Apeirogon – Colum McCann

Traduit par Clément Baude

J’ai terminé Apeirogon de Colum McCann il y a quelques jours. Et depuis, je me sens orpheline !😭 Le terme n’est sans doute pas tout à fait approprié mais je suis en état de manque, après avoir terminé un roman exceptionnel. J’ai lu ici ou là que c’était un livre difficile à lire. Pour moi, ce ne fut pas du tout le cas. 643 pages dévorées, complètement happée tant par la construction singulière que par l’histoire de deux personnes réelles, des amis de l’auteur.

Colum Mccann raconte la vie de Rami l’Israélien et de Bassam, le Palestinien, réunis par une même tragédie qui les a frappés à dix ans d’intervalle : la mort de leur fille, victime innocente de la guerre fratricide qui se livrent les deux communautés. Toutes les deux se sont trouvées par hasard au mauvais endroit au mauvais moment. Des frappes aveugles ont mis fin à leur vie. L’innocence pulvérisée. Les deux pères auraient pu céder à la vengeance et à l’appel à la haine comme nombre de leurs compatriotes. Continuer l’engrenage infernal. Pourtant, ils choisissent la voie du changement et deviennent des militants pour la Paix en allant raconter leur histoire auprès d’organisations, comme celle des Combattants pour la paix, ou du forum familial le Cercle des parents. Ils essaient d’oeuvrer ainsi pour le rapprochement des deux peuples, sans attendre que les gouvernants décident un jour quelque chose.

Colum McCann utilise la forme géométrique complexe au nombre infini de côtés pour exprimer – justement – la complexité de la situation, où rien n’est blanc et noir ou encore gris. Un peu à la manière de Shéhérazade il raconte mille et un faits, historique, mathématique, philosophique, anecdoctique, sociologique, archéologique, géographique, ornithologique, militaire, chimique, musical, linguistique, religieux … de manière brève ou moins brève. Complexe mais finalement on s’en fiche. La manière géniale qu’a trouvé l’auteur de retenir l’attention du lecteur est justement, à mon sens, de décrocher son attention sur un autre sujet, a priori – car pourtant tout se tient – à l’infini. Il a expliqué qu’il avait écrit de cette manière car lorqu’on lit sur les réseaux sociaux ou sur internet, on lit de cette façon, en passant d’un sujet à un autre. On « scrolle ».

C’est un récit très humaniste, qui échappe avec habileté aux bons sentiments, par un jeu d’équilibre réussi. Colum McCann creuse le passé de ses personnages. Un Palestinien ex-terroriste, qui n’a subit que l’humiliation, la prison, la dépossession ; un Israélien soldat de la guerre du Kippour, fils d’un rescapé de la Shoah. Bassam, le Palestinien, découvre et étudie la Shoah en prison. Peu à peu il s’intéresse à son ennemi héréditaire que finalement il connaît si mal. Les deux amis subissent la réprobation de certains de leurs pairs. Parfois, ils tombent sur des manifs à leur encontre : « Il n’était pas un vrai Israélien, disaient-ils. Il ne connaissait pas le sens de l’Histoire. Il couchait avec l’ennemi. Il était contaminé. Un yafeh nefesh. Il faisait entrer des terroristes chez eux, il empoisonnait les cerveaux de leurs enfants. Ne voyait-il donc pas qu’il trahissait ? Comment pouvait-il partager la scène avec un poseur de bombe ? » Leur militantisme pour la paix n’est pas un long fleuve tranquille, les préjugés dus à la violence de part et d’autre étant encore tenance.

« Les collines de Jéricho sont un bain d’obscurité. »

« Les collines de Jérusalem sont un bain de brume. »

Deux phrases qui ouvrent et ferment le livre comme un écho.

Un roman très érudit mais qui se lit très facilement, où l’on apprend foule de choses, peu importe si le lien est fait entre toutes dans notre esprit. C’est un ouvrage d’une remarquable beauté. Un chef-d’œuvre littéraire comme on en lit peu dans sa vie. Même quand on lit beaucoup ! Triplement primé en France. Ce n’est pas pour rien !! Alors lisez-le : vous en sortirez sinon meilleur, mais en tout cas plus savant !

Grand Prix des Lectrices ELLE 2021

Prix Montluc Résistance et Liberté 2021

Prix du meilleur livre étranger 2020 Sofitel

Un gros coup de ❤❤❤ Quel bonheur de lire des propos intelligents !😉

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Rentrée littéraire irlandaise et autres trouvailles d’automne

C’est parti, je suis bien dans l’ambiance de la rentrée littéraire : les rencontres tant au Centre culturel irlandais qu’au Livre sur la place à Nancy n’y sont sans doute pas étrangères ! Quel bonheur de retrouver nos auteurs préférés en vrai, de parcourir les travées chargées de livres, presque jusqu’à l’épuisement, à la recherche d’une pépite ! 🙂 Je viens de passer un week-end magique, entre visite de la jolie ville de Nancy et tables rondes littéraires. Mais aussi des off parfois rigolo – ce n’est pas tous les jours que l’on se retrouve à petit-déjeuner dans la même salle que Santiago H. Amigorena, l’auteur du très remarqué Ghetto intérieur (que je n’ai pas lu !). Jonathan Coe presque tout seul devant l’opéra, alors que je tournais pour trouver le bâtiment : c’est mieux qu’un GPS ! :p Je suis repartie avec le dernier roman dédicacé de Sorj Chalandon, avec qui j’ai brièvement parlé de l’Irlande (il y avait du monde !) Bref, la vie reprend, pourvu que ça dure ! En tout cas, carpe diem !

Voici mes quelques repérages, au-delà du Pavillon des combattantes d’Emma Donoghue que j’ai déjà chroniqué.

Littérature irlandaise : on est franchement gâtés !

Des milliers de lunes de Sebastian Barry (traduit par Laetitia Devaux) est en quelque sorte la suite Des Jours sans fin, mais peut se lire séparément, comme tous les romans de Sebastian Barry. Cet opus raconte l’histoire de la jeune orpheline Dakota, Winona Cole, fille adoptive du couple du roman précédent – si ma mémoire est bonne. Il est déjà sur mes étagères et attend son tour !

Au-delà de la mer de Paul Lynch (traduit par Marina Boraso), comme une évidence, puisque j’ai lu tous les romans de l’auteur se suis allée l’écouter évoquer ce huis-clos en mer, bien loin de l’univers du Donegal dont on a l’habitude. Lors de a présentation du livre, il a ce huis-clos en parallèle avec les trois confinements qu’a subi l’Irlande depuis mars 2020, ce qui pouvait arriver à des gens qui se retrouvent seuls pendant des semaines et ressortent de là un peu dézingué d’avoir été si longtemps face à eux-mêmes et l’oscillation de leurs sentiments, d’un extrême à l’autre. J’ai hâte de lire ce livre !

Paul Lynch et son éditeur au Centre culturel irlandais, le 7 septembre 2021

Les lanceurs de feu de Jan Carson : une nouvelle autrice nord-irlandaise traduite en France ! 🙂 ll est en première sélection du prix Médicis étranger.

Un tireur sur mesure (traduit par Patrick Reynal) :un nouveau Sam Millar nous arrive en octobre, pour un polar bien noir comme il les aime, tiré de faits divers à Belfast. La couverture est pour une fois sympathique (changement d’éditeur).

Une famille irlandaise de Kathleen Mac Mahon (traduit par Anne-Sophie Bigot) est sorti en juillet. Je l’ai repéré en pérégrination en librairie ! Pas certaine de le lire, on verra, mais toujours bon à signaler. C’est une histoire de famille et de rivalité.

Et puis, à ne pas oublier, puisqu’il sort en poche pour cette rentrée, le multi-primé Apeirogon de Colum McCann (traduit par Clément Baude), que je suis en train de dévorer ! J’avais commencé à en lire quelques chapitres sous format électronique il y a quelques mois, mais je l’ai racheté en poche. A must read et je sais déjà que c’est un coup de coeur (il me reste 200 pages à lire). Ce fut un bonheur sans nom d’écouter Colum McCann évoquer ce livre, de concert avec le violoniste Colm Mac Con Iomaire au Centre culturel irlandais, par un samedi après-midi ensoleillé ! Un beau roman à lire et de la vraie bonne musique à écouter !

Les autres repérages de la rentrée littéraire :

Soleil amer, de Lilia Hassaine est en lice pour le Goncourt, au même titre qu’Enfant de salaud de Sorj Chalandon. J’ai hâte de découvrir les deux !! Soleil amer est une fresque familiale concise d’une famille algérienne qui arrive en France. Enfant de salaud est un plongeon dans le mensonge. Une histoire de trahison d’un père envers son fils. J’en ai entendu beaucoup de bien et j’adore la plume de Sorj Chaladon.

Un peu de littérature libanaise, notamment avec le dernier Alexandre Najjar dont j’ai beaucoup apprécie les précédents livres. Mais aussi Majdalani, et Hyam Yared. Pensons une seconde aux Libanais qui sont en train de crever dans l’indifférence générale de la communauté internationale. Ils survivent actuellement grâce aux dons divers. Le pays n’a plus de gouvernement depuis l’explosion d’août 2020. Le pays manque de tout : de médicaments, d’essence, d’électricité…. Crise économique, sociale, sanitaire, humaine. Pourtant, les médias évoquent peu la chose, hormis un Envoyé spécial la semaine dernière. Donc il reste les livres pour essayer de comprendre, encore et toujours.

J’ai découvert la BD de Jacques Ferrandez Suites algériennes (1962-2019), lors d’une table ronde très réussie sur l’Algérie, avec Azouz Begag (qui a toujours cet humour incroyable), Lilia Hassaine et cet auteur. En sortant, j’avais envie d’acheter les trois bouquins ! Ah, les tentateurs ! Je me suis rabattue sur la BD parce que la foule sous le pavillon des livres était telle, que je n’ai pas retrouvé les autres. 🙂 Pour Jacques Ferrandez, l’Algérie d’aujourd’hui est un immense gâchis ! Je suis assez d’accord. C’est un pays riche, contrairement à ce qu’on croit, mais qui a la corruption en guise de système gouvernemental. Tiens donc, ça ressemble au système libanais. Guère en mieux.

Je suis en train de lire le dernier Emma Cline, Daddy, recueil de nouvelles, mais j’avoue que je rame un peu, après avoir beaucoup aimé la première nouvelle, éponyme. A suivre. Je l’ai posé pour l’instant.

Enfin, je sors complètement de ma zone de confort pour plonger dans la dictature de l’Uruguay des années 60-70 et à l’enfance, autre patrie, avec Le dernier exil de Santiago H. Amigorena.

Voilà, voilà. Et vous que lisez-vous en cette rentrée littéraire ?

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Le pavillon des combattantes – Emma Donoghue

Traduit par Valérie Bourgeois

Le pavillon des combattantes de l’Irlandaise Emma Donoghue inaugure ma première lecture de cette rentrée littéraire d’automne. Je vais faire une chose que je fais rarement, vous reproduire la quatrième de couverture :

 » 1918. Trois jours à Dublin , ravagé par la guerre et une terrible épidémie. Trois jours aux côtés de Julia Power, infirmière dans un service réservé aux femmes enceintes touchées par la maladie. Partout, la confusion règne et le gouvernement semble impuissant à protéger sa population. A l’aube de ses 30 ans, alors qu’à l’hôpital on manque de tout, Julia se retrouve seule pour gérer ses patientes en quarantaine. Elle ne dispose que de l’aide d’une jeune orpheline bénévole, Bridie Sweeney, et des rares mais précieux conseils du Dr Kathleen Lynn – membre du Sinn Féin recherchée par la police. Dans une salle exiguë où les âmes comme les corps sont mis à nu, toutes les trois s’acharnent dans leur défi à la mort, tandis que leurs patientes tentent de conserver les forces nécessaires pour donner la vie. Un huis clos intense et fiévreux dont Julia sortira transformée, ébranlée dans ses certitudes et ses repères. »

En achetant ce livre, je n’ai pas lu l’intégralité de la couverture. J’ai vu « grippe espagnole », même si ce n’est pas clairement mentionné, c’est bien de cela qu’il s’agit. Ce n’est pas que j’avais absolument envie de lire quelque chose qui me ramène à notre pandémie actuelle, mais on parle rarement de cette maladie qui a fait plus de morts que la Première Guerre mondiale, d’après l’auteure. Je parie que beaucoup de gens n’en connaissent pas l’existence. Bref, c’est ce qui m’a intriguée. Le tout à Dublin.

C’est un roman qui se lit vite et bien, la plume d’Emma Donoghue ne fait pas dans la recherche littéraire. C’est truffé de dialogues. C’est Julia Power qui raconte l’histoire, focalisation interne donc, pour essayer de donner une allure de témoignage et davantage de force au récit. Il est vrai que lorsqu’on plonge dans le roman, on ne décroche pas. Un vrai page turner. Mais pour moi, c’est tout sauf suffisant pour faire une bonne fiction.

Sur l’horizon d’attente, à savoir la grippe espagnole, je me suis complètement fourvoyée ! Il s’agit de femmes qui atterrissent là, certes contaminées par la maladie. Elles viennent de tous les milieux. Mais le roman se focalise surtout sur leur accouchement avec forces de détails. Encore, s’il n’y en avait eu qu’un seul. Mes pauvres amis, il y en a trois (ou quatre ?) !! Vous saurez tout sur le placenta mal expulsé et ses conséquences, sur la façon dont on peut, avec manque de moyens, le faire sortir. Sans parler d’un accouchement de bébé mort-né, d’un décès en couche etc. Ames sensibles, vous abstenir. Ce n’est pas que je sois du genre dégoûtée, mais il y a eu un effet too much pour moi, dans ce roman qui s’attache à de grandes forces de descriptions dans ces moments-là. Pour quoi faire, finalement ?

La quatrième de couverture annonce un trio féminin. J’ai plutôt vu un duo entre Julia et Bridie. Le docteur Lynn ne faisant que de brèves apparitions. Je veux bien qu’elle soit occupée ailleurs, mais on se finit par se demander ce qu’elle fait dans cette fiction. Nous faire savoir que ce personnage a existé ? Intéressant, mais ça ne va pas plus loin. Elle revient sur le devant de la scène quand elle est arrêté par la police, ce qui ne dure que quelques lignes.

J’ai trouvé que finalement, cette fiction manquait de profondeur, parce que les personnages ne semblent pas assez travaillés. Par conséquent, on a du mal à s’attacher à eux. La confusion du Dublin de cette époque est quasiment absent. Emma Donoghue joue davantage sur l’émotion provoquée par la mort des femmes et des bébés, du devenir de celui qui né pour être retiré à sa mère célibataire. Je ne veux pas vous révéler la fin sous peine de spoiler, mais cela frôle l’invraisemblance à deux reprises ! Mourait-on de la grippe espagnole en quelques heures sans n’avoir déclaré aucun symptôme auparavant ? J’en doute un peu. Et pourquoi focaliser vraiment sur cette maladie à la toute fin du livre ? C’est dommage. La note sur l’histoire aurait dû être placée en début de roman, également.

L’autrice précise qu’elle a écrit ce livre avant le début de la pandémie de covid 19. Finalement, à la lecture du roman, il n’y a pas grand rapport, l’essentiel étant axé sur les accouchements difficiles et non sur l’épidémie en elle-même.

Un roman qui plaira à ceux qui aiment les lectures faciles et qui ne sont pas rebutés par les descriptions un peu trop « crado ». Pour ma part, je suis passée à côté, malheureusement .

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Mémoires de la rose – Consuelo de Saint-Exupéry

La découverte des Mémoires de la rose de Consuelo de Saint-Exupéry est déjà pour moi une histoire en soi : ou comment, tout près de chez moi, a ouvert au public le Domaine de La Feuilleraie, où résida l’intéressée entre 1937 et l’Exode. Son très célèbre mari lui avait loué cet hôtel particulier, à 25 kilomètres de Paris. A cette époque, ils étaient au bord de la rupture mais néanmoins n’ont jamais ni rompu, ni divorcé. C’est en lisant l’historique de cette jolie demeure, où résida également l’auteur de la Semeuse que l’on trouvait au dos des pièces de monnaie en franc, que j’ai découvert l’existence de ces mémoires. Déjà émue de la trouvaille de ce domaine si près de chez moi (10 à 15 minutes à pied) où résidèrent de si illustres personnes et dont j’ignorais l’existence alors que je suis du coin, j’ai cherché à me procurer ce livre. Je dois ajouter que j’avais entendu dire depuis plusieurs années, que la maison de Saint-Exupéry était en danger. Mais de là penser qu’elle était si près… La maison est aussi un roman à elle-toute seule puisqu’elle est rescapée in extremis d’un projet immobilier abominable, grâce à une pétition des écologistes du coin et de Nicolas Hulot, alors ministre, qui a retoqué le projet du promoteur, l’envoyant aux oubliettes pour toujours, aidé en cela parce qu’une partie du domaine est classé. Emotion, émotion ! Voici quelques photos de La Feuilleraie, aujourd’hui est en passe de devenir un centre culturel. Seul le parc est accessible (3 jours par semaine et pas toute l’année) pour l’instant, la maison est en travaux.

Je regrette qu’il n’y ait aucune indication sur ces deux derniers illustres locataires. Ce serait même peut-être la moindre des choses pour leur rendre hommage. Tout de même ! Je regrette aussi qu’il n’y ait plus de fleurs et de lilas, qu’il n’y ait plus le banc évoqué par Consuelo.

Pour revenir au livre à proprement parler, il n’est malheureusement plus édité ! J’ai réussi à le trouver d’occasion en pas trop mauvais état (éditions Pocket). Ces mémoires ont été publiées en 2000 chez Plon. Le légataire universel de Consuelo, José Martinez Fructoso décide d’en révéler l’existence, non sans réflexion : « J’ai longtemps hésité avant de prendre la décision de révéler l’existence de ce manuscrit. Pour le vingtième anniversaire de la disparition de Consuelo et le centième anniversaire de la naissance de son mari, Antoine de Saint-Exupéry, j’ai pensé que le moment était venu de lui rendre hommage en lui redonnant la place exacte qu’elle avait toujours tenue à coté de celui qui écrivait avoir bâti sa vie sur cet amour. » On ne peut que le remercier d’avoir eu cette idée.

Je ne savais pas trop ce que j’allais trouver dans ce livre, si cela allait me plaîre, si je n’allais pas être déçue ou m’ennuyer. C’est vrai, des écrits intimes peuvent parfaitement rater leur but puisque a priori pas destiné à être publiés et lus par des inconnus. Elle parlait d’écrire ses mémoires, mais ce n’était que des parole en l’air, croyait-on. Pourtant, elle l’a fait. Elle a retapé ses gribouillis et a relié les pages en sous-titrant « dernière facétie du « petit oiseau des îles » ». Ce sont des écrits précieux puisque tous les biographes se sont acharnés à la maltraiter. Pour ceux qui l’ignorent, cette jeune salvadorienne a inspiré la rose du Petit prince à son illustre mari. Toutes les recherches le confirment. Sans Consuelo, Saint-Exupéry n’aurait sans doute pas écrit ce chef-d’oeuvre.

J’ai plongé dans ces écrits, littéralement. Si la plume de Consuelo n’est pas, en soi, extraordinaire, elle m’a donné des moments de franche rigolade dans sa manière de raconter les choses, mais aussi parfois beaucoup émue. Je rappelle quand même qu’elle n’était pas francophone de naissance mais a écrit en français. Pas donné à tout le monde ! Elle forme avec Antoine (alias « Tonio ») un couple cocasse, finalement ! C’est un couple nomade fait de plaies et de bosses, de disputes et de réconciliations, le tout à l’infini. Pourtant l’un sans l’autre, ils sont malheureux. Ils m’ont fait pensé à de grands enfants. A certains moments, il manque d’argent. Antoine est obligé de faire des piges pour arrondir les fins de mois, en plus de son travail officiel que tout le monde connait. On est effrayé de lire, comme une prémonition, ses nombreux accidents d’avion. Dont il ne sort pas indemne. On rit de la manière dont il s’y prend pour obtenir ce qu’il veut de Consuelo au moment de leur rencontre (demande en mariage pas banale.  » Il est émouvant et fantasque, parfois agaçant et de mauvaise foi. Elle est pareille.

« Je sais, vous ne m’embrassez pas parce que je suis trop laid.
J’ai vu des perles de larmes tomber de ses yeux sur sa cravate et mon coeur a fondu de tendresse. Je me suis penchée vers lui comme je pouvais [ils sont dans un avion que conduit Antoine avec plusieurs amis à l’arrière] et je l’ai embrassé. A son tour, il m’a embrassée violemment et nous sommes restés deux ou trois minutes comme ça, on montait, on descendait, il fermait le contact et le rouvrait. Tous les passagers étaient malades. On les entendait derrière se plaindre et gémir. »
Et moi, j’ai failli m’étouffer de rire derrière mon masque, tant ils m’ont fait rire !

Au fil des pages, ce sont devenus deux amis que j’avais hâte de retrouver !

Le succès de Terre des Hommes permet à Antoine d’offrir La Feuilleraie à Consuelo. Pour mettre un peu d’oxygène entre eux. C’est apparemment la résidence à laquelle elle était le plus attachée, malgré les nombreuses où elle a vécues. Et Antoine aimait beaucoup aller l’y retrouver. Les pages qui sont lui sont consacrées m’ont beaucoup émues, parce que je sais comment est aujourd’hui ce lieu, qui même en cours de restauration, reste un crève-coeur à mes yeux :

« Nous n’avions pas repris la vie commune, sans pour autant nous séparer. C’était notre amour, la fatalité de notre amour. On devait s’habituer à vivre ainsi. Il me loua une grande maison à la campagne, le domaine de La Feuilleraie. (….)
A La Feuilleraie, il venait régulièrement, même plus que je ne le voulais. Il arrivait et, quand il savait que j’avais des amis à déjeuner ou à dîner, il se rendait dans un petit bistrot du village, où il m’écrivait des lettres de dix, quinze pages. Des lettres d’amour comme je n’en ai jamais reçu de ma vie.
Le parc était merveilleux. Les lilas poussaient de partout. Mais je me sentais encore seule. La floraison du printemps après les grandes pluies, les vergers chargés de fruits, le parfum des lilas et le silence du parc lamartinien réclamaient des amoureux sur ses bancs couverts de mousse. (….)
Vous êtes heureuse, ici, Consuelo. C’est merveilleux la lumière de cette pièce. Regardez par la fenêtre cette pelouse, ces couleurs (…).
Nous traversâmes (….) les allées de lilas en fleur tout en nous jetant de petites branches sur les cheveux, en cueillant des cerises qui gonflaient nos joues car nous en mettions des poignées dans notre bouche.
« 
Tonio finit par tomber malade puis il décide, suite à une énième dispute d’aller dormir à La Feuilleraie, avec des idées derrière la tête. « Tonio demanda à mon jardinier d’aller lui chercher un banc jaune dans le jardin pour le mettre en face de la fenêtre. Je ris car la chambre avait des fauteuils confortables. Mais il voulait absolument un banc de jardin. Jules et sa femme le transportèrent donc. Tonio leur annonça alors que cette chambre serait désormais la sienne et qu’il tenait à ce que personne ne s’assoie sur ce banc. Ce serait « le banc Antoine de Saint-Exupéry » ». Est-ce que la mairie aura un jour l’idée (lumineuse !) de remettre un banc avec son nom dans le parc ?
Et puis il y a l’histoire des roses : »C’était l’histoire de la cueillette des roses sur le chemin de Paris à La Feuilleraie
– Madame Gomez passe sur cette route tous les soirs après son travail, lui dit un convive. Elle a forcéement fait la connaissance des cultivateurs de roses. Un soir de gelée, Madame Gomez a vu que ses amis les cultivateurs pleuraient, tout en émoi. Car la gelée était en train de tuer les roses. La même nuit, elle se fit apporter des dizaines de grands draps de lin brodés de couronnes. (…) En pleine nuit, elle a ranimé l’espoir des planteurs de roses [ qui sont ensuite tous venus à La Feuilleraie pour l’aider au verger et au potager].

« Elle aime les roses , Madame Gomez, elle aime les sauver, elle est une rose elle-même. »
Et moi, mon coeur était en miette ! Les roses sont toujours une spécialité du coin, elles embaument les rues l’été. Mais hélas, il n’y en a pas une trace à La Feuilleraie. Ce serait pourtant l’idée assez simple à réaliser, là aussi. Un hommage à la rose du Petit Prince et au « papa » de celui-ci. 🙂

Evidemment, après une lecture si émouvante, j’ai voulu creuser le sujet et cela tombe bien, parce que les éditions Gallimard ont édité en avril dernier la correspondance entre mes deux nouveaux amis 🙂

Je découvre donc leur vie par un autre prisme, celui de l’immédiateté et des deux points de vue. C’est un livre richement illustré de photos, dessins, croquis, extraits manuscrits.
Je le déguste tranquillement le soir, confortablement installée dans un fauteuil ou mon lit.
Je ne doute plus du tout aujourd’hui de croiser des fantômes à La Feuilleraie !

Bref, je suis en pleine Saint-Exupéry Mania. J’ai envie de relire tous ses bouquins et de m’en offrir un d’époque ! Voilà où mènent les vadrouilles autour de chez soi !!

Je ne peux que vous conseiller ces deux livres qui font revivre un auteur qui aurait eu 121 ans cette année et vous offre l’occasion de rencontrer sa muse 120 cette année, sans laquelle il n’aurait sans doute pas été l’écrivain qu’il fut.

Bon, le prochain billet sera consacré à la rentrée littéraire ! 🙂 J’ai déjà acheté le dernier Sebastian Barry et Emma Donoghue (que je suis en train de lire). Emma Cline a aussi sonné à ma porte. 🙂 Colum McCann fait également partie de ma rentrée littéraire dès samedi prochain au Centre culturel irlandais, puis ce sera le tour de Paul Lynch. Ensute, je pars à Nancy pour Le Livre sur la Place. Programme chargé, donc, mais quel bonheur après tous ces mois de visio qui personnellement ne me satisfaisaient pas tout à fait.

Edit du 29 août : j’ajoute quelques photos de La Feuilleraie où je suis allée il y a quelques instants. J’ai vu que le projet immobilier allait se faire, mais sur ma partie non classée, c’est-à-dire en dehors parc (heureusement!). 24 logements sociaux.

Il y a un petit rosier au pied de la tonnelle.

Antoine en exil à Consuelo qui se languit de La Feuilleraie.
Dessin de Consuelo in Correspondance

WordPress et les problèmes de mise en pages quand on met directement les photos avec son smartphone. 🙂 Sorry, c’est moche mais finalement peut-être pas le plus important.

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Marcher à Kerguelen- François Garde

Pendant que d’autres sont déjà dans la rentrée littéraire alors qu’on n’est que mi-août, je continue sur mes lectures d’été, de celles qui font vagabonder l’âme. Encore un livre que j’ai beaucoup aimé, qui sort de la norme, du bien confortable chez-soi pour vous emmener au bout du monde.

François Garde est haut fonctionnaire, et, comme si ça ne suffisait pas, lauréat du prix Goncourt du Premier Roman avec Ce qu’il advint du sauvage blanc (2012), notamment. Marcher à Kerguelen a, quant à lui, reçu le prix Thomas Allix de la société des explorateurs français en 2019.

Intrigué depuis plus de vingt ans par l’île française de Kerguelen, dont l’existence est à peine connue de la France elle-même, du moins délaissée, aux confins des quarantièmes rugissants, François Garde a eu l’occasion de la frequenterdans le cadre de son travail, en qualité d’administrateur supérieur des Terres Australes, entre 2000 et 2004. Toujours au chef-lieu de Port aux Français. Hanté par cette île au charme magnétique, faite de basalte et de granite, où la météo est celle d’un perpétuel automne maussade, sous des cieux venteux et pluvieux, totalement déserte, où il n »existe aucune route, aucun chemin, aucune trace laissée par l’Homme, hormis des cabanes destinées aux scientifiques, François Garde y retourne avec 3 amis du 23 novembre au 17 décembre 2015.

Une expédition à pied, sac au dos de 25 kilos. Un challenge un peu dingue pour un homme de 56 ans qui estime ne pas être un aventurier, ni de tempérament, ni de profession. Une bravade, dit-il à ceux qui l’interrogent, ne sachant pas lui-même quelles sont ses motivations profondes.

Un texte d’uns grande beauté, une photographie incroyable à travers les mots, des paysages traversés. Tous les soirs, l’auteur restitue la journée dans un carnet de voyage. Un paysage transcendé. Peu importe, écrit-il, s’il y a une forme de mensonge dans ce qu’il écrit. Écrire est forcément réécrire le réel.

On suit donc cette équipée, leurs pépins, leurs moments de doute et de joie, les tensions inévitables quand on se lance dans un trek aussi difficile, leurs remords aussi. On se rince, on a froid, on se fait piéger par les souilles. On s’amuse des noms des lieux : Mortadelle, baie d’Audierne, Golfe du Morbihan, Baie irlandaise ! 😂 Seule Isabelle Autissier avait traversé Kerguelen, jusqu’à présent. En 1999. Une femme ! 👏 Ce récit est également une forme d’hommage à cette pionnière.

Un coup de griffe final aux décideurs, dirigeants à la langue de bois, aux hommes : « Kerguelen n’appartient pas à l’humanité« , contrairement à ce qu’a décidé le 5 juillet 2019, l’UNESCO, en lui donnant le « titre » de patrimoine mondial de l’Humanité. « L’homme n’y est pas chez lui (…). En déréglant la grande machine du climat, l’humanité porte atteinte à Kerguelen. Mais, avec l’insupportable désinvolture d’un petit voyou, elle outrage un bien qui lui est étranger. » A méditer à quelques mois de la COP 21 !

J’ai adoré, comme je l’ai déjà dit. Une lecture marquante. Un récit qui plaira à tous les marcheurs et autres baroudeurs dans l’âme.

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Voyage en France buissonnière, tour de France à cheval – Louis Meunier

Je reviens tout juste de mon périple estival, pas à cheval comme Louis Meunier, mais surtout à pied et en train, de la Côte de Goëlo (mon coup de coeur), au Bassin d’Arcachon (bof !), en passant par une escapade à la très chic Trouville, pour terminer en Haute-Savoie, jusqu’au lac Léman. Une bonne grosse bouffée d’oxygène pendant ces quatre semaines. Mes lectures ont été en adéquation avec mon activité de vadrouille. Merci aux trajets en train, sinon, je pense que je n’aurais pas lu autant. Avec 20 à 30 kms à pied par jour, c’est un très bon somnifère, mais le lendemain, on est frais comme un gardon ! Venons-en au livre… 🙂

Les dimensions sportive et écologique ont attiré mon attention. Et puis, c’est toujours amusant de (re)découvrir un pays par les yeux de quelqu’un d’autre, sous un autre angle, celui du trajet à cheval qui nous fait basculer dans une autre dimension, fait réaliser que sans les engins motorisés, l’homme n’est pas grand chose, si ce n’est un bipède qui avance beaucoup plus lentement qu’un oiseau ou qu’un cheval : ça remet un peu les pendules à l’heure.

Louis Meunier est écrivain voyageur, cavalier émérite, mais aussi producteur et réalisateur pour la télévision et le cinéma. Un jour il est contacté par une certaine Sybille d’Orgeval (Lol) qu’il a déjà croisé. Elle lui explique qu’elle va faire Paris-Marseille par les petites routes et à cheval « pour réaliser une série documentaire sur le monde rural ». Ou plus précisément « ceux qui préparent la société de demain plutôt que de se lamenter face aux nouvelles déprimantes ressassées à l’envi par les catastrophistes ». « Depuis quelques années, des citadins s’installent dans des lieux à faible densité et imaginent de nouvelles manières de vivre (…), des alternatives à l’ordre établi. » Louis remonte en selle et décide de l’accompagner dans cette aventure un peu folle.

Dans cette expédition, l’homme et le cheval doivent être deux alliés. Cela peut paraître idiot de l’écrire, mais Louis Meunier fait de ces animaux des personnages à part entière. Où-Vas-Tu est une jument fofolle, qui a peur de son ombre. Alors dès qu’une voiture ou un mouche la frôle, c’est l’embardée qui peut tout anéantir. Louis va devoir faire équipe avec elle et ce n’est pas une mince affaire, surtout quand elle se met à boiter, rechigne un peu quand elle voit la selle arriver. Comme les chevaux ne sont pas doués de parole, n’est-ce-pas ?, il faut trouver des spécialistes, de vrais, parmi tout un tas d’amateurs fantasques. Unik, le cheval de Sybille, est , quant à lui, gentleman qui sait se tenir. Mais dès qu’il perd sa copine Où-Vas-Tu du regard, c’est panique à bord, quasiment. Alors quand on remplace Où-vas-tu par Lars, il faut se réhabituer.
C’est comme ses chaussures et son sac à dos quand on est à pied : il faut faire un sinon on risque l’accident.

Côté aventure humaine, Louis et Sybille rencontrent des gens hauts en couleurs bien souvent, parfois en marge de la société sans pour autant être des cas sociaux. Le public est hétérogène. On croise des agriculteurs bio, un berger dans la forêt de Fontainebleau qui loue ses services pour débroussailler la forêt de manière écologique (et le hasard a voulu que je vois récemment un article sur lui dans Le Parisien !), des artistes. On croise même Hubert Reeves qui habite au vert depuis très longtemps. Une chose est sûre : ces gens sont efficaces et n’attendent pas que les ordres tombent du ciel pour s’engager, à leur échelle.

Voyage en France buissonnière est un livre instructif tant sur la diversité des territoires de l’Hexagone que sur les diverses manières de concevoir la préservation de l’environnement. On apprend que « la Drôme est le département de France qui concentre le plus grand nombre d’exploitations en agriculture biologique ». Ainsi, la marque Biovallée réunit  » élus, entreprises et acteurs de la société civile acceptant un cahier des charges ambitieux », dont celui de « favoriser la création d’emplois liés à la préservation et à la transformation des ressources naturelles » et de « renforcer la mixité sociale ».

Si, comme l’avoue l’auteur, se passer totalement d’un supermarché relève encore aujourd’hui d’un acte d’héroïsme impossible à atteindre, les circuits courts se développent de plus en plus. Même dans les banlieues d’Ile-de-France .

Ce récit fait du bien ! Une sorte de feel good écolo (loin des feel good bébête vide de sens que je déteste). Des exemples concrets de gens qui essaient de changer les choses à leur niveau. Un baume au coeur, cependant lucide, qui ne cache pas que le chemin est encore long pour tordre le cou à la société de consommation outrancière et de malbouffe. A mon sens, c’est mort pour tout un tas d’adultes non sensibilisés, pour eux, je n’y crois pas. Il préfèrent acheter des baskets à 500€ que de songer à la planète et à leur santé. En achetant des fruits et légumes étrangers parce que, malheureusement, la mondialisation permet cette concurrence souvent déloyale. Pas plus tard qu’hier, je suis restée sidérée en voyant que le supermarché Cora ose importer des pommes de terre soi-disant bio en provenant d’Israël !!!! A 3,99€ le kilo. Des gens sont assez crétins pour acheter ce genre de m****, malheureusement. Ce sont les enfants qu’il faut sensibiliser à l’école. C’est déjà un peu le cas, mais pas suffisamment. Ou plutôt pas de manière homogène selon les territoires. Est-ce que les adultes d’aujourd’hui se rendent compte de l’héritage qu’ils laissent à leurs enfants ?

« Les paysages résonnent avec mon esprit, mes pensées s’ordonnent. Je pense au temps qui passe et s’accélère, je pense à cette machine appelée progrès qui a rompu en un siècle le contact de l’homme à la terre, je pense à la France que l’on défigure et à la nature que l’on viole sans préoccupation du lendemain, je pense à mes enfants qui probablement jamais n’attraperont une écrevