Los Angeles – Emma Cline / Halfon, Boy – Eduardo Halfon

Une mini-chronique pour deux textes parus dans la collection de poche des éditons de La Table Ronde, « la non pareille », nom donné en référence « à l’un des plus petits corps typographiques (6 pts) ». Deux nouvelles dans un format ultra léger mais qui contient néanmoins des textes forts. Chacun à leur manière.

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Tout d’abord un coup de coeur pour Halfon, Boy d’Eduardo Halfon (traduit par Davifd Fauquemberg . C’est la deuxième fois que je lis la prose de cet auteur et la deuxième fois que je suis absolument emballée par la qualité de son écriture. Un beau texte, tendre et poétique, un hommage à la paternité et au travail de traducteur, mais aussi un questionnement : devenir père ou traducteur est-ce quelque chose qui s’apprend ? Un texte d’amour à l’enfant à naître. Bien évidemment.

 

Emma Cline, l’auteure du fameux The Girls revient avec un texte qui claque et démythifie en quelques pages Los Angeles, dans une nouvelle éponyme, traduite par Jean Esch. 81ETe0cU1eLSachez-le, cette ville dévore les rêves des jeunes filles qui veulent devenir actrice.

« Arrête, dit l’homme. Tu ne fais qu’aggraver les choses. »

 

 

 

 

 

Je reviendrai vers cette collection d’un format inédit. 🙂
Je crois qu’il y a un Sylvia Plath qui  a paru il y a quelques mois.

Merci aux éditions de La Table Ronde.

Mes 6e et 7e lectures de la rentrée littéraire.

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Girl – Edna O’Brien

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Traduit par Aude de Saint Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat

Après nous avoir menés dans l’ex-Yougoslavie avec Les petites chaises rouges, Edna O’Brien nous plonge dans l’Afrique des djihadistes. Ou plutôt de leurs victimes féminines. La quatrième de couverture signale que ce roman s’inspire « de l’histoire des lycéennes enlevées par boko haram en 2014 » au Nigeria. Pourtant, jamais l’auteure ne cite un pays ou le nom d’une secte djihadiste en particulier. C’est seulement dans les remerciements à la fin de l’ouvrage qu’elle explique qu’elle s’est rendue au Nigeria pour aller au plus près du problème, rencontrer des ONG et des victimes, mener son enquête.

Edna O’Brien à travers la voix de Maryam, donne la parole aux femmes victimes des exactions commises par les terroristes djihadistes, cette plaie du XXIe siècle, qu’ils s’appellent daesch, boko haram ou al quaïda (je ne mets volontairement aucune majuscule aux noms de leurs sectes).  J’aurais presque envie de dire que si Edna O’Brien ne les cite par aucun nom, si ce n’est « djihadistes », c’est aussi pour ne pas leur faire cet honneur. D’ailleurs, ils n’ont pas de visages, pas de nom, rien. Tout se recentre ailleurs.

Le roman se focalise sur une jeune fille courage, enlevée par ces terroristes alors qu’elle était à l’école, et tout ce que vous imaginez qu’ils peuvent faire aux femmes, mais sans s’attarder non plus pendant 250 pages sur des détails sordides. L’essentiel est dit, en quelques chapitres, d’une plume acéré de mots qui sont comme des balles de plomb. Histoire de faire comprendre le calvaire.

C’est que l’espoir qui est le filigrane du roman. Maryam réussit à se sauver du camp de rétention, avec son bébé lors d’une attaque. « Un chuintement, un sifflement, puis un grondement comme si la terre se retournait. Notre armée était venue nous sauver. (…. ) J’ai saisi mon enfant, l’ai mise sur mon dose et j’ai pris le pagne avec l’argent de la fuite. » Si Maryam est mariée de force dans le camp, par chance, elle est tombe sur un homme bon, lui-même victime de la secte, embrigadé parce que sa mère est sans argent. S’engager, c’était subvenir à ses besoins.  « Il m’a fait cadeau d’un voile, qu’ils ont dû voler dans une boutique en ville, avant de l’incendier. Il ne sentait pas le brûlé. (…) Il hésitait, pas comme les brutes, et j’ai su qu’il me faudrait l’encourager. Il a retiré mes vêtements, puis les siens, promenant ses mains sur mon corps, comme le ferait un aveugle, et c’était sa façon à lui de me prendre pour femme. Maryam Mahmoud. (…) Au matin, il a effleuré mes lèvres, délicatement, de son index, et il m’a dit le nom de sa mère. Onome. La personne qu’il aimait le plus. Il s’était engagé pour qu’elle ne meure pas de faim. La Secte écumait toujours les villages pour recruter des jeunes hommes en âge de combattre, leur promettant de grosses sommes d’argent. »
Bien évidemment, les choses tourneront mal pour Mahamoud, qui sera l’une des victimes de la secte qui l’a embrigadé... Si Maryam n’aimera jamais d’amour cet homme, elle ne souhaitait pas sa mort. Il va lui donner de l’argent qui pourra l’aider.

Maryam se sauve donc. Si son chemin de croix va croiser des gens qui vont essayer lui porter secours, comme des femmes peules et des nomades, cependant avoir été enlevée dans par des djihadistes, c’est devenir une« femme du bush », une paria. Plus jamais rien ne sera comme avant : rejetée par ses proches, les gens de son village, tout ceux qui apprendront de quoi elle a réchappé. Ils mettront de la distance avec elle. Lui demanderont de partir.  Parce que la peur des représailles est là. Fréquenter ou héberger Maryam c’est risquer sa peau.

Ce roman m’a scotchée. Je connais la plume d’Edna O’Brien et j’ai lu plusieurs de ses livres. Celui-ci est sans doute son meilleur ! J’avais peur d’une fin dans un bain de sang et autre malheur supplémentaire. L’auteure évite cet écueil. Sa jeune héroïne, vraie femme courage ne s’est pas battue pour rien. L’espoir d’un futur meilleur est là.

« On était en sécurité. On avait trouvé un nouveau foyer, au moins pour l’instant. J’étais comblée d’une extase que je n’avais encore jamais connue. Des volutes de lumière emplissaient la chambre et éclairaient l’univers au-dehors. Tout était calme. En cet instant d’espoir et de bonheur sans mélange, il m’a semblé que ces rayons inondaient les dimensions les plus noires du pays lui-même. »

Girl est en lice pour des prix littéraires. J’espère vivement que ce roman sera récompensé et qu’il donnera l’envie aux lectueurs de l’Hexagone de lire l’oeuvre d’Edna O’Brien. Elle le mérite depuis bien  longtemps et reste pourtant encore assez inconnue en France.
(Il n’y a pas que Maggie O’Farrell dans la vie ! 🙂 )

C’est ma 5e lecture pour la rentrée littéraire et ma 3e chronique irlandaise sur le sujet. 🙂

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Adieu fantômes – Nadia Terranova

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Traduit par Romane Lafore

Ida vit à Rome, avec son mari. Elle travaille à la radio pour une émission où elle invente de fausses histoires vraies. Un jour sa mère lui demande de venir trier ses affaires chez eux car les travaux dans l’appartement pour les fuites d’eau du toit-terrasse vont commencer. Ida se rend donc à Messine, en Sicile, dans l’appartement familial où elle a passé toute son enfance et adolescence. Elle n’est guère enchantée par cette perspective. Il y a des fuites dans le toit, endommagé depuis toujours, mais c’est aussi une famille qui s’est désagrégée peu à peu, une maisonnée qui s’est effondrée. Malgré elle, parce que les objets de son enfance sont là, que l’appartement est resté dans son « jus » depuis que le drame est survenu, Ida va devoir affronter ses fantômes.

Nadia Terra Nova nous fait partager la douleur, les remords, les cauchemars et les doutes de son personnage féminin dont elle ausculte tous les recoins de l’âme à travers les murs moisis de cet appartement, où le temps s’est nécrosé à 6h16 : « Ce matin-là, vingt-trois ans plus tôt, mon père avait ouvert les yeux à 6h16, les chiffres étaient restés figés sur le réveil assommés d’un coup sec, 616, six un six, et pendant des jours, sur le lavabo, sa brosse à dents bleue avait résisté, allongée sur la faïence, hors du verre dans lequel nous rangions nos trois brosses, emportant avec elle une traînée de dentifrice comme de la bave d’escargot. Ma mère était déjà partie, comme souvent, s’offrir de longues promenades à l’aube avant de commencer le travail. »

Ce matin-là, à cette heure précise, son père disparaît. Après de longues années de dépression passées dans son lit. Envolé. Désintégré. Plus là. Et les interrogations de ceux qui restent, les supputations, les doutes, le mal-être, les répercussions sur la vie. Une amitié qui se brise quand la douleur vous fait regarder à l’intérieur sans imaginer que le monde ne s’est pas arrêter de tourner parce que vous, vous souffrez. Une amie d’enfance à qui il arrive quelque chose de terrible également mais que la douleur d’Ida aveugle. Une mère qui reproche à sa fille de ne pas avoir eu d’enfant, donc de ne pas pouvoir la comprendre. Des volées de bois vert. Des rancoeurs enfouies qui jaillissent comme autant de coups de poing. Un couple qui met de la distance, mais finalement renaît de ses cendres. Après la tempête, la sérénité.

La prose de Nadia Terranova est aussi fluide que l’eau qui immerge les pages de son roman, métaphore filée d’un naufrage. On se laisse porter par cette histoire introspective douloureuse, mais où le bonheur, s’il est furtif, n’est pas totalement absent. Un roman dédié « aux survivants », et dont la portée nous touche par sa dimension universelle.

J’ai beaucoup aimé.

C’est le deuxième roman de Nadia Terranova, après Les années à rebours publié en 2016 dans la collection « Quai Voltaire » également.

C’est ma 4e lecture pour la rentrée littéraire. 🙂

Merci aux éditions de La Table Ronde.

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Conversations entre amis – Sally Rooney

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Traduit par Laetitia Devaux

Frances et Bobbi sont, à leurs heures perdues, poétesses et performeuses. Elles ont aussi été en couple mais ont rompu tout en restant amies. Un jour, dans une soirée littéraire, elle rencontre Melissa, une journaliste photographe ayant des accointances avec le milieu littéraire. Celle-ci a 37 ans, est mariée à Nick, acteur de 32 ans. Frances et Bobbi sont plus jeunes, la vingtaine, étudiantes. Rapidement, Frances est attirée par Nick alors que Bobbi trouve Melissa charmante et sympathique. Bobbi n’aime pas Nick. Frances n’a pas vraiment de sympathique pour Melissa. Bon. Et alors ?

Alors, la première partie du roman réside sur le suspense du « Est-ce que Frances va coucher avec Nick et briser le couple qu’il forme avec Melissa ? ». Déjà, je me sentais mal barrée au bout d’une centaine de pages, me demandant clairement ce que j’avais comme type de roman entre les mains.  Nick et Frances s’envoient des SMS et des mails. Et finalement, ben si ce dont on se doutait n’était pas arrivé, il n’y aurait pas eu ce roman. Bref, il va s’ensuivre un Je-t’aime-moi-non-plus-tu-veux-ou-tu-veux-pas-on-arrete-ou-on-continue-par-devant-ou-par-derriere pendant 393 pages. Trop passionnant non ? 😦

Mélissa et Nick sont soi-disant ensemble mais plus vraiment, mais non,  sont ensemble mais dorment dans des lits séparés, mais en fait, Nick ne quittera pas Mélissa, et Mélissa, bien sûr, finit par apprendre ce que bidouillent Frances et Nick derrière son dos. Elle envoie un long mail à Frances pour lui dire ses vérités. Entre temps, Nick et Frances ont rompu plusieurs fois, puis se sont remis ensemble, puis ont rompu, puis se sont fait la gueule, puis se sont remis ensemble.

Pendant ce temps, Bobbi est un peu laissée de côté. Et Frances ne lui dit que très tardivement ce qu’elle bidouille avec Nick parce qu’elle a peur de sa réaction et surtout qu’elle se moque d’elle.

Ah oui, au fait, j’oubliais : Frances est pauvre et se dit communiste et féministe. Bobbi est d’un milieu aisé et se dit aussi féministe. Pourtant, on n’entend pas du tout parler de communisme dans cette histoire. Ni de féminisme, d’ailleurs.

Frances a un jour très mal au ventre, au point de faire un malaise et de se retrouver aux urgences. Elle pense faire une fausse couche de l’enfant de Nick. Mais c’est pas ça. Ses malaises se répètent tout au long du roman jusqu’à ce qu’on apprenne enfin ce dont elle souffre : endrométriose. Mais on se demande ce que ce détail vient faire dans cette histoire, d’autant qu’il n’est pas centré sur ce problème féminin mal connu, c’est vrai.

J’ai terminé ce roman avec labeur, tant il est insipide. Il est plein de détails qui ne servent à rien, en particulier de scènes de sexe (qui ne servent pas à grand chose, à mon humble avis !).
« C’était dur de savoir ce qu’il ressentait. Au lit, il ne me mettait jamais la pression, et il était toujours très respectueux de mes envies. Et pourtant, c’était comme s’il était absent, réservé. Il ne me complimentait jamais sur mon physique. Il ne me touchait ni ne m’embrassait jamais de façons spontanée. Je me sentais encore nerveuse en me déshabillant, et la première fois que je lui ai fait une fellation, il est resté si silencieux que j’ai dû m’interrompre pour lui demander si  je lui faisais mal. Il dit non, mais quand j’ai repris, il a gardé le silence. »

On se croirait dans 50 nuances de grey . C’est ainsi à plusieurs reprises.  Je me suis surprise à rire plusieurs fois , non parce que c’était drôle, mais parce que c’était ridicule voire peu crédible. Frances et Nick couchent ensemble dans la maison où est présente Melissa et elle ne les surprend jamais. C’est dingue, non ?

Un roman est littérairement facile, occupé essentiellement par de la romance-sexe. On n’a pas mal à la tête à la fin, on n’a rien appris de nouveau, on ne s’est pas enrichi. Quelques jours après l’avoir refermé, je ne me souviens déjà plus de la fin. Si ce n’est que les 2 amies se remettent en couple et que finalement, non, Nick, c’est mieux que Bobbi. Mais c’est pas sûr. OMG ! Minette, mon meilleur conseil est de consulter un psy !

Sally Rooney a 27 ans. On en parle comme le nouveau prodige de la littérature irlandaise. Je ne comprends pas. Je n’avais aucun a priori sur ce roman, j’étais même impatiente de le découvrir. Ma déception est d’autant plus forte. La presse traditionnelle l’a montée en épingle.
Voici ce qu’en dit le magazine Lire de ce mois : « L’auteure irlandaise se fait le porte-voix des millennials, génération mal aimée.  Souvent mise en porte-à-faux, cette jeunesse désenchantée est surtout incomprise. Comparée à Lena Dunham (la créatrice de la série Girls), Sally Rooney en dresse ici un portrait d’une justesse bluffante. Remise en question de la valeur travail, peur de la précarité, sentiment de ne pas être à sa place, émancipation sexuelle, combat féministe, indignation politique… Tout est passé au crible dans ce livre éblouissant. »  Je suis sidérée quand je lis ces propos car il n’est pas du tout question de la valeur travail, ni même de combat féministe et d’indignation politique. C’est bien facile de caser toute une génération dans une case. Mal aimée ? Ah bon ? Pourquoi ? Il est un chouya question d’argent car Frances est pauvre mais l’intrigue ne tourne pas autour de ça. Combat féministe ? Alors là, que nenni ! Indignation politique ? Ah bon ? ça ne saute pas aux yeux.

Voici ce que dit le magazine Elle de la semaine dernière : « Frances, narratrice et héroïne de ce premier roman, observe d’un oeil dubitatif et fasciné [le milieu de la bourgeoisie intellectuelle] quand une histoire d’amour avec un acteur de quinze ans son aîné la propulse dans la vie d’adulte. « Comme elle, explique Sally Rooney, je comprends l’attraction de ce style de vie sur une jeune femme d’un milieu populaire. Mais, comme elle, je veux rester sceptique vis-à-vis de ces systèmes et, en particulier, du monde de l’édition qui fonctionne comme une facette du capitalisme. Certains écrivains gagnent beaucoup d’argent, d’autres pas du tout. » (…) Certains ont voulu faire d’elle l’emblème de la génération des millennials, mais le prisme par lequel Sally Rooney regarde le monde est, dit-elle, « plus marxiste et féministe que générationnel ». Les bras m’en tombent ! Il n’est pas question de la condition des écrivains dans ce roman. Ni de capitalisme.

Je n’ai pas lu dans ce livre une analyse fine de la société ou même d’une génération. C’est juste une histoire d’amour passionnelle, et surtout de sexe, qui monopolise les lignes. Mais sans grand intérêt car rien de nouveau sous le soleil. Cette histoire un peu spéciale ne concerne pas une génération en particulier.

