Le blog a 13 ans

Octobre et novembre en lectures

Le blog fête aujourd’hui ses 13 ans et d’une drôle de manière puisque je suis au fond de mon lit terrassée par le fameux virus… tout ça parce que les gens sont incapables de penser aux… autres ! Qu’un virus, ça ne reste pas sur toi et que ça se transmet, en particulier celui-ci, surtout quand on fait comme si de rien n’était ! Bref, je suis particulièrement en colère, et surtout bien caput ! Autant vous dire que le masque que je mettais toujours dans les transports, va s’afficher dorénavant ailleurs. Au bureau, par exemple. Aheum ! En cas de doute, quand on est normal, on met un masque…

En tout cas, c’est encore une fois où je me rends compte que la littérature a le pouvoir de vous faire évader. J’ai terminé les mémoires de Bono (Surrender), hier et j’ai globalement bien aimé même si la traduc est parfois bizarre : ma surprise de trouver  » danse du ventre » et « danseuse du ventre ». Un peu has been. On dit plutôt « danse orientale » et danseuse orientale, me semble-t-il. Ensuite il reste un mystère non élucidé à ce jour sur l’aménagement de la tour Martello à Bray, achetée par Bono : clairement 2 salles de bain ou 2 chiottes ? 😄 Je pense que c’est 2 salles de bain parce que je ne vois pas quelqu’un présenter sa maison en annonçant fièrement qu’elle a 2 chiottes. Mais ça fait débat. Autrement, j’ai surtout aimé quand Bono évoque Dublin, sa famille, sa musique et sources d’inspiration, un peu moins sur ses engagements politico-associatifs parce que ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus concernant U2 et que surtout c’est très détaillé, long, un brin assommant. Je suis assez surprise que Bono ait été à Nice le jour de l’attentat du 14 juillet 2016 et le 13 novembre à Paris. J’ai envie de dire : pas de pot !

J’ai commencé ce matin un livre prêté par mon papa – dont le coeur du sujet n’est pas dans mes habitudes de lecture, mais c’est quand on est coincé au fond de son lit qu’il est temps de se lancer dans l’histoire de la bombe A ! : L’île au bonheurhommes, atomes et cécité volontaire, de Harry Bernas . Un livre sur fond de souvenirs personnels au temps où le nazisme et le fascisme ravageaient l’Europe jusqu’au drame de Fukushima. L’occasion de me rentre compte également que le monde est petit !🙂

Globalement mon mois de novembre littéraire n’a pas été génialement bon puisque j’ai enchaîné les déceptions. Au point que je n’ai pas envie de chroniquer ces livres qui m’ont déçue. Heureusement, un immense coup de coeur en octobre avec le roman de Colm Toibin, vous le savez déjà.

Il n’y a plus qu’à souhaiter une bonne continuation au blog. J’ai envie de refaire des petits reportages irlandais. Comme du temps du feu Magique Irlande (2005-2009), mon premier blog.

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Déambulations irlandaises

J’ai passé quelques jours dans la capitale irlandaise, comme indiqué précédemment. En France, le 11-Novembre est plutôt un jour « plombé  » : brouillard et armistice de la Grande Guerre. En Irlande, c’est un jour comme un autre. Et cette année, comme cet été, j’ai été surprise par l’incroyable douceur pour un mois de novembre. Un temps sec, nuageux, juste quelques gouttes le samedi après-midi mais d’incroyables jeux de lumières dont l’Irlande seule a le secret. Un vent un peu capricieux (il est inutile de se coiffer à Dublin, Zephir se charge en permanence de la chose). Bref, ce fut très propice à la déambulation : quasiment 30 kms à pied assortis d’un petit tour en DART vers la côte sud pour aller à Bray et Killiney. Au retour se retrouver entourée de gens en vert, vieux ou jeunes, hommes comme femmes. Seul ou en famille. Jour de match de rugby : Îles Fidji-Irlande ! Le conducteur du train pas loin de devenir fou. « Hey folks, there is another train in four minutes for the match ! » 😁

Je n’avais pas prévu un programme très précis, juste des jokers en cas de mauvais temps. Mais finalement j’ai fait les jokers comme mes idées initiales. Dublin est une capitale reposante ! Rien à voir avec Londres et encore moins Paris avec ses habitants speeds. Pas de bousculades à Dublin. Les Irlandais sont très polis et relax d’une manière générale. Le retour en avion a été une baffe : sans déconner les frenchies, vous n’êtes pas obligés de bousculer tout le monde pour être les 1ers à embarquer, l’avion ne partira pas sans vous. J’ai entendu une Irlandaise dire à son gamin, une fois arrivé à Paris, devant ces gens dans le speed dès que la porte de l’avion s’est ouverte : « They are french. » Super image de marque. 😂 J’ai toujours honte.

