Rien d’autre sur terre – Conor O’Callaghan

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Traduit par Mona de Pracontal

Un lotissement poussiéreux, en cours de construction mais déjà mort avant d’avoir eu le temps de naitre. Une chaleur harassante qui fond le bitume et brûle la peau. Nous sommes dans le Far West américain. Nous sommes quelque part en Irlande. 🙂 (Ca commence fort !)  Une porte dont « le bois trembl[e] sous les coups » par « un mois d’août le plus chaud de mémoire humaine ». « De l’autre côté de la porte sur le seuil au milieu de nulle part, se [tient] une histoire que tout le monde connaissait déjà. » Le premier personnage de cette histoire est « une gamine d’une douzaine d’années. (…), essoufflée, la peau sur les os », « le ventre, le sternum, et la naissance des côtes à l’air. (…). « Les dents jaunes, les ongles noirs et trop longs. Sa peau (…) brûlée par le soleil (…). « De vrais mots (…)griffonnés sur sa peau par douzaine, en bleu, effilochés sur les bords, brouillés par la sueur et quasiment illisibles (…) ». Cette gamine paniquée, vient signaler la disparition de son père, au narrateur qu’elle ne connaît pas, mais qui habite non loin dans ce lotissement déglingué, dans un « banal pavillon des années 1970 en bordure de la départementale ». Elle sait à peine comment elle s’appelle, « Helen (…). Ils disent ça ». La narrateur l’interroge sur la disparition : « Il est là, derrière toi et la fois d’après il avait disparu. » Cette gamine parle un anglais « lyophilisé », « comme si chacune de ses phrases sortait de l’emballage sous vide où elle était restée des années durant et s’avérait presque trop bien conservée. » Une bien étrange apparition !

« Etrange », est l’un des qualificatifs qui vous poursuit pendant toute votre lecture. Le narrateur appelle le poste de police local pour signaler ce qui arrive. On ne sait pas grand chose de plus sur le narrateur, si ce n’est que c’est un homme d’église. Des indices nous indiquent les préludes d’un nouveau drame.
Le chapitre suivant plonge dans l’histoire de cette famille irlandaise vivant dans cette « zone en friche ». Une famille partie à l’étranger, (« au-delà », comme ils disent), puis revenue, logeant dans un pavillon-témoin. Paul et Helen, leur fille sans prénom, et la soeur jumelle d’Helen, Martina, qui les suit partout comme une sangsue. Une famille mystère dont personne ne sait grand chose mais dont tous les journaux ont parlé ensuite. Flood, le géant barbu en chemise à carreaux, entrepreneur qui loge la famille ; Marcus, son neveu, « jeuneot » aux cheveux peroxydés chargé du gardiennage de nuit, dans une caravane en haut du lotissement ; Slaterry, l’ancien propriétaire du terrain. Tout est étrange dans ce lotissement où la famille est la seule résidente, dans ce pavillon-témoin, même si Flood annonce qu’une famille des Midlands doit venir y habiter bientôt, « simple question de jours ». La nuit, on entend des bruits sourds et répétitifs,  sans être capable d’identifier leur provenance, des portes qui bougent. Peut-être les Polonais qui habitent pas loin. Les Polonais que Paul prétend avoir vus. Mais seulement lui. Des objets se volatilisent. Helen disparaît et c’est l’engrenage jusqu’à ce que la gamine vienne secouer la porte du narrateur.

Le livre que nous lisons est l’histoire écrite par cet homme d’église à la demande de son frère, lui demandant d’écrire sur ce qu’il a vu, après l’accusation dont il a été victime. « Accrochez-vous à une histoire assez longtemps et l’histoire ne vous lâchera plus. Elle est devenue comme un jardin privé où je retourne dans ma tête et m’assieds seul. J’y apporte des modifications de temps en temps : je taille ici, plante ailleurs. J’ai tellement retouché que je ne peux plus discerner avec certitude entre les fleurs qui étaient là et celles que j’ai introduites. J’ai pris l’ossature de la gamine et j’y ai planté des couleurs, des textures, des faits accessoires dont elle n’avait sûrement pas pu me faire part devant ma cheminée. »

Conor O’Callaghan est poète. Il est né en Irlande du Nord en 19698. Rien d’autre sur terre est son premier roman paru en VO en 2016.
Une plume à la forte puissance suggestive, dont le magnétisme inquiétant vous emporte. Un roman d’ambiance à la lisière du gothique (à moins qu’il n’y soit totalement, d’ailleurs!). Une atmosphère de Far West à la poussière caniculaire aussi, où une famille habitant un lotissement fantôme nourrit tous les fantasmes. J’ai adoré ! Parfaite lecture pour Halloween si vous voulez découvrir de la vraie belle littérature irlandaise à cette occasion !

« Une poussière orange, venue du chantier, recouvrait absolument tout : les fenêtres, les meubles, les bouteilles et les boites de conserve, leurs emballages et même les assiettes sales dans l’évier, les chaises longues à l’arrière, les enveloppes dans le hall. »

Un auteur ensorcelant à suivre, c’est certain !

snoopy

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Ici, les femmes ne rêvent pas – Rana Ahmad

81GN1jyR3SLTraduit de l’allemand par Olivier Mannoni

« Les femmes saoudiennes n’iront pas en enfer, il y a longtemps qu’elles y vivent. »
Hamza Kashgari, poète saoudien.

Ma participation au Grand Prix des Lectrices Elle me fait sortir de ma zone de confort. Je le savais déjà, puisque c’est la deuxième fois. Mais j’avais un peu oublié comme c’est enrichissant ! Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui a paru le 10 octobre. Je ne vous emmène pas en Islande, en Ecosse ou en Irlande, mais au Moyen Orient, en Arabie saoudite et en Syrie. Ce n’est pas une fiction, ce n’est pas un roman, mais un témoignage.

Rana Ahmad raconte son enfance en Arabie saoudite et en Syrie. La Syrie où elle passait ses vacances chez ses grand-parents d’où sa famille maternelle et paternelle est originaire. Une enfance innocente où elle aimait par dessus tout s’évader à vélo sous l’écrasant soleil syrien, au prétexte de faire des courses pour sa grand-mère. Puis à 14 ans, tout change : on lui retire son vélo, on lui explique qu’elle doit se voiler de la tête aux pieds, et ne plus sortir autrement qu’accompagnée par un membre masculin de la famille. A partir de ce moment, Rana ne va plus disposer de son corps ni de sa vie. C’est les hommes qui décident pour les femmes, en Arabie saoudite, où elles n’ont aucun droit. A 19 ans, elle se marie avec un homme, sinon qu’elle aime, du moins qu’elle apprécie. Elle le connaît à peine. Tout se dégrade rapidement à partir du moment où elle vit avec la famille de son mari, comme le veut la tradition. Sa belle-mère est une marâtre jalouse, son beau-père a des gestes déplacés à son égard, les mêmes gestes qu’un de ses oncles, d’ailleurs. Rana fait une dépression, divorce rapidement et retourne vivre à Riyad dans sa famille. Sa mère lui dit qu’elle n’apporte que des ennuis, son frère devient de plus en plus violent à son égard jusqu’à vouloir la tuer ! Seul son père lui apporte discrètement son soutien et encourage sa fille à faire des études. Rana s’accroche : trouve des emplois successifs dans des hôpitaux saoudiens, pour se payer des cours d’anglais. Elle fait aussi les « 400 coups » avec ses amies, mais la police religieuse veille. Les condamnations à des peines de prison et flagellations publiques pleuvent pour toute femme surprise à enfeindre la loi religieuse, à savoir s’amuser, aller dîner avec des amis sans être accompagnée d’un homme de la famille : c’est « haram ».  😦  Elle découvre les réseaux sociaux et des groupes d’ex-musulmans ayant renié leur foi et publiant sous pseudo. Elle comprend grâce à Google Translate, le sens du mot « athée», chose inconcevable dans un pays où renier l’Islam est passible de la peine capitale. Elle découvre L’origine des espèces de Darwin grâce à ses contacts virtuels,  dont le livre est interdit en Arabie saoudite. Elle dévore toute une littérature qui l’amène à réfléchir sur la place de la religion. Sa conception du monde et de l’univers s’écroule. « Tout est fait pour qu’aucun doute ne s’élève à propos de la foi. (…) J’ai de plus en plus fortement l’impression qu’on m’a volontairement maintenue dans la bêtise pour que je ne m’insurge pas contre le cadre rigide de la foi. » Rana devient athée, en secret. Elle, qui n’est jamais sortie d’Arabie saoudite que pour se rendre en Syrie, prépare sa fuite avec la solidarité qui s’est organisée sur les réseaux sociaux. Mais c’est seule qu’elle prend l’avion grâce à son passeport syrien. Le début d’une évasion où le retour en arrière est impossible, sous peine de mort : quand on est une femme en Arabie saoudite, on ne s’évade pas…

Rana vous immerge dans son quotidien. Un témoignage fort sur la condition des femmes dans certains pays du globe.  On a beau le savoir, c’est une puissante piqûre de rappel qui vous fige d’horreur et donne envie de s’engager pour que les choses bougent, que la solidarité s’organise. Ne pas oublier que finalement, « Me too » concerne toutes les femmes d’Arabie saoudite, pour ne parler que de ce pays.

C’est aussi un appel à la bienveillance envers les migrants, thème tellement d’actualité. Un rappel que si des gens sont prêts à fuir leur pays au péril de leur vie, ce n’est pas par ennui, caprice ou ruse, mais bien parce qu’ils n’ont rien à perdre .

Un témoignage qui amène une réflexion sur la place de la religion dans les sociétés du monde – et pas seulement sur l’islam.

J’ai un peu été intriguée par le fait qu’elle ait pu écrire ce livre de 300 pages en allemand, langue qu’elle maîtrise depuis peu. Elle a l’honnêteté de révéler qu’elle a été aidée par une coauteure, Sarah Borufka. Le style est direct, clair et fluide, sans fioritures. Je le répète, ce n’est pas un roman, donc il ne faut pas chercher des effets d’écriture, à mon sens. Cependant, ce témoignage se lit comme un roman d’horreur mais il apporte un immense espoir. Au nom du droit des femmes à disposer de leur corps et de leur vie, au nom de la liberté, c’est un livre à mettre entre toutes les mains. Même si on déjà lu des témoignages de ce genre, (car il en existe d’autres, bien sûr !), tout simplement parce qu’il n’y en aura jamais assez pour rappeler qu’il se passe des choses au-delà de l’inadmissible quand on est une femme, dans certains pays. Et que le prix de la liberté nécessite du courage et un lourd sacrifice, c’est le moins que l’on puisse dire. Rana Ahmad le décrit très bien.

Je suis admirative du courage de l’auteure. « J’ai échappé à cet enfer, et par mes propres moyens. J’aimerais faire quelque chose de cette vie que j’ai conquise au prix d’un si dur combat et que je considère aussi comme un cadeau – car ma fuite aurait aussi pu connaître une tout autre fin. »

Ce livre est une belle revanche ! Bravo !

 

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Rivière tremblante – Andrée A. Michaud

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Le 7 août 1979, un jour d’orage, Michael Saint-Pierre, 12 ans disparaît après avoir proféré d’étranges paroles à sa meilleure amie, Marnie, dans le bois de la Rivière aux Trembles : « Mauvais temps madame, mauvais temps ». Disparu, envolé, malgré l’interrogatoire que la police fait subir à Marnie, personne ne retrouve l’enfant. Marnie sait seulement que son ami était blanc comme un linge, les yeux révulsés, une allure de zombie comme venu lui délivrer un message. Marnie est ostracisée par les villageois de Rivière-aux-Trembles, au point que sa famille est obligée de déménager.

En 2006, Billie, 8 ans 9 mois disparaît, comme volatilisée. Son père, Bill, écrivain pour la jeunesse, est accablé, et encore quand son ex-épouse, Lucy-Ann qui finit par s’ouvrir les veines de désespoir. Bill reste seul, se sentant doublement coupable. C’est la raison qui le fait échouer en 2009 à Rivière-aux-Trembles, au moment même où Marnie, est revenue y vivre, incapable d’oublier la disparition de son meilleur ami d’enfance, malgré un road trip à travers les USA et une vie de fleuriste à New York. Marnie et Bill vont se retrouver au cœur d’une nouvelle histoire de disparition d’enfant.