Bref, si vous voulez vous faire votre propre opinion vous pouvez le lire. Pour ma part, j’ai un peu en travers les 23€ que j’ai dû débourser pour lire un roman aussi insipide. La parution de son deuxième roman, Normal People est prévu pour bientôt. Je vais passer mon chemin : il y a tant de vraie belle littérature irlandaise à lire, à mon humble avis.

C’était ma 3e lecture pour la rentrée littéraire. Pas de coup de coeur pour l’instant.

 

 

 

 

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Salaam London – Tarquin Hall

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Traduit par Jacques Chabert

Tarquin Hall, journaliste, rentre à Londres après de nombreuses années à l’étranger. Il se met à la recherche d’un logement et déchante tout de suite : il est devenu impossible de se loger décemment à Londres, même si on a une situation professionnelle correcte. Le seul logement qu’il peut s’offrir est une mansarde dans laquelle il ne peut se tenir debout qu’en étant au milieu. Le logement est vendu comme  » studio vie-travail spacieux ». Les toilettes sont à l’étage, partagées entre plusieurs locataires. Le propriétaire est un Bangladais, Mr Ali, qui possède un magasin de vestes de cuir et parle avec un accent « d’un séjour de quatorze ans au Bangladesh suvi d’un autre de vingt-neuf ans dans l’East End de Londres ». Nous ne sommes pas dans les quartiers cossus de Chelsea ou Nothing Hill, mais à Brick Lane.

Ce mal logement va être l’occasion pour Tarquin Hall de faire connaissance avec ses voisins. Du Bangladais au Pakistanais, en passant par la vieille femme juive ou les Kosovars, c’est toute l’histoire de l’East End et Brick Lane qui défile sous nos yeux. Le titre original est Salaam Brick Lane – A year in the New East End. Une galerie de portraits savoureuse qui serait peut-être fastidieuse de décrire dans le détail, d’autant qu’il y a de nombreux personnages hauts en couleurs. Tarquin Hall est fiancé à une journaliste indienne, qui est allée vivre aux Etats-Unis, histoire de respirer, de mettre de la distance avec sa famille un tantinet étouffante. Quand Tarquin débarque à Londres, il n’a pas le courage de lui dire où il vit réellement de peur de ne jamais la revoir. Pourtant, il se trouve bien contraint de lui avouer. Cela dit, si la jeune femme est surprise, voire déboussolée par le quartier, le logement et Londres, c’est sans doute de trouver un gang de tantes qui la surveille de près, du genre à vouloir lui trouver le mari idéal, indien, évidemment, puis de faire la soupe à la grimace quand elle annonce qu’elle est fiancé à un Anglais blanc. Mais qu’à ne cela ne tienne, une fois la pilule avalée, le gang de tantes ont dans l’idée de s’occuper de leur mariage. Vous voyez le genre ? Ce sont des pages qui m’ont pas mal amusée ainsi que celle avec vieille juive, Sadie Cohen : la mémoire du quartier à elle toute seule. Son appartement est dans son jus des années 50. Elle fait partie des derniers juifs à habiter l’East End. Les premiers immigrants venus de Russie, pour échapper au pogrom, après les Huguenots français au XVIIIe siècle.

Ce récit est un formidable guide si vous visitez l’East End. J’en ai commencé la lecture dans l’Eurostar et je le lisais le soir, pendant mon séjour londonien, ayant l’intention d’aller à Brick Lane et Spitafields. C’est un bon pavé de presque 500 pages, alors j’étais loin de l’avoir terminé sur place, mais il m’a donné quelques repères, comme l’histoire de cette partie de Londres, qui est historiquement des plus miséreuses. En lisant les premières pages, je me faisais toute petite dans mon siège parce qu’il y a quelques descriptions pas très engageantes au début, qui reflètent l’angoisse de l’auteur y débarquant. Son dépaysement. Ce fut amusant de voir citer Dans la dèche à Paris et à Londres, d’Orwell, que j’ai lu juste avant. Mais aussi Jack London qui est venu dans ce coin et en a tiré Le peuple d’en bas. Je fus scotchée de tomber sur la boulangerie à Beigel citée dans le livre.

Ce fut amusant d’emboîter le pas à Tarquin Hall et je me suis promenée avec ravissement dans l’East End, tant littérairement que physiquement, même si je ne suis pas allée jusqu’à Whitechapel, mes jambes n’en pouvant plus ! Ce livre date de 2005 et la fin reflète tout à fait ce que j’ai ressenti en débarquant là-bas, par la station Liverpool Street. Vous tombez direct sur les tours de la City, qui semble grignoter petit à petit les quartiers populaires. Ca vous saute aux yeux, ce fut ma première pensée. En sortant du métro, vous tombez sur un quartier rutilant, plein de yuppies et de bobos. Il faut marcher un petit moment pour arriver sur Spitafields. Je suis partie à la recherche des maisons huguenottes mais surtout du fameux Old Market. Je cherchais mais tout ce que je voyais était rutilant. Il n’y a plus que certains murs du Old Market, au bout de Bishopgate. Et à l’intérieur, ce ne sont plus que des achalandages d’artistes ou marchands de babioles, majoritaires sur les étalages réservés à l’alimentation.

C’était vraiment nikel chrome. Il a fallu que je marche encore, que je tourne et vire dans quelques ruelles, après quelques infos prises auprès d’un habitant qui m’a vue regarder mon plan (merci à lui pour son aide !) pour que le paysage urbain change. Enfin, j’ai débouché sur Brick Lane par une rue perpendiculaire et là, ce fut un voyage ! Street Art, échoppes vendant des plats asiatiques, des « currys », ou des beigels. Je ne connais pas le Brick Lane de 2005, mais bien sûr, j’ai vu que la fabrique de bières était transformée en autre chose, un truc qui rapporte de l’argent…

La fin du livre est éloquente et reflète vraiment mon ressenti : « (…) le visage de Brick Lane changeait de façon spectaculaire. Plusieurs boutiques de vêtements de cuir avaient disparu. L’une après l’autre, les maisons mitoyennes délabrées de la fin du XIXe siècle étaient restaurées. On parlait d’un programme de plusieurs millions de livres pour refaire la chaussée de la rue avec des pavés.
En même temps, Spitafields changeait. On projetait d’abattre la moitié du marché et d’y bâtir des bureaux municipaux. La cour de marchandises de Bishopgate était elle aussi menacée d’une démolition imminente. La profusion des panneaux « A VENDRE » sur les anciennes propriétés huguenotes dans les rues entourant l’église du Christ marquait la fin d’une époque. Les familles bangladaises qui avaient habité dans ces bâtiments depuis les années 1960 partaient et étaient remplacées par une vague de yuppies et de bobos. Des voix s’élevaient contre cette nouvelle invasion qui menaçait l’esprit même de l’East End, contre cet embourgeoisement progressif qui allait le transformer pour toujours. » Tarquin Hall souligne tout de même que ce sont ces mêmes voix qui se plaignaient  des conséquence de la misère. C’est bien la même chose en France (il n’y a qu’à voir Montreuil, et pas que).

L’East End grignoté par la Finance (c)

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Les maisons huguenotes du 18e  Spitafields (c)

 

1783

Ce qu’il reste du Old Market (c) …

Le nouveau Old Market  (c) 😦

1787

Les rues sont effectivement pavées

 

Brick Lane

Brick Lane – version « Brocolis Lane », comme je l’ai vu écrit au-dessus d’une fresque 🙂
(c)

Salaam London parle d’identité britannique, et de son pendant, le racisme et le communautarisme. On en apprend un rayon sur tout ce qu’on croit purement britannique (voire purement anglais) et qui ne l’est pas. Cf. le fish & chips. C’est l’expérience que fera un journaliste britannique-bengali qui reproche aux Anglais d’avoir trop assimilé d’autres cultures.  « (…) vous, les Anglais, c’est différent, continua-t-ill. Vous êtes uniques, en ce sens que vous pillez des éléments d’autres cultures et que vous les faites vôtres, que vous les anglicisez. Et ce faisant, vous vous persuadez vous-mêmes que ce que vous absorbez de la sorte, quoi que ce soit était anglais à l’origine. »

Seul bémol pour ce livre : peut-être quelques longueurs. Aurait été encore meilleur s’il avait été plus court car on n’échappe pas à quelques répétitions. Mais c’est vraiment très instructif. Je me suis tout de même régalée.

A lire absolument si vous comptez visiter l’East End !

Crédits photos : Mille et une lectures de Maeve (C)

 

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Virginia – Emmanuelle Favier

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Voici le deuxième roman lu pour la rentrée littéraire. Un roman qui parle de Virginia Woolf bien sûr, mais avant qu’elle ne le devienne. De son enfance à ses 22 ans, âge auquel elle envoie sa première critique littéraire au Guardian, sans illusions, en omettant d’y joindre une enveloppe timbrée pour le retour et même son nom. Et pourtant, c’est ce qui la sortira de l’anonymat.

J’avoue que je ne sais pas vraiment comment parler de ce livre. J’en attendais beaucoup. J’en ai appris pas mal sur l’enfance et l’adolescence de l’auteure de Mrs Daloway. Le lecteur suit la vie de la famille Stephen, famille recomposée à l’heure victorienne puis édouardienne, de 1875 à 1904. Nous vivons assez furtivement le deuil de Julia, la mère de Ginia, veuve d’Herbert Duckworth, son chagrin noyé dans la charité, malgré un remariage avec un veuf, un voisin : Leslie Stephen, un haut fonctionnaire qui ne manque pas d’ambition. La belle Julia est déjà mère, Leslie aussi, et apparenté par sa feue épouse à Thackeray, l’auteur de La foire aux vanités, dont elle était la fille. De l’union de Julia et Leslie naîtront Vanessa, Thoby et Virginia, en 1882, « une semaine tout juste avant James Joyce » ! Des gamins qui deviennent demi-soeur ou demi-frère de Stella, Gerald, George et Laura. La famille reste dans vivre dans le quartier londonnien de Kensington, au manoir de l’impasse de Hyde Park Gate.

J’ai eu quelques difficultés à m’immerger dans cette biographie romancée. Emmanuelle Favier se perd dans mille détails et digressions qui vous font perdre le fil, surtout au début. Son écriture n’est pas limpide mais surchargée. Cela m’a gênée, surtout au début. J’ai eu le sentiment qu’elle veut tout dire, ou du moins en dire le davantage possible. Cela a des avantages (j’ai appris pas mal de choses) mais en même temps on se demande si cela sert vraiment le récit, dans ses grandes lignes. On a un peu l’impression d’une thèse transformée en roman.
Une autre chose qui m’a dérangée : la narratrice s’immisce sans cesse dans ce récit. J’aurais préféré qu’elle s’efface davantage devant la famille Stephen et en particulier l’objet de sa quête : Virginia. En feuilletant des lettres, albums photos, journaux intimes, elle tente de combler le vide, le mystère sur certains points. Pourtant, on ne peut pas écrire une vie entière dans tous les détails, c’est une quête vaine…

Cependant, ce roman nous immerge parfaitement dans la société victorienne dans laquelle est née Virginia Woolf. Une société patriarcale où si l’on né femme, on n’est pas grand chose ou du moins cantonnée à la maison. Les soeurs Brontë, (dont il est fait allusion, car Virginia Woolf était admirative de ces aînées) l’ont déjà montré. Il y a Leslie, ce père imposant, qui, sans le vouloir, étouffe sa fille. La fin du récit est à ce titre éloquent. Virginia « se lâche » ( 🙂 ) après la mort de son père, elle ose alors devenir elle-même et se faire publier.

On apprend également que cette famille aisée n’a pas été épargnée par les malheurs : la mort, qui hantera Virginia jusqu’à l’obsession est omniprésente (de façon moins fulgurante que chez les Brontë, mais tout de même) : très jeune, Ginia perd tour à tour sa mère et Stella, sa soeur aînée. A 22 ans, elle est orpheline.

Le refuge de Virginia est très tôt la littérature. On s’en doute. Elle écume tous les livres qui lui passent dans les mains, avec l’aval de Leslie : « Il lui a ouvert sa bibliothèque car il pense, et c’est un penseur moderne, qu’une jeune fille anglaise a droit à une instruction la plus large possible – tant que c’est sans bourse déliée. Elle lui en est reconnaissante. Pourtant elle pressent que la pensée moderne et l’éducation parfaite des jeunes filles, c’est bien joli, mais qu’en dessous se trame quelque chose qui a plutôt à voir avec la vie et la mort. »
« L’obsession que suscitent les livres prend aussi une forme physique : elle se met à la reliure, le contenant prenant le pas sur le contenu le temps de s’asphyxier aux émanations de la peinture dorée dont elle enlumine ses volumes. Le goût des livres ne se suffit pas des mots, il lui faut – croit-elle, se méprenant sur la source du manque – l’incarnation physique. La matière, lin, cuir, papier japonais, soie ou parchemin, comble les lacunes sensuelles de la pensée déployée en caractères. »

Grande observatrice de ses contemporains, dès qu’elle en a assez, elle décroche et se plonge dans les livres, échappatoire salvatrice ? Rien n’est moins sûr. Car il y a la « bête », la « bestiole » qui sommeille déjà… Une intelligence supérieure, une fragilité qui va de paire.

Malgré une plume complexe qui m’a gênée, j’ai fini par me faire à au style de l’auteure. J’ai globalement apprécié ce livre. Il restitue bien l’époque et la personnalité de Virginia, même si l’on est un peu trop dans le domaine du contemplatif. Peut-être faut-il le lire d’une traite. Je me suis posé la question.
Comme Emmanuelle Favier, j’ai tenté de suivre ses traces à Londres et je peux dire que ce n’est pas évident. Le déménagement du côté de Bloomsbury se fait à la fin. Dommage aussi. J’aurais aimé que ça se poursuive jusqu’à la naissance du Boomsbury Group.

Quartier de Bloomsbury Square à Londres
(C) Mille et une lectures de Maeve

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Dans la dèche à Paris et à Londres – George Orwell

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Traduit par Michel Pétris

4e de couverture : « A la fin des années 20, Orwell tombe brusquement dans la misère. À Paris puis à Londres, il découvre le quotidien des petits ouvriers et des laissés-pour-compte, tenaillés par la faim et rongés par l’alcool. Sans voyeurisme ni complaisance, il dresse un portrait vivant de ces habitués du mont-de-piété où l’espoir et l’infortune se livrent un duel épique. »

C’est par ce roman méconnu que j’ai entamé une « partie de lectures » londonienne, en prélude à un petit séjour dans la capitale britannique.

George Orwell est avant tout connu comme l’auteur de 1984 (1949), et de La ferme aux animaux (1945). Pourtant, cet auteur issu d’une famille anglo-indienne (il est né au Bengale en 1903), ayant étudié à Eton aurait pu, sans doute, s’assurer un avenir confortable s’il était resté dans les rangs de la police indienne impériale de Birmanie. Du moins c’est ce qu’on imagine. Cependant, il décide de quitter ce job pour se consacrer pleinement à l’écriture.
Mais, le chemin fut parsemé d’embûches. Avant de devenir le célèbre auteur de 1984, notre cher George a connu quelques galères. C’est ce qu’il raconte Dans la dèche à Paris et à Londres, après un séjour dans la patrie de Molière qui ne fait pas rêver et un retour au pays de Sa Majesté qui vaut aussi son pesant de cacahuètes. Ce texte a été publié en 1933 et nous raconte le Paris et le Londres des années folles chez les laissés-pour-compte.

A Paris, George crèche d’abord Rue du Coq-d’Or . « Prise de bec, plainte rituelle des marchands ambulants, cris aigus des enfants pourchassant des peaux d’oranges sur le pavé et, à la nuit tombée, l’odeur âcre des poubelles. » Voilà pour l’ambiance dans cette « rue très étroite, un sorte de gorge encaissé entre de hautes maisons aux façades lépreuses ». Il vit dans un hôtel, bien sûr. Celui des immigrés, Arabes, Italiens, qui se tapent dessus dès qu’ils ont trop bu. Cela fait déjà un an que George habite là. Jusque à présent, il donnait des leçons d’anglais pour 36 F hebdomadaires. Mais cela se met à ne plus suffire. Il envisage alors de « louer ses services à un agence de tourisme, comme guide ». Mais le sort va en décider autrement, le jour où un Italien cambriole l’hôtel et lui vole ses économies. C’est de le début d’une rocambolesque aventure, où il doit subsister avec 6 F par jour. Sur sa route, il rencontre un Russe, Boris, le genre Monsieur la Bricole, qui a toujours les plans les plus foireux possibles. Mais bon, grâce à lui, c’est finalement dans le monde de l’hôtellerie-restauration que George va faire carrière à Paris. C’est mieux que rien !