Voici quelques photos que j’ai envie de partager (mais c’est aussi pour me souvenir précisément de cette petite virée très ressourçante, sans problèmes énergétiques dont on nous plombe le cerveau en France que je mets tout cela par écrit).

L’autre magnifique parc dublinois en plein centre-ville :

Je vous présente l’Irlande
Merrion Square Park
Dublin, du côté de Grand Canal
Un petit air de Pays-Bas

Visite du Little Museum of Dublin. Visite guidée mais vous pouvez également, ensuite, poursuivre la visite librement. 10€ l’entrée et ce fut rigolo de croiser 2 Français qui travaillent là. Une petite invasion !😁

La dernière pièce est consacrée aux gamins des faubourgs de Dublin les plus célèbres au monde : U2, of course !

Direction la petite station balnéaire de Bray, à l’extrémité sud du DART. A peu près à 45 min de Dublin. Avec la Leap Card, ça coûte 2€ . Et regardez-moi un petit extrait de la vue qui vous accompagne en route !🤩

Un grand bol d’iode et j’ai passé la matinée à admirer les jeux de lumières. Il y a une jolie balade à faire sur la colline, on peut rejoindre la plage de Greystones paraît-il. Je me suis contenté de suivre la route goudronnée devenue piétonne jusqu’à où je pouvais aller. Un éboulement de terrain empêche d’aller plus loin par cette voie, mais la vue était magnifique.

A Dublin, en guise de quasi-voisin, j’ai eu la chance d’avoir le papa de Dracula ! Ma galère quand j’ai réservé mon trip, a été de trouver un hébergement accessible à mon portefeuille. Les prix ont beaucoup augmenté depuis janvier 2022. Autant j’ai trouvé facilement pour cet été. Autant j’ai dû fouiller le net de manière approfondie cette fois . Et j’ai vraiment eu de la chance de tomber sur une vraie belle promo du Buswells Hôtel, moins cher que n’importe quel hébergement banal . C’est un hôtel dans une vieille bâtisse pleine de charme, près du musée archéologique, juste derrière le Dail, le Parlement irlandais). Je me suis donc logée dans quasiment un hôtel de luxe, pour un prix correct vu le standing. Une très belle chambre, avec vue sur la rue (et pour une fois pas les poubelles ou la cour), un breakfast du tonnerre. Vraiment coup de bol. Il faut regarder leurs promos très tôt pour tomber sur une affaire. En souvenir je garde en mémoire leur chaleureux  » Welcome to osse ! »🥰 Tout le personnel a été aux petits oignons. Par contre soyez english speaking, they don’t speak french. Comme partout en Irlande. Et dans les pays anglophones en général.

En guise de lecture, j’avais pris ce roman américain format poche, qui se passe en Irlande, entre Sligo et Dublin, entre le XXIe siècle et 1921. Je ne pense pas vous faire une chronique dessus car c’est décevant, caricatural, genre romance historique. J’ai l’impression de lire Outlander version irlandaise.

Voilà, c’était juste un petit extrait d’une échappée belle très reposante. J’ai fait beaucoup d’autres choses à Dublin, comme retourner à la National Gallery, virée vers le château aussi, dénicher du street art. Prochain départ déjà programmé pour juillet. Eh oui, malheureusement il faut anticiper tant tout est cher dorénavant. Je ne peux que vous le conseiller si vous voulez visiter l’Irlande sans vous endetter ! Lol! Allez également faire un tour sur le blog et compte Instagram « Raconte-moi l’Irlande » https://raconte-moi-l-irlande.com/, d’Aurélie, une Française pleine de bonnes idées qui vit en Irlande depuis 20 ans. Elle a également écrit quelques guides et histoires irlandaises en vente à titre d’auteur sur Amazon.

A bientôt l’Irlande !
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Je ne suis pas là, je suis par là !

Dublin, juillet 2022

Eh oui, petit come back à Dublin le temps d’un long week-end.

J’ai terminé La surface de l’eau de Neil Hegarty la semaine dernière mais je ne pense pas le chroniquer car je n’ai pas été emballée. Je suis actuellement plongé dans les mémoires de Bono, Surrender. Je me régale avec ce pavé de presque 700 pages. Emballée dès les 200 premières ! Je lis en parallèle Poids plume de Mike Kitson et j’ai un avis très mitigé, notamment par rapport à la traduction !!! Désolée mais une Gitane n’est pas une Rom. C’est juste un vrai délire dans ce bouquin où un coup la petite héroïne est gitane et la page d’après rom….!!!☹ Je n’aime pas non plus le vocabulaire choisi. J’ai envie de lire la VO pour me faire une idée plus précise. A suivre.