Un récit polyphonique qui donne la parole aux deux protagonistes, réunis par un deuil impossible à faire : la disparition d’un être cher dont on n’a jamais retrouvé le corps. Andrée A. Michaud enveloppe son récit de mystères, laisse la part belle à l’imagination du lecteur en faisant de la nature, de la forêt en particulier, un personnage à part entière. La rivière a une dimension magique sans que l’on sache si cela vient de l’imagination des enfants ; le vent transporte et transforme les paroles. Bill perçoit le village de Rivière-aux-Trembles comme un lieu maudit : « Ma première impression était la bonne. Ce lieu était malsain. Cette rivière hantée par l’esprit d’un enfant n’était pas nette. » La douleur des protagonistes teinte tous les paysages.

Andrée A. Michaud possède une plume qui vous ensorcelle, ressuscite vos peurs de l’orage et les mythes et légendes des forêts, grâce à la dimension de «Nature Writing » qui occupe une place prépondérante dans son récit. A l’instar des personnages, elle vous donne l’illusion que tout ce qui vous entoure porte la marque du diable.

Ce roman policier, de la trempe d’un roman noir plutôt « gris », est aussi un clin d’oeil subtil à Hitchock, à travers le personnage de Marnie, (pour savoir pourquoi, vous devrez lire le livre !).
C’est également un clin d’oeil à la littérature, essentiellement par le personnage de Bill, qui n’a de cesse de créer de nouvelles histoires pour sa fille et d’y trouver refuge quand celle-ci a disparu.

Ce livre, dédié « à tous les enfants qui ne sont pas rentrés pour le souper », est aussi un hommage à l’enfance, à l’imagination débordante capable de créer des univers sans se soucier du danger. Somme toute, une ode à la vie.

J’ai adoré ce roman policier québécois très littéraire, subtil et envoûtant, où la nature occupe une place majeure, dont on se délecte de l’ambiance inquiétante tout en ayant de l’empathie pour les deux personnages principaux, dont la détresse est magnifiquement transcrite.

J’en ajoute encore un peu en disant que j’ai adoré le parler québécois, si étrange parfois pour un Français ! C’est le premier roman québécois que je lis, faut pas m’en vouloir…

C’est aussi le premier livre que je lis d’Andrée A. Michaud : elle en a écrit neuf et je me demande comment j’ai pu ne jamais les voir ! En tout cas, j’ai pu la rencontrer au Festival America, il y a 15 jours et c’était très chouette. Je suis revenue avec un livre dédicacé et j’espère bien avoir l’occasion de la recroiser dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle. 🙂

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(c) Mille (et une) lectures de Maeve

La prochaine fois, j’espère bien arriver à vous parler du Festival America ! Mais 24h ne suffisent plus, entre mes sorties littéraires qui se multiplient en ce moment, le Grand Prix des Lectrices Elle qui m’occupe bien, et tout le reste.
Demain, je pars voir un duo d’écrivain islandais, Audur Ava Olafsdottir, Arni Thorarinsson, leur traducteur indispensable (et Mathias Malzieu. 🙂 Happy blogueuse !

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Trajectoire – Richard Russo

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Traduit par Jean Esch

De Richard Russo, vous connaissez certainement A malin, malin et demi (Grand Prix de littérature américaine 2017), Les sortilèges du Cap Cod ou encore Le déclin de l’empire Whiting (Prix Pulitzer 2002), des romans qu’on ne présente plus !
Trajectoire, son dernier livre, est un recueil de quatre nouvelles (moi je dirai plutôt « novellas »  : la novella genre littéraire peu connu en France, est, pour résumer, un texte en prose trop court pour être un roman et trop long pour être considéré comme une nouvelle ; genre très populaire en Irlande, mais bon, Richard Russo est américain ! 🙂 ).

Dans « Cavalier », « Voix », « Intervention », « Milton et Marcus » Richard Russo brosse le portrait de gens en proie à leurs émotions,  au doute et à la contingence des choses. Ils se trouvent dans des situations où, submergés par leurs pensées, dépassés par leurs émotions, ils s’y embourbent, s’y entortillent quitte à prendre parfois la mauvaise trajectoire.

« Cavalier » et « Voix » nous immerge dans le milieu universitaire, qui n’est pas sans rappeler l’univers de David Lodge J mais avec un humour plus subtil.
Dans « Cavalier », Janet, professeure dont le fils est autiste (du moins, si ce n’est pas clairement exprimé, cela est fortement suggéré), doit faire face à un étudiant plagiaire la veille de Thanksgiving. L’occasion, malgré elle,  de se replonger dans sa vie d’étudiante qui devait rendre sa dissertation à son directeur de recherche, encaisser ce qu’il avait à lui dire.

Dans « Voix », Nate, professeur de littérature, est en voyage organisé à la Biennale de Venise, avec son frère. Deux frères ennemis qui ont du mal à communiquer, surtout quand les joies de la technologie moderne du smartphone s’en mêle : Nate s’emmêle vite les pinceaux ! Cela donne des situations cocasses à souhait, de quoi plonger Nate dans des pensées sans fin, comme cela avait été le cas avec l’une des étudiantes, incapable de communiquer, atteinte du syndrome d’Asperger.

La maladie est en effet un point commun de ces nouvelles.

Dans « Intervention », un agent immobilier peine à vendre depuis la crise. Il habite une maison au garage trop petit et à la porte qui coince. C’est un peu bête ! 🙂 Devant à tout prix arriver à vendre la maison d’une femme reine de l’entassement compulsif, il se remémore les disputes entre son père cancereux, et son oncle.