Je ne vais pas en dire plus sur sa vie parisienne, si ce n’est citer quelques passages. George n’y va pas par quatre chemins pour décrire ce monde, mais c’est avec beaucoup d’humour qu’il conte ses aventures. Le récit ne donne pas trop envie de faire carrière dans le milieu… :

« A première vue, rien ne paraît plus facile à effectuer que ce stupide travail d’employé de cuisine, mais on en mesure toute la difficulté dès qu’il s’agit de l’exécuter en tant pressé par le temps. Il faut sauter sans arrêt d’une occupation urgente à une autre tout aussi urgente (…). Vous êtes, par exemple, en train de griller des toasts quand soudain arrive – brrang ! – un monte-plats où l’on vous demande du thé, des pains au lait et trois variétés différentes de confiture ; et en même temps – brrang ! – en voilà un autre qui vous somme de fournir des oeufs brouillés, du café et des pamplemousses. Vous vous précipitez à la cuisine pour les oeufs, puis à la salle à manger pour les fruits, filant à la vitesse de l’éclair afin d’être de retour avant que vos toasts ne soient brûlés, sans cesser de penser au thé et au café et à la demi-douzaine de commandes qui attendent encore d’être satisfaites. (…) Entre huit heures et dix heures et demie, on vivait donc dans une sorte de perpétuel délire. »
« (…)Ce n’est pas une figure de style mais l’énoncé d’un fait vrai que de dire qu’un cuisinier français n’hésitera pas à cracher dans la soupe – à moins, bien sûr, qu’il ne compte en manger lui-même. »
« La règle voulait que les employés paient toute marchandise gâchée par leur faute. En conséquence, on ne jetait presque jamais rien. Un jour, le garçon du troisième étage laissa tomber un poulet rôti à travers le puits du monte-plats. Le poulet alla échouer sur la couche de débris de pain, de vieux papiers et autres déchets qui tapissaient le fond. On se contenta de l’essuyer avec un torchon avant de lui faire reprendre le chemin  de la salle à manger. »
Et tout ça, dans des grands hôtels parisiens ! C’est du propre !

A vous de découvrir tous les passages savoureux de ce récit, mâtinés aussi de quelque réflexions sociales bien vues  :
« (…) il semble aberrant que, dans une grande ville moderne, des milliers de personnes puissent passer toutes leurs heures de veille à laver des assiettes dans de sombres souterrains surchauffés. Les questions que je pose sont alors les suivantes : comment un tel mode de vie peut-il se perpétuer ? Quel but sert-il ? Qui souhaite le perpétuer, et pourquoi ? (…) Il faut, je crois, commencer par souligner que le plongeur est un des esclaves du monde moderne ».

Finalement dégoûté de Paris, notre George décide de retourner au pays des sujets de sa Majesté, avec à l’esprit de retourner au Paradis après avoir mangé de la vache enragée en France :
« L’Angleterre offre, c’est un fait, un certain nombre d’agréments qui font qu’on a plaisir à la retrouver : les salles de bains, les fauteuils, la confiture d’orange, les pommes de terre nouvelles cuites à point, le pain bis, la sauce à la menthe, la bière faite avec des houblons véritables. » 🙂

Et là, Orwell vous trimballe dans les lodging-house, des dortoirs payant qui appartiennent à des riches. Un genre de foyer pour pauvres, où il règne une certaine solidarité entre les résidents, qui partagent leur nourriture. George vous traîne dans l’East End. Ici, les gens partagent, dit-il, alors que le Français est individualiste et ivrogne. 🙂 « Il y avait moins d’ivrognerie, moins de saleté, moins de querelles, et davantage de désoeuvrement. On apercevait à tous les coins de rue des grappes d’hommes qui n’avaient pas l’air de manger tous les jours à leur faim, mais qui subsistaient vaille que vaille grâce au thé-deux-tartines que le Londonien avale toutes les deux heures. (…) C’était ici le pays de la théière et de la Bourse du travail, de même que Paris est celui du bistrot et de l’exploitation forcenée de la sueur. »

Pendant qu’il chante la beauté de l’East End, où les femmes sont jolies, il fait la connaissance d’un vagabond irlandais, Paddy, un trimardeur qui loge à l’asile de Romton. Si à Paris vous avez pu découvrir les hôtels, auberges et restaurants, ici, vous allez traîner dans le monde des asiles londoniens, avec « des alignements de petites fenêtres garnies de barreaux ».
Dans toute cette partie du récit, on pense inévitablement au Peuple d’en-bas de Jack London, sur l’East End de 1905  (qu’il faut absolument que je relise !), d’autant qu’Orwell y fait brièvement référence.

Dans la dèche à Paris et à Londres était sur mes étagères depuis quelques années. J’ai visité une partie de l’East End (Spitafields et Brik Lane), quartiers en pleine métamorphose. Ce fut à la fois  émouvant, drôle, truculent de découvrir les lignes de George Orwell, qui sont un précieux témoignage sur le Paris et le Londres de l’époque. Un regard amusant et acerbe d’un citoyen britannique sur les pays des Droits de l’homme, un George Orwell qu’on sent profondément attaché à son pays, mais qui n’hésite pas non plus à mettre quelques coups de griffes là où ça fait mal, dénonçant les préjugés et les abus d’un système :

« Je voudrais consigner ici quelques remarques générales sur les chemineaux [heu, ceux qui cheminent, les vagabonds, pas les employés de la SNCF, hein ! 🙂 ] Quand on y pense, ces hommes constituent une sorte de monstruosité qui mérite d’être étudiée de plus près. Il est assez monstrueux de voir une tribu forte de plusieurs dizaines de milliers d’individus contrainte de sillonner sans relâche l’Angleterre, du nord au sud et du sud au nord (…) ».
Il dénonce une certaine hypocrisie des tenanciers de lodging-house, qui font mine de faire la charité en abritant des SDF : « Les tenanciers de lodging-houses devraient êtres tenus de fournir de draps convenables et des couvertures en quantité suffisantes, de meilleurs matelas et surtout diviser les dortoirs en boxes individuels. »
« Voilà le monde qui vous attend si vous vous trouvez un jour sans le sou. »

Nous sommes en pleine rentrée littéraire, mais ce récit de 1933 est à [re]découvrir.
Un petit bémol pour la traduction, qui fait un peu « vieillotte » et mériterait peut-être d’être dépoussiérée.

Je vais prochainement continuer avec quelques chroniques « londoniennes » puisque je suis en train de lire Virginia d’Emmanuelle Favier, mais aussi Salaam London de Tarquin Hall (sur Brick Lane !) et aussi Shadowplay de Joseph O’Connor. Oui, tout ça en même temps : je suis un peu bordélique dans mes lectures en ce moment, mais c’était pour aussi pour en savoir le plus sur tout un tas de choses non mentionnées dans les guides touristiques sur Londres… Evidemment, ça ne se passe jamais tout à fait comme on l’imagine quand on est une flâneuse qui enchaîne les pas sans compter,  juste guidée par ce qui l’inspire au moment M. Mais ce fut quand même une belle réussite littéraire, entre autres.

 

 

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La fuite en héritage – Paula McGrath

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Traduit par Cécile Arnaud

Dublin 2012 : une femme, dont on ignore le nom, s’interroge : doit-elle quitter son poste, qu’on devine être  situé dans un hôpital dublinois, pour accepter un travail à Londres ? La pression et la fatigue se font sentir suite au scandale de cette jeune femme décédée parce que les médecins ont refusé de l’avorter. « La loi est la loi, et tant qu’elle ne changera pas, ils feront ce qu’ils ont toujours fait, c’est-à-dire de leur mieux », mais « ce dernier scandale médical est un sujet de préoccupation réel, qui la stresse autant que ses collègues ». La femme entretient une relation à distance avec un certain Jeffrey qui vit à Londres et l’exhorte de le rejoindre, d’accepter le poste. Seulement, rien n’est si simple : il y a sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer, en maison de retraite. Elle ne se sent pas de l’abandonner. Ses relations avec celle-ci furent compliquées. Après l’alcoolisme, la voici démente. Le sentiment de culpabilité la ronge quand elle songe à quitter le pays. Pourtant sa mère ne la reconnaît plus depuis longtemps. Ne prononce rien de cohérent, depuis longtemps. Pourtant, lors d’une visite, elle lâche cette phrase : « Ca y est, tu repars courir dès qu’on a besoin de toi. » « Partir courir, est-ce la même chose que partir en courant ? » se demande la femme. On apprend que cette femme est quarantenaire, qu’elle est le docteur McCarthey. Que sa relation à distance a 72 ans, divorcé plusieurs fois, père de plusieurs enfants.

Maryland 2012 : Ali vient de perdre sa mère. C’est ce qu’on apprend dans ce récit à la première personne. Elle a encore l’urne de ses cendres à la main quand deux personnes âgées surgissent dans sa vie,  se présentant comme ses grands-parents paternels. Elles lui annoncent qu’elle est maintenant sous leur tutelle. Ali refuse cette décision et s’enfuit avec un ami biker, pour tomber dans un traquenard, qui sera l’objet d’une nouvelle fuite. (Un petit côté Thelma & Louise version solo et à moto mais attention aux virages quand on n’a pas l’habitude de faire de la moto…).

