Heimaey – Ian Manook

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En ces temps de crise sanitaire et de confinement obligatoire, je voulais lire quelque chose qui me fasse voyager et en même temps qui se lise facilement. Eh oui, pas si évident de rester concentrer et de lire comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes ! J’ai choisi dans la PAL ce polar de Ian Manook, auteur que je n’avais encore jamais lu. Un bon gros pavé de presque 600 pages au format poche, de quoi se plonger dans un autre horizon, une autre culture : l’Islande.

Jacques Soulniz part en voyage avec son ado de fille, Rebecca, dans l’espoir de se rapprocher d’elle. La mère de la gamine s’est suicidée il y a des années, Becky a fugué etc. Les voilà partis pour un tour de l’Islande en bonne et due forme. Mais tout dérape rapidement. Becky s’avère une gamine très effrontée qui fait les 400 coups. Elle s’entiche d’un jeune garçon qui travaille au Blue Lagon. S’enticher, c’est pas vraiment le mot, d’ailleurs. Le jeune homme se dit que c’est une bien belle aubaine de voir une fille si peu farouche. Pendant ce temps, Soulniz voir rouge. Soulniz s’inquiète, tant pour sa fille  dont il découvre la personnalité finalement, que par les mystérieux mots déposés sur le pare-brise de leur voiture de location, que du macareux morts retrouvé dans le lit de Becky. Une personne s’acharne visiblement à leur pourrir le séjour. Un homme mort est « repêché » d’une solfatare. Kornélius, policier de son état mène l’enquête. Il croisera la route de Soulniz, qui lui-même cherche à savoir qui s’amuse à ces farces de mauvais goût. Soulniz connaît déjà l’Islande où il est venu pour un séjour mémorable quarante ans auparavant. On découvre peu à peu ce qui est survenu alors, sur l’île d’Heimaey lors de l’éruption de l’Eldefell.

J’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, qui à mon goût, manquent de profondeur. Un flic un peu ripou, une ado révoltée qui disparaît, une histoire d’amour et de jalousie. Des lituaniens trafiquants de drogue. Plusieurs fils dans cette histoire qui finit par être assez entortillée et un peu fouillis. Je ne peux pas dire que le livre m’a déplu, mais j’y ai trouvé malgré tout des longueurs, des digressions inutiles (commande éditeur ?). Le volume aurait pu être réduit à la moitié du nombre de pages. On finit par y perdre le suspense.

Ensuite, si vous ne connaissez pas l’Islande, vous y ferez tous les spots touristiques. J’ai revécu mon voyage grâce à ce livre. Il y est aussi question du folklore islandais, un peu. Nécropant et runes magiques.

Globalement, le polar m’a laissée indifférente. On est bien loin du roman noir social d’Arnaldur Indridason ou d’Arni Thorarinsson. Le genre de livre aussitôt lu, aussitôt oublié. Je préfère finalement les auteurs islandais qui écrivent sur l’Islande.

 

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Gaspard de Paris , « L’attaque des automates » – Paul Thiès

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Illustré par Benjamin Strickler

Une petite lecture distrayante pour les bambins en cette période difficile : la deuxième aventure de Gaspard de Paris. Je ne connaissais pas cette nouvelle série, mais la bonne nouvelle c’est qu’ont peu lire ce livre sans même avoir lu le premier volume.

Gaspard Saint Georges, 13 ans, est orphelin. Il vit à Montmartre chez le père Socrate qui l’a recueilli. Ses meilleurs amis sont une gargouille, une princesse et un autre orphelin qui travaille dans une boulangerie. Le père Socrate est antiquaire.
« Le soir, je lis beaucoup car je rêve de devenir un jour un GRAND écrivain, comme Monsieur Jules Verne ou Monsieur Victor Hugo. » explique Gaspard. « Le père Socrate m’encourage et me conseille. Il m’achète même des livres d’occasion, avec des reliures rouges et des pages jaunies.
Mais en fin de journée….
Je me balade sur les toits et je nettoie les cheminées des beaux quartiers.
Eh oui, je suis un petit ramoneur, avec un bonnet noir et une longue brosse de métal, qu’on appelle hérisson. » Il s’agit de son deuxième métier puisque tout le jour, il travaille dans la maisonnette du père Socrate à vendre un peu de tout.

On vadrouille dans les rues du Montmartre de la fin du XIXe siècle avec ce roman jeunesse tendance « steampunk » où le fantastique est au rendez-vous. De mauvais garçons vous attendent dans les ruelles, mais aussi des automates inventés dans un professeur diabolique. Le père Socrate disparaît. Gaspard et ses amis partent à sa recherche… Il est question en toile de fond, d’amitié, mais aussi du travail des enfants, de mythologie grecque, de gaz soporfique, d’inventions mécaniques géniales, de physique, de jeux d’apprentis sorciers.
Ce roman est aussi un bel hommage à Jules Verne (j’ai y beaucoup pensé et découvert après avoir refermé le livre que ce livre était dédié au célèbre écrivain et aux machines de Nantes ) mais aussi à Victor Hugo.  🙂

Enfin, j’aime beaucoup l’objet livre, tant par sa couverture que par la mise en pages qui a le souci du détail et des illustrations.

 

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Merci à Flammarion Jeunesse.
A partir de 8 ans, collection « Poche Père Castor », prochainement en librairie.

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D’os et de lumière – Mike McCormack

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Traduit par Nicolas Richard

Et voilà, j’ai terminé le dernier roman irlandais qu’il me restait à lire dans ma PAL des romans parus en 2019 !
Je termine en beauté avec le troisième roman de Mike McCormack, publié en Irlande en 2016 et lumineusement traduit en français l’an dernier. Le seul publié de l’auteur à ce jour dans l’Hexagone, d’ailleurs (ben alors ?)… Ce livre a été primé deux fois en Irlande « Book of the year » dans le cadre de l’Irish Book Award et couronné en 2018 de l’International Dublin Literary Award.