« Dans « Milton et Marcus », un romancier est plein de méfiance à l’égard de producteurs de cinéma, qui lui demandent de revoir son scénario. Mais vendre le scénario lui permettrait de payer l’assurance santé de sa femme, malade d’un cancer. Sauf que le chemin est pavé de gens peu scrupuleux…

Ma nouvelle préférée est « Voix », où j’ai adoré me promener avec ce personnage perdu, dans les culs-de-sac de Venise.

Richard Russo donne vie à des personnage touchants, dans un univers qui ne leur fait pas de cadeaux, même si eux-mêmes, se mettent aussi  des bâtons dans les roues. Pourtant l’auteur, s’il les dépeint parfois dans des situations cocasses, ne porte aucun jugement, ne cherche pas une « morale » à l’histoire de ses créatures de papier. Il s’efface derrière ses personnages pour mettre en scène avec tact et délicatesse, la fragilité humaine. C’est vraiment ce qui m’a touchée dans ces textes.

Mille mercis aux éditions de La Table Ronde.

NB : j’ai eu le grand plaisir de rencontrer Richard Russo en conférence au Festival America de Vincennes la semaine dernière, j’y reviens dans la prochaine chronique pour vous raconter un peu ce qu’il a dit. Et puis j’ai un exemplaire dédicacé, maintenant, nananère ! 😉

snoopy

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Tu t’appelais Maria Schneider – Vanessa Schneider

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Maria Schneider est très jeune et perdue quand elle se retrouve presque par hasard sous les projecteurs du cinéma. Enfant mal aimée par sa mère qui la fiche dehors à l’âge de 15 ans, elle a peu de contact avec son père, Daniel Gélin, acteur connu, homme marié qui n’a pu la reconnaître et ne vient pas la voir. Elle trouve refuge chez son oncle et sa tante (les parents de l’auteure) : son oncle, qui fréquente les milieux gauchistes les plus radicaux en étant étudiant, deviendra haut fonctionnaire au ministère des finances sans pour autant renoncer à ses idées pendant des années ; sa tante, après avoir été libraire chez Maspero et fréquentant la bande des Cahiers du Cinéma, finira par arrêter de travailler pour élever ses enfants. La famille de Vanessa Schneider part vivre en HLM dans le quartier de la « dalle » du 13e arrondissement de Paris. Maria vit dans l’ambiance bohème de ce couple avant d’aller sonner chez son père. Le coup de sonnette qui va faire basculer sa vie. Un père très fier de la beauté de Maria, il l’entraîne partout avec lui dans les nuits parisiennes où elle rencontre le monde du cinéma, Delon et les autres. Elle finit par être choisie par Bertolucci pour jouer dans Le dernier tango à Paris, dont d’autres ont refusé les rôles. Maria a 19 ans. Brando 50 ans. Elle hésite. Son agent a un argument irréfutable : « Un premier rôle face à Marlon Brando, ça ne se refuse pas. ». Une scène impensable se produit, sous l’impulsion de Bertolucci. La vie de Maria va sombrer.

Tout au long de ce livre, j’ai eu l’impression d’assister à un règlement de compte personnel de l’auteure à l’égard de Bertolucci mais aussi de la famille de Maria, en particulier celle de ses parents. Car l’auteure évoque beaucoup l’environnement familial , ses parents à elle aussi, de ceux de Maria, qui ne « tiennent pas la route ». Le point déclencheur du malheur de Maria a été tout d’abord un mauvais départ dans la vie. Ensuite elle a eu la malchance de tomber sur un metteur en scène peu scrupuleux, par l’intermédiaire de son père.

Il est aussi beaucoup question de l’ambiance libertaire de l’époque.

La fin du livre fait allusion au mouvement actuel « Me too », où les femmes victimes d’abus dénoncent leurs bourreaux en les clouant au pilori médiatique, via internet. On peut voir dans ce livre une mise au pilori de Bertolucci.

Si j’ai beaucoup apprécié la plume de Vanessa Schneider et la restitution de l’ambiance des années 70-80, j’avoue que j’ai trouvé ce livre un peu maladroit, sans doute parce qu’il est trop personnel. Je ne savais pas qui était Maria Schneider et je ne connaissais que le titre du film Dernier Tango à Paris, que je n’ai jamais vu. Il est certain que je n’ai pas du tout envie de le visionner après cette lecture !

L’auteur rend sans conteste un bel hommage à sa cousine mais j’aurais sans doute préféré quelque chose de plus approfondi sur la femme objet au cinéma. La vision des choses d’autres actrices. Le contexte familial personnel m’a un peu dérangée avec l’effet « grand déballage » et règlement de compte qu’il produit.

Vanessa Schneider est grand reporter au Monde.

Et maintenant j’attends avec impatience la sélection du jury d’octobre pour le Grand Prix des Lectrices Elle, à savoir :

catégorie roman : La vraie vie, d’Adeline Dieudonné (qui vient d’obtenir le Prix Fnac).
catégorie policier : Rivière tremblante d’Andrée Michaud (Québec !) qui sera présente au Festival America de Vincennes le week-end prochain, c’est très chouette !
catégorie documentaire : Ici les femmes ne rêvent pas de Rana Ahmad

Quant à la sélection du jury de novembre, ça me stresse d’une force… 😉

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Un gentleman à Moscou – Amor Towles

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Traduit par Nathalie Cunnington

Le comte Alexandre Illitch Rostov dit « Sasha » est condamné par le tribunal bolchevique le 21 juin 1922 à vivre en résidence surveillée dans l’hôtel de luxe Metropol à Moscou, pour avoir écrit un poème pamphlétaire en 1913. Loin de s’en offusquer, le comte qui vit déjà dans une suite de l’hôtel, accepte sa condition. Il ne vivra plus dans une suite mais dans une mansarde. Une petite fille habillée en jaune, Nina, attire son attention. Ils vont devenir amis et elle va lui faire découvrir les lieux cachés de l’hôtel, dont elle a un passe. Les années passent. La petite fille a depuis longtemps quitté l’hôtel mais revient un jour pour demander à Sasha de garder sa petite fille, Sofia car elle doit aller à la recherche du père de la fillette, déportée au Goulag. Mais Sasha ne la reverra jamais et va se retrouver en père de substitution pour Sofia, qu’il va élever comme si elle était sa fille, en vase clos dans l’hôtel. Le comte ne se révolte toujours pas de son sort. L’histoire se déroule des années 20 aux années 50, le monde change, ses amis, à son instar, vieillissent mais ce comte semble indifférent à tout. Contre vents et marées, il est aimable, poli, drôle, philosophe. Rien ne semble le contrarier.

En revanche, la lectrice que je suis a été contrariée par ce roman ! On traverse trente ans d’histoire russe de très loin, avec un personnage complètement hors du temps, que rien n’atteint ou si peu. Pendant trente ans, on reste prisonnier avec lui dans cet hôtel et au bout de plus de 500 pages, on voudrait bien en sortir parce que l’on ne comprend pas l’intérêt de l’histoire écrite par l’Américain Amor Towles… Ce n’est pas vraiment une histoire, finalement, mais une suite de scènes qui changent sans cesse, avec foule de personnages qui rentrent et sortent comme bon leur semble jusqu’à nous agacer au plus haut point ! Amor Twoles veut peut-être imiter le foisonnement du roman russe, mais j’avoue qu’un bon vieux Tolstoï m’aurait davantage plu.

Le personnage est un peu trop sympathique pour être crédible, Nina parle à neuf ans comme un adulte, c’est tout à fait étrange pour une histoire qui n’a pas la forme d’un conte.

L’écriture est fort agréable, l’objet livre est absolument magnifique, la mise en pages et la typographie soignées, mais pour moi tout cela ne suffit pas à en faire un bon roman. Il manque de la profondeur tant dans le sujet, le traitement de l’Histoire, et les personnages. La fin n’a pas été vraiment une surprise et comme le reste, elle est un peu « abracadabrante », comme si l’auteur ne savait plus quoi faire de son personnage prisonnier d’un hôtel.

Je me suis fort ennuyée, malheureusement. Je n’ai pas ressenti le « vibrant hommage à l’âme et à la culture russes » annoncée sur la quatrième de couverture.

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La disparition d’Adèle Bedeau – Graeme Macrae Burnet

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Traduit par Julie Sibony

Nous sommes en Alsace, à Saint-Louis, une ville de 20 000 habitants. Tous les midis et tous les soirs, Manfred Baumann, 36 ans, prend ses repas au restaurant de la Cloche, avec tous les jours le même repas, les mêmes personnes comme entourage, les mêmes gestes, toujours. La seule « nouveauté » depuis cinq ou six mois, c’est la serveuse, Adèle. Une jeune femme à la jupe courte, la poitrine forte, au fessier imposant, au caractère maussade. Maussade, à l’image de cette ville terne. Manfred l’observe tous les jours depuis sa table, toujours la même. Manfred est célibataire, responsable de la banque de la ville, mais vit dans un deux-pièces tristoune. De temps en temps, il se rend Chez Simone, une sorte de maison close qui ne dit pas son nom, située hors de Saint-Louis. C’est bien pratique pour l’anonymat ! Un jour, Adèle ne se présente pas à son travail. Au bout de deux jours sans nouvelles, l’inspecteur Gorski est mis sur l’affaire de cette étrange disparition, dans cette ville où il ne s’est rien passé depuis des années. La précédente affaire remonte à plus de vingt ans. A cette époque, Gorski faisait ses débuts dans la police. L’étrange meurtre d’une jeune femme. Un SDF avait été inculpé du meurtre. Affaire close. C’est du moins ce qu’imagine tout le monde.

Après avoir minutieusement planté de le décor et les personnages, Graeme Macrae Burnet fouille le passé des personnages. Graeme Macrae Burnet ? Ah, j’oubliais ! : cet auteur écossais n’est que le traducteur du livre d’un certain Raymond Brunet qu’il nous présente en préface, dont le présent ouvrage aurait été un flop éditorial en 1982, avant d’être adopté par Chabrol en 1989. Il serait alors devenu un livre culte auprès des étudiants de l’époque. Raymond Brunet est mort : suicide. Macrae Burnet éclaircit tout de suite les choses pour ceux qui auraient l’imagination débordante, à propos du roman de Raymond Brunet : « Le restaurant de la Cloche et la ville de Saint-Louis sont exactement tels que décrits dans le livre (…) et certains personnages s’inspirent à l’évidence de personnes réelles. Les événements de l’intrigue, néanmoins, sont entièrement imaginées. (…) Dans la préface de son récit autobiographique Pedigree, Georges Simenon écrivait : « tout est vrai sans que rien ne soit exact ». Une formule qui convient parfaitement à La disparition d’Adèle Bedeau. »

Une préface qui a toute son importance. Georges Simenon, c’est bien l’ombre qui plane sur ce roman policier. C’est à lui que j’ai pensé quand j’ai rencontré les personnages, Des personnages qui ne sortent pas de l’ordinaire, des quidams que l’on peut croiser tous les jours. Des gens qui ne brillent pas au quotidien. Des gens qui s’ennuient.

Il y a une ambiance désuète mais c’est exactement ce qui fait le charme de ce roman policier. Un inspecteur médiocre, qui est entré dans la police en lisant des livres : « Il dépensait l’argent qu’il gagnait en romans policiers et en livres sur la criminologie et la psychologie. Il dévorait Simenon (…). » Rentrer dans la police était un moyen d’échapper à sa condition. De forcer le destin, comme on dit. La logique des choses aurait voulu qu’il reprenne la boutique de prêteur sur gages de ses parents. Le moyen de fuir Saint-Louis, bref de voir du pays, au moins jusqu’à Strasbourg ou Paris… Seulement, le réel est moins sûr que la fiction… Il s’était imaginé des choses…

L’imagination est comme une échappatoire pour les habitants de cette ville où il ne se passe rien et où tout le monde s’observe en chien de fusil. La moindre dérogation aux habitudes et tout le monde « se fait un film ». Manfred, en particulier, qui n’est pas en reste avec l’inspecteur qui l’oblige à se plonger dans le passé.  Le regard déjà suspicieux des autres à son encontre va se renforcer. C’est bien connu : les gens n’aime pas les solitaires. Sa propension à se raconter des histoires le mènent au bord de la paranoïa, à dérailler. La fin de l’histoire est tragique et d’une ironie mordante.

