar de la narratrice, vous êtes mal à l’aise.

Un roman entre questions et silences, où pourtant l’essentiel se devine en creux et vous renvoie comme un miroir toute l’absurdité du monde contemporain, de la société, pour votre plus grande horreur. Parce que Monsieur Viannet n’a rien de différent de vous, si ce n’est que sa vie a mal commencé et que les institutions et infrastructures mises en place pour aider à sortir la tête de l’eau ne sont finalement que des rouleaux compresseurs supplémentaires, à leur insu. Monsieur Viannet est vraiment un homme seul. Tout seul. « Il est complètement parti. Entre l’éveil et le sommeil. Des brumes dans le cerveau. » Monsieur Viannet est un mort vivant (d’ailleurs, il ne sort plus de chez lui), dans un logement qui est comme une nouvelle prison, à ciel ouvert. Monsieur Viannet est le marginal que vous pourriez être, vous aussi, notamment si votre vie avait mal débuté, mais pas que.

Véronique Le Goaziou ne porte pas de jugement.  Elle donne à voir avec pudeur. Un récit dialogué aux phrases courtes. La vérité n’en est que plus criante.

  Un roman à la trempe « beckettienne ».

Soyez assis quand vous lirez la fin…

Je remercie les éditions de La Table Ronde de m’avoir permis de lire ce roman en avant-première !

snoopy
Dans toutes les bonnes librairies à partir de demain, jeudi 16 août.

Voir aussi l’avis de  :  L’atelier de Ramettes

 

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Excursion – Steinar Bragi

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Traduit par Patrick Guelpa

Les vacances islandaises sont propices à vider sa PAL islandaise, qui, j’avoue, a nettement diminué ! Pendant mon road trip, j’avais embarqué deux romans : le « Arnaldur » de la précédente chronique et celui-ci. Sait-on jamais, si j’avais dû rester coincée quelque part à cause du mauvais temps… Ca bien failli être le cas dans ce joli fjord perdu de la région des Fjords de l’Ouest, où se niche une jolie « ville » :  Patreksfjöður (nous, Français, on dirait « village »). Une tempête de vent qui déclenché l’alerte jaune sur l’échelle islandaise nous faisait hésiter pour notre excursion du lendemain. En Islande, ce n’est pas tant la pluie que l’on craint, mais le vent, car il n’y a pratiquement pas d’arbres. Le lendemain, le temps était bizarre : 18 degrés à 9h du matin alors que la vieille, on atteignait avec beaucoup de mal les 9 degrés ! Ca soufflait, mais après une nouvelle consultation de la météo et avis pris auprès des locaux, on a décidé de partir quand même en excursion, quitte à revenir sur nos pas si ça se gâtait trop l’après-midi.

Bref tout ça pour dire que j’avais sorti de la valise le deuxième bouquin embarqué, d’un auteur islandais que je n’avais jusqu’à présent jamais lu : Excursion de Steinar Bragi, écrit en 2011 et publié en France en 2013. Un titre qui tombait pile poil pour un road trip. Finalement, il a fait le voyage du retour en France sans que je l’aie ouvert. Il m’a donc accompagnée cette semaine, un moyen de prolonger le voyage et d’en apprendre peut-être encore davantage sur l’île de glace…

Le pitch : deux couples d’Islandais décident de partir  en 4×4 dans les hautes terres, histoire de s’aérer les neurones. Cela dit, ils sont bizarres dès le début car ils embarquent avec eux de la came et de l’alcool. Pas franchement le genre de personnes avec qui je ferais un bivouac, je l’ai senti tout de suite ! 😉 Rapidement, les voilà en train d’errer dans leur bolide, à travers le sandur du nord du Vatnajõkull (c’est le plus grand glacier d’Islande, situé au sud-est de l’île ; et le sandur c’est une « vaste plaine situé au pied d’un massif montagneux et formée d’alluvions glaciaires », je reprends les notes du traducteur). Le brouillard tombe, la visibilité devient rapidement proche de zéro. Jusqu’au moment où c’est l’accident. Ils heurtent une maison qui n’aurait pas dû se trouver là. Déjà, je l’ai trouvé bizarre leur accident, mais bon… Le véhicule a besoin d’être réparé, ils ont de légères blessures. La maison est habitée par un couple de vieux bizarres qui leur offrent l’hospitalité mais ont la fâcheuse tendance à disparaître.

Ce livre se veut un thriller fantastique avec des éléments empruntés aux légendes islandaises. C’est ce qui m’avait attirée. Malheureusement je suis gravement restée au bord du sandur, loin de cette maison et des personnages de cette histoire. J’avoue : je n’ai rien compris ! Le récit change de narrateur au fil des chapitres : d’habitude, cela ne me pose aucun problème. Mais là j’ai été rapidement larguée. Monologues intérieurs qui digressent trop, entre flore islandaise et thématique libidineuse, le tout peut-être saupoudré de références à de vieilles légendes islandaises mais qui finalement disparaissent complètement derrière ce fatras.

Ca m’a rapidement saoulée et je m’en fichais finalement complètement de savoir si le couple avait quelque chose à voir avec des personnes cachées, s’ils étaient des trölls ou des alfes (oui, des alfes et pas des elfes qui est une déformation ; tout comme en Islande, il n’y a pas des trolls mais des trölls (ça se prononce à peu près « treuk » et ça n’a rien à voir avec les trolls norvégiens). Bref, ce n’était sans doute même pas ça l’intrigue. Car on finit par se demander où est passée l’intrigue… C’est fâcheux pour un thriller !

Excursion ratée pour moi, donc ! Ce livre m’a agacée par son fouillis qui gâche tout. De plus, je n’aime pas dire du mal de la littérature islandaise.  Pas glop, quoi !

 

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Dans l’ombre – Arnaldur Indriðason

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Traduit par Eric Boury

Eté 1941, à Reykjavik, un homme est retrouvé mort d’une balle dans la tête dans un appartement. Sur son front, une croix gammée sanglante.

Flovent, de la police criminelle de Reykjavik est chargé de l’enquête sur le meurtre de cet homme d’une trentaine d’années. Une chose qui n’est pas aisée car les meurtres sont plutôt rares en Islande. Il va donc être épaulé par la police militaire d’occupation, en la personne de Thorson. Thorson a été envoyé sur l’enquête parce qu’il est volontaire et bilingue anglais-islandais. Il est ce qu’on appelle un « Islandais de l’Ouest » : autrement dit ses parents islandais ont migré sur le nouveau continent. Thorson vit au Canada mais le fait qu’il soit bilingue est bien pratique pour les troupes d’occupation : ça permet d’être plus « près » des autochtones, de mieux communiquer…

Le récit commence par le débarquement d’un représentant de commerce dans le port de Reykjavik : Eyvindur. L’homme est dépité car il n’arrive pas à vendre sa camelote et qui plus est, son couple, avec Vera, bat de l’aile. Il se dit qu’il n’a pas les talents de « cette ordure de Felix », un camarde d’enfance, qui sait vendre tout et n’importe quoi à n’importe qui. En arrivant chez lui, les affaires de Vera ont disparu, avec leur propriétaire qui est introuvable. Flovent rentre en scène dès le deuxième chapitre avec la découverte d’un cadavre dans l’appartement de Felix. C’est la propriétaire venue réclamer son loyer qui l’a découvert…

Vous l’aurez compris, Dans l’ombre ne met pas en scène Erlendur, l’inspecteur que j’adore, mais je le savais. C’est peut-être ce qui me retenait pour me jeter dès sa sortie sur le premier volume de ce qui est en fait une trilogie. J’avais été déçue par Opération Napoléon, donc je le boudais un peu ! 🙂 La sortie en poche de Dans l’ombre et mon départ pour l’Islande a néanmoins fini par me convaincre que je ne risquais rien à essayer, ce serait quand même un bon compagnon de voyage !

L’écrivain nous plonge dans la période dite de « situation » (ástandið) qui « désigne la période où l’Islande était occupée par les troupes britanniques puis américaines (entre 1940 et 1945). Le mot renvoie également aux liaisons entre les soldats et les femmes islandaises » (note du traducteur).
Il y a des histoires de coeur, de la trahison, de la manipulation, du contre espionnage, des rebondissements, et une dimensions sociale et historique.

Un docteur influencé par son frère sur la doctrine nazie de la race pure. « Hans Lunden s’intéressait aux sagas des Islandais qui mettaient en scène la combativité, le courage et de grandes prouesses. (…) Selon lui, si les ancêtres des Islandais avaient vécu aujourd’hui, ils auraient été des surhommes doublés de génies militaires et il rêvait de les ressusciter. Il menait des études anthropologiques sur la race nordique dans un institut fondé par Himmler à Berlin (…). Il était persuadé que, quand la guerre se propagerait, les Allemands occuperaient l’Islande. Il serait possible d’engager des recherches en génétique et en anthropologie sur les Islandais et leur lien avec l’héritage ancestral germanique et les prouesses des Vikings ».  Des théories totalement délirantes et effrayantes. Ce dont Rudolf, s’apercevra trop tard : « Rudolf avait découvert au cours de son étude que les théories de Hans et des autres nazis concernant l’Islande se fondaient sur un malentendu. (…) Le sang des Islandais avait toujours été mêlé, et ce, depuis l’époque où l’île avait été colonisée ». Le problème est que les deux frères ont été auparavant totalement d’accord et pensant que l’Allemagne nazie allait envahir l’Islande, Rudolf a proposé ses services à la croix gammée. Avec la complicité d’un directeur d’école, il sélectionnait quelques élèves et procédait à des questionnaires avec l’aide d’une infirmière scolaire. Leur but était de prolonger les théories de Lombroso sur le rapport entre apparence physique et tendances criminelles. Bref, ce genre de conneries ! (J’en dit presque trop mais tout de même pas tout 🙂 ).

Il y a de la manipulation mentale à gogo. Et les femmes ne sont pas en reste. Arnaldur n’y va pas de main morte avec les femmes qu’il met en scène. En particulier Vera, un coeur d’artichaut reine de la manigance qui ferait tout pour ne pas passer le reste de sa vie à plumer des eiders (oui, ces canards dont les plumes font d’excellents édredons !) ou cuire des kleinur (beignets islandais), traire les vaches, vivre comme une paysanne et une esclave domestique. (l’avenir n’était pas glorieux pour les femmes, certes !) Les soldats, qu’ils soient britanniques ou américains, c’est bien pratique pour tenter de s’offrir un avenir meilleur. Bien plus qu’un représentant de commerce désargenté… J’ai trouvé que le personnage était assez caricatural, un peu trop. Elle n’est vraiment pas sympathique et ça ne sert pas sa cause.

Il faut dire que la pauvreté n’épargne pas l’Islande. Le quartier des Polarnir, à la lisière de Reykjavik, c’est là qu’a vécu Eyvindur enfant. Un quartier né pendant la Première Guerre mondiale, destiné aux familles en difficulté : des hébergements d’urgence qui avaient perduré, où des personnes y vivaient dans des conditions misérables, où bagarres, disputes dues à des consommations excessives d’alcool y éclataient régulièrement…

Alors, qui a tué cet homme dans l’appartement ? Ces femmes et hommes de l’ombre, dans cette Islande de la « situation », vont donner du fil à retordre à Flovent et Thorson.

J’avoue que l’on retrouve du grand Arnaldur Indriðason  !
Un polar bien documenté, comme toujours dans les livres Arnaldur Indriðason, mais aussi bien construit, qui vous plonge dans l’ambiance de l’Islande des années 40. Une bonne dose de suspense jusqu’à la dernière page, qui laisse présager une suite… Il me reste donc à découvrir les deux autres volumes de la trilogie.

En tout cas, Erlendur revient pour la rentrée littéraire, avec Les fils de la poussière, et ça c’est une rudement bonne nouvelle aussi ! C’est le premier roman écrit par Arnaldur. ♥
Affaire à suivre !
NB : pourquoi les éditeurs ne respectent pas la lettre de l’alphabet islandais :ð (Ð pour la majuscule) (qui se prononce comme le « z » dans « the » et non [d] comme n’importe quel D.  ? Si j’arrive à le mettre sur un blog, on doit pouvoir le mettre sur un livre imprimé, non ? J’ignorais cette différence phonétique auparavant. Mais c’est aussi à que servent les voyages : apprendre quelques rudiments linguistiques (je dis bien rudiments car je ne parle toujours pas islandais à part « bonjour », « merci », « au revoir », et « salut tout le monde » : les mots magiques qui ne paraissent rien mais qui font souvent plaisir à vos interlocuteurs. C’est pas compliqué ! 🙂 Et j’ai été surprise de croiser des Islandais parlant français, pas des wagons mais sans doute plus que n’importe quel pays plus proche de nous.

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Le rouge vif de la rhubarbe – Auður Ava Ólafsdóttir

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Traduit par Catherine Eyjólfsson

Ágústina est née dans une voiture. Sa mère, passionnée par les oiseaux migrateurs, est un pigeon voyageur. Chercheuse, elle a confié Ágústina aux bons soins de Nína. La jeune fille, contrairement à sa mère, ne peut pas se déplacer facilement, ni voyager : ses jambes ne sont pas assez solides pour la porter, il lui faut l’aide de béquilles. Pourtant, elle aime de réfugier dans le jardin de rhubarbe, un jardin perché « dont nul ne connaît l’origine et que personne ne se soucie de cultiver ». Son rêve est de gravir la montagne de 844 mètres au flanc duquel est blotti le village, « à un emplacement défiant l’entendement » (ce n’est pas ce qui manque en Islande !). Pendant ce temps, Nína mitonne de bons petits plats…

Une histoire bâtie sur des contrastes, entre la mobilité perpétuelle des parents d’Ágústina, chercheurs-voyageurs qui se soucient bien peu de leur fille et le handicap de celle-ci, chouchoutée par Nína, férue de cuisine. Boudin de moutons, confiture de rhubarbe, petits gâteaux et tant d’autres plats vous passeront sous les yeux…
« Pour huit kilos de rhubarbe, il fallait autant de sucre. Cette proportion pouvait toutefois varier d’une ménagère à l’autre. Sucre, cuisson, calibre et taille des morceaux, texture, couleur, tout dépendait de l’imagination, du caractère et du temps disponible de chacune ». « La saison du boudin succédait à celle des confitures de rhubarbe. De couleur rose, presque phosphorescent quand on le verse, le sang de mouton suscitait à chaque automne une attente fébrile. » « Nína prépare un stage de couture pour ce soir. Dans la cuisine, armée d’une cuiller en bois, elle mélange de la pâte dans un bol. En pantoufles, les bas roulés sur les chevilles, on entrevoir çà et là des veinules bleues sous sa jupe. Elle offrira des gâteaux avec le café (…) ».

Un roman d’apprentissage singulier, coloré, gustatif, et contemplatif, porté par une écriture poétique douce.
J’avais beaucoup aimé Rosa Candida, livre qui a fait connaître Auòur Ava Ólafsdóttir aux lecteurs francophones. Celui-ci est antérieur, le tout premier qu’elle a écrit, il me semble. J’ai préféré Rosa Candida, je n’ai peut-être pas saisi toute la portée cette histoire. Néanmoins j’ai apprécié la qualité de l’écriture et me suis attachée à cette adolescente rêveuse, lectrice, au caractère assez volontaire pour réaliser son rêve et à sa mère de substitution, grande cuisinière.

Une mélodie islandaise du bonheur.

 

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La tristesse des anges – Jón Kalman Stefánsson

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Traduit par Eric Boury

J’avais dévoré Entre ciel et terre qui nous embarquait à travers la Mer Glaciale, en Islande, avec comme compagnons de route un pêcheur poète, Bàrður et le gamin.  Les anges dorment dans ma bibliothèque depuis plusieurs années, j’attendais le bon moment pour les réveiller et renouer avec Jón Kalman Stefánsson (on n’était pas en froid du tout, cela dit ! 😉 ), écrivain islandais ô combien singulier et stupéfiant ! Je pense que ma chronique ne sera pas à la hauteur de tous les trésors cachés dans ce roman.