Mike McCormack vit à Galway mais a grandi dans une ferme de Louisburgh, dans le Mayo. C’est un habitant de ce village, Marcus Conway, qu’il me en scène dans son roman. Marcus est père de deux grands enfants, Agnès, artiste gothique et Darragh exilé en Australie. Il est marié à Mairead. Marcus est assis à la table de sa cuisine, seul, et écoute l’angélus. Il habite Louisburgh depuis 25 ans, il y a élevé sa famille, s’y est marié. Il a quatre heure devant lui avant que Mairead revienne du travail. En temps normal, il aurait été content de cette situation, « mais là, l’idée [le] met mal à l’aise »
« il doit y avoir moyen de remplir ce temps qui s’étale devant moi, couper court à ce malaise qui me ronge parce que
le journal,
oui
c’est ce que je vais faire
le journal du jour
prendre les clés de la voiture et me rendre au village pour acheter le journal, me garer sur la place devant la pharmacie et ensuite rester dans la rue et
c’est ce que je vais faire »

Marcus va vous raconter sa vie. Ne pas s’attendre à un poussif récit chronologique. Les frontières temporelles sont abolies, le lecteur suit le monologue intérieur du personnage, ses digressions mais pourtant cela n’a rien d’ennuyeux. Il est difficile de résumer ce roman sans l’escamoter. C’est l’histoire d’une vie qui vacille.
Marcus travaille au conseil du comté de Mayo (l’équivalent de notre conseil départemental) comme ingénieur civil. Tout va bien dans sa vie jusqu’au jour où Mairead est prise de ce que elle et lui pensent être une intoxication alimentaire. Mais peu à peu, c’est tout le village ou presque qui se met à vomir et à déféquer.

Il s’agit bien d’une épidémie, d’un virus qui commence à semer la panique. Imaginez ma surprise quand je vois cette thématique me sauter au visage en pleine crise sanitaire due à la pandémie COVID-19 !
Des pages savoureuses, mais effrayantes également sur l’inconscience dans les hautes sphères politique et financière, prêtes à tout, en dépit du bon sens, en dépit du respect de la nature et des hommes.

« la crise se répandait, le nombre de patients dépassait les quatre cents et commençait à sérieusement mettre sous pressions les services médicaux municipaux, un chiffre qui masquait ce que de nombreux observateurs estimaient être une gigantesque lame de fond de malades qui n’avaient pas été admis à l’hôpital mais dont la présence en creux se faisait sentir dans la vague croissante d’absentéisme au sein des secteurs public et privé (…) »

« les ingénieurs n’arrivaient toujours pas pour l’instant à identifier la source de la contamination (…)et en attendant la municipalité en faisait des tonnes à propose de la nouvelle station d’épuration des eaux de construction, une installation ultra-moderne qui serait implantée à côté de celle qui existait déjà (…) »

« (…) il avait été relayé sur les ondes nationales, chaque reportage teinté d’une pointe de joie malsaine en constatant qu’une ville qui s’était fait une réputation fort lucrative de Mecque culturelle, avec ses douze mois par an de festivals et de célébrations, étaient à présent frappée par une peste biblique (…) qui sanctionnait une espèce d’incompétence semblant affliger un lieu qui s’était toujours si pleinement consacré au carnaval(…) »

« un sujet qui manifestement s’éternisait si bien que la ville elle-même semblait désormais confite dans sa propre crasse (…)
sa rapide expansion urbaine lors de la décennie écoulée avec de vastes ensembles immobiliers le long de la route côtière qui avaient radicalement accru la consommation d’eau puisée dans la nappe phréatique de la ville, faisant baisser son niveau, si bien que sa pureté était davantage compromise par les quantités accrues d’engrais chimiques qui avaient ruisselé dans le lac durant les semaines de printemps de pluies incessantes (…) »

Marcus est un personnage attachant qui se bat contre des murs, une hiérarchie sourde. C’est aussi un époux désespéré qui cherche à sauver sa femme des bras de la Grande Faucheuse.

Marcus raconte son histoire un 2 novembre. Ce n’est pas un simple hasard. A vous de découvrir pourquoi !

Un livre qui évoque la politique politicienne, la folie, l’amour, les liens familiaux, la maladie, la souffrance, la mort, l’écologie, la course au profit, d’une plume virtuose et d’un seul souffle. Epatant !

A découvrir absolument !

C’est ma 3e lecture dans le cadre de l’Irish Readathon 2020.
Je remplis ainsi le 3e challenge : « lire un livre paru entre 2018 et 2020 » et aussi le challenge « lire un auteur irlandais primé »

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Confinement intérieur

Chronique spéciale. Parce que l’actualité rattrape la Science Fiction.

La semaine dernière c’était il y a mille ans. La semaine dernière je travaillais normalement, je préparais mon séjour dublinois, je lisais un roman irlandais dans le cadre de l’Irish Readathon, je soutenais avec enthousiasme aussi une liste pour les municipales. Le COVID 19 faisait déjà des dégâts, les gros salons littéraires étaient annulés, mais la vie continuait normalement avec des gestes barrières simples, on pouvait toujours aller au théâtre ou au cinéma. J’avais rencontré le réalisateur de Rosie Davis, le film écrit par Roddy Doyle, venu parler de son film au Trois Luxembourg.

Tout a commencé à partir en vrille jeudi 12 mars après-midi. Je regarde vite fait en travaillant l’actualité irlandaise et lis de travers un article annonçant la décision du 1er Ministre irlandais de fermer les écoles. Je me dis ok. Je reçois quelques heures plus tard un message du National Concert Hall de Dublin annonçant l’annulation de la rencontre avec Roddy Doyle. Coup au coeur et mille morceaux ! Je suis assommée. J’avais vu un post sur le mur de l’auteur quelques heures avant évoquant cette future rencontre. Je relis l’article irlandais et comprend l’ampleur de la décision du 1er Ministre : tous les établissements publics, d’éducation, culturels ferment. Je regarde vite fait l’appli Aer Lingus qui annonce que les vols sont maintenus. J’encaisse ma déception et me dis que ce n’est pas grave, Dublin et ses environs sont suffisamment riches pour partir quand même.

