Le mois de la littérature libanaise

Pour changer d’horizon littéraire, un petit tour à la découverte de la littérature libanaise en janvier prochain. Les récents événement au Liban m’ont prisé le coeur. C’est un pays qui m’attire depuis longtemps sans que je puisse expliquer exactement pourquoi, si ce n’est le mélange de culture et peut-être parce que j’apprécie beaucoup sa cuisine !!! En revanche, je connais très mal sa littérature.

Je me suis dit que lancer un mois de la littérature libanaise serait un moyen de se cultiver, mais aussi de rendre hommage aux Libanais – qui ont tant souffert ces derniers temps – à travers leurs femmes et hommes de lettres. Ce serait aussi un moyen de voyager, faute de pouvoir aller au Liban ou n’importe où ailleurs en ce moment à cause de la crise sanitaire mondiale qui entrave beaucoup notre liberté d’aller et venir.

La langue officielle du Liban est l’arabe depuis l’indépendance, en 1943. Cependant, le français n’a pas disparu, il est toujours présent dans la constitution libanaise et il est la deuxième langue du pays, employée notamment dans l’enseignement. Après quelques recherches en matière de littérature, il s’avère que quasiment tous les auteurs que j’ai trouvés sont d’expression francophone. Il y a en a également d’expression arabe, il faut que je creuse. Je sais que je peux compter sur Tia , libanaise du compte Instagram Tête Littéraire pour me renseigner, entre autres. Voilà, je pense que ce serait chouette de faire un pont littéraire entre la France et le Liban, les instagrammeuse libanaises sur le web sont nombreuses et c’est sympa d’échanger ensemble. Je suis stupéfaite par leur connaissance de la littérature française, alors que moi, nous les Français, sommes plutôt incultes en matière de littérature libanaise.

Quelques repérages pas du tout exhaustif sur la richesse de la littérature libanaise :

Mauvaises herbes de Dima Abdallah vient de sortir pour la rentrée littéraire. Villa des femmes de Charif Majdalani m’est chaudement recommandé par Tia ; L’âge d’or de Diane Mazloum se passe dans les années 70 ; Les vies de papier de Rabih Allamedine a eu d’excellentes critiques ; Anima est une pièce de théâtre sublime, selon les dires de l’instagrameuse Camille M.

Donc, si cela vous tente, n’hésitez pas à me laisser un commentaire. En tout cas, sur IG, il y avait pas mal d’enthousiasme, j’espère donc que vous serez de la partie. 🙂 Le mois de janvier vous laisse une marge pour vous organiser, moi la première !

NB : j’ajouterai des idées de lecture au fil du temps je pense. Je suis partante pour des conseils d’auteurs libanais de langue arabe, ce qui pêche dans ma liste ci-dessus.

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Les limons vides – Le livre de Dina 1 – Herbjorg Wassmo

Traduit par Luce Hinsch

Deuxième roman que je lis de l’autrice norvégienne Herbjorg Wassmo (après Cent ans). J’entame la saga dite du » Livre de Dina » qui comprend 5 volumes. Je pense d’ailleurs que je vais avoir du mal à me procurer le deuxième volume qui n’existe plus que compilé avec les autres. Le marché de l’occasion devrait venir à ma rescousse. Je ne comprends pas trop ces bizarreries éditoriales. Il y a peut-être même un sixième livre qui s’appelle Le testament de Dina. Bref, je suis un peu perdue. N’empêche, j’ai dévoré ce premier tome de moins de deux cents pages.

Dina, une gamine du nord de la Norvège des années 30 du XIXe siècle, devient un chat sauvage indomptable après un traumatisme subi qui lui fera perdre la parole. Je ne vous dis ni lequel, ni les circonstances du drame (la 4e de couverture en dit d’ailleurs trop et reflète assez mal le contenu puisque Dina n’est pas une recluse) Elle vit avec son père, commissaire, veuf. Le père ne sait pas comment gérer sa fille qui n’en fait qu’à sa tête. La seule chose qu’il ne veut pas, qu’il ne supporte pas, ce sont les cris et les pleurs. Il n’a plus la capacité à les supporter – il y a une raison liée à ce que je ne peux vous révéler. C’est aussi un homme à femmes qui se remarie assez vite après le décès de son épouse, Hjertrud. Dagny, la second épouse, ne fait pas bon ménage avec cette petite sauvageonne, qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Le commissaire décide d’embaucher un percepteur, M. Lorch, qui apprendra à compter, à lire et à jouer de la musique à Dina. Un premier miracle se produit quand elle entend la musique, qui peut exprimer ce qu’elle ne peut dire avec des mots. Et ce fait même lui fait recouvrer la parole.

Si le commissaire souhaite le meilleur pour sa fille tout en ne sachant pas comment la gérer, il commet quand même quelque chose d’assez dingue : il cède à son ami Jacob, 48 ans, Dina, 16 ans, comme épouse. Le pauvre type ne sait pas ce qui l’attend ! C’est bien ce qui est cocasse dans cette histoire. Il y a quelques scènes croquignolettes…

Herbjorg Wassmo nous dresse un portrait haut en couleur d’une gamine puis d’une jeune femme qui n’a pas de limites ! Non pas qu’elle soit une femme libre au sens où elle serait consciente de l’être, mais parce qu’elle est traumatisée, ce qui lui est arrivé la poursuit encore et toujours. C’est une vraie furie pétrie de douleur qui ne fait de cadeau à personne. Pas qu’elle soit méchante, mais elle n’a pas d’éducation. Elle ne connait pas les convenances de la vie en société. Il y a un côté naïf et spontané chez elle. En même temps, c’est quelqu’un de très intelligent. Un sacré caractère. Une sorte d’Atilla en jupon (quand elle en a un !). Partout où elle passe, l’herbe trépasse. Lol ! Dina sème la mort sans le vouloir. Le livre commence sur un accident de traineau et se termine là dessus. Elle découvre aussi des bizarreries dans les comptes de Jacob, alors que lui, gros bêta, n’a rien vu. J’ai hâte de découvrir la suite de l’histoire !!

Herbjorg Wassmo écrit sans s’encombrer de tabous. Il y a pas mal de scènes sulfureuses, cocasses voire drôles. Son récit galope comme un cheval indompté, à l’image de son héroïne. On ne s’ennuie pas 5 minutes. Un livre qui plaira à ceux qui aiment l’action.

Désolée mais je n’ai plus les caractère spéciaux (ou du moins je ne les trouve plus dans le nouvel éditeur tout pourri de WordPress), dont, pas de O avec un trait dans le prénom de l’autrice)

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De nos ombres – Jean-Marc Graziani

« Sûrement ne verront-ils qu’un foutu brouillard, ceux qui me liront, que des ombres, des formes diffuses dans un vent de neige, un vent de cendres…
Chaque fois elle me ramène à un endroit perdu où elle n’a rien à faire, l’histoire que je veux écrire. Une plage où je vois les miens attablés et qui me regardent comme s’ils attendaient de moi quelque chose. J’ai beau fermer les yeux pour les faire disparaître, quand je les rouvre, le flou de l’éblouissement passé, ils sont encore là à m’attendre.
Cette histoire n’a rien à voir avec eux, et pourtant je reviens. Elle n’a rien à voir avec eux mais, si je m’éloigne pour la suivre, je les vois hausser les épaules, souriants mais déçus… »

Ainsi s’exprime l’écrivain qui s’apprête à écrire son histoire. Elle débute à Bastia, en 1954 où Joseph, douze ans, se met à entendre des voix. Il n’en parle à personne, mais Mammo, son arrière-grand-mère devine. Elle sera la complice de l’aventure dans laquelle va plonger Joseph, celle de la résolution de mystères familiaux, la révélation de secrets de famille et bien davantage que cela. Un angelot au pied d’un lit (plutôt horripilant, cet angelot, d’ailleurs !), un anneau, un vieux disque dans un grenier, une photo, une chimère qui aime la tarte aux poires, un saint mutilé, un fou, un sage, des justes, des femmes fortes et tant d’autres surprises vous attendent au fil des pages…jusqu’à la surprise finale !

Joseph et Mammo vous entraînent dans les ruelles du vieux Bastia, à Saint-Florent et dans le Cap corse. L’auteur-narrateur déroule la bobine de son histoire mais s’embrouille, s’égare et le dit ! L’histoire se multiplie en plusieurs histoires, son imagination s’emballe. Il voulait raconter l’histoire de Joseph, l’enfant qui entend des voix mais sa plume l’entraîne ailleurs. Il s’excuse. Il s’excuse auprès de vous et auprès de ses personnages ! 🙂

« Il me fallait quelqu’un pour ouvrir cette porte, amener la clé. J’aurais pu la cacher sous une pierre du jardin, dans le ventre gonflé d’un poisson ou dans le creux d’un arbre. Le gamin l’aurait retrouvée. Il trouve toujours ! Mais, un matin, je t’ai imaginée à ta fenêtre et ton regard m’a bouleversée.
Ma fille de papier, je te demande pardon. Un moyen, tu n’étais pour moi qu’un moyen, une astuce inventée pour faire avancer l’histoire mais, mot après mot, je me suis attaché à toi plus que je ne saurais dire. (…) Encore un mot, un dernier mot, ma fille, pour t’apprendre ce dont tu ne pourrais te souvenir : que tu es de l’automne, du 15 octobre de cette année. »


Je vous présente donc Lucia :

« Aussi loin que sa mémoire portait, elle avait toujours vécu ici, dans cet appartement, à regarder les bateaux ondoyer, appuyée au rebord d’une fenêtre. Dans la journée sans fin que paraissait être sa vie, c’était sa seule occupation. Elle aurait voulu trouver autre chose, n’importe quoi, même s’abrutir à force de ménage, mais la poussière aussi semblait fuir cet endroit. Lire, elle avait essayé, mais c’était peine perdue. La couverture du livre qu’elle avait attrapé, vierge de tout titre, était resté entre ses doigts, ses pages effondrées sur elles-mêmes voletant comme de la fibre d’amiante. »

De nos ombres est un roman en clair obscur, qui sort de l’ordinaire. On est tour à tour dérouté, enchanté, effrayé, intrigué, triste, amusé, stupéfait. Des histoires à une page d’Histoire. Je ne veux pas trop en dire. 🙂

La mise en abyme du jeu d’écriture, de l’écrivain se débattant avec son histoire et ses personnages, s’amusant aussi avec le lecteur, renvoie au pouvoir de l’écriture, à la « magie » de la littérature et du fait de raconter des histoires (tradition orale aussi, en Corse comme ailleurs). Un roman foisonnant, une plume malicieuse dotée d’une forte puissance évocatrice qui a le don de réveiller les morts, vous entraîne hors des sentiers battus. De nos ombres. Tout est dit ! 🙂

Une belle découverte de la rentrée littéraire. Lisez-le !

Pour ceux qui ont la chance d’être en Corse, l’auteur sera demain dimanche 13 septembre au festival Libri Mondi de Bastia. (Je ne suis sponsorisée par personne !)

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Retour à Martha’s Vineyard – Richard Russo

Traduit par Jean Esch

Ma première lecture de la rentrée littéraire ! Et quelle lecture ! Je connaissais déjà les nouvelles de Richard Russo, mais je ne l’avais encore jamais vu à l’oeuvre dans un roman. Autant dire tout de suite que je ne suis pas déçue !

Retour à Martha‘s Vinyard est un bon pavé de presque 400 pages en grand format. Je ne pensais pas plonger dans un voyage aussi dense, aux Etats-Unis, de nos jours, mais surtout dans les années 70. J’ai emporté le livre à peu près partout où je me suis déplacée ces derniers temps, il a même fait un voyage en Belgique ! Dès que je l’ouvrais, je n’étais là pour personne.

Le roman commence par un long prologue d’une vingtaine de pages qui nous présente les trois protagonistes : Lincoln, Teddy et Mickey. Tous les trois ont 66 ans en septembre 2015, au moment où Lincoln invite Teddy et Mickey pour un séjour sur l’île où sa mère avait une maison, qu’il veut à présent vendre : Martha’s Vinyard. Le point commun des trois hommes : ce sont des amis de longue date qui se sont rencontrés dans la très chic Université du Connecticut, Minerva, réservé aux étudiants bien nés alors qu’eux trois étaient boursiers. Ils sont originaires de différents Etats américains, ont des personnalités différentes, des histoires personnelles différentes et exercent à présent des métiers qui n’ont rien à voir les uns avec les autres.Lincoln est agent immobilier, Teddy éditeur indépendant et Mickey musicien et ingénieur du son. C’est en travaillant dans les cuisines de la résidence des Theta qu’ils ont fait connaissance. Les Theta sont une sororité du campus, une sorte de club de filles. ou plutôt de confrérie. Ces confréries réunissent les étudiants d’un même sexe sur la base de valeurs communes.C’est là aussi que les étudiants s’amusent, à travers des fêtes alcoolisées…

C’est dans la sororité de Theta que Lincoln, Teddy et Mickey ont rencontré Jacy et en sont tous les trois tombés fou amoureux. Jacy va hanter progressivement les pages du roman, focaliser l’attention du lecteur, ferrer le récit dans une sacrée intrigue qui flirte avec le thriller : lors d’un week-end à la fin de leurs études, les trois jeunes hommes avaient passé une week-end à Martha’s Vineyard avant que la vie ne les sépare. La grande absente de ce dernier rendez-vous d’étudiant fut Jacy. Volatilisée. Dès lors, on comprend ce que sont venus chercher, un peu malgré eux, les trois potes devenus sexagénaires en revenant à Martha’s Vineyard. Qu’est-il arrivé à Jacy ? Le mystère qui les hante en secret depuis tant d’années sera-t-il levé ? Si plus jeunes ils buvaient des bières, peut-être les Bloody Mary les mèneront-ils à la confidence…

Retour à Martha’s Vineyard est une fabuleuse histoire d’amitié mais aussi… de trahison. Un roman plein de nostalgie et de tendresse. J’ai adoré !

La plume dense et ciselée de Richard Russo s’attache aux détails et parvient à restituer en toile de fond de son intrigue, l’ambiance des années 70 américaines, avec la guerre du Vietnam, les concerts, l’alcool et la drogue. « Jan Joplin s’enfilait un litre de Southern Comfort à chaque concert. Les Who bousillaient leurs guitares sur scène. Jim Morrison se fouettait devant le public. Liberté, on n’avait que ce mot à la bouche. »

Bref, jetez-vous dessus !

Merci aux Editions de La Table Ronde.

J’espère arriver à faire un billet de rentrée littéraire. J’ai vraiment beaucoup lu au mois d’août, j’ai aussi continué à bouger pas mal (qui a fait une rentrée littéraire en Belgique pour l’adorable Intime Festival ? 😉 ) ; j’ai des tonnes de chroniques en retard. Mais aussi un emploi du temps digne d’un ministre. J’ai envie de tout faire mais malheureusement, les journées n’ont que 24 h. 🙂

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Esprit d’hiver – Laura Kasischke

Traduit par Aurélie Tronchet

J’aime bien lire les Grand Prix des Lectrices ELLE des années passées. En qualité de jurée, j’avais lu un autre roman de Laura Kasischke, En un monde parfait, qui m’avait laissé plutôt indifférente et n’avait d’ailleurs pas été primé. J’ai redonné sa chance à l’autrice avec celui-ci, lu il y a déjà plusieurs mois. Ce livre a obtenu le prix cité, en 2014, catégorie « roman policier ».

L’histoire se passe en 24 h, le jour de Noël et de blizzard. Un huis clos mère-fille entre Holly (la mère) et Tatiana la fille, qui va faire remonter le passé à la surface. Comme j’arrive après tout le monde, je ne vais pas en écrire des wagons ! Laura Kasischke joue à merveille avec les non-dit et l’ambiguïté. Elle donne au personnage au centre du récit, Tatiana, un prénom qui tend vers le fantastique folklorique puisqu’il signifie « reine des fées » en russe. Elle insiste (lourdement) sur la couleur des lèvres de cette adolescente, une enfant aux lèvres et paupières bleues.On est intrigué, c’est certain, d’autant que Tatiana n’est pas vraiment sympathique vis-à-vis de sa mère, assez agressive, comme si elle voulait régler ses comptes en ce soir de Noël, en l’absence de son père, partis chercher ses parents à lui, en ce jour de blizzard et qui tarde à revenir. La fête tombe à l’eau et l’humeur de Tatiana suit la courbe de la déception.

L’histoire est raconté du point de vue d’Holly. Elle plonge là où tout a commencé, en se demandant si « quelque chose les aurait suivis depuis la Russie jusque chez eux ». C’est en Sibérie que tout commence, dans un orphelinat où les riches américains en mal d’enfants peuvent s’offrir de quoi combler leur frustration.

Laura Kasischke lève le voile sur un tabou, sur une honte : un trafic d’enfants finalement, du moins à la limite de cela, puisque cet orphelinat est spécial. Holly y a vu quelque chose qu’elle pensait enfoui à jamais, comme un mauvais rêve ou une hallucination, mais qui va remonter à la surface dans ce face à face avec celle qui est devenue sa fille. Le passé ne s’efface jamais. Une évidence que va découvrir Holly, de manière terrifiante.

La presse a révélé les horreurs des orphelinats roumains du temps de Ceaucescu. Pourtant, personne n’a dénoncé ce qui se passait (ou se passe encore ?) dans les orphelinats de Sibérie.

Un roman à suspense qui distille son angoisse de manière réussie, même si de nombreuses répétitions alourdissent parfois cet effet au profit d’un peu d’agacement. La fin est trash. Une lecture agréable mais néanmoins pas inoubliable.

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Un été norvégien Einar Mar Gudmundsson

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Traduit par Eric Boury

C’est une bien belle connaissance que j’ai faite au coeur de l’été : celle de l’écrivain islandais Einar Mar Gudmundsson (pardon, j’ai perdu mon clavier islandais, alors il manque les accents et les lettres de l’alphabet islandais – que j’aime bien !)

Comme la majorité des Français, je suis restée dans l’Hexagone pendant cet été si particulier. Je devais aller aux îles Lofoten, en Norvège. Alors, quand j’ai vu ce titre, « Un été norvégien », je me suis dit qu’il pouvait compenser mon acte manqué ! Suivre le trip de deux potes islandais qui rêvent d’aller en Norvège, à Oslo. Halli, le narrateur, est « depuis plusieurs jours, (…) hanté par la montagne, ou plus exactement par le souvenir de [son] été dans les montagnes. Un été norvégien, c’est ainsi qu’il [l’a] baptisé. » Nous plongeons dans son souvenir, Nous sommes à la fin des années 70. Été 1978, Halli et son pote Jonni ont décidé de partir en Norvège après une discussion au bar du Théâtre national de Reykjavik, lieu incontournable de l’époque. « La jeunesse venait s’y mêler aux artistes reconnus et aux lettrés. » Bien évidemment, cette décision de partir ne va pas se dérouler comme ils l’imaginaient. Un été norvégien est un trip, mais aussi un roman d’apprentissage, avec des idéaux et… la réalité !

Halli est un jeune homme passionné de littérature, de musique et de poésie. Il vit pour les grands génies littéraires, Knut Hamsun en particulier, mais aussi Laxness, ou Beckett, Joyce, Mann, qui ne sont jamais très loin quand il parle… D’ailleurs on croise des Irlandais sur son chemin. Ben oui quoi, les premiers habitants de l’Islande étaient Irlandais, et cela suffit pour sympathiser et parler littérature ! Même lorsque Jonni le lâche en cours de route parce qu’il a trouvé l’amour, Halli continue sa route (oui, mais Inga va se pointer dans sa vie,) quitte à en baver dans les montagnes norvégiennes pour gagner trois sous qui lui permettront de continuer son rêve.

Nous croisons une foule de personnages, le monde bohème, tendance anarchiste ou trotskiste, Peace and Love, à l’aube du No Future de la désillusion. Dans nos oreilles résonnent les chansons de Dylan, des Beatles, de Richie Havens, Bowie ou les Sex Pistols. Ça sent l’alcool, l’herbe, les grandes idéaux, la liberté , le « royaume » artistique de Christiana (ceux qui connaissent Copenhague savent que c’est le quartier « hippie » et autogéré de la ville et que Christina est aussi l’ancien nom d’Oslo). On croise des personnages un peu perché, voire totalement, des dandys bien habillés, des camés et l’amour…

Et c’est bien l’amour qui « est au centre de tout ». « Nous ne pensons pas à l’avenir parce que No Future prévaut partout sur terre, parce que nous naviguons dans ce qui ressemble à une éternité. Seule la poésie a le pouvoir d’illuminer le monde de l’intérieuret l’amour est notre drogue. »

Einar Mar Gudmundsson offre un roman à la fois contemplatif et foisonnant, qui trace la route. Si j’en crois le bandeau du livre, c’est aussi un texte autobiographique. Un regard nostalgique mais aussi (surtout ?) amusé sur une époque. C’est beau, souvent drôle.

De la grande littérature islandaise comme je l’aime où j’ai emboîté le pas à Einar Mar Gudmundsson pour le suivre sur ses chemins de traverse. Mon coup de coeur de l’été.

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Le bruissement des feuilles – Karen Viggers

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Traduit par Aude Carlier

Une fois encore, je sors de ma zone de confort : quand je vois ce genre de bandeau « 400 000 exemplaires vendus », je sens l’attrape couillon ! Les best seller n’étant pas forcément le meilleur de la littérature, ça se saurait (mais il y a des exceptions)… Mais voilà, les romans de Karen Viggers m’ont été conseillés par mes parents qui ont dévoré ses deux premiers romans, La mémoire des hautes falaises et La mémoire des embruns. Ne me souvenant plus des titres exacts recommandés, j’ai pioché au hasard de ce qui était sous mes yeux, à savoir Le murmure des feuilles qui est son dernier roman. Faire un petit tour en Australie, plus précisément en Tasmanie n’était pas non plus pour me déplaire, surtout que ça parlait de forêt…

Je vous livre carrément la 4e de couverture : « Dans une petite ville australienne, Miki, dix-sept ans, vit coupée du monde avec son frère. Lorsqu’elle fait la connaissance de Leon, qui partage sa passion pour la nature, un monde nouveau s’ouvre à elle. Leurs promenades en forêt seront une révélation pour Miki et lui permettront de trouver le courage de s’émanciper.
Aux côtés de la jeune fille et du garde forestier de l’inoubliable Memoire des embruns, Karen Viggers nous fait pénétrer au coeur des forêts d’eucalyptus et des majestueuses montagnes de Tasmanie, signant une ode à la nature et à son pouvoir de guérison. »

Je me demande si la personne qui a rédigé cette quatrième de couv’ a réellement lu le roman. Mais c’est un autre problème (assez récurent d’ailleurs).  Miki et son frère Kurt tiennent le restaurant (un fast food, car je ne pense pas voir de restaurants comme en France en Australie). Leurs parents sont décédés dans l’incendie qui a ravagé leur ferme, dont ils sont tous les deux rescapés. Miki a été élevée cloitrée, à l’écart du monde extérieur par des parents rigoristes. Sa vie ne va pas changer pour autant puisque Kurt va en faire une esclave : elle tient le restaurant, sert les clients, fait la cuisine et nettoie pendant que lui s’occupe de la comptabilité. Dès que le restaurant ferme, Kurt la tient verrouillée dans la maison. Innocente, la jeune fille ne voit tout d’abord pas vraiment que cette attitude est anormale, même si à l’approche des ses dix-huit ans, « leur modeste commerce était trop petit pour elle. Elle aspirait à davantage de responsabilité, de libertés. Seulement Kurt avait construit tout un échafaudage de règles autour d’elle. Elle devait limiter au minimum les échanges avec les clients. Eviter de les regarder dans les yeux. Garder la tête basse sans cesser de travailler (…) Avec ses dix ans de plus qu’elle, il était son tuteur ». Sa récompense, c’est quand son frère l’emmène en forêt.
« A la ferme, elle n’avait vécu que pour les dimanches. Après les besognes, elle troquait sa jupe pour une salopette et elle filait derrière le verger, dans la forêt où elle se sentait pousser des ailes. (…) A mesure que le bush se refermait sur eux, Miki éprouvait une légèreté nouvelle (…). Elle adorait le bruissement des feuilles, le grincement du bois, le murmure du vent dans la canopée, le craquement des brindilles sous ses pieds, l’odeur mentholée des buissons. Dans le bush, elle avait l’impression d’être plus vivante, plus réelle. La semaine s’effaçait, (…) elle était quelqu’un. Elle-même. Une jeune femme plein d’espoir et d’avenir ». Que de redondances…

Miki a une passion particulière pour les diables de Tasmanie, animaux craintifs avec lesquels pourtant elle a réussi à établir un lien de confiance. Ces animaux sont en voie de disparition en raison de la maladie mortelle qui les affecte. C’est ce qu’elle va apprendre par le biais de Leon, un jeune homme qui se fait embaucher comme garder forestier (un personnage qui apparaît dans le volume précédent, d’après ce que je comprends sur la quatrième de couverture). Il est originaire d’une île voisine, qu’il a quitté pour fuir son père, un homme violent qui bat sa femme ! Miki repère Leon au restaurant et finit par se lier d’amitié avec lui. Leon sympathise également avec Max et Wendy, un petit garçon et sa mère qui habite la maison voisine de la sienne. Il se trouve embarqué un peu contre son gré, dans une histoire de sauvetage de chiots voués à la noyade si Shane, le père de famille les trouve. Shane est bucheron, comme pratiquement tous les hommes du village. Il voit d’un très mauvais oeil l’arrivée de ce garde forestier écolo.
Miki va trouver un moyen de sortir à l’insu de son frère, quelques heures par semaines. Elle se lie d’amitié avec Geraldine qui tient l’office du tourisme, tout en étant une grande lectrice  : elle va lui proposer de nouvelles lectures. Miki s’évade en littérature en lisant et relisant le peu de livres qu’elle possède, Les hauts de Hurlevent, Jane Eyre... dont les héroïnes l’inspirent. Geraldine va lui prêter Le petit prince, Loin de la foule déchaînée

Et puis il y a le grand-père de Leon, mémoire vivante…

Karen Viggers tisse plusieurs fils narratifs qui abordent la maltraitance, le harcèlement, les secrets de famille, la déforestation et ses conséquences, le pouvoir inspirant de la littérature, mais aussi le trafic de drogues. Les personnages de Miki, Max, Wendy et Leon sont attachants. On croise une foule de personnages mais sans s’y perdre. Il y a pas mal de brutes mal dégrossies dans ce roman, qui sont les bûcherons, sans parler de Kurt. Karen Viggers montre que la création de parcs naturels a pour conséquence la perte des emplois des bûcherons qui ont toujours vécu de cela (d’où leur colère envers les écologistes). Elle évoque également les nouvelles manière de « bûcheronner », avec des machines qui détruisent la forêt en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, des conséquences irréparables sur la faune comme sur la flore.

Cependant, si le récit est entraînant et qu’on ne s’ennuie pas, j’ai trouvé que ce livre n’allait pas au fond des choses, que l’aspect écologique n’était finalement qu’une thématique d’arrière plan que l’on retrouve vraiment à la fin du roman seulement. Il est question de beaucoup de choses dans ce livre, qui finalement parasitent l’aspect écologique. Le bruissement des feuilles semble est aussi (et surtout) un roman d’apprentissage, c’est finalement ce qui  retenu mon attention, avec un goût de déjà-lu. Quant aux diables de Tasmanie, ils disparaissent du récit aussi vite qu’ils sont apparus. Le dénouement (en fait, il y en a plusieurs) est un chouia invraisemblable à mon goût.

Bref, je ne me suis pas ennuyée avec ce pavé de 569 pages, même si je pense qu’il aurait être nettement plus court ! Je me suis laissée distraire par ce roman facile, avec ses avantages et ses inconvénients. Ce n’est pas une lecture inoubliable, il n’a aucune qualité stylistique particulière. Je vais sans doute me laisser tenter un de ses jours par le tout premier de l’autrice. J’ai comme la vilaine impression que sous demande éditoriale, l’autrice a quelque peu éreinté ce qui a fait son succès. Karen Viggers est vétérinaire, spécialiste de la faune sauvage.

La prochaine fois, je vous entraîne dans Un été norvégien d’Einar Mar Gudmundsson, que je vous conseille d’ores et déjà si vous aimez les romans tendance Beat Generation et Esprit d’hiver de Laura Kasischke (Grand Prix des Lectrices Elle 2014).

 

 

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Sous les branches de l’udala – Chinelo Okparanta

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Traduit par Carine Chichereau

Une petite sortie hors de ma zone de confort avec un roman nigerian ! J’avoue que je ne connais quasiment pas la littérature africaine (hors Maghreb), hormis un peu celle d’Afrique du Sud. Dans la boîte à livres de mon lieu de travail, j’ai eu la chance de trouver le désormais célèbre Americanah de la non moins célèbre Chimanda Ngozi Adichie, autrice nigerianne également. Chinelo Okparanta, comme Chimanda Ngozi Adichie, vit aux Etats-Unis. Sous les branches de l’udala est son premier roman, lauréat du Lambda Literary Award for Lesbian Ficition. Tout ça pour dire, que la littérature nigerianne, féminine (et féministe) semble avoir un bel avenir.

Sous les branches de l’udala nous plonge de 1968 aux années 80 au nigeria. Ijeoma vit avec ses parents, commerçants au Biafra. La guerre civile éclate entre le Nigeria et la jeune république du Biafra. D’abord lointaine, la guerre de rapproche et fait de plus en plus de morts. C’est l’escalade de la violence. Le père d’Ijeoma y laisse sa vie. Des restrictions alimentaires sont mises en place. La jeune fille est envoyée par sa mère chez un ancien ami de son père, un professeur. Ijeoma y rencontre Amina, de l’ethnie des Haoussas, ennemie de celle des Igbos à laquelle appartient Ijeoma. Cette dernière est chrétienne, tandis qu’Amina est musulmane. « C’était la première fois que je me liais d’amitié avec une Haoussa. Jusque-là, je les avais seulement vus de loin, quand ils passaient sur la route, et au marché où ils venaient faire du commerce. C’était la première fois que j’avais un contact aussi intime avec une personne de cette ethnie.
C’était normal que le professeur et sa femme s’inquiètent. Les Haoussas massacraient les Igbos à tour de bras, alors héberger une petite Haoussa représentait un vrai danger. »

Peu importe, elles vont transgresser (et même doublement) les règles morales fixées par la société, sans même le savoir. Surprise en « mauvaise posture » par le professeur, Ijeoma est renvoyée chez elle. Sa mère va lui faire étudier la Bible de A à Z pour tenter de la remettre dans ce qu’elle estime être le droit chemin. Le temps passe, Ijeoma ne peut oublier Amina. Pourtant, un jour, elle lui annonce qu’elle va se marier. Evidemment Ijeoma en est mortifiée. Elle se réfugie dans le travail à la boutique de sa mère. Elle y rencontre Ndidi, institutrice.

Ijeoma raconte son histoire, tente d’analyser à la fois sa vie, ses sentiments et la société nigerianne verouillée par le patriarcat et le poids de la religion qui pèse comme une enclume sur la tête des gens. L’endoctrinement religieux régente la vie de tous, et avec son pendant : l’intolérance.

Ijeoma finit par suivre le chemin que sa mère a tracé pour elle : se marier, et avec un homme, pour rentrer dans le rang, pour ne pas être montrer du doigt, pour sauver sa vie, en pensant se libérer. Car par de pitié pour les gays et lesbiennes au Nigeria. Ijeoma va pourtant déouvrir qu’elle n’est pas seule. Ndidi va l’entraîner dans le monde de la nuit, dans une église où il se passe des choses très différentes du jour, faute de mieux. Gare à vous si vous êtes découverte ! Il y a une scène terrible qui vous glace de la tête au pied ! Etre brûlée vive ou lapidée, qu’est-ce que vous préférez ? C’est juste inommable… On a beau le savoir, lire certaines scènes du roman vous font dresser les cheveux sur la tête et surtout hurler de révolte devant tant d’intolérance.

Pourtant, les gens ne sont pas foncièrement mauvais. La mère d’Ijeoma fait ce qu’elle pense être le mieux pour sa fille en la poussant dans les bras de Chibundu, un ami d’enfance transi d’amour. Chibundu est un romantique, il met les petits plats dans les grands, il est attendrissant. Il n’est pas méchant homme. Seulement, la religion et les superstitions dictent les conduites à tenir. Il est victime de son éducation qui valorise le sexe dit « fort ». Etre une femme c’est être une rien, surtout si on n’a pas d’enfant. La mère d’Ijeoma répète à sa fille qu’« une femme sans enfant n’est pas vraiment une femme ».  (sic !) Ben alors, c’est quoi ?!
Bref, si vous n’entez pas dans les cases, vous êtes bannis. Si vous avez fait une fausse couche, rendez-vous sous les udalas : « D’après la légende, les enfants devenus esprits, las de flotter sans but entre le monde des vivants et celui des morts, aiment se rassembler au-dessus des udalas, ces arbres qui portent des pommes étoiles blanches. En échange de cet asile, ils accordent une fertilité exceptionnelle à toute femme ou fille qui passe un moment sous l’un de de ces udalas. »

Seulement, combien de temps peut-on tenir dans un simulacre ?
Sous les branches de l’udala est un roman d’apprentissage féministe, où une jeune femme arrive à briser ses chaînes, mais le prix à payer est fort.
« Il y a plusieurs années – en 2008 – un article a rapporté qu’un groupe de voyous fous de Dieu avait lapidé et battu plusieurs membres d’une église de Lagos qui affichait son soutien aux gays et aux lesbiennes : les victimes étaient défigurées, boursouflées comme des ballons d’un bleu violacée.
Maman a posé le journal en s’exclamant : « Tufiakwa ! » Dieu nous préserve ! « Même entre chrétiens, ce n’est pas possible que nous adorions le même Dieu ! » « .
Les mentalités évoluent mais le chemin est encore long puisque « le 7 janvier 2014, le président du Nigeria, Goodluck Jonathan, a signé une loi qui criminalise les relations entre personnes de même sexe, ainsi que le soutien apporté à ce genre de relations, rendant de tels actes passibles de peine de prison pouvant aller jusqu’à quantorze ans. Dans les Etat du Nord, la mort par lapidation est prévue. Ce roman est une tentative pour donner à la communauté LGBT marginalisée du Nigeria une voix plus puissante, et une place dans l’histoire de notre nation », écrit Chinelo Okparanta en note à la fin de l’ouvrage. Puisse-t-elle être lue !

Un beau roman, fin,  à découvrir absolument ! Une fois en main, on a du mal à le lâcher, emporté par le souffle de l’harmattan et l’histoire d’Ijeoma.
Je vais me pencher d’un peu plus près sur cette littérature féminine nigeriane !

 

 

 

 

 

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Le secret d’Ella – Cath Howe

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Traduit par Faustina Fiore
Couverture : Cécile Becq

Ella vient de déménager avec son frère et sa mère et arrive dans une nouvelle école. Le pull de son uniforme n’est pas de la bonne couleur. Ella est effrayée par son nouvel environnement, tous ces yeux braqués sur elle. Elle observe et repère rapidement la fille la plus populaire de la classe, Lydia.  Il y a aussi une drôle de fille, silencieuse et en retrait, Molly. La mère d’Ella décide d’acheter un pull d’uniforme d’occasion vendu par la mère de Molly. C’est ainsi qu’elles se rendent chez cette étrange écolière, ou plutôt restent sur le pas de la porte mais suffisamment près pour voir que la maison de Molly est remplie de bric-à-brac. Cependant, il y a encore plus mystérieux : une silhouette spectrale assise dans un fauteuil…

Ella n’a qu’une envie : se fondre dans la masse de son nouvel environnement et pour cela devenir amie avec la fille la plus populaire de la classe. Elle est folle de joie lorsque celle-ci l’invite à son anniversaire et semble vouloir devenir sa meilleure amie.

Le récit est entrecoupé des lettres qu’Ella envoie à son père. Au début, nous ne savons pas pourquoi le père est absent. En tout cas, la mère de la gamine ne veut plus entendre parler de lui et demande à Ella de n’en parler à personne. Avec son nouveau smartphone, celle-ci envoie des photos avec les messages qu’elle envoie à son père. Nous comprenons rapidement que c’est à cause du père que la famille a déménagé.

L’autre mystère de l’histoire est celui de Molly, qui est comme un double d’Ella : où est la mère de Molly ? Pourquoi la maison est dans un tel désordre ?
Il suffit d’une chipie comme Lydia pour que tout déraille dans la vie d’Ella et Molly. Lydia est le personnage détestable de l’histoire, celle qui manipule et flaire ses proies, les plus fragiles, comme un chien de chasse ! Jalouse comme un tigre, elle devient la reine du chantage.

Cath Howe est londonienne et institutrice. C’est son premier roman, dans un univers qui lui est familier. L’histoire est entraînante, on ne s’ennuie pas. Cependant, j’ai trouvé le personnage de Lydia très caricatural. On ne  devine tout de suite qu’elle file un mauvais coton et préparera un coup bas dès que quelque chose ne lui conviendra pas, pour se venger. J’ai regretté que l’histoire du père d’Ella ne soit pas plus creusée. Pourquoi en est-il arrivé là ?

Le secret d’Ella (Ella on the outside, est le titre original) parle d’estime de soi, d’amitié, de difficulté d’intégration, de manipulation et de chantage, de parents défaillants. Une histoire qui finit bien tout en évoquant des thèmes graves.

Enfin, un dernier bémol : j’ai cherché en vain le nom du traducteur que je cite toujours dans mes chroniques de littérature étrangère. Il a été oublié, apparemment ! L’éditeur me l’a donné sans problème, mais cela aurait été tout de même mieux qu’il soit indiqué sur le livre.

Je remercie Flammarion Jeunesse pour cette nouvelle découverte. En librairie depuis le 1er juillet. Dès 10 ans.

 

 

 

 

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Les égarés – Lori Lansens

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Traduit par Lori Saint-Martin et Paul Gagné

Un peu de littérature canadienne, c’est ce que je voulais à mon retour du Far West du Canada, pour prolonger le voyage, l’été dernier (avec aujourd’hui l’impression que c’était dans une autre vie, où l’on était libres et insouciants ; comment aurais-je pu imaginer ce qui nous attendait tous, cette épée de Damoclès qui confirme ma conception de la vie : carpe diem, faire ce qu’on veut faire sans attendre, quand c’est possible !). Bref, je m’étais mise à écumer les rayonnages des librairies, quand je suis tombée sur ce roman tendance « survie en montagne ». L’auteure est canadienne. Je pensais me faire un trip dans les Rocheuses canadiennes  ou dans la chaîne de montagnes voisine,  mais en fait, c’est dans les montagnes de Californie de Lori Lansens nous embarque !

Wolf est un jeune Américain originaire du Michigan. Quand il avait 13 ans, il était venu avec son père, un type qui vit d’alcool et de combines, en Californie, à Tin Town, près d’Angel’s Peak en Californie.  Aujourd’hui, Wolf décide de refaire une randonnee dans cette chaîne  montagnes, des années plus tard. Dans le téléphérique qui les hisse au sommet, pour le départ, il rencontre 3 femmes d’une même famille : Nola, Bridget et Vonn. Aucun des quatre ne se doute que leur balade va virer au cauchemar. Les quatres, qui ne se connaissaient pas quelques heures auparavant, vont devoir faire preuve de solidarité et affronter leurs démons.

Ma chronique sera brève car j’ai terminé ce roman très Nature Writing il y a presque un mois et que je l’ai lu sans quasiment prendre de notes ! C’est une histoire d’amitié entre un Amérindien de la nation (ou tribu ?) des Cahuilas. L’histoire d’un drame aussi qui est lié à cette amitié. Il y a l’herbe rouge dont on dit qu’elle rend fou et qu’elle est mortelle. Byrd l’Amérindien hante les contreforts de cette région sauvage, sublime mais rebelle.

Comme un mantra contre la mort, Wolf va raconter son secret à ses nouvelles compagnes d’infortunes. Un récit dans le récit qui fait penser aux Mille et une nuits. Des histoires pour survivre, s’évader des conditions dans lesquelles vous êtes dans la réalité. Les quatre randonneurs sont en mauvaise posture, en équilibre sur un rocher qui s’est décroché de la montagne. Les coyotes, les vautours, les ours, les serpents, (heu, je crois même qu’il y a un lion des montagnes !), le froid, la pluie, rien ne manque au tableau pour ce roman d’aventures où beaucoup de péripéties vous attendent. Les fils narratifs s’entrecroisent mais sans pourtant vous perdre dans le ravin.

J’ai avalé ce petit pavé de plus de 400 pages avec un bonheur certain. J’ai aimé cette histoire d’amitié amérindienne et la part belle faite à la nature. Un roman qui vous arrache de votre canapé pour un grand bol d’air. Le suspense est au rendez-vous. La fin est inattendue.

Encore un livre qu’on n’a pas vu sur la blogo ou bookstagram. Soyez curieux : lisez-le ! 😉 Lori Lansens en a écrit un autre : La ballade des adieux (2002) qui l’a révélée au grand public.

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