A bientôt pour de nouvelles aventures irlandaises et livresques !☘

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Le magicien – Colm Toibin

Traduit par Anna Gibson

Je n’ai pas lu beaucoup de roman de Colm Toibin, peut-être 4 au total, dont celui qui l’a rendu célèbre en France, le fameux Brooklyn. Sans doute plus accessible, plus facile à lire que Le testament de Marie. Alors, quand j’ai vu Le magicien, pavé de 601 pages, ce n’est pas sur celui-ci que je comptais jeter mon dévolu en premier pour la rentrée littéraire. Sans parler du prix : 26€ !!! 😱 De quoi partir en courant. Mais finalement, j’ai eu beaucoup de chance en faisant marcher le réseau de l’occasion (le prix unique du livre en France frise avec l’hypocrisie) : j’ai acheté un exemplaire totalement neuf pour 10€. Avec un remords pour la rémunération des auteurs etc. Mais bon, c’est juste l’éditeur qui déconne à fond. Donc finalement, pas question que le lecteur soit la poule aux oeufs d’or, surtout quand il s’agit d’un grand éditeur (Grasset, pour ne pas le nommer). Comme je ne fais pas partie de la crème qui reçoit des montagnes de livres en service presse… même pour la littérature irlandaise. Je ne démarche pas non plus, je n’ai pas ce culot. 😅 Bref, obligée de trouver un système D pour lire de la littérature irlandaise parce que je ne m’appelle ni Pigeon, ni Crésus et encore moins Mouton…

Et je ne le regrette pas mon système D car ce roman est un vrai coup de coeur, une nouvelle lecture marquante de mon année 2022. J’ai dévoré ce livre passionnant de bout en bout, sans temps mort, sans ennui.

Colm Toibin entreprend ici la biographie de l’auteur allemand Thomas Mann. Il avait fait la même chose pour Henry James, avec Le maître, livre qui dort sur mes étagères depuis sa sortie en poche en 2008. Shame on me ! – mais après la lecture du Magicien, autant vous dire que je vais l’en sortir bientôt.

L’auteur choisi de montrer l’auteur sous toutes ses facettes, de le faire descendre du piedestal presque mythique sur lequel il est perché dans l’esprit du lecteur. Le Grand Ecrivain, le Prix Nobel de Littérature. Il n’en est pas moins humain. J’avoue qu’au début, je me demandais si Colm Toibin en voulait à Thomas Mann pour dresser le portrait d’un homme aussi peu sympathique. Très collet monté, hautain, sûr de sa valeur, condescendant presque. Et frustré par des pulsions non assouvies.

C’est une narration chronologique, qui commence à Lubeck en 1891 et se termine dans ce même lieu, dans les années 1950, où l’écrivain malade revient avant de mourir. Thomas grandit dans un coin d’Allemagne à l’esprit étriqué, Julia, sa mère est brésilienne. Elle épouse à 17 ans le sénateur Mann. Ce mariage fait jaser les esprits de l’Eglise réformée… Elle a 5 enfants, dont 2 deviendront écrivains, des écrivains diamétralement opposés : Heinrich (qui tient de l’excentricité de sa mère) et Thomas (plutôt de son père). Prémisses d’une future famille pas comme les autres ? Heinrich est un rêveur idéaliste et rebelle ; Thomas un conservateur droit dans ses bottes. La famille que va fonder Thomas est un peu à cette image. Il épouse une femme riche. C’est bien pratique car il a été infoutu de tenir un boulot, comme le commun des mortels. Faut dire qu’une entreprise d’assurance incendie n’a rien de palplitant !! Il s’y ennuie et c’est là qu’il commence à composer des poèmes, d’écrire une nouvelle, d’avoir des ambitions littéraires. Il finit par se faire virer. Mais il écrit Les Buddenbrook. Thomas a une haute idée de la nation allemande. Il est très partriote. Il déteste la France. Il épouse Katia Pringsheim au début du XXe siècle, issue d’une famille juive non pratiquante. Ils partent à Munich . De leur union naîtra plusieurs enfants, dont les « presque » jumeaux, Erika et Klauss, leurs aînés. La famille est riche, vit très confortablement pendant que la vie devient plus compliquée pour la plupart de leurs compatriotes. On connaît la suite de l’Histoire…