Ce jour-là, le Premier ministre irlandais fait son annonce fracassante depuis les Etats-Unis, le jour même où Donald Trump annonce la fermeture du territoire aux Européens hormis les Britanniques. Je trouve ça bizarre.
Le soir même à 20h, Emmanuel Macron annonce qu’il ferme toutes les écoles, collèges, lycées pour lutter contre l’épidémie du virus COVID-19, que les rassemblement de plus de 1000 personnes sont interdits, que les personnes âgées de 70 ans et plus doivent rester confinées chez elle et exhorte les proches à éviter les contacts avec elles. Il annonce également que toutes les dispositions sont prises pour que les gens qui ont des enfants de moins de 16 ans puissent garder leurs enfants à domicile et que les personnes à la santé fragiles doivent rester chez elles, que les déplacements doivent être limités au strict nécessaire, que les transports continueront à fonctionner. Je suis sidérée. Je suis agacée. Je ne comprends pas. Je trouve ça incohérent. J’ai l’impression qu’on me prive de ma liberté. Que j’ai juste le droit d’aller travailler car je ne suis pas fragile ni mère d’enfant de moins de 16 ans. Je trouve ça injuste. Je me demande comment je vais faire sans mettre ma santé en danger puisque c’est apparemment dangereux, ce virus. Je me demande aussi comment on va pouvoir assurer le travail de 99% du personnel absent pour cause de garde d’enfants etc.

Le vendredi 13 mars (sic !) c’est le grand désordre. Les directives étant comme inachevées. La journée est très spéciale. J’ai toujours espoir de pouvoir partir à Dublin. Je m’y accroche comme une moule à son rocher. A 13h Edouard Philippe annonce que les rassemblements de plus de 100 personnes sont interdits (je me demande s’il va passer au rassemblement à 2 personnes). Journée de Martienne.

Le samedi 14 mars, je fais quelques courses : les rayons sont vides. Plus de pâtes (j’ai jamais compris pourquoi les pâtes ?), presque plus de riz, plus de papier toilette (LOL), presque plus de chocolat (ah ben merde !), plus de farine, plus de savon liquide, plus de pommes de terre. Le supermarché est quasi désert. Je me dis que les gens sont idiots et égoïstes.
J’annonce que je refais mon programme dublinois. Je vois une grimace. J’entends des reproches irlandais : tu vas contaminer les gens. Je dis que je ne suis pas malade et que je pratique les gestes barrière depuis le début. Que si quelqu’un tousse (pratique du métro parisien), je me retourne. Que les avions sont nettoyés. Que je ne suis coupable de rien. Les informations irlandaises tombent comme un couperet : les Irlandais s’en prennent aux étrangers, aux touristes, à tous ceux qui ne sont pas confinés chez eux. Je vois défiler sur FB des messages de morale. Aer Lingus invite à reporter son voyage. Mais les vols sont toujours assurés. J’apprends que Dublin est une ville morte. Que les commerces censés être ouverts comme les pubs ou les commerces sont fermés parce que les Irlandais appliquent à la lettre les consignes sanitaires de leur gouvernement. Je me dispute parce que je trouve ça très moralisateur et raciste de s’en prendre aux étrangers et aux touristes. Je leur balance dans la tête que l’Irish Welcome c’est bien de la merde, juste un truc marketing, qu’ils me dégoûtent, qu’ils pourront toujours pleurer quand cet été il n’y aura plus du tout de touristes qui voudront venir chez eux. J’oscille entre la tentation du report et l’annulation. Mais j’ai plutôt envie de vomir. Je rumine.
Le soir, c’est chez des amis qu’on apprend qu’ Edouard Philippe a fait une nouvelle déclaration : tous les commerces non indispensables doivent fermier à minuit, on passe en phase 3 de la lutte contre le COVID 19. On se regarde tous. On n’est pas dans un restau, mais dans une maison, on prend du bon temps. On était déjà stressés, mais là on se sent coupables, alors qu’on n’a rien fait de mal, pourtant. Qu’on n’est pas des inconscients. Que de la journée, on n’a rien fait à part essayer de faire nos courses et s’occuper de nos enfants, excités et inquiets avec l’arrêt de l’école, les cours à distance etc.

Dimanche 15 mars : élections municipales dans une ambiance surréaliste. Assesseurs et personnels gantés, cartes d’identité et d’électeurs montrés de loin, l’ennemi c’est l’Autre, désert du bureau de vote ou 18% seulement se sont déplacés. Il fait beau. Les arbres sont en fleurs. Je me dis purée, c’est vrai, c’est le printemps ! Ma seule sortie fut les élections. Je consulte mes mails professionnels pour savoir si des consignes ont été données pour l’organisation du travail. Rien. Je suis fatiguée. Dublin, je n’ai plus du tout envie d’y aller. L’Irish Times montre du doigt l’inconscience des Français. Ca me saoule. Je réponds à deux ou trois commentaires sur internet en leur disant de balayer devant leur porte, qu’ils ont 2 morts pour presque 5 millions d’habitants, que nous en sommes à 149 pour 67 millions, qu’au lieu de nous conspuer et nous critiquer, ils feraient mieux de nous aider.. Que notre gouvernement n’a pas pris suffisamment tôt au sérieux l’ampleur de l’épidémie, – que l’OMS appelle maintenant pandémie – du COVID 19. Que certes, les gens sont inconscients ou insouciants mais qu’en Irlande, pas tous les Irlandais ne sont planqués chez eux non plus. Que je regrette le manque de solidarité entre les peuples. Que j’admire ces pauvres Italiens. Que je les plains. Que les Irlandais se prennent pour les perfect people of the world ! Je leur demande pourquoi l’Irlande ne ferme pas ses frontières ? Pourquoi l’Irlande n’annule pas ses vols ? Est-ce que l’Irlande n’est pas un peu hypocrite ? C’est à ce moment-là que je prends aussi conscience que l’Irlande était en avance sur la France pour la prévention de l’épidémie. Que le gouvernement a beaucoup plus insisté sur le fait que rester chez soi contribue à lutter contre la propagation du virus et à sauver des vies. Que c’est pour ça que j’ai vu fleurir des bannières #stayhome chez de nombreuses personnes sur FB. Nous, notre gouvernement prend des mesures au coup par coup et dans l’urgence. Dimanche soir, je ne sais d’ailleurs toujours pas que faire par rapport à mon travail. Que c’est la confusion. Des échanges tardifs un jour férié me font comprendre que le personnel serait autorisé à rester confiné chez lui. Je pense aux personnel des hôpitaux, aux employés des supermarchés qui doivent aller travailler.

Lundi, je reste chez moi. Je ne suis pas sortie de la journée. Une rumeur monte. La France passerait en confinement total, un décret serait en préparation au JO de mardi pour une mise en vigueur mercredi. Des hélicoptères ont survolé ma ville. Etrange. Les gens se sont encore rués dans les supermarchés où l’on ne peut rentrer que par petits groupes si j’en crois ce qu’on m’a dit, tout en respectant un mètre de distance entre chaque personne (ne me demandez pas comment c’est possible dans un supermarché). On m’a envoyé un photo de chars d’assaut sur un camion en Ile de France. La Poste est fermée. Je prends des nouvelles des miens pour savoir s’ils sont en bonne santé. On touche du bois, on est tous épargnés pour l’instant. Emmanuel Macron doit faire une nouvelle annonce dans quelques minutes.

Je n’ai pas beaucoup lu. Demain je travaillerai à distance. Du moins, c’est ce qui est prévu. Mais de quoi sera fait demain ? Hier c’était il y a un million d’années lumière. On nous a confinés de l’intérieur.

Je vous parle bientôt de l’excellent D’os et de lumière de Mick McCormack, qui évoque aussi une épidémie (je ne l’ai pas fait exprès). Ma colère envers les Irlandais s’éteint peu à peu. L’Irish Readathon continue. A bientôt. Take care. Stay Home.

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Sauvage par nature – Sarah Marquis

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En cette journée internationale des droits des femmes, je voulais quelque chose d’un peu vivifiant qui sorte des sentiers battus. J’ai lu Sauvage par nature de Sarah Marquis il y a un mois. Je dirais même plutôt dévoré ! Le titre m’a attirée. Je m’y suis un peu reconnue. Puis le sous-titre : « De Sibérie en Australie 3 ans de marche extrême en solitaire » : ça en jette. Je suis une adepte de la marche à pied, de la découverte là où mes pieds veulent bien me mener. Pas du tout dans des coins dangereux, mais je sais ce que c’est d’être seule avec soi-même dans un pays étranger, ce qui pousse à prendre le large pour aller voir au-delà du coin de sa rue (j’ai lu tout un tas de conneries psy sur le sujet qui m’ont bien fait rire), de dormir sous une tente un jour de tempête 😅. Je voyage depuis que j’ai 18 ans, depuis le jour où j’ai eu 3 sous de mon propre argent : ce fut des économies pour voyager. Avec des copines. En groupe. En couple. Solo. Je pourrais écrire sur quelques mésaventures qui me sont arrivées mais aussi sur tous les bonheurs que ça procure, sur la débrouillardise que cela développe, etc. J’ai un goût prononcé pour les romans d’aventures, de Nature Writing, ou qui se passent en dehors des frontières. A 13 ans, j’ai dévoré L’expédition du Kon Tiki de Thor Heyerdahl, Robinson Crusoe de Daniel Defoe est aussi un de mes potes littéraires de l’adolescence, etc. Bref, tout ça pour dire que le récit d’une femme qui a marché toute seule pendant 3 ans était le genre de récit fait pour moi !

Sarah Marquis est suisse. Elle est née en 1972. Elle avait la quarantaine quand elle a entrepris cette expédition. Il ne faut pas croire que ce genre de voyage se fait en partant le nez au vent, sans plans très minutieusement préparés. Cette préparation, justement, lui a pris la bagatelle de 2 ans et « a été fastidieuse. Vidée, exténuée, je me suis enfin assise dans l’avion qui me transporte en Mongolie, siège 24B… Je m’endors avant même le décollage ».

L’auteure dédie son livre à son chien (resté à Lausanne) et « A toutes les femmes de par le monde qui luttent encore pour leur liberté et pour celles qui l’ont obtenue mais qui ne l’utilisent pas ».

Sarah Marquis s’est posé la question de savoir ce qui la poussait à prendre ses pompes et à partir marcher. « L’explication est d’une simplicité presque logique et pragmatique. (…) Ma vie a été jusqu’ici un doux mélange d’excitation, de sueur, d’aventures pures, de torses nus où j’ai posé ma tête l’espace d’un instant (…). Cette existence a été pleine de choix. (…) la liberté de choisir ».

Et voilà, je suis partie en Mongolie dans les pas de Sarah Marquis. Pays fort peu sympathique quand on est une femme seule. J’ai ri comme une baleine quand elle raconte sa première rencontre avec un Mongol : le type lève sa tunique et se tape le ventre, un bon gros bidon bien tendu : signifie qu’il a les moyens, la richesse ! Ensuite, il pisse devant elle. Rien de sexuel là-dedans, ni signe de marquage de territoire. C’est en gros une sorte de bienvenue. Imaginez votre tête ! J’ai bu du thé noir, rance et fumé. Je sais comment arriver à boire quand il n’y a pas d’eau.

Le voyage de Sarah est semé d’embûches, les contrées qu’elles traversent sont hostiles. Elle tombe malade, se blesse. C’est bien difficile d’être une femme dans beaucoup de coins du globe, ce n’est pas un scoop. Ce récit en est une preuve. Sachez que si vous voyagez dans la Chine des Hans, seule, on vous prendra pour une prostituée !!! On est très bien accueillies dans la Chine dite des minorités mais ce n’est pas du tout le cas dans la Chine des Hans, pays pollué de manière hallucinante où les gens travaillent dans d’affreuses conditions. Quant au Laos, il est plein de dealers et ce n’est pas vraiment un bon plan de se trouver sur leur chemin au mauvais moment. Le pays le plus accueillant et le plus gai est apparemment la Thaïlande. Quand on sait la dictature qui sévit dans ce pays, c’est chapeau bas aux Thaïs .

J’ai été un peu moins intéressée par sa traversée des bushs australiens et l’espèce d’histoire d’amour de l’auteure envers « son » arbre.

Le récit possède également une forte dimension écologique. Ça m’a beaucoup plu, et ça résonne bien avec l’actualité.

La seule question que je me suis vraiment posé pendant une grande partie de ma lecture est : mais de quoi vit-elle pour pouvoir partir 3 ans comme ça ? Je suis bien naïve !!! C’est une expédition sponsorisée. Je l’ai compris quand Sarah tombe malade en Mongolie dans le désert de Gobi. Elle passe un coup de fil et hop, c’est magique, on vient la chercher pour la transférer au Japon pour se faire soigner. J’avoue : le mythe de la baroudeuse sauvage a sur le coup pris un peu de plomb dans l’aile !! 😉 D’ailleurs, ce n’est pas du tout sa première expédition. Elle a écrit tout un tas d’autres livres.