Rathlowney, Londres, Dublin 1982 : Jasmine laisse un mot à sa mère dépressive, qui ne se lève plus et s’occupe encore moins d’elle, qu’elle part à Londres chez une amie. L’adolescente prend le ferry, rejoint la capitale britannique pour connaître la « glauquitude » dans tous ses états, d’auberge de jeunesse louche, en squat. Son parcours va être semé d’embûches et de mauvaises rencontres, pavés de lieux libidineux, hantés par de gros dégueulasses. Elle s’arrachera elle-même des griffes des parrains du proxénétisme d’une manière forte pour retourner en Irlande. A Dublin, elle travaille chez un bookmaker et sympathise avec un Noir, prénommé George, étudiant en médecine. A ses heures perdues, George pratique la boxe. Apprendre la boxe est le rêve de Jasmine. Seulement ce sport est interdit aux femmes dans l’Irlande des années 80 ! (n’est-ce pas dingue ?) « Si elle apprenait à boxer comme eux, elle pourrait développer la même assurance, et puis elle saurait se protéger. » George accepte de l’entraîner à condition qu’elle retourne à l’école, qu’elle étudie. Si Jasmine voudrait faire table rase de son expérience londonienne, c’est sans compter sur son cousin Adrian collé à ses basques dans les rues de Dublin, lui rappelant qu’elle a un jour disparue et que même sa mère ne sait même pas qu’elle est revenue. Ce cousin Adrian est un vrai boulet : pas de fric, pas de toit, des plans foireux et des gens à qui il doit de l’argent. A force de le voir la suivre comme son ombre, Jasmine accepte de l’héberger temporairement et lui trouve un job. Malgré cela, il est toujours dans des embrouilles pas possible. Jasmine entame une relation avec son voisin, Deano, une histoire d’amour-amitié. Comme George, c’est un type bien. Un gars qui a perdu ses parents jeunes, qui est seul au monde. Ils s’épaulent mutuellement.

Dans ce roman à trois voix, c’est Jasmine qui occupe le texte pendant la majeure partie du livre. Son histoire est une épopée à elle seule. Une lutte, un roman d’apprentissage version hard. Les deux autres voix narratives reviennent sporadiquement dans le récit. Cette polyphonie entretient une forme de suspense puisqu’on se doute que ces trois femmes sont liées. J’ai commencé à comprendre un lien au bout de la page 105 – mais je ne peux pas dire pourquoi sous peine de vous donner trop d’indices!
Cependant, c’est plus compliqué que ça… et je dirai même qu’une quatrième voix émerge du récit vers la fin. 🙂

Bien entendu ce roman parle de la fuite, (le titre original est An History of run away), celle des femmes obligées de prendre la tangente afin de pouvoir vivre libres, échapper à un destin sordide, se faire respecter, décider elle-même ce qui leur convient, quitte à se tromper de route pour mieux rebondir, évoluer et grandir. Des parcours semés d’embûches. Des fuites qui sont comme des échos diffractés.

Paula McGrath brosse des portraits de  femmes fortes, mais aussi fragilisées, proies d’autant plus faciles pour des hommes à l’esprit dérangé (soyons franche !).
La majorité d’entre eux, dans le livre,  sont des prédateurs  : des traitres, des proxénètes ou assimilés, des incestueux, bref, des porcs libidineux considérant les femmes comme des jouets sexuels et non des êtres humains. Pour les décrire, l’auteure n’y va pas par quatre chemins. Il y a quelques scènes vraiment fortes et crues !

Malgré tout, Paula McGrath a la finesse d’esprit de ne pas mettre pas toute la gente masculine dans le même panier. Il y a deux personnages masculins lumineux,  des anges gardiens qui savent insuffler bonheur et espoir, seront des moteurs pour avancer dans la bonne voie : George et Deano.

Une petite allusion au racisme aussi dans l’Irlande des années 80, avec un drame. C’est pas bien facile d’être une femme, mais c’est pas bien vu d’être un homme noir et encore moins un homme noir en compagnie d’une femme blanche dans les rues de Dublin. 😦

Paula McGrath montre du doigt l’Irlande et la société britannique des années 80, celle d’une société sclérosée en ce qui concerne les femmes. Elles sont dépossédées de leur corps, elles sont violentées. Mais paradoxalement, la boxe est un sport qui leur est interdit !
(J’ai aimé les clins d’oeil sur les bleus de Jasmine suite à son entrainement clandestin  à la boxe : George s’inquiète de ses hématomes, pendant que tout les autres hommes pensent qu’elle était ivre ou que sais-je quoi…. Gêné, il lui dit qu’il ne veut pas faire de mal à une fille. Jasmine lui répond que ça la regarde, elle, parce que c’est son corps… 🙂 )

L’auteure n’hésite pas à faire référence, en filigrane, au scandale qui a éclaboussé l’Irlande en 2012, avec le décès d’une jeune femme que les médecins ont refusé d’avorter alors que sa vie était en danger.
Depuis, on connaît le chemin parcouru par le pays en la matière avec la victoire du Oui l’an dernier, enfin ! Des millions de femmes n’auront plus à fuir pour cela.

Le récit partagé entre les années 80 et 2012 permet de voir certains progrès accomplis,  – en tout cas pour la boxe féminine qui est devenu un sport olympique à l’instar de sa version masculine – et le chemin qui reste à parcourir.

Paula McGrath aborde aussi des thèmes comme la solitude, l’isolement, la culpabilité,  la trahison.

La fuite en héritage nécessite toute l’attention du lecteur. Il est dense, intense, on ne s’ennuie pas, mais on croise une foule de personnages, surtout dans l’histoire de Jasmine. Le seul reproche que je peux faire est que le récit est presque trop dense et complexe : on se perd par instants. On comprend très tardivement le rapport entre ces femmes (même si j’ai deviné page 105 une partie du « mystère » entre ces trois histoires) et vraiment à la toute fin  le rapport du personnage d’Ali avec le reste du récit.

Un roman fouillé, très fin, et féministe, bien sûr ! Le deuxième roman que je découvre de l’auteure, dont j’avais dévoré Générations dont la chronique est aussi sur le blog.

C’est ma première lecture pour la rentrée littéraire.

Merci aux éditions de La Table Ronde.

 

 

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Repérages de rentrée littéraire (automne 2019)

Voici la traditionnelle chronique de rentrée littéraire. Encore un lot de tentations alors que, comme d’habitude, je ne suis pas encore venu à bout de ce que j’avais repéré précédemment. J’ai 3 romans irlandais à la bourre, mais cette année, je ne suis volontairement pas jurée pour un quelconque prix littéraire, donc je devrais arriver à lire ce que j’ai accumulé et que j’ai bien l’intention de lire !

Je ne vous propose que la masse visible de l’iceberg qui a attiré mon attention – je ne suis pas dans le secret des dieux non plus . Cette année moins de livres paraissent, mais davantage de romans traduits. Mais tout de même 524 livres au total. Cela reste énorme.

Voici par quoi mes yeux ont été happés.

Irlande :
Le très attendu premier roman de Sally Rooney : Conversations entre amis, traduit par Laetitia Devaux (éditions de L’Olivier). A paraître le 5 septembre. Je suis curieuse….

41CrHxYtqALPrésentation éditeur : « Dublin, de nos jours. Frances et Bobbi, deux anciennes amantes devenues amies intimes, se produisent dans la jeune scène artistique irlandaise comme poètes-performeuses. Un soir, lors d’une lecture, elles rencontrent Melissa, une photographe plus âgée qu’elles, mariée à Nick, un acteur. Ensemble, ils discutent, refont le monde, critiquent le capitalisme comme les personnages de Joyce pouvaient, en leur temps, critiquer la religion. Ils font des photographies, ils écrivent, ils vivent. C’est le début d’une histoire d’amitié, d’une histoire de séduction menant à un  » mariage à quatre  » où la confusion des sentiments fait rage : quand Frances tombe follement amoureuse de Nick et vit avec lui une liaison torride, elle menace soudainement . »l’équilibre global de leur amitié. »

Le 2e roman de Paula McGrath : La fuite en héritage, traduit par Cécile Arnaud aux éditions de La Table Ronde. A paraître le 22 août. Joseph O’Connor en dit du bien ! 🙂 J’ai eu la chance de pouvoir déjà le lire, j’en parlerai donc très prochainement.
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Présentation éditeur : « 2012. Une gynécologue hésite à accepter un nouvel emploi à Londres qui lui permettrait d’échapper à l’atmosphère de plus en plus tendue qui règne dans l’hôpital dublinois où elle exerce. Mais qui s’occuperait alors de sa mère qu’elle a été obligée de placer dans une maison de retraite ? 1982. Jasmine, seize ans, prend le bateau pour l’Angleterre et tente d’intégrer la troupe de danseuses d’une émission de télévision. Contrainte de rentrer à Dublin quelques mois plus tard, elle commence à pratiquer la boxe, un sport interdit aux filles dans l’Irlande des années 1980. 2012. Dans le Maryland, Ali, dont la mère vient de mourir, fugue avec un gang de bikers pour sortir des griffes de grands-parents dont elle ignorait jusque-là l’existence. « 

 

J’avais dévoré Les petites chaises rouges, entre autres, d’Edna O’Brien. Je vais me jeter sur  Girl, traduit par par Aude de Saint-Loup,  à paraître le 5 septembre aux éditions Sabine Wespieser.