Je me suis régalée avec ce roman policier, écrit par un Ecossais. Graeme Macrae Burnet joue avec le lecteur, dès le début, par la mise en abyme induite par la préface. Elle scelle un pacte de lecture où, finalement, le mystère dépasse l’intrigue de l’histoire et nous touche dans notre réalité de lecteur. Cela m’a beaucoup amusée. Un hommage original à Simenon et Chabrol.

Une histoire qui vous tient en haleine, deux personnages qui ne sont pas aussi lisses qu’on l’imagine, mais humains, avec un jardin secret plutôt compliqué. L’auteur prend le temps de planter le décor, où chaque détail compte, avant de plonger le lecteur dans le passé et l’histoire personnelle de Manfred et Gorski. Jusqu’à la faille qui a fait basculer leur vie. La fin est un choc.

Graeme Macrae Burnet est un conteur d’histoires virtuose.

C’est un autre coup de coeur de la rentrée littéraire, d’un auteur dont on entendra sûrement encore parler et qui mérite d’être davantage connu. Un autre de ses romans sort en poche chez 10/18 en octobre, une histoire glaçante qui se passe dans les highlands d’Ecosse au XIXe siècle : L’accusé du Ross-Shire . Je vais me jeter dessus !

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Zombies zarbis : tome 1 « Panique au cimetière » – Marie Pavlenko et Carole Trébor

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Illustré par Marc Lizano

En ce 31 octobre, à Noirsant, petit village du nord de la France, tout est calme. Les habitants, âgés et fatigués sont partis se coucher, se fichant « comme de leur première culotte d’Halloween ». Tout est calme ? Vraiment ? Approchons-nous du vieux cimetière, au pied de l’église romane du village…  « Un observateur un peu attentif aurait remarqué la brume qui montait lentement du sol. Une brume compacte et humide. Ce même observateur aurait noté à quel point, dans la nuit noire, les maisons avaient l’air de se tasser les unes contre les autres, effrayées. »
Il suffit de jeter son oeil (sans oublier de le récupérer ensuite !) au-dessus du muret du vieux cimetière abandonné pour s’apercevoir que les pierres tombales se mettent à trembler. C’est l’heure du réveil pour Pavel, Marcel, Léocale, Hildegarde, Victorine, Ingonde, Clodomir, Gerbert et Gontran… Chacun y va à qui mieux mieux, de son os qui pendouille, de son reste de chair putréfiée, de son asticot de narine, de son oeil fugueur, d’entrailles visqueuses (miam !)…  L’agitation est à son comble ce soir : il y a des monstres à l’entrée du cimetière ! Des monstres prêts à faire table rase du passé : adieu vieille église et vieux cimetière, place à la promotion immobilière, au supermarché…

« Je viens d’avoir la confirmation que nous devons partir, poursuivit Victorine. Les villageois veulent construire un supermarché, c’est-à-dire un immense hangar où ils achètent. Nous sommes fichus.
– Ils achètent quoi ? demanda Hildegarde.
– Des choses. Je ne sais pas, moi, des clefs, des tapis, des casseroles. Des objets neufs.
Hildegarde ferma les yeux.
– Ici ?
– Oui. A moi aussi, l’idée paraît absurde, mais leur monde nous échappe. »

Léo, la petite zombie est très inquiète : sa mère est enterrée au cimetière et il est hors de question d’aller vivre ailleurs. Son oeil fugueur fugue encore plus que d’habitude ! « Les morts n’ont pas de glandes lacrymales, certes, mais Léo était une petite fille très sensible. Une larme se fraya un chemin entre ses cils et coula le long de sa joue. » Elle croise sur sa route Romain, un gamin du village parti fêter Halloween avec ses copains. Il lui trouve un chouette déguisement. Mais l’oeil baladeur de Léo fait des siennes. Le début de toute une histoire entre Romain et les petits zombies, qui retroussent leurs manches pour sauver leur cimetière, leur patrimoine !

Amateurs de chairs putréfiées, d’os moisis, de sourires édentés, vous allez être servis, rire et grimacer de dégoût ! Mais pour autant, le modèle de littérature « gore » sert de trame pour aborder, de manière habile, des histoires de lutte et de résistance ; la préservation du patrimoine contre la folie dévastatrice de la promotion immobilière ; le recyclage contre le tout-jetable ; la solidarité entre générations ; l’amitié, le travail des enfants, la lutte des femmes à travers l’Histoire.  Un sort jeté nous laisse plein d’interrogations et d’inquiétude sur la survie de ces fragiles zombies, bien sympathiques ! On n’a pas du tout envie qu’il leur arrive malheur !
Affaire à suivre dans le tome à paraître en novembre. J’attends donc le « ouagon » suivant avec une certaine impatience…

Une histoire qui donne le sourire, des rebondissements qui vous tiennent en haleine. On se demande où Marie Pavlenko et Carole Trébor vont chercher toutes ces idées loufoques pour nous surprendre ! Je me suis bien amusée, alors j’imagine que les enfants aussi…

Un coup de coeur pour le premier volume de cette nouvelle série.

A partir de 9 ans et jusqu’à 99 ans et même après…

En librairie dès aujourd’hui !