Néanmoins, c’est un récit très instructif et entraînant, une histoire vraie qui se lit comme un roman d’aventures, loin de toute image d’Epinal. J’ai beaucoup aimé.

Cette femme a eu le courage de lever toutes les barrières mentales que la société vous assigne pour être une vraie femme libre. Il faut avoir la tête mais aussi les jambes !

« Je savais tout au fond de mon coeur que ce départ était alors la seule façon d’être fidèle à ce feu qui brûlait en mon for intérieur. »

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Elmet – Fiona Mozley

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Traduit par Laetitia Devaux

« Elmet est le dernier royaume celtique indépendant d’Angleterre. A l’origine, il s’étirait jusqu’au val d’York… Au XVIIe siècle, cette étroite vallée (…) était encore une « mauvaise terre », un sanctuaire pour ceux qui souhaitent échapper à la loi. » Quelques mots du poète anglais Ted Hughes en préambule du roman qui porte cet étrange nom qui claque et brille.

Fiona Mozley va vous mener du côté de la fange, de ceux qui vivent en marge de la société. Pas dans un bidonville ou un quartier pauvre, mais à la lisière d’une forêt, au bord d’une voie de chemin de fer. C’est là que John Smythe a décidé de constuire sa maison, avec sa fille Cathy et son fils Daniel. C’est Au début on ne sait rien d’eux. C’est Daniel qui va nous raconter l’histoire, alors qu’il marche, qu’il cherche quelqu’un. On comprendra plus tard. John est un « géant barbu ». Avec lui et Cathy, ils ont vécu de la forêt, éloignés des fermes et du village. On croit être seuls dans une forêt mais « les fantômes de l’ancienne forêt se manifestaient encore lorsque le vent soufflait. Le sol regorgeait d’histoires brisées qui tombaient en cascade, pourrissaient puis se retransformaient dans les sous-bois de façon à mieux ressurgir dans nos vies. On racontait que des hommes verts avec des visages en feuille d’arbre et des membres en bois noueux scrutaient depuis les fourrés. »

John a jusque là vécu de combats, de la force de ses poings. C’est à la mort de sa mère et parce que sa fille est persécutée par les garçons de son école qu’il décide d’aller vivre dans le Yorkshire rural, sur une terre appartenant à la mère des enfants. Cette dernière a claqué la porte du domicile pour ne jamais revenir, pour le peu qu’elle y a été. La décision de John va faire basculer leur vie. Ils vont vivre avec les misérables. Peter, un gars qui vivaient comme manoeuvre pour des entreprises en bâtiment avant qu’elles fassent faillite. Il se met alors à son compte et arrive à s’en sortir jusqu’au jour où un accident lui fait perdre l’usage de ses jambes. Certains clients sont récalcitrants pour payer leur dette et il demande à John de l’aider. Ce n’est que le début. Quand Price, gros propriétaire explique à John qu’il a bâti sa maison sur un terrai qui ne lui appartient pas. Price c’est le big boss des propriétaires. C’est lui qui contrôle tout. Il propose un deal à John, qui refuse de se servir de ses poings pour récupérer des impayés pour le compte de Price. Peter ne peut pas aider John et lui conseille de faire appelle à Ewart Royce, un ancien mineur. Sur les plans de Peter, Cathy et Daniel se font embaucher au black pour le compte d’un certain Coxwain, dont la spécialité est d’embaucher sans les déclarer des journaliers en difficulté de réinsertion pour peine de prison.

« Je paie pour une terre. Pour avoir le droit de vivre dessus. Ça paraît peut-être évident, mais c’était pas comme ça quand mon propriétaire c’était la municipalité. A l’époque, on considérait aussi que mon argent servait aussi à entretenir la maison. Alors que maintenant, la baraque pourrait s’écrouler demain, Jim Corvine viendrait toujours chercher son loyer. » « Tous les propriétaires du coin boivent et chassent ensemble au manoir. Ils font tous des affaires ensemble. Ils investissent ensemble. Ils bouffent tous au même ratelier. »

John tente une rébellion avec l’aide de ceux qui se font exploiter pour le compte de Price. Mais celui-ci n’a pas dit son dernier mot. Un drame supplémentaire va faire basculer l’histoire dans une noirceur absolue.

Un conte gothique et social, qui fait également une place majeure à la nature. J’ai trouvé dans cette histoire un peu de l’âme de Steinbeck, alliée au lyrisme de Ted Hughes.

Un roman qui fait la part belle au droit des femmes mais aussi des hommes à disposer de leur corps et de leur vie comme ils l’entendent. Un roman contre l’exploitation humaine et la loi du plus riche.

La fin est un coup d’éclat qui vous laisse étourdi.

Daniel trouvera-t-il ce qu’il cherche ? L’auteure vous passe la plume…

C’est magnifiquement écrit, c’est une histoire noire mais il en émane une étincelante beauté. Finalement, je retrouve dans ce roman ce qui avait porté mon enthousiasme pour Né d’aucune femme de Franck Bouysse.

Un coup de coeur. Lisez-le !

Je remplis par la même occasion le 1er challenge de lIrish Readathon : « Lire un livre avec une couverture verte », irlandais ou pas. Fiona Mozlay est anglaise.

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Irish Readathon 2020

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Je ne sais pas trop comment ça m’est arrivé. Je pars en Irlande dans quelques semaines pour une escapade littéraire. Je surfais au gré des vagues cybernétiques irlandaises quand je suis tombée sur : IRISH READATHON 2020. Je vous le fais court sur ce qui s’est passé ensuite, d’un clic à un autre : Leanne Rose, Aoife, Elaine, trois booktubueuses irlandaises organisent depuis l’an dernier un readathon consacré à la littérature irlandaise (vous trouverez leur chaîne en fin de chronique). J’ai une bonne grosse PAL irlandaise, je suis dans le mood irlandais vu mon départ prochain : yaaasss ! je plonge la tête la première dans l’histoire !

Le principe : entre le 1er et le 31 mars 2020 , lire au moins un livre irlandais. Pas compliqué !
Les organisatrices ont ajouté quelques défis sympathiques pour corser ce readathon, pour ceux que ça tente et c’est ce qui rend le challenge intéressant !