Colm Toibin s’attache à décrire le fond historique et social avec minutie. Mais aussi, il perce à jour les frustrations de l’écrivain – l’homosexuel qui ne parvient pas à s’assumer comme tel – et comment cet ensemble a influencé son oeuvre. On comprend la raideur de Thomas par l’empreinte qu’a eu sur lui Lusbeck. (Pourtant, son frère Heinrich est totalement différent. ) Ses enfants aînés sont également totalement l’inverse de lui : ce sont des contestataires de l’ordre établi, des rebelles des sans-limites qui font les quatre cents coups. Thomas est indifférent à ce qui se passe, la dangereuse montée du national-socialisme. Il pense que tout va se calmer. La révolte de Munich va commencer à lui ouvrir les yeux, à l’ébranler. La famille est obligée de fuir. Le début d’une longue pérégrination forcée qui va commencer avant la Seconde guerre mondiale. Jusqu’à la mort de l’écrivain, chassé des Etats-Unis en pleine guerre froide.

Colm Toibin montre au départ un homme figé, qui ne veut pas prendre parti par des écrits politiques, de peur que cela nuise à sa réputation et à son oeuvre. Bien qu’il pense le plus grand mal des nazis. C’est contraint et forcé, poussé par les autres qu’il commence à prendre parti, alors qu’il a quitté l’Allemagne. Il est rattrapé par l’Histoire malgré lui. Réfugié aux États-unis, connu, Prix Nobel de littérature, le pouvoir en place lui demande des discours. Allemand, il est mal vu par les citoyens américains qui mettent tous les Allemands dans le même sac : c’est à cause d’eux que les États-unis vont devoir s’engager dans la guerre. Il est condamné dans son propre pays. Il se retrouve pris en étau, même après la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec la montée de la guerre froide et le démantèlement de l’Allemagne.

Si au début du roman, Thomas Mann n’est pas très sympathique, on referme le livre avec le souvenir d’un homme émouvant, épris de beauté et seul.

C’est une oeuvre dense mais passionnante, qui se lit très facilement. On en sort aussi plus instruit.

Le roman est en lice pour le Prix Fémina Etranger. On croise fort les doigts pour ce coup de coeur que je vous conseille vivement !

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Dernière nuit à Soho – Fiona Mozley

Traduit par Laetitia Devaux

Voilà un roman anglais qui déménage, si on peut dire ! Hot Stew est le titre original. Vous reprendrez bien un peu de piment ?

Precious et Tabita habitent Soho, vous voyez le quartier ? N’importe qui parti en vadrouille à Londres est tombé un jour sur ce quartier populaire, avec des enseignes qui piquent les yeux. Rappelez-vous, dans les années 90, il y avait même à Paris, un magasin de ce nom qui vendait des trucs un peu limite… Soho est ce que Pigalle est (était ?) à Paris. Seulement voilà qu’une riche pimbêche de 25 ans a des vues sur Soho. Comme partout en Europe, les centres-villes populeux s’embourgeoise avec des opérations immobilières calculées pour attirer les « bobos » et les « bling-bling » . Nettoyage, destruction, mise au rebut (je trouve que c’est carrément ça) de la population qui ne peut plus payer.

Fiona Mozley choisit de raconter la vie d’un immeuble à Soho, quasiment de la cave au grenier, avant que tout ne vole en poussière. Precious est une prostituée indépendante, dans une sorte de maison close, sans maquerelle qui chapote les filles. Elle vit dans un appartement sous les combles, avec son amie Tabita, juste au-dessus de son lieu de travail. Elle se sent en sécurité, ce n’est pas du tout comme si elle tapinait dehors, sous l’emprise d’un proxénète. C’est un choix qu’elle a fait. Du moins c’est ce qu’elle dit. Avant elle travaillait comme esthéticienne. En tout cas, elle a du caractère, tout comme Tabita et les autres travailleuses du sexe. Alors le jour où la pimbêche a dans la tête de les expulser en faisant grimper les loyers et puis raser ce vieil immeuble branquignole, autant vous dire que les filles retroussent leurs manches pour une manif haute en couleurs et mots piquants !

Nous croisons une foule de personnages, dont des SDF, qui vivent « underground ». Ils vont souvent par deux (les personnages) comme des couples (c’est la remarque que je me suis faite pendant la lecture sans vraiment trouver d’explication). Tous ont en commun d’avoir été écorché par la vie, de diffentes façons. Même l’affreuse Agatha, fille de truand… C’est vraiment la pire.

Il se passe aussi des choses étranges, un peu irréelles, voire même complètement, qui m’ont interloquée. Il n’y a pas d’explication claire à la disparition de la SDF Cheryl, dont une policière pense qu’elle a été enlevée par un réseau de trafic sexuel, ou qu’elle est morte. Nous, lecteur, savons ce qui lui est arrivée. Puis elle réapparaît. Et puis c’est tout.