Tous ceux qui ont lu Entre ciel et terre savent ce qui est arrivé à Bàrður. On retrouve ici le gamin, recueilli depuis trois semaines par Helga. Débarque, un cavalier : c’est « Jens le Postier sur un cheval de glace, il veut voir Helga »,  » le gel l’a collé au cheval ». « Helga et le gamin ne doivent pas épargner leurs forces pour le détacher de sa monture, le gel  d’avril l’a figé instantanément, le cheval et l’homme se sont si parfaitement unis l’un à l’autre que Jens ne pouvait plus bouger ». Le gamin est vite intrigué par ce géant taiseux. Le gamin qui découvre la poésie et le désir. GeirÞrúður avec sa chevelure « aussi sombre que décembre », et surtout Ragnheiður aux dents blanches « telles des blocs de glace derrière le rouge de la chair », celle qui, « suçant une friandise avec lenteur », lui fait un de ces effets… : « Ainsi s’étaient écoulées mille années. L’Islande avait été colonisée. Ou peut-être deux mille. Jésus avait été crucifié, Napoléon avait envahi la Russie ». 🙂

Jens quant à lui se voit obligé de repartir, direction des dangereux fjords du Nord. Le gamin décide de l’accompagner. Le gamin bavard et le géant qui n’aime pas parler. Un couple atypique, qui finalement va s’épauler, se raconter jusque dans leurs failles intimes et leurs blessures secrètes, mais aussi se disputer, pour mieux se rabibocher, n’ayant d’autre choix que de se raccrocher l’un à l’autre car la tristesse des anges, personnage à part entière du roman va leur mener la vie dure !

La tristesse des anges, c’est la neige qui s’engouffre partout, avec l’aide de son inséparable ami le vent. La tristesse des anges façonne des mirages, fait naître des fantômes, redonne vie aux morts. C’est celle qui fait chanter les montagnes. C’est la nature à l’état brut et sauvage.
On trouvera des fermes sur le chemin, on trouvera des familles qui vous ouvriront leurs portes.

Un roman qui va vous rafraîchir. Un livre à la fois poétique, zen et tragique. Une écriture qui délie des lignes qui vous enveloppent pour vous happer, vous soustraire au réel.

Jón Kalman Stefánsson n’oublie pas cependant de vous fera sourire. « Par un temps comme celui-ci, on n’y voit rien du tout, cela je peux vous l’assurer, on ne voit pas plus le trou de son cul que celui de son voisin, le blanc est omniprésent et on ne distingue plus l’air de la terre (…) ».
Des scènes cocasses se lovent dans des situations périlleuses, les barbes ça gèle et pour en savoir plus, vous devrez lire le livre ! Je vous conseille de vous installer dans un coin bien calme, loin de la foule déchaînée et hurlante (vous voyez sûrement ce que je veux dire en ce moment) et la magie opère.

Jón Kalman Stefánsson parle de la vie et de la mort, d’amour perdu, d’amour des livres, de jolies choses tristes et belles. Il me reste une interrogation à la fin de l’histoire…

De la vraie belle littérature !

Je compte bien lire la suite, Le coeur de l’homme, qui clôt cette trilogie qui se passe au début du 19e siècle. Et puis tous les autres de l’auteur : D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds , A mesure de l’univers (tous disponibles au format poche, chez Folio) et Ásta (qui sort pour la rentrée littéraire).

 

 

 

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Jón l’Islandais – Bruno d’Halluin

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Aujourd’hui, je vous entraîne de nouveau vers l’Islande. A la fin du 15e siècle. Ca vous branche ? Alors suivez-moi, d’autant qu’il fait tellement chaud qu’un peu de fraîcheur ne peut pas faire de mal ! 🙂

Jón est un enfant islandais de sept ans. Un jour il est enlevé par des Anglais qui l’emmènent à Bristol pour en faire un domestique, chose apparemment assez courante au 15e siècle, paraît-il ! Jón se fait la promesse de retrouver sa mère, une Islandaise du Groeland.
Le temps passe, Jón est souvent envoyé par ses maîtres faire des commissions sur le port. A force, il finit par lier connaissance et devient l’ami d’un Gallois qui lui apprend le métier de tanneur. Jón multiplie les connaissances, rencontre des Irlandais, des Ecossais des Hébrides (!) et un autre jeune Islandais, de quelques années son aîné, lui aussi-kidnappé par les Anglais. Ce nouvel ami rêve de revoir son île natale. L’occasion fait le larron, voilà tout ce petit monde qui s’évade sur un rafiot, direction l’Islande. Mais un rafiot qui prend l’eau… N’empêche, l’équipage échoue au sud de l’île de glace de de feu. Jón découvre sa terre natale dont il ne se souvient pas en traversant le pays du sud vers les fjords de l’Ouest. Il s’établit pour un temps à Skard, dans le Breidafjord, puis se rend sur les îles qu’abrite ce fjord : Flatey et les Bjarneyjar. Jón s’émerveille de la puissance et de la beauté de la nature; il est surpris de ce que mangent les Islandais ; il s’intéresse au folklore et à l’histoire, il apprend le métier de pêcheur, faute de pouvoir devenir fermier. Il cherche sa mère, se renseigne et fini par devoir reprendre la route, direction les Açores via le Portugal ! Vous parlez d’un périple !

Nous sommes à la fin du 15e siècle… ça ne vous rappelle rien ? Vous savez, il y a un type qui est censé avoir découvert l’Amérique même si dans sa tête c’était les Indes… Oui, c’est bien de Christophe Colomb dont il est question, à la même époque que celle de Jón !
Bruno d’Halluin en profite pour faire le parallèle entre le Génois et les voyages des Vikings… 5 siècles avant Christophe Colomb. Ainsi, les Vikings venus de Scandinavie, sous la houlette de Erik Le Rouge ont débarqué au Groenland vers l’an 1000 et s’y sont installés pendant 5 siècles, après avoir colonisé l’Islande. Ils s’appelaient les Groenlandais, d’où a été tiré la saga du même nom et celle d’Erik Le Rouge. Ils ont bien essayé également de s’installer au-delà du Groenland, dans ce qu’ils appelaient le Vinland et le Markland (aujourd’hui c’est sans doute le Labrador et Terre-Neuve (et aussi Helluland qui est la Terre de Baffin), mais se sont heurtés aux indigènes, à savoir les Amérindiens. Donc ils n’ont pas pu y rester. En revanche, au Groenland, ils ont cohabité à peu près pacifiquement avec les Inuits. Cinq siècles plus tard, Jón apprendra de la bouche de sa mère la fascination de son père pour ce peuple qui du temps de Jón étaient appelés « Skrælings » (terme péjoratif, néanmoins).
Et puis, on ne sait pas vraiment pourquoi, les Vikings du Groenland ont disparu. La Scandinavie avaient d’autres problèmes pour s’occuper d’eux, les puissances européennes aussi. Bref, à l’instar de l’Islande, cette île à la marge du monde, on les a relégué aux oubliettes. On pense que les conditions de vie étaient devenues trop difficiles (il y a eu un mini âge glaciaire au 15e siècle). Mais peut-être ont-ils été également affaibli par les épidémies (la peste frappe deux fois l’Islande au 15e siècle). Mais la cause réelle scientifiquement prouvée reste non élucidée.
Bruno d’Halluin rend un formidable hommage à ces Islandais du Goenland. A ce titre, la fin du roman est émouvante !

Ce roman est aussi l’occasion pour l’auteur de nous montrer la suprématie des grands propriétaires fermiers sur les pêcheurs. Il n’y avait pas de villages en Islande, mais des fermes dont les riches propriétaires faisaient la loi. Etre pêcheur était un travail de pauvre.

On tâte aussi la rudesse de la vie dans les îles du Breidafjord : une vie encore plus difficile que pour les Islandais de la « Grande Terre ». Pas d’arbres ou si peu en Islande. Donc, le bois flotté était le bienvenu pour construire barques ou autres bricoles. Les Islandais récupéraient ce qu’ils pouvaient des épaves qui s’échouaient (comme dans les îles Blasket en Irlande, d’ailleurs). Pas de moutons, pas de laine, pas de métier tisser dans les îles. Les gens sont habillés comme des gueux, avec des loques !Mais là, Jón a une sublime idée qui fera enrager le fermier du coin…

Enfin, Bruno d’Halluin vous immergera brièvement dans le folklore islandais, le petit peuple qui se cache derrière les magnifiques paysages de l’île.

Si vous aimez vous évader en lecture et apprendre au passage une foule de choses, ce roman est pour vous ! Je me suis régalée !
Un roman dense, avec beaucoup de personnages et de peuplades mais qui se lit très facilement. On est happé par l’histoire, très bien écrite, et documentée. Ca m’a passionné !

Bruno d’Halluin est français, écrivain-voyageur. Dans la vie, il est informaticien et prend souvent des congés sabbatiques pour voyager, par les mers à bord de son bateau, si j’ai bien compris. Ce livre a été publié en 2010 aux éditions Gaïa. Comme vous le voyez sur la couverture, il a été primé. Il était dans ma PAL depuis 2012 : on ne soupçonne jamais les trésors non lus qu’on a dans sa bibliothèque !

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Rentrée littéraire irlandaise automne 2018

Certains ont déjà la chance de pouvoir plier les bagages direction le repos et préparent les livres qui les accompagneront. Pourtant, je peux vous dire que la rentrée littéraire d’automne pointe déjà son nez dans les boîtes aux lettres des blogueurs et dans les catalogues des éditeurs.
L’occasion fait le larron, voici mes trouvailles irlandaises et il y en aura certainement d’autres, mais je me contente de ce qui me paraît intéressant et que j’ai l’intention de lire, ce blog n’étant pas un catalogue ! 🙂 J’ajouterai mes trouvailles au fur et à mesure, si d’autres se présentent, dignes d’intérêt.