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Présentation éditeur : « Girl est un roman sidérant, qui se lit d’un souffle et laisse pantois. Ecrivant à la première personne, Edna O’Brien se met littéralement dans la peau d’une adolescente enlevée par Boko Haram. Depuis l’irruption d’hommes en armes dans l’enceinte de l’école, on vit avec elle son rapt, en compagnie de ses camarades de classe ; la traversée de la jungle en camion, sans autre échappatoire que la mort pour qui veut tenter de sauter à terre ; l’arrivée dans le camp, avec obligation de revêtir uniforme et hijab. La faim, la terreur, le désarroi et la perte des repères sont le lot quotidien de ces très jeunes filles qui, face aux imprécations de leurs ravisseurs, finissent par oublier jusqu’au son de leurs propres prières. »

Encore une nouvelle venue : Emilie Pine, non pas pour un premier roman mais pour un essai qui m’a l’air tout à fait intéressant : Notes à usage personnel,  à paraître le 16 octobre aux éditions Delcourt (traduit par Mystère et Boule de Gomme)

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Revue de presse et présentation éditeur : « Ne lisez pas ce livre en public : il va vous faire pleurer. » ANNE ENRIGHT « Emilie Pine est comme votre meilleure amie – si votre meilleure amie était si intelligente, elle vous pomperait le sang. » LENA DUNHAM « Ce premier ouvrage d’Emilie Pine est à couper le souffle en raison de son honnêteté sans peur, de son intelligence émotionnelle, et la façon dont elle aborde des sujets douloureux tels que l’addiction, l’infertilité, les ruptures familiales et le surmenage. Elle n’a pas volé son An Post Irish Book of the Year. » THE IRISH TIMES «Déchirant, intransigeant, sacrément intelligent, ce livre bref et instructif, à la fois Mémoires et explorations psychologiques, est une chambre d’échos à cette voix interne entêtante que presque toutes les femmes aimeraient avoir ignorée. » FINANCIAL TIMES « Lire ces récits, c’est comprendre un peu mieux la condition humaine, c’est réévaluer sa place dans le monde, et revendiquer son expérience personnelle comme réelle et valide. » SUNDAY INDEPENDENT « Un portrait de femme, cru, drôle et radicalement honnête, qui aborde avec justesse des sujets forts : l’addiction, la famille, l’infertilité, le féminisme, les violences sexuelles ou encore la dépression. »

Un nouveau roman d’un auteur qui n’a pas publié depuis des années : Bernard MacLaverty, avec Jours de pluie, à paraître chez Rivages le 2 octobre (traduit par Cyrielle Ayakatsikas)  .

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Présentation éditeur : « Gerry et Stella sont ensemble depuis toujours. Ils ont eu un fils, qui vit au Canada. Leur amour semble avoir résisté à tout, mais le couple s’est réduit peu à peu à la cohabitation de deux solitudes. Les quelques jours de vacances qu’ils s’accordent à Amsterdam agissent tel un révélateur. Vont-ils surmonter la promiscuité de leur chambre d’hôtel ? Parvenir à affronter les ombres du passé, soudain perçues dans une lumière nouvelle ? Mêlant l’intime et les traumas de l’histoire irlandaise, Jours d’hiver évoque ce que le temps impose au couple, aux corps et aux âmes. Chaque mot résonne d’humanité et d’émotion. »

Hors Irlande :

Quand il y a un auteur amérindien dans le coin, c’est dans mes cordes. C’est avec plaisir que je découvre le premier roman de Tommy Orange, Ici n’est plus,  traduit par Stéphane Roques, à paraître chez Albin Michel le 21 août. J’ai hâte !

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Présentation éditeur :  « À Oakland, dans la baie de San Francisco, les Indiens ne vivent pas sur une réserve mais dans un univers façonné par la rue et par la pauvreté, où chacun porte les traces d’une histoire douloureuse. Pourtant, tous les membres de cette communauté disparate tiennent à célébrer la beauté d’une culture que l’Amérique a bien failli engloutir. À l’occasion d’un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier. Ensemble, ils vont faire l’expérience de la violence et de la destruction, comme leurs ancêtres tant de fois avant eux.
Débordant de rage et de poésie, ce premier roman, en cours de traduction dans plus d’une vingtaine de langues, impose une nouvelle voix saisissante, véritable révélation littéraire aux États-Unis. « 

Je pars à Londres dans quelques semaines et pense suivre un peu sur les traces de Virginia Woolf dans Bloomsbury. J’ai lu il y a  longtemps Chambre avec vue pendant mes études. Virginia d’Emmanuelle Favier, à paraître le 21 août chez Albin Michel aiguise ma curiosité .

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Présentation éditeur : « Dans le lourd manoir aux sombres boiseries, Miss Jan s’apprête à devenir Virginia. Mais naître fille, à l’époque victorienne, c’est n’avoir pour horizon que le mariage. Virginia Woolf dérogera à toutes les règles. Elle fera oeuvre de ses élans brisés et de son âpre mélancolie. La prose formidablement évocatrice d’Emmanuelle Favier, l’autrice du Courage qu’il faut aux rivières, fait de cette biographie subjective un récit vibrant, fiévreux, hypnotique. »

 

 

Le retour d’Audur Ava Olafsdottir, dont je ne suis absolument pas à jour dans la lecture de ses romans mais dont j’apprécie la plume. Miss Islande arrive le 5 septembre, traduit par Eric Boury aux éditions Zulma. Pff !, encore une tentation, je ne vais pas m’en sortir ! 🙂

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Présentation éditeur : « Islande, 1963 – cent quatre-vingt mille habitants à peine, un prix Nobel de littérature, une base américaine, deux avions transatlantiques, voilà pour le décor. Hekla, vingt et un ans, emballe quelques affaires, sa machine à écrire, laisse derrière elle la ferme de ses parents et prend le car pour Reykjavík avec quatre manuscrits au fond de sa valise. Il est temps pour elle d’accomplir son destin : elle sera écrivain. Avec son prénom de volcan, Hekla bouillonne d’énergie créatrice, entraînant avec elle Ísey, l’amie d’enfance qui s’évade par les mots – ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas –, et son cher Jón John, qui rêve de stylisme entre deux campagnes de pêche…Miss Islande est le roman, féministe et insolent, de ces pionniers qui ne tiennent pas dans les cases. Un magnifique roman sur la liberté, la création et l’accomplissement.

 

The Big Surprise en farfouillant sur les catalogues d’éditeur fut de trouver une nouvelle aventure d’Erlendur, le héros fétiche d’Arnaldur Indridason, avec Les roses de la nuit, traduit par Eric Boury, à paraître le 3 octobre aux éditions Métailié ! 🙂 Yes ! C’est grave parce que je n’ai pas lu le dernier de la série. J’attendrai la sortie en poche comme excuse…. 🙂