Il y a de vraies surprises dans ce roman, jusqu’au bout !

C’est une histoire dense, avec une foule de personnages que la narration croise, qui parfois m’a laissée sur le trottoir, mais m’a souvent fait sourire et également émue. Une belle fresque sociale sur le Soho d’aujourd’hui, symbole des quartiers populaires en lutte pour garder leur âme.

J’avais adoré Elmet, le premier roman de l’autrice. J’ai beaucoup aimé celui-ci aussi, mais peut-être un petit peu en-deçà du premier. Une chose est sûre : je penserai à ce roman la prochaine fois que je mettrai les pieds à Soho. 🤗

Dernière petite remarque : un minuscule détail de traduction qui m’a amusée : une mouette en train de finir « pâté des Cornouailles« . Je vois tout à fait le mot VO : Cornish pasty, fameuse spécialité de Cornouaille, qui est en réalité pas du tout un pâté mais un friand… Je peux vous en raconter un rayon sur les Cornish pasties, dans toutes leurs déclinaisons (à la chair à saucisse, à la confiture….) mais bon on va pas en faire un cake…😂

En sus, une petite photo de Londres, il y a 15 jours. J’adore cette ville tellement vivante et variée.

Oxford Street

Ma prochaine chronique sera sur le dernier roman de Colm Toibin, Le magicien, une bonne pavasse de 600 pages qui se dévore ! Il me reste 200 pages. 2 autres Irlandais ont rejoint ma Pile à Lire : La surface de l’eau de Neil Hegarty que j’ai écouté au CCI et Actrice d’Anne Enright. Il y a également un Sam Millar jeunesse sorti depuis le mois d’août : Black’s Creek. Il me le faut !!!

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Neige sur Ballyglass House – John Banville

Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

Grand bonheur de voir la parution d’un nouveau roman noir de John Banville, dont j’ai lu tous ceux de la série « Docteur Quirke », qu’il a écrit sous le pseudonyme non dissimulé de Benjamin Black. J’étais donc surprise de voir un roman noir sous son vrai nom de plume.  J’ignore s’il a abandonné la stratégie de séparer son côté écrivain de polar d’écrivain de roman définitivement mais ce n’est pas un subterfuge éditorial. Je voudrais en revanche savoir pourquoi. Je n’ai pas trouvé la réponse à ce jour.

Comme toujours avec John Banville,  écrivain de roman noir, on est dans l’Irlande des années 50. L’histoire se déroule précisément entre l’été 1947, l’hiver 1957 essentiellement et se clôture brièvement à l’été 1967. 20 ans. Et l’obesssion du 7. Je me suis également interrogée.

L’inspector detective Saint John Strafford est dépêché par un temps neigeux et glacial jamais vu depuis longtemps, dans le manoir du colonel Osborne, dans un coin paumé du Wexford. Un prêtre, père Tom Lawless, a été retrouvé mort dans la bibliothèque.  On pense tout de suite à Un cadavre dans la bibliothèque d’Agatha Christie. Il n’y a pas grand chose à dire de plus à ce sujet, si ce n’est qu’on débute avec un cadavre – dans une bibliothèque – et que l’histoire voudrait qu’on cherche le meurtrier. C’est ce qu’a bien l’intention de faire Strafford. Vivent au manoir, le colonel en retraite,  sa 2e épouse Sylvia, sa fille Lettice, son fils Dominic, en visite, étudiant en médecine à Trinity. La cuisinière, Mme Duffy. Un palfrenier marginal Fonsey, occupe une caravane. Il y a un pub qui est aussi un hôtel où Strafford a loué une chambre.

Comme Stafford, les Obsorne sont protestants. C’est assez étrange qu’un prêtre catholique soit retrouvé chez eux. Mais on apprend que le prêtre était un ami de la famille. Soit disant un amoureux des chevaux…

Nous savons qu’en plus d’avoir été égorgé, Lawless a été émasculé. Bien évidemment, les autorités ne diront pas l’entière vérité. Pensez donc ! Strafford interroge les différents personnages. Mais on ne peut pas dire qu’il mène vraiment une enquête. Il est dérangé par cette impression de théâtre en carton-pâte. Tout lui paraît artificiel, jusqu’aux vêtements du colonel. C’est un peu comme si les personnages étaient sortis d’un roman. C’est plutôt l’adjoint de Strafford, Ambrose Jenkins qui s’occupe en réalité de l’enquête, jusqu’au moment où…. il disparaît !

On retrouve l’ironie mordante de John Banville, son humour dévastateur. Un roman noir plein de subtilités en dépit d’une apparente simplicité. Et un bon coup de griffe à l’église et ses représentants. Un roman d’ambiance, des personnages bien évidemment pas aussi lisses qu’ils voudraient le laisser croire.

Je me suis beaucoup amusée, j’ai jubilé de voir de brèves allusions au docteur Quirke, me demandant s’il allait entrer en scène. Il était parti en lune de miel. Je ne sais plus vraiment où je l’ai laissé la dernière fois, mais des petites allusions à la fameuse série que seuls les vrais amateurs de littérature irlandaise auront lue, était tout à fait plaisante ! On retrouve également, en arrière plan, le Detective Chief Superintendant Hackett…

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Mes fantômes et moi – Gabriel Byrne

Traduit par Diane Meur

« Mon père travaillait chez Guinness. La brasserie sentait de drôles de choses appelées levure et houblon, dont on faisait une bière, le porter. »

Gabriel Byrne nous livre ses mémoires, celles de l’Irlande des années 50, dans les faubourgs de Dublin, mais aussi à Londres, alors qu’il avait l’idée saugrenue de faire son séminaire pour devenir prêtre : un avenir idéal pour beaucoup de parents irlandais à l’époque, l’homme d’église étant quelqu’un d’influent. Nous suivons aussi l’auteur à Hollywood, New-York, bref aux USA où il a posé ses valises, trouvé sa voie après avoir été repéré sur les planches, à Londres. Il a auparavant beaucoup galéré, de Dublin à Londres et de Londres à Dublin. Incroyable. On n’imaginait pas.

C’est un livre qui au tout début m’a paru un peu « gentillet ». Mais il ne faut pas s’y fier et mon avis a rapidement viré dès que l’auteur commence à gratter le vernis. D’une famille très modeste et pieuse, éduqué de manière un peu vieillotte (sans qu’il ne jette aucunement l’opprobre sur ses parents), il évoque ses traumatismes d’enfance, d’adolescent et de jeune homme qui se cherche, ses fêlures qui laissent une trace durable dans sa vie. L’abus des hommes d’église sur les garçons – on parle beaucoup de Magdalen mais un peu moins du sort des jeunes de sexe masculin en littérature, – son alcoolisme, la maladie de sa soeur, l’odeur de l’hôpital psychiatrique et la manière dont étaient traités les malades, le trac maladif qui le paralysait avant d’entrer en scène, la célébrité et les travers d’un système…

Gabriel Byrne a la plume pudique mais non dépourvue d’humour. Il est émouvant. On le sent intègre. Il faut aussi une dose de courage pour se mettre à nu, briser l’illusion de l’image de l’acteur véhiculée par les médias.

J’ai bien aimé alors que j’y allais pas du tout sûre que ça me plairait. Mais voilà que maintenant j’ai envie de me refaire une petite séance de ses films les plus connus, d’Excablibur à Usual Suspect . Je crois avoir vu que ces mémoires sont aussi devenue un monologue théâtral à Londres.

Le livre est en lice pour le Prix Femina étranger 2022. A suivre !

Je vous parle bientôt du 2e livre irlandais que j’ai lu en septembre : le dernier roman noir de John Banville ! J’entame bientôt Le magicien de Colm Toibin. Et n’oubliez pas que sort jeudi 6 octobre, La surface de l’eau de Neil Hegarty, l’occasion d’une rencontre au Centre Culturel irlandais à 19h30 ce même jour. Et sinon au Dublin Book Festival de Dublin en novembre (c’est vraiment drôle car je serai à Dublin aussi à ce moment-là ! ) . En attendant, je suis vraiment à la bourre dans mes chroniques. 😏 Mais ça va viendre…

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La carte postale – Anne Berest

Un an après tout le monde, j’ai lu la fameuse Carte postale d’Anne Berest, roman sorti à la rentrée littéraire 2021 et qui vient tout juste de sortir au format poche. C’est en écoutant l’autrice, sa soeur Claire et Lélia, leur mère, évoquer l’histoire de ce livre et de leur famille lors de la remise du Grand Prix des lectrices ELLE que j’ai eu envie de me faire ma propre idée. J’avais lu quelques posts blasés lors de la sélection du Goncourt (oui, il a été en sélection du Goncourt, ce bouquin), sur le thème « elle nous parle de la Shoah comme si on était des ignares, en plus c’est mal écrit blablabla « . Je suis en profond désaccord avec ce genre de propos, tout simplement parce que, malheureusement, il y a des ignares – et ensuite parce que le roman est bien davantage qu’un livre sur l’extermination des Juifs. Bref, une semaine après l’avoir terminé, je suis encore hantée par cette histoire !

C’est un roman tiré d’une histoire vraie, celle des aïeux de Claire Berest, dont elle ignorait tout jusqu’au jour où une mystérieuse carte postale, avec 4 noms inscrits dessus, arrive dans la boîte aux lettres de sa mère, Lélia, en 2003. La carte date des années 90. La graphie est intrigante. Lélia révèle à ses filles l’histoire d’Emma, Noémie, Ephraïm et Jacques Robinovitch. Ce sont les grands-parents, oncle et tante de Lélia. Déportés à Auschwitz. Leur famille avait fui la Russie au début du XXe siècle, en raison de la recrudescence de l’antisémitisme. Ephraïm et Emma décident d’aller vivre en France, après que leurs propres parents aient trouvé refuge en Palestine. Ephraïm et Emma sont Palestiniens. Ils arrivent en France, donc, pays des Droits de l’Homme, n’est-ce pas ? C’est pourtant une erreur fatale. Leurs enfants s’intègrent très bien, sont de brillants élèves. Ephraïm rêve de naturalisation. Mission impossible. La situation mondiale se dégrade.

Ce livre est une enquête familiale et historique ; le style est precis, journalistique, efficace. C’est aussi la transmission d’un secret de famille, une enquête qui va se poursuivre de mère en fille, un passé enfoui, trop douloureux, la volonté de Lélia de protéger ses enfants (c’est du moins ainsi que je l’ai ressenti). C’est un questionnement sur la judéité, l’identité. L’essentiel du roman se passe du point de vue contemporain. L’effet est, entre autres, un regard croisé sur le passé, l’éducation. Lélia a élevé ses enfants de façon laïque : pas de religion à la maison ni à l’école. Elle les traînait à la Fête de l’Huma etc. Ce qui fait qu’ils avaient des « lacunes » (si on peut appeler ça ainsi !)

Un livre très riche que je ne restitue pas forcément très bien, très émouvant jusqu’à la dernière ligne, (émouvoir n’était peut-être pas le but premier recherc6, évidemment !!), passionnant, dévorant, marquant.

Un coup de coeur phénoménal. A lire et à faire lire. Il mérite amplement les nombreux prix qu’il a reçus.

NB : lisez aussi Gabriële tout simplement parce qu’on la retrouve et surtout son « fameux » fils, le père de Lélia. C’est une pièce supplémentaire au puzzle. Quelle famille !

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Une heure avant la vie – Svetlana Pironko

« Il faut que je te dise : celui qui mange de la viande d’ours une fois n’aura plus jamais peur dans sa vie. » Voilà ce que dit un jour papa à sa fille. Nous sommes quelque part en Asie Centrale, où la steppe est « comme un tapis multicolore pendant les premiers jours de mai. Couverte de tulipes sauvages. Jaune, blanc, rouge. A perte de vue. » C’est dans cet univers sauvage que grandit la petite Luciole, au milieu des loups, des saïgas (antilopes), des saxaouls, des lacs gelés en hiver et des serpents d’eau. Entourée de ses parents, de ce papa qui l’emmène partout et d’un petit frère, un fragile P’tit Prince. Mais un jour, il faut partir : papa est appelé pour une mission ailleurs. Luciole est arraché à cet univers et se retrouve dans un immeuble gris. Mais devant la bibliothèque de son père, elle découvre une échappatoire. Elle vient de terminer L’adieu aux armes d’Hemingway et découvre Paris est une fête. Elle décide que « Paris est la capitale du monde. Et [que] c’est là qu’elle veut être. » Joli programme !

Une heure avant la vie de Svetlana Pironko est un roman qui fait voyager. Ça parle d’enfance, de littérature, de construction de soi, de deuils, de nouveau départ. « Une heure âpre la mort, notre âme évanouie sera ce qu’elle était une heure avant la vie » : cette citation de Savinien Cyrano de Bergerac a inspiré le titre, au premier abord un peu singulier, de ce beau roman. L’histoire d’une femme libre qui se façonne grâce à sa passion immodérée pour la littérature, les voyages, les grands espaces et Paris, le tout dans l’amour inconditionnel de son père.

Une histoire pleine de love, de déclaration d’amour mais avant tout de liberté, d’autodérision et de répliques qui font mouche dans les soirées chics ! 🤗 Il y a des scènes parfois « exotiques », comme une journée de mariage (marquante) chez les nomades d’Asie Centrale ou décalées dans le Paris bohème. C’est émouvant, drôle et parfois aussi un peu coquin. 🙂

« Un homme lui tend la main et se présente :
_ My name is Clavell. Edward Clavell.
Elle tend la sienne et dit :
– Pleased to meet you. My name is Bond. James Bond. »

C’est ma première lecture de la rentrée littéraire et j’ai adoré ! J’ai suivi intrépide Luciole jusqu’au bout de la nuit dans cette histoire finement tissée.

C’est le premier roman de quelqu’un qui en connaît un rayon sur le monde du livre. Svetlana Pironko a eu le courage d’inverser les rôles en prenant la plume. C’est un super challenge qui, à mon sens, a le mérite d’être relevé avec une oeuvre de qualité. (Je n’ai été payée par personne pour dire cela ! 😉 )
J’espère qu’il y en aura un prochain.

Svetlana vit entre Paris et Dublin.

Une belle découverte publiée aux éditions du Passeur.

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Rentrée littéraire automne 2022 : mes choix

J’ai beaucoup lu cet été mais je n’ai pas publié la moitié des chroniques de mes lectures et peut-être que je ne le ferai pas car j’ai encore des trips en perspective, que j’ai envie de lire plutôt que d’écrire, que mon ordinateur trop vieux devient vraiment poussif.

Sur les réseaux, la rentrée littéraire bat déjà son plein depuis la mi-août alors que la plupart des bouquins ne sont même pas sortis et ça me saoule aussi ces gens qui veulent créer des tendances, une mode littéraire alors que les auteurs dont il est question n’ont besoin d’aucune publicité, ne sont peut-être pas les meilleurs. Pour le forcing sur le dernier Sally Rooney, que franchement, même s’il me restait une demi-idée de vouloir tester ce 3e roman vendu à plus de 23€ (ça commence à devenir franchement indécent le prix des bouquins !!! ), ben là, il ne m’en reste aucune envie, même en dégotant une occasion. J’ai lu quelques avis mitigés, ce qui me conforte aussi dans cette idée. J’aime pas les arnaques, encore moins littéraires ! 🙂 Certains doivent revoir leur stratégie marketing : c’est un peu lourdingue !

Je regarde cette rentrée littéraire avec un oeil distant (entre les fausses nouveautés qui sont des rééditions dont le nouvel éditeur se garde de bien de le dire) et les mastodontes qui publient tous les deux ans en littérature française….

Mes choix sont assez restreints. Je serai exhaustive pour la rentrée littéraire irlandaise car elle est peu visible et que cette année il y a de nouveaux auteurs traduits. Mais je ne me jetterai pas sur Colm Toibin mais plutôt sur John Banville pour les connus ! C’est un roman noir et j’adore ses romans noirs ! Je regrette que la suite de la série « docteur Quirke » ne soit plus publiée…. Il faut que je pense à regarder à Dublin la prochaine fois !

Voici les parutions irlandaises pour septembre et octobre. Il faut aussi ajouter également Neil Hegarty, La surface de l’eau (chez Joelle Losfeld) dont la couverture est encore un mystère pas définitif. Pour le résumé, c’est ICI. Pour les autres cliquez sur la légende des couvertures !

Voici mes choix pour les publications hors littérature irlandaise :

Svetlana Pironko, avec qui j’ai en commun de faire des aller-retour entre Paris et Dublin assez souvent mais jamais en même temps !, publie son premier roman Une heure avant la vie, aux éditions du Passeur le 1er septembre

Le pitch : « une femme-luciole qui parcourt le monde, des steppes d’Asie centrale jusqu’à Paris et plus loin encore. Intrépide, elle puise sa force dans l’amour inconditionnel de son père et dans des livres qui ont le pouvoir de changer une vie. »

L’auteure vit entre Paris et Dublin. Après avoir été traductrice, agent littéraire et éditrice, elle signe son premier roman. De son enfance au Kazakhstan, elle a gardé l’amour des grands espaces et des longs voyages. Elle s’épanouit dans la sérénité des aéroports, où il fait si bon lire et écrire, mais elle aime plus que tout revenir à son port d’attache, Paris. 

J’avais dévoré le 1er roman de Fiona Mozley, Elmet, c’est donc tout naturellement que je vais lire le second, Dernière nuit à Soho qui m’accompagnera sans doute dans mon prochain trip à Londres ! Pour le résumé, c’est ICI !

On ne présente plus Mike Kitson, c’est une évidence qu’il faut lire son troisième roman, Poids plume !
On en parle ICI

Je me suis procuré deux bouquins en VO, vu tout l’été sur l’étal des libraires irlandais : Strange flowers de Donal Ryan et Snowflake de Louise Nealon. Les 2 ont ramassé des prix mais en France, on est à la traîne…

Plusieurs livres de la rentrée littéraire 2021 sont sortis en poche. Ils ont rejoint ma PAL :

Bonne rentrée !

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