Merci à Flammarion Jeunesse.

snoopy

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Smile – Roddy Doyle

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Traduit par Christophe Mercier

 

Victor Forde, cinquante-quatre ans est fraîchement divorcé de Rachel, une célébrité irlandaise. Pour se reconstruire, Victor est retourné vivre dans le quartier dublinois de son enfance. Il a pris l’habitude de  réfugier dans un pub, pour tenter d’achever le roman qu’il écrit depuis des années : L’Irlande. Un conte d’horreur. Un jour, un certain Ed Fitzpatrick déboule dans le pub et affirme le connaître. Tout de suite, Victor déteste cet homme qui prétend avoir été élève avec lui chez les Frères chrétiens. Pourtant Victor n’en a aucun souvenir. Ce type va devenir collant et inquisiteur dans la vie personnelle de Victor. Il connaît tout de lui. Ed Fitzpatrick va le suivre comme un ombre, ne plus lui lâcher les baskets. Dès que Victor pénètre dans le pub, il y aura aussi ce type. Cette confrontation va obliger Victor à replonger dans son enfance et son adolescence, à se remémorer sa scolarité chez les Frères chrétiens.
Comme Victor, nous, lecteurs, nous allons nous interroger sur l’identité de ce Fitzpatrick, qui a tout l’air d’être un imposteur.
Victor nous entraîne dans l’Irlande des années 70-80. Nous nous retrouvons élève chez les Frères chrétiens. Une scolarité entre garçons chez des pince-sans-rire où pourtant les gamins affublent tous les adultes d’un surnom. Il y a Patch, Tom Jones et bien d’autres. Les gamins affabulent des idées fantaisistes sur ces religieux : ce peut-être des zombies, ce sont sûrement des zombies… ! Ils sont déjà morts ! 🙂 « Nous étions tous d’accord. Les professeurs laïques n’étaient pas des zombies.
Ce son justes des connards. »

Victor se fait charrier par ses copains car un des frères en a après son sourire qu’il trouve craquant… Grâce à son sourire, Victor peut inverser le court des choses pour la classe… Mais aussi se faire traiter de « pédé » et se faire rouer de coups.

On va rencontrer les parents de Victor, et aussi Rachel.

Au début, on sourit. Mais ca ne dure pas. J’ai lu tous les romans de Roddy Doyle traduits en français et trois de ses romans pour la jeunesse (que vous trouverez les chroniques sur le blog). J’ai le souvenir assez fort de La femme qui se cognait contre les portes, qui traite, vous l’aurez deviné, des femmes battues, mais avec pas mal d’humour, pour faire ressortir une réalité pas franchement glorieuse. Ca finisssait bien, avec plaies et bosses, mais bien.
Smile est le roman le plus grave que j’ai lu de l’auteur, qui n’y va pas pas par quatre chemins. Une écriture franche, sans fioriture, qui dit une face noire d’une certaine Irlande, longtemps cachée sous le tapis, si je puis dire, longtemps taboue. Le hasard a voulu que je lise ce roman au moment où le pape François se rendait en Irlande pour demander pardon aux Irlandais, au nom de l’Eglise catholique… Je ne vais pas m’étendre sur le discours du pape qui m’a choquée de plusieurs points de vue, pendant que les victimes, elles, ne peuvent pas se contenter de belles paroles creuses mais voudraient des actes concrets.
Les abus de l’Eglise catholique sont toujours un sujet brûlant en Irlande.  Le livre de Roddy Doyle est à mettre entre toutes les mains.

La fin est traitée d’une manière peu commune. On  comprend alors pourquoi Fitzpatrick suit Victor comme son ombre.

Une histoire racontée avec tact,  pudeur et sans pathos, qui pourtant vous fait l’effet d’une balle de hurling reçue en plein visage.

Un roman bouleversant.  A lire absolument !

snoopy

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Rentrée littéraire 2018 (suite)

…hormis la rentrée spécifiquement irlandaise que je vous ai déjà présentée – je m’arrache d’ailleurs du dernier Roddy Doyle que je suis en train de dévorer pour écrire cette chronique. 🙂

Cette année, ce sont 567 livres qui sont attendus : 381 livres francophones et 186 de littérature étrangère. Encore un chiffre qui donne le vertige ! Chaque année, j’espère que les meilleurs survivront et ne connaîtront pas le pilon. Encore faut-il arriver à trouver les pépites dans la masse. Ce sont souvent les mêmes qu’on va voir défiler sur les réseaux, les blogs et qui seront en vitrine des librairies ou grandes surfaces culturelles. Mais comme je ne suis pas dans le secret des dieux, eh bien ma sélection sera sans doute celle des livres que vous avez déjà dû voir défiler. Sélection qui s’étayera dans les mois à venir, bien sûr, et certainement davantage que les autres années, car en qualité de jurée littéraire pour le Grand Prix des lectrices Elle, je sais qu’une partie de la rentrée littéraire va me tomber dans les mains par ce biais.  Je suis très contente de pouvoir découvrir ainsi, contrainte de mon plein gré, certains livres vers lesquels je ne serais pas allée de moi-même mais que je vais aimer pour certains d’entre eux (j’espère !). Trêve de bla-bla, voici mes repérages :

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles, premier roman de Mick Kitson, qui est gallois mais vit en Ecosse, pour ce roman qui se déroule dans les Highlands. Vous connaissez ma passion pour l’Ecosse et sa littérature contemporaine … 🙂

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Traduit par Céline Schwaller
A paraître le 30 août aux éditions Métailié

Présentation éditeur : « « Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ?
Sal a préparé leur fuite pendant plus d’un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur.Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l’odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins. (…) »

Trajectoire, recueil de nouvelles de l’Américain Richard Russo, que l’on ne présente plus. Je ne l’ai encore jamais lu et je me disais que l’aborder par ce recueil de nouvelles pouvait être sympathique (et j’aime bien les nouvelles !) . Richard Russo sera aussi au Festival América de Vincennes, en septembre prochain.

 

Traduit par Jean Esch
A paraître le 13 septembre aux éditions de La Table Ronde

Présentation éditeur : « Quatre histoires brèves mais puissantes et surprenantes, dont les héros, confrontés à des obstacles à première vue franchissables, s’empêtrent dans de véritables crises existentielles…« 

Ásta, de l’Islandais Jón Kalman Stefánsson, à la plume encorcelante.

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Traduit par Eric Boury
A paraître le 30 août aux éditions Grasset

Présentation éditeur : « Reykjavik, au début des années 50. Sigvaldi et Helga décident de nommer leur deuxième fille Ásta, d’après une grande héroïne de la littérature islandaise. Un prénom signifiant – à une lettre près – amour en islandais qui ne peut que porter chance à leur fille… Des années plus tard, Sigvaldi tombe d’une échelle et se remémore toute son existence  : il n’a pas été un père à la hauteur, et la vie d’Ásta n’a pas tenu cette promesse de bonheur. »

Camarade Papa, de Gauz, l’auteur de Debout-Payé

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Paru le 24 août aux éditions Le Nouvel Attila

Présentation éditeur : « Amsterdam, de nos jours. Un enfant immigré est élevé par des parents communistes, tendance Kim-il-Sung. Sa vision du monde en porte la marque. Son vocabulaire, aussi. Et comme Momo, le héros de La Vie devant soi, il ne mâche pas ses mots.
Un jour, ses parents l’envoient en Afrique retrouver sa grand-mère maternelle et ses racines. Il est en quelque sorte « en mission » : observer le monde post-colonial tout en restant fidèle, au milieu des torsions idéologiques, à l’enseignement révolutionnaire reçu dans son enfance. »

Balles perdues de l’Américaine Jennifer Clement. Ca parle du problème des armes aux Etats-Unis, de femmes d’un milieu défavorisé…

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Traduit par Patricia Reznikov
Paru le 22 août aux éditions Flammarion

Présentation éditeur : « Sur le parking d’un camp de caravanes, en plein coeur de la Floride, Pearl vit à l’avant d’une Mercury avec sa mère Margot qui dort sur le siège arrière. Elles se sont créé un quotidien à deux, fait de chansons d’amour, de porcelaine de Limoges, d’insecticide Raid et de lait en poudre. Outre ce lien fusionnel, l’adolescente peut aussi compter sur sa meilleure amie, Avril May, avec qui elle fume des cigarettes volées au bord d’une rivière pleine d’alligators, et sur les autres personnages excentriques des caravanes voisines. Mais cet équilibre fragile bascule à mesure que Pearl prend conscience du trafic d’armes qui s’organise autour d’elle (…) ».

Les enfants de coeur de Heather O’Neill . Un roman qui se passe à Montréal au début du XXe siècle puis dans les années 30, cela m’intrigue…

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Traduit par Dominique Fortier
Paru le 16 août aux édition du Seuil

Présentation éditeur : « Montréal, hiver 1914. Deux bébés sont abandonnés sur les marches d’un orphelinat. Élevés sous la férule des bonnes sœurs, ils ne tardent pas à révéler des dons exceptionnels. Pierrot est un pianiste prodige ; Rose sait comme personne illuminer le visage des enfants tristes avec ses pas de danse et ses pantomimes. Enrôlés dans une grande tournée destinée à récolter des fonds pour l’orphelinat, ils tombent bientôt amoureux, et se mettent à rêver ensemble d’un avenir lumineux sous le chapiteau du cirque le plus spectaculaire que le monde ait jamais connu. Mais l’adolescence les sépare. L’ombre de la Grande Dépression plane sur Montréal (…) ».

Zombies zarbis, tome 1 : « Panique au cimetière » de Marie Pavlenko et Carole Trébor. Ca m’a l’air bien déconnant… 🙂

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A paraître le 5 septembre aux éditions Flammarion Jeunesse

Et voici ce que je vais lire suite à la sélection du jury de septembre pour le Grand Prix des Lectrices Elle et j’en suis ravie :

 

Un Gentleman à Moscou de l’Américain Amor Towles paru le 22 août aux éditions Fayard (traduit par  Nathalie Cunnington) :
Présentation éditeur : « Au début des années 1920, le comte Alexandre Illitch Rostov, aristocrate impénitent, est condamné par un tribunal bolchévique à vivre en résidence surveillée dans le luxueux hôtel Metropol de Moscou, où le comte a ses habitudes, à quelques encablures du Kremlin. Acceptant joyeusement son sort, le comte Rostov hante les couloirs, salons feutrés, restaurants et salles de réception de l’hôtel, et noue des liens avec le personnel de sa prison dorée – officiant bientôt comme serveur au prestigieux restaurant Boyarski –, des diplomates étrangers de passage – dont le comte sait obtenir les confidences à force de charme, d’esprit, et de vodka –, une belle actrice inaccessible – ou presque ­–, et côtoie les nouveaux maîtres de la Russie. Mais, plus que toute autre, c’est sa rencontre avec Nina, une fillette de neuf ans, qui bouleverse le cours de sa vie bien réglée au Metropol.(…) »

La Disparition d’Adèle Bedeau, de l’Ecossais Graeme Mcrae Burnet (traduit par Julie Sibonie), à paraître le 30 août aux éditions Sonatine :

Présentation éditeur : « Manfred Baumann est un solitaire. Timide, inadapté, secret, il passe ses soirées à boire seul, en observant Adèle Bedeau, la jolie serveuse du bar de cette petite ville alsacienne très ordinaire.
Georges Gorski est un policier qui se confond avec la grisaille de la ville. S’il a eu de l’ambition, celle-ci s’est envolée il y a bien longtemps. Peut-être le jour où il a échoué à résoudre une de ses toutes premières enquêtes criminelles, qui depuis ne cesse de l’obséder.
Lorsque Adèle disparaît, Baumann devient le principal suspect de Gorski. Un étrange jeu se met alors en place entre les deux hommes. (…) »

Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider, paru le 16 août aux éditions Grasset.
Présentation éditeur : « « Tu étais libre et sauvage. D’une beauté à couper le souffle. Tu n’étais plus une enfant, pas encore une adulte quand tu enflammas la pellicule du Dernier Tango à Paris, un huis clos de sexe et de violence avec Marlon Brando.
Tu étais ma cousine. J’étais une petite fille et tu étais célèbre. Tu avais eu plusieurs vies déjà et de premières fêlures. Tu avais quitté ta mère à quinze ans pour venir vivre chez mes parents. Ce Tango marquait le début d’une grande carrière, voulais-tu croire. Il fut le linceul de tes rêves. Tu n’étais préparée à rien, ni à la gloire, ni au scandale. Tu as continué à tourner, mais la douleur s’est installée. »(…) »

Affaire à suivre…

Et dire qu’il me reste quelques bouquins de la rentrée littéraire 2017 encore non lus… 🙂 Trop de tentations et pas assez de temps, même si j’en ai lu des stocks au gré de mes envies et découvertes après-coup …

 

 

 

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