– Lire un livre de moins de 150 pages ;
– Lire un livre avec une couverture verte ;
– Lire un auteur irlandais primé ;
– Lire un livre LGBTQ (l’auteur revendiqué comme tel ou/et des personnages)
– Lire un livre irlandais publié entre 2018 et 2020.

  • Lire un livre paru entre 2018 et 2020 : Je ne vais pas avoir trop le choix pour les livres que je possède parus entre 2018 et 2020 car je n’en ai qu’un seul non lu : D’os et de lumière de Mike McCormack (éditions Grasset, traduit par Nicolas Richard, 2019). J’ai aussi Becoming Belle de Nuala O’Connor (2018, éditions Piatkus, non traduit en français : je lis trop lentement en VO pour que ce soit intéressant dans le cadre d’un readathon, mais cette auteure m’intrigue pas mal, elle a reçu des prix, elle est recomandée par Sebastian Barry !)

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Il y a toute une palanquée de livres parus entre ces dates chroniqués sur ce blog. Si le readathon vous tente, il suffit de cliquer pour avoir un avis, qui n’est que le mien. Dont des coups de coeur (le dernier Donal Ryan, Lisa Harding, Edna O’Brien, Bernard MacLaverty, Michèle Forbes…). Pour 2020, en France, on est en retard : aucun roman irlandais paru en janvier, février, mars…. à ma connaissance. Que se passe-t-il ?

  • Lire un livre de moins de 150 pages : il y en a pas mal mais je les ai tous lus. Par exemple : Le goût de Dublin, 123 pages, éditions Mercure de France, traduit par Jean-Pierre Krémer ; Sept hivers à Dublin d’Elizabeth Bowen 91 pages, Petit Bibliothèque Payot, traduit par Béatrice Vierne ; Ailleurs en ce pays de Colum McCann, 142 pages, éditions 10/18. J’ai choisi de relire Le goût de Dublin, ce sera vraiment parfait !912UFSk7nBL

* Lire un livre avec une couverture verte : alors, là aussi, j’ai lu tous mes livres irlandais à couverture verte. Donc, le hasard fait bien les choses car je suis en train de dévorer un roman à la couverture toute verte et feuillue, dont l’histoire qui se passe dans une forêt du Yorkshire : Elmet de Fiona Mozley, éditions Joëlle Losfed, traduit par Laetitia Devaux. L’auteure est britannique.

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* Lire un livre LGBTQ : j’ai depuis très longtemps des romans de Colm Tóibín non lus. En particulier Histoire de la nuit (éditions 10/18, traduit par Anna Gibson), qui évoque l’homosexualité et dont l’auteur est lui-même homosexuel. Outre Oscar Wilde, j’aurais pu choisir Emma Donoghue (pour son roman « Long courrier) ou John Boyne, pour les livres traduits. Les booktubeuses irlandaises en évoquent d’autres aussi, que je ne connais pas : Kate O’Brien, par exemple. J’ai entendu aussi évoquer Bram Stocker, mais c’est à mon avis à prendre avec des pincettes, même si Joseph O’Connor le suggère aussi dans une interview sur Shadowplay / Le bal des ombres . Moi, dans ma lecture, je suis totalement passé à côté de cet aspect.

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* Lire un auteur irlandais primé : alors là, il y en a tant que c’est Byzance, tant l’Irlande est terre de talents ! Mon choix s’est porté sur La mer de John Banville que j’ai depuis trop longtemps (éditions 10/18, traduit par Michèle Albaret-Maatsch).téléchargement

Si je suis forte, je remplirai les 5 défis ! A suivre…

→ Mel Coccinelle du compte Insta du même nom, grande fan de littérature irlandaise, participe à ce trip littéraire irlandais.
→ Pauline, de la chaîne « Dancing Lawn » s’est aussi lancée :
https://youtu.be/_QXLCqxAygs

Si cet Irish Readathon vous tente, n’hésitez pas à me le faire savoir : je suis juste curieuse de vos choix et avis.

Voici les choix et autres préconisations des organisatrices :
Leanne Rose de la chaîne du même nom (elle est librairie, si j’ai bien compris)
https://youtu.be/YFfk8tAmiZI
Aoife (qui se proononce « eefa » de la chaine « Fred Weasley Died Laughing » 🙂
https://youtu.be/sJcxAHR8EYM
Elaine :
https://youtu.be/rteLAI4SWGk

Thank you for that good idea !

Vous remarquerez que ma vignette ne suit pas vraiment les 5 challenges ni mes choix de lectures pour le readathon. Mais ce sont tous des livres irlandais. 🙂

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La parole de Fergus – Siobhan Dowd

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Traduit par Cécile Dutheil de la Rochère

Drumleash, une petit bourgade en Irlande du Nord, près de la frontière, où vit Fergus McCann, avec ses deux soeurs et ses parents. Il a un frère aîné, aussi, Joe. Celui-ci est enfermé dans la sinistre prison de Maze  à Belfast. Nous sommes au début des années 80. Bobby Sands vient de mourir de grève de la faim. Fergus a 18 ans et il reste à distance autant que faire se peut de la lutte des « Provos » (comprendre les membres de l’Armée Républicaine irlandaise Provisoire). Il passe ses examens qui doivent lui donner accès à l’université. Son rêve est de devenir médecin et surtout de fuir loin de l’Irlande du Nord. Pourtant quelques événements vont venir bouleverser sa vie et mettre son univers en question. Près du poste frontière, dans un coin en travaux, il découvre un cadavre dans la tourbe.« Une petite main. Avec un bracelet ». Tout est possible. Joe décide, dans sa prison, de faire grève de la faim. Une jolie Dublinoise vient faire tourner le coeur de notre Fergus, qui lui-même se trouve embrigadé dans la lutte armée, malgré lui.

Dans un premier temps, l’histoire a une allure de thriller : qui est le cadavre dans la tourbe ? Qu’est-ce qui lui est arrivé. Des spécialistes sont déplacés sur les lieux. Dont Felicity, accompagnée de son ado de fille, Cora. Fergus va découvrir l’histoire fascinante de ce qu’on appelle les « Gens de la Tourbe », ces cadavres parfaitement conservés. L’occasion d’une plongée dans le passé de ce coin d’Irlande.

Parallèlement, Fergus va vouloir venir en aider à Joe, lui sauver la vie, le ramener vers le monde des vivants, le sortir de l’endoctrinement et du jusqu’auboutisme qui ne peut que le mener à une mort certaine. Il y a, à Drumleash, un autre ado, Michael, qui dit avoir des liens directs avec les gens de pouvoir de l’IRA Provisoire. Michael dit  à Fergus qu’il connaît quelqu’un qui peut demander à Joe de cesser sa grève de la faim. Mais qu’il faut que Fergus collabore en devenant passeur. Il doit récupérer des enveloppes, les déposer à des endroits précis, sans poser de questions ni sur ce qu’elles contiennent, ni sur leur destinataire. Le petit jeu dure un certain temps mais rien ne change : Joe continue de se laisser mourir. Personne n’a l’air d’intervenir pour changer quoi que ce soit. Fergus est de plus en plus réticent et veut arrêter. Pas si simple quand on se retrouve pris dans un chantage…

Fergus s’est lié d’amitié avec un soldat gallois, Owain, qui s’est embrigadé dans l’armée faute d’avoir le choix entre ça ou la mine ! Et puis, il y a Cora, la belle Dublinoise, l’ado qui a mal vécu le divorce de ses parents et le départ de son père vers les Etats-Unis.

Siobhan Dowd nous réserve quelques surprises dans cette histoire. Sa plume n’est pas dénuée d’humour, ses personnages sont attachants. Un roman riche et très documenté  sur les Troubles et les grévistes de la faim, le rôle du père Paul, l’aumônier de la prison de Maze.
Siobhan Dowd pose des questions pertinentes : jusqu’où peut-on aller pour une cause ? Est-ce trahir cette cause que de choisir à la place de ceux qui sont prêts à se supprimer pour arriver à leurs fins ? Le poids de la culpabilité.
« Nous causons plus de mal en péchant par omission que par par action. »
Il est question d’amitié et d’amour, de sincérité et de trahison.

Seul bémol : j’ai trouvé dommage que, finalement, l’histoire de la jeune fille retrouvée dans la tourbe soit laissée de côté pendant une bonne partie du roman, qui se focalise surtout sur le conflit nord-irlandais. Nous n’avons que de très (trop) brefs aperçus de la vie menée par Mel (le nom donné par Fergus à cette Bog People, qui lui « parle » à Fergus dans ses rêves. Les Bog People ne sont qu’un prétexte. La couverture de l’édition française est aussi trompeuse puisque l’histoire est avant tout le conflit nord-irlandais des années 80 vécu par un adolescent.
Par ailleurs, l’idylle entre Cora et Fergus paraît un peu plaquée là, pas très approfondie non plus. Le divorce des parents de celle-ci et les conséquences appris un peu à « l’arrache » à la toute fin. On va dire que ce n’était pas le but de l’auteure que de nous raconter une histoire d’amour. Cora n’est d’ailleurs pas un personnage très travaillé.

Néanmoins, c’est un beau roman dont la densité et la documentation font que ce n’est pas un récit uniquement pour les adolescents. La fin n’est ni tout rose, ni tout noir, donc réaliste.

 

 

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Un amour à Waterloo – François Bott

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Un amour à Waterloo est un recueil de six nouvelles dont une novella qui donne son titre au livre. François Bott brosse le portrait de personnages romantiques, dignes de la littérature du XIXe siècle, autour de la figure centrale de Napoléon. Le « grand Napoléon », frêle jeune homme auteur d’un traité sur le suicide avant de devenir celui qui conquit l’Europe et sema la mort. Et puis, il y eut les « petits » Napoléon qui durent vivre avec l’héritage familial encombrant de leur oncle : le médiocre Napoléon III que tout le monde connaît mais aussi la « tête brûlée » que François Bott met sur le devant de la scène dans sa deuxième nouvelle, un prince oublié, une cynique, turbulente et assassine créature en mal de reconnaissance : le prince Pierre Bonaparte. « J’étais un personnage de roman », dit-il, « le prince le plus litteraire ».

En filigrane, on devine comment chaque personnage se réécrit à l’aune de son passé, de son histoire personnelle et dans l’ombre de grands personnages historiques. Marianne, dont la grand-mère est corse, ne supporte pas que René traite Napoléon Bonaparte d’Al Capone corse. René cherche à comprendre « l’engouement voire la dévotion que suscite chez les meilleurs esprits ce tyran, ce despote ». Dans le « Motel Napoléon », nommé ainsi par une Big Mama américaine « pour faire plaisir aux Français », John Carter, prof de philo rescapé d’Ohama Beach où il a « ramp(é) sur le sable dans une rumeur de fin du monde », a relégué depuis la philo aux oubliettes et est devenu le pianiste de jazz le plus taciturne de Brooklyn. Adieu La vie en rose, elle n’est pas rose, la vie ! « Fragile man, était le contraire des gens qu’il admirait ».

Pour Georges Duval, qui vous demande « Aimez-vous la Normandie en hiver ? », le suicide n’est pas quelque chose de romantique, surtout depuis que Roberte s’est defenestrée et qu’en anti-heros, il a pris la fuite. Depuis, c’est comme si l’horloge du temps l’avait pris au piège du drame.

François Bott explore la solitude, la mélancolie, l’amour, l’Histoire et la littérature pour faire jaillir le romantisme de l’ordinaire. Il parvient à saisir la contingence des choses avec finesse et humour.

Un livre très agréable.

Merci aux Éditions de La Table Ronde

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Retour sur des flops

Petit tour d’horizon de mes flops littéraires de ce mois de janvier : sur 5 livres, 3 déceptions. Sur un temps aussi court, ça m’est rarement jamais arrivé.

Je commence par l’Irlande. Grr ! Que cela m’agace de tomber sur un vrai mauvais livre, c’est-à-dire un vrai manque de qualité !  Parce que oui, il y a des livres qui ne valent pas davantage qu’un carton de chaussures. C’est le cas pour Une rivière dans les arbres de Jacqueline O’Mahony.

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Ce qui était attendu, selon la 4e de couverture : « Irlande, 1919. Le pays est sous tension, tiraillé entre les colons britanniques et les indépendantistes. Bravant le risque d’être découverts par les Black and Tans, des factions armées chargés d’éliminter les résistants, Hannah O’Donovan et sa famille cachent dans leur ferme un petit groupe de rebelles. Hannah fait alors la connaissance de leur chef, O’Riada, un jeune homme sombre et courageux, sans se douter des lourdes conséquences qu’aura cette rencontre. Londres, 2019. Ellen, qui a quitté l’Irlande pour l’Angleterre il y a plusieurs années, est dans une impasse : endeuillée, elle voit son mariage vaciller et sa carrière s’enliser. Lorsqu’elle apprend que la ferme qui appartenait à ses ancêtres est mise en vente, elle revient dans le pays de son enfance et plonge dans le passé familial. Pourquoi sa famille a-t-elle toujours refusé de parler de sa mystérieuse arrière-grand-tante, Hannah O’Donovan ? »

J’ai lu plus de la moitié de l’histoire mais me suis gravement lassée du remplissage de pages pur et dur, de détails inutiles, voire vulgaires, de clichés à la mords-moi-le-noeud (si je puis dire ! 😉 ).
Ellen a accouché d’un enfant mort né. Pour se remettre, (OMG !) elle saute sur l’agent immobilier chargé de lui faire visiter la maison de son ancêtre. Mais si c’était que ça ! Nan, il faut que Jacqueline O’Mahony nous fasse partager l’intimité corporelle de John, l’agent immobilier en question. Et quelle intimité ! Acrochez-vous à vos sièges ! « Pour un homme aussi grand, John avait un petit pénis. Cela ne la surprit pas. Son membre penchait d’un côté, il se courbait comme une banane et cela, en revanche, l’étonna. » Sans déconner ? Sans blague ? On est sérieux, là ? Bonjour le cliché ! Et puis, à quoi sert ce genre de détails dans une histoire ?  Je continue : « Au sortir de la douche, elle se sécha et s’apprêta à se maquiller. Son visage était gonflé. Franchement, si elle n’enlevait pas correctement le maquillage de la veille, c’était une perte de temps d’en remettre le matin – sa peau ne le supporterait pas. » Ma pauvre Lucette Ellen, tu en as bien des soucis dans ta vie de femme ! « Un jour, on lui avait dit qu’il était impossible d’aimer trop, mais qu’il était possible d’aimer mal ! » Ah bon ! P***, merde alors !
Du côté de l’arrière-grande-tante, ce n’est guère plus glorieux. Bref, ce n’est pas de la vraie bonne littérature irlandaise, c’est un Harlequin déguisé, sur fond historique que j’ai bien oublié parce que le reste me parasitait la lecture. Rien de bien approfondi, ni de qualité d’écriture, beaucoup de poncifs, de clichés. C’est ce qui fait pour moi un vrai mauvais roman. Economisez donc 21,90€ et lisez plutôt Sebastian Barry, Joseph O’Connor, Dermot Bolger, Edna O’Brien, Donal Ryan, Paul Lynch, Lisa McInerney, Michèle Forbes etc.

Deuxième flop. Mais cette fois, c’est juste moi.  🙂 J’aime beaucoup Anne Enright. Sa qualité d’écriture est indéniable. J’avais acheté, il y a un petit temps déjà, La valse oubliée.
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4e de couverture : « Avec la verve et l’insolence qu’on lui connaît, Anne Enright, l’auteur de Retrouvailles (Booker Prizc 2007), raconte la passion extraconjugale du point de vue d’une jeune Dublinoise à la recherche de repères. Ecrire tout, faire le bilan d’une double crise, celle de la prospérité matérielle de l’Irlande et celle de l’amour, lui permet de s’approcher de sa vérité et de ses véritables ambitions. Anne Enright fait tomber les masques et déjoue les conventions pour décortiquer les mécanismes d’une passion irlandaise en temps de crise. En invitant à une immersion totale dans la psyché d’une femme d’aujourd’hui, ce roman éclaire et captive à la fois. »
C’était prometteur. Le début de l’histoire, teintée d’humour. Gina raconte comment elle a rencontré Sean. Le jeu de lumières sur sa silhouette. L’effet que cela a eu sur elle à cet instant-là. Puis elle a oublié cet homme un certain temps, épousé Connor et tout le tralala.  Finalement, elle tombe dans les bras de Sean dont elle devient la maîtresse. L’histoire est racontée avec un recul ironique des années plus tard. Cependant, je me suis perdue dans les draps de Sean et Gina. Je me suis lassée, ne voyant pas où Anne Enright voulait mener le lecteur. J’ai trouvé qu’il y avait des longueurs. Dommage pour moi !

Enfin, une déception islandaise. J’adore Jón Kalman Stefánsson et donc j’ai été tentée de découvrir la plume de Gunnar Gunnarsson avec Le berger de l’Avent,  car Jón recommandait ce livre.

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4e de couverture : « Comme chaque année début décembre, Benedikt se met en chemin avec ses deux fidèles compagnons, son chien Leó et son bélier Roc, avant que l’hiver ne s’abatte pour de bon sur les terres d’Islande. Ce qui compte avant tout pour ces trois arpenteurs au coeur simple, ce sont les moutons égarés qu’il faut ramener au bercail. Ils avancent, toujours plus loin, de refuge en abri de fortune, dans ce royaume de neige où la terre et le ciel se confondent, avec pour seuls guides quelques rochers et les étoiles. En égaux ils partagent la couche et les vivres. Mais cette année, le blizzard furieux les prend en embuscade… »
Encore une fois une jolie prose pour une pastorale enneigée. Mais si j’ai vraiment bien accroché à Entre ciel et terre et La tristesse des anges, de JKS là, j’ai trouvé le personnage un peu stupide de s’acharner ainsi et de se mettre en danger. Je ne me l’explique pas vraiment car il ne l’est pas plus que ceux de La tristesse des anges.  « La tempête et le blizzard, en hurlant, s’attaquaient aux toits gelés. On aurait dit une armée de monstres jaillis du plus noir de la nuit. (…) Quand le blizzard s’abattit sur Benedikt et ses compagnons, ce fut si brutal, si soudain que cela ressemblait à une embuscade. »
Comme je ne suis pas totalement bornée, je laisse une chance de mon convaincre à ce berger et le livre étant très court, je lui donne rendez-vous une prochaine fois.

 

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