Le 23 août Roddy Doyle revient – et ça fait du bien de le revoir!-, avec Smile  (traduit par Christophe Mercier) :

 

Présentation éditeur : « Victor Forde vient de se séparer de sa compagne, Rachel Carey, le grand amour de sa vie. Il retourne vivre dans le quartier dublinois de son enfance, près de la mer, où il s’installe dans un immeuble moderne abritant essentiellement des émigrés d’Europe de l’Est. Il se force à se rendre tous les soirs dans le même pub, comme «on irait à la salle de sport ou à la messe». Il y rencontre un certain Ed Fitzpatrick, qui lui assure être un ancien camarade de classe. Il ne se souvient pas de lui mais a une sensation désagréable en sa présence, sans réussir à s’expliquer pourquoi. Ils se croisent régulièrement au pub : Ed recherche une complicité, il revient sans cesse sur leur passé d’écoliers chez les frères chrétiens. 
Victor se bat avec sa mémoire et refuse de toute évidence des pans entiers de son passé. Ed Fitzpatrick, suspect, voire sinistre, agit sur lui comme un révélateur et l’oblige à affronter la réalité. »

Celles et ceux qui ont lu et apprécié (comme moi), le premier roman de Lisa McInerney l’an dernier seront ravis d’en lire la suite, avec Miracles du sang. (traduit par Catherine Richard-Mas) à partir du 6 septembre. Attention, humour qui déménage chez cette auteure !

Le 13 septembre, un nouvel auteur irlandais arrive en France, aux éditions Sabine Wespieser (éditrice de Nuala O’Faolain, Edna O’Brien, Claire Keggan, vous voyez, que du bon aussi !) Donc, bienvenue à Conor O’Callaghan avec Rien d’autre sur terre (traduit par Mona de Pracontal) !

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Je reprends la biographie éditeur pour vous présenter l’auteur :
« Conor O’Callaghan, né en 1968 à Newry, en Irlande du Nord, a grandi à Dundalk, une petite ville proche de la frontière. il partage aujourd’hui son temps entre Dublin et l’université de Sheffield, où il enseigne. Poète reconnu, il a publié en Irlande et aux États-Unis cinq recueils depuis 1993, et dirigé un important festival de poésie en Irlande. Nothing on Earth (Rien d’autre sur terre) est son premier roman, paru en anglais en 2016. »

Extrait de la présentation éditeur du roman : « Quand il ouvre à la gamine terrifiée par la disparition de son père, le prêtre et narrateur de ce troublant premier roman en sait déjà long sur elle. Le village entier se perd en conjectures sur cette famille pas comme les autres, revenue depuis peu en Irlande et installée dans le pavillon-témoin du lotissement en construction. 
Mais personne ne les connaît vraiment. Les bribes de confidences livrées par la petite fille, dans son anglais aux intonations bizarres, n’en révéleront pas beaucoup plus sur l’atmosphère inquiétante de la maison : les portes y claquent sans raison, l’électricité est subitement coupée, des objets se volatilisent, avant les habitants eux-mêmes… Tout cela sous une chaleur caniculaire, où le temps s’étire en d’insolites séances de bronzage, où des mots apparaissent, écrits sur la poussière des fenêtres, et où l’irrespirable air nocturne est empli de bruits étranges (…). »

Et puis, grosse surprise : j’ai lu plusieurs romans jeunesse de John Boyne et voici, je crois son premier roman en littérature blanche : Les fureurs invisibles du coeur  (traduit par Sophie Aslanides) paraît le 22 août aux éditions JC Lattès  :

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Présentation éditeur : « Cyril Avery n’est pas un vrai Avery et il ne le sera jamais – ou du moins, c’est ce que lui répètent ses parents adoptifs. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ?
Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif d’un couple dublinois aisé et excentrique par l’entremise d’une nonne rédemptoriste bossue, Cyril dérive dans la vie, avec pour seul et précaire ancrage son indéfectible amitié pour le jeune Julian Woodbead, un garçon infiniment plus fascinant et dangereux.
Balloté par le destin et les coïncidences, Cyril passera toute sa vie à chercher qui il est et d’où il vient – et pendant près de trois quarts de siècle, il va se débattre dans la quête de son identité, de sa famille, de son pays et bien plus encore.
Dans cette œuvre sublime, John Boyne fait revivre l’histoire de l’Irlande des années 1940 à nos jours à travers les yeux de son héros. Les Fureurs invisibles du cœur est un roman qui nous fait rire et pleurer, et nous rappelle le pouvoir de rédemption de l’âme humaine. »

Trouvaille intéressante du mois d’août : Jo Spain, dont le premier polar traduit sera disponible en septembre ! J’ai hâte de lire cette nouvelle auteure irlandaise, qui sera d’ailleurs présente au premier festival du polar irlandais au Centre culturel Irlandais, à Paris. Youpi ! Pour plus d’infos, c’est ici.
Le visuel de l’édition française n’est pas encore disponible, donc je vous mets la VO :
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Voilà de quoi contenter lecteurs et lectrices affamés de bons plans littéraires irlandais ! J’espère en voir au moins un dans ma PAL pour le Grand Prix ELLE ou avoir la joie d’en découvrir un autre par ce biais (fingers crossed !)

Et pour terminer un petit bilan perso de toutes mes lectures de nouveautés irlandaises depuis la précédente rentrée littéraire de l’automne 2017 dont vous trouverez les chroniques, évidemment :

Hérésies glorieuses, de Lisa McInerney ;
Des jours sans fin,  de mon chouchou Sebastian Barry ;
Killarney Blues, de Colin O’Sullivan ;
Dans la nuit fauve, de Sara Baume ;
Les étoiles silencieuses, de Laura McVeigh ;
Une fille facile, de Louise O’Neill
(J’ajoute la BD adapté de Mon traître, de Sorj Chalandon)
J’ai lu aussi , avec quelques mois de retard Au scalpel, de Sam Millar paru en avril 2017, soit juste avant la précédente rentrée littéraire d’automne.

Et ce ne fut que de l’excellente pioche ! J’ai donc hâte de replonger dans d’autres découvertes littéraires irlandaises, sachant qu’avec le Grand Prix, ça ne va pas être facile non plus et que mon challenge PAL Irlandaise est un flop absolu, puisque j’ai à peine commencé le recueil de nouvelles Les amants de Liam O’Flaherty qui est pourtant excellent.  Il faudrait me greffer deux yeux en plus, un cerveau et me rallonger les journées ! Mais j’ai bon espoir !

En ce moment je suis littérairement en Islande et je vous en reparle bientôt…

 

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Tourner la page – Auður Jónsdóttir

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Traduit par Jean-Christophe Salaün

J’entame un cycle littéraire islandais pour préparer mes vacances et me permettre de patienter jusque-là, parce que les dernières semaines sont les plus longues, c’est bien connu ! Un bon moyen aussi de vider ma PAL dédiée qui s’accumule depuis trop longtemps et de renouer avec une littérature que j’apprécie depuis de nombreuses années. Je suis curieuse, donc je me lance souvent vers l’inconnu. Ce jour-là, en librairie, je retourne ce bouquin avec une jolie couverture et je lis ceci :

« Eyja, 23 ans, est une jeune fille merveilleuse mais qui fait toujours les mauvais choix. Comme celui de quitter la paisible campagne familiale pour Reykjavik et d’épouser un ivrogne de l’âge de ses parents, qui empoisonne son quotidien.
Parce qu’elle pense qu’elle mérite mieux que ça, sa grand-mère, déterminée à la bousculer, lui offre un nouveau départ : 100 000 couronnes dans une enveloppe si elle quitte son mari et accepte de partir en Suède avec Rúna, son audacieuse cousine des fjords. Il est grand temps pour Eyja de prendre soin d’elle, d’oublier, de reprendre l’écriture de son roman entamé depuis des années. Et puis peut-être enfin de tourner la page. »

Escapade, confrontation culturelle entre l’Islande et la Suède en perspective, roman en cours d’écriture planqué au fond d’un tiroir, mari à la noix à larguer. C’était bien tentant.  Je me lance dans ce bouquin de presque 500 pages.
Très vite on est confronté à des personnages qui portent de drôles de noms : La Reine du Ski ; La Fille aux yeux d’oiseau marin, Le Coup de Vent (= le mari d’Eyja 🙂 ) et j’en passe. Une grand-mère qui a tout de Ma Dalton. Une jeune héroïne larguée dans la vie, qui n’arrive pas à choisir entre le lard et le cochon mais qui est bien d’accord pour se faire la malle, histoire de reprendre l’écriture de son roman dans un coin plus calme. Faut dire que ça picole sec dans son entourage et ça s’agite beaucoup.
On attend donc qu’elle parte en Suède, qu’elle se mette dans l’avion. On attend, mais trop longtemps. A tel point que j’ai cru à un moment que la quatrième de couverture était erronée.
La grand-mère doit passer à la banque. Mais là aussi, on se demande si un jour, ça va arriver.
Et le mari Coup de Vent, il dit quoi de tout ça ? Ben, à la limite on s’en fiche
Au bout de 200 pages d’ailleurs, on se fiche de tout : de l’écriture du roman, que Eyja parte ou pas en Suède, qu’elle largue son mari, que la grand-mère fasse sauter la banque… On a hâte de tourner la page !

Ce roman est du genre déjanté, mais qui vous fait perdre le fil parce que c’est très fouillis. On glane par-ci par-là quelques trucs sympas sur l’Islande, comme la « légende » les chevaux d’eau ; une allusion à La Saga de Njáll le Brûlé ; l’Islande post-krash économique et sa révolution des casseroles ; les chipotages avec les Suédois. Mais le problème c’est qu’on a tout en vrac sans lien faisant sens assez visibles. C’est dommage : l’intrigue se trouve complètement noyée. Je me suis accrochée comme une dingue pour terminer ce roman pourtant admirablement écrit (et traduit).

J’ai cherché à savoir qui était Auður Jónsdóttir après avoir terminé le livre : elle est la petite-fille de Halldor Laxness, prix Nobel islandais de littérature, rien que ça ! Elle a écrit 6 romans, (celui-ci est le premier à être traduit en français) et déjà reçu plusieurs prix littéraires.

Je suis passée totalement à côté de celui-ci, fichtre ! Ma curiosité littéraire cependant pas entamée et je sais qu’il me reste encore tout plein de romans de l’île de glace et de feu à découvrir. Les publications s’accélèrent en ce moment, à moins que ce soit moi qui n’arrive pas à suivre le rythme. 🙂

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Mon dernier continent – Midge Raymond

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Traduit par Carole Hanna

J’ai repéré par hasard ce roman dont je n’avais jamais entendu parler. Un roman qui se passe en terre australe, en Antarctique, très précisément, c’était pour moi !

Deb est une scientifique qui a dédié sa vie à l’étude des manchots, ceux de toutes les espèces qu’on trouve sur le continent blanc du pôle sud. Chaque été, la jeune femme emmène les touristes fortunés et en mal de sensation visiter cette terre qui lui est chère, mais tellement fragile. Un moyen pour financer la recherche. Chaque année, de plus en plus de personnes font la traversée en bateau pour visiter l’Antarctique, mettant toujours davantage en péril le fragile écosystème. Deb est tout à fait conscience de la contradiction qu’il y a d’emmener des touristes et la volonté de préserver l’environnement. Mais sa passion pour les manchots fait le reste. Et puis, chaque année, elle retrouve un autre passionné en la matière, Keller, dont elle est amoureuse. Deb est célibataire, avec des hauts et des bas et une vie sentimentale qui est plutôt un naufrage. A l’image de ce qui va réunir les deux personnages, dans ce roman qui fini comme Le Titanic .

J’ai beaucoup apprécié la dimension écologique de ce livre, l’attention que porte Midge Raymond sur la nécessité absolue de préserver le fragile Antarctique et sa population de manchots. Un roman d’ailleurs, où l’on en apprend un rayon sur toutes les espèces de manchots : les manchots Adélie, les manchots à jugulaire, les manchots empereur etc.
J’ai détesté ces touristes qui viennent piétiner l’Antarctique juste pour dire « J’y suis allé », au mépris le plus souvent de toute consigne de sécurité.

Je me suis un peu attachée à l’héroïne au début, mais au fur et à mesure, j’ai trouvé que le personnage manquait d’épaisseur : trop mièvre à mon goût. Elle a une fâcheuse tendance aussi à sauter sur tout gente masculine qui se présente, un peu comme si elle avait le feu où vous voyez… Ca devient risible et ridicule. Le must étant celui avec qui elle couche une nuit, après lui avoir sauvé la vie, pour le retrouver mort le lendemain matin parce qu’il se suicide. Je ne savais pas trop si je devais rire ou pleurer, mais j’ai finalement beaucoup souri devant l’incongruité de la chose.
La dimension bluette mièvre prend trop le dessus dans l’histoire et finit par tout gâcher. En achetant le livre, je n’avais d’ailleurs pas trop fait attention au titre, c’est dommage !
J’ai terminé ma lecture un peu comme le naufrage de l’histoire, façon Titanic-glou-glou !

L’autre problème c’est le découpage temporel complètement chamboulé qui fait qu’on ne sait plus où on en est. Genre « Une semaine avant le naufrage »; puis « Quatre ans avant le naufrage » ; « Dix mois avant le naufrage «  . D’habitude ce genre de procédé ne me pose pas de problème. Mais ici, on finit par ne plus trop savoir où on en est.
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Reste le sympathique voyage en Antarctique.

Un roman qui plaira aux amateurs de voyages glacés et de bluette midinette triste.
Un livre qui sensibilise aux dangers du réchauffement climatique et du tourisme de masse sur le fragile écosystème de l’Antarctique. C’est ce qui fait la force de ce roman, qui souffre cependant d’un manque de profondeur pour son intrigue et ses personnages.

Quant à la différence entre un pingouin et un manchot : un manchot est un oiseau marin qui ne sait pas voler. En anglais, penguin désigne ce qu’en français on nomme « manchot ». 🙂

 

 

 

 

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Jurée pour le Grand Prix des Lectrices de ELLE 2019

Cette année, pour une fois, je n’ai pas oublié les dates d’inscription pour candidater comme jurée littéraire pour le fameux Grand Prix des Lectrices de ELLE.

Grand bien m’en a pris  car une bonne nouvelle m’attendait dans ma boîte mail en fin de semaine :

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Comme je le dis en présentation du blog, j’ai déjà été jurée en 2011 et j’en garde une formidable expérience ! En 2011, c’est Sebastian Barry qui m’a porté chance avec Le testament caché (éditions Joëlle Losfeld).
Cette année, c’est Dans les angles morts d’Elizabeth Brundage (éditions de La Table Ronde)  que j’ai choisi de présenter. J’ai repris ma chronique écrite ici, je l’ai retravaillée et j’ai tout envoyé. Et voilà : je récidive et j’en suis très contente et impatiente de commencer l’aventure, de découvrir les livres qu’on va nous envoyer, de rencontrer quelques auteurs et tout et tout. Bref, je suis en mode YOUPI depuis 4 jours après avoir pleuré de joie. 🙂

En 2011, nous avions décerné le Grand Prix
catégorie roman à La couleur des sentiments de Kathryn Stockett ;
nous avions décerné 2 prix ex-aequo catégorie documentaire à Anne-Marie Revol pour Nos étoiles ont filé et à Benjamin Stora pour Algérie 1954-1962 : lettres, carnets et récits des Français et des Algériens dans la guerre, deux ouvrages qui méritaient vraiment un prix ;
catégorie policier, La maison d’à côté de Lisa Gardner (l’un des rares livres que je n’avais pas aimé du tout en ce qui me concerne).
Je me rappelle que les livres que l’on avait lus étaient d’une grande qualité.

Je maintiens tous mes partenariats et la rentrée littéraire commence aussi à arriver doucement en boîte mail et en boîte aux lettres. La valise des livres de l’été va donc être un peu particulière cette année mais avant tout allier plaisir, curiosité et écriture. Ce qui ne va pas m’empêcher d’aller randonner dans l’île d’Erlendur, un personnage que l’on ne présente plus, n’est-ce pas ? Rien de tel pour s’aérer les neurones et réfléchir en marchant sur les lectures en cours. 🙂
En attendant, les vacances c’est pas pour tout de suite, et il me reste un sacré paquet de boulot à abattre avant de mettre les voiles, qui n’a pas grand chose à voir avec la critique littéraire !
Affaire à suivre, je chroniquerai sans doute quelques livres de la sélection ici.

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