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Présentation éditeur : « La vengeance des victimes.
Elle est condamnée, il l’aime, elle l’entraîne dans sa vengeance mortelle.
A la sortie d’un bal, un couple pressé se réfugie dans le vieux cimetière, mais au cours de leurs ébats la jeune femme voit un cadavre sur une tombe et aperçoit une silhouette qui s’éloigne. Elle appelle la police tandis que son compagnon, lui, file en vitesse. Le commissaire Erlendur et son adjoint Sigurdur Oli arrivent sur les lieux pour découvrir la très jeune morte abandonnée sur la tombe fleurie d’un grand homme politique originaire des fjords de l’Ouest. 
La victime a 16 ans, personne ne la connaît, elle se droguait. Erlendur questionne sa fille Eva Lind, qui connaît bien les milieux de la drogue pour en dépendre. Elle lui fournit des informations précieuses et gênantes à entendre pour un père. Il s’intéresse aussi à la tombe du héros national et va dans les fjords de l’Ouest où il découvre une amitié enfantine et une situation sociale alarmante. La vente des droits de pêche a créé un grand chômage et une émigration intérieure massive vers Reykjavík, dont les alentours se couvrent d’immeubles modernes pour loger les nouveaux arrivants. Sigurdur Oli, lui, s’intéresse plutôt à la jeune femme qui les a appelés.
Le parrain de la drogue, vieux rocker américanisé et proxénète, est enlevé au moment où la police révèle ses relations avec un promoteur immobilier amateur de très jeunes femmes. Pendant ce temps, contre toute déontologie, Sigurdur Oli tombe amoureux de son témoin. Avec son duo d’enquêteur emblématique et classique, Erlendur, le râleur amoureux de l’Islande, et Sigurdur Oli, le jeune policier formé aux États-Unis, Indridason construit ses personnages et nous révèle leur passé, tout en développant une enquête impeccable dans laquelle on perçoit déjà ce qui fait l’originalité de ses romans : une grande tendresse pour ses personnages et une économie de l’intrigue exceptionnelle. »

Ce n’est pas tout…

Un recueil de nouvelles d’Emma Cline, Los Angeles, à paraître le 10 octobre aux éditions de La Table Ronde, collection La nonpareille.

Et la réédition d’un écrivain français que je ne connais pas, Pierre Autin-Grenier, dont Je ne suis pas un héros, à paraître le 19 septembre dans la collection La Petite Vermillon, toujours aux éditions de La Table ronde  a attiré mon attention:

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Présentation éditeur : «Moi mes secrets je me garde de les abandonner dans l’herbe, les laisser prendre racine en plein vent, pour que le premier venu sans peine me les arrache et s’en repaisse avec l’écœurante gloutonnerie du malfrat qui, vous ayant mis à nu, ne songe plus qu’à vous tenir à sa merci, exploitant votre honte ou votre légitime pudeur pour chaque jour vous avilir un peu plus. Non, les moins infâmes je les tiens bien au froid sous mon cœur de pierre ; les plus obscènes dorment dans les soutes à charbon de mon âme, en compagnie d’abjections anciennes et de délires plus récents mais guère mieux avouables. Ainsi je m’offre bonne conscience à petit prix et pour le reste, le carnaval du quotidien, je montre dans la rue le masque de qui mérite cent fois de marcher tête haute.»

Bref, en terminant cette chronique, je m’aperçois que je suis finalement débordée d’envies – même si elles sont raisonnables par rapport à certains !  Vivement la semaine prochaine…

 

 

 

 

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Cantique des plaines – Nancy Huston

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Paddon vient de mourir. Sa petite-fille, Paula, tente de reconstituer son histoire, à travers les fragments de mémoire qu’il a laissés. A travers lui, c’est en fait toute l’histoire de sa famille qu’elle retrace. Et à travers celle-ci même, celle de l’Alberta, sur quatre générations.

De Nancy Huston, j’avais lu il y a longtemps Ligne de faille et Le saut de l’ange et, si je n’ai pas gardé de notes sur mes lectures (je n’en faisais jamais à l’époque), je me souviens pourtant avoir beaucoup aimé. Je ne vois pas bien à quel autre écrivain aurait pu mieux m’accompagner pour ma traversée outre-Atlantique en Alberta que Nancy Huston qui est née à Calgary ! Ce roman m’a tenu compagnie dans les deux avions que j’ai pris pour rejoindre cette grosse ville (qui n’est pas la capitale de la province – c’est Edmonton) puis pendant mon périple à travers les Rocheuses.

Pour vous situer rapidement le contexte géographique : l’Alberta est une province à peu près grosse comme la France mais bien moins peuplée. Les deux tiers du territoire sont recouverts par la forêt. Le reste est une immense plaine de production agricole, principalement d’orge et de blé, mais aussi d’élevage bovins et de moutons.  C’est le pays des cowboys, mais aussi, moins glamour, des plateformes pétrolières grâce à l’or noir qui y a été découvert au début du 20e siècle (1914, je crois). Mais bien avant cela, il y eu la ruée vers l’or…

L’histoire de la famille de Paula commence là. Son arrière-grand père, le père de Paddon, fut l’un de ceux qui tenta l’aventure vers l’Ouest depuis l’Angleterre en 1897. Cantique des plaines fut à ce titre pour moi un merveilleux livre d’Histoire. « (…) On avait réussi à vider les prairies et maintenant on cherchait à les remplir – Des terres, des terres, venez acheter des terres, des milliers d’hectares disponibles, libres d’impôts, tarifs de voyage préférentiels, sol excellent, productivité garantie (…) – et la ruée a commencé, visant à remplacer au plus vite les bisons disparus par des vaches et les Indiens disparus par des vachers, et les hommes ont afflué, les ratés et les criminels ont afflué, jeunes et musclés, dure à cuire et tapageurs, pas spécialement instruits mais fiers de savoir tenir leur alcool (surtout comparés aux Peaux-Rouges), et soulagés de trouver une deuxième jeunesse après avoir bâclé la première de l’autre côté de l’Océan, c’est ainsi qu’est arrivé ton père, un des premiers, un gamin irlandais têtu qui avait grandi dans la pauvreté crasse en Angleterre et qui s’était ruiné dans l’élevage de vaches laitières, a sans doute sauté à pieds joints dans l’espoir de l’or à gogo dans le Grand Nord ».
Après l’euphorie vint la désillusion. Jusqu’à l’or, pas tout le monde y arrivera. Certains tomberont fous dans ces espaces immenses. D’autres se diront qu’il faut poser ses galoches dans les plaines et devenir fermier. Telle est l’histoire des premiers cowboys de l’Alberta.
Seulement, c’était sans compter sur le climat des plaines Après les chaleurs torrides et poussièreuses accompagnées d’invasions de sauterelles, ce sera les hivers bleus et blancs à -40 degrés. En vérité, on crève la dalle. Mais les femmes venues prêter mains fortes aux hommes (venues tout exprès pour les épouser) ne sont pas des mauviettes. C’est du costaud et ça retrousse ses manches ! C’est peut-être pour ça que lorsque Paddon voit le jour, son père veut en faire un roi du rodéo, alors que lui rêve d’autre chose. Fasciné par le temps, il voudrait être celui qui sort une thèse phénoménale sur le sujet. Comme ses parents, ses ambitions vont être revues à la baisse. Enseignant dans un lycée. Histoire de pouvoir nourrir la famille. Heureusement, il rencontre Miranda, une artiste   Amérindienne qui va lui offrir les plus beaux moments de sa vie, renverser le temps à sa manière et surtout opposer à la rudesse blanche la sensualité indienne, vraie beauté du pays.

Nancy Huston ne propose pas un récit chronologique. Bien au contraire, le lecteur est sans cesse basculé d’une génération à l’autre, d’une époque à l’autre. Paula, la narratrice, tente de reconstituer la vie de son grand-père à travers des fragments incomplets, comblant de son imagination le vide. Nous suivons le travail de sa mémoire qui nous emporte comme le rythme entêtant d’une chanson, les repères disparaissent, le passé et le présent ne font qu’un pour raconter l’histoire de l’Alberta et par là-même de l’Ouest du Canada.

La plume de l’auteure se fait tour à tour lyrique, sensuelle, mais aussi moqueuse :
« Ensuite Dieu envoya des punaises – allez, souffrez ! – et des moustiques ! une épidémie de poliomyélite ! des lapins et du mildiou ! toutes sortes de canulars ! Il n’arrêtait pas de plonger la main dans Son chapeau, d’en retirer une horreur après l’autre et de les éparpiller sur le pays comme des confettis ou des bonbons gratuits. »

Nancy Huston a d’abord écrit ce roman en anglais (avec un autre titre) et puis l’a réécrit en français où il a paru en 1993. Je me demande comment j’ai pu l’ignorer depuis car c’est une pépite ! Il est très riche, il y aurait encore beaucoup à dire. Je ne me suis pas ennuyée une seconde. C’était fabuleux de retrouver des lieux où je suis passée alors que j’étais encore là-bas dans l’Ouest. C’est génial maintenant d’avoir en plus des images réelles en mémoire.

Je vous recommande ce roman si vous aimez les Grands Espaces, les histoires de pionniers et les Amérindiens à qui Nancy Huston rend joliment hommage. Une histoire à (re)découvrir. Et bien sûr, l’envie de revenir vers cette auteure.
(J’ai absolument adoré sa région d’origine et l’ouest du Canada en général, ce qui ne gâche rien. Fabuleux.)

 

 

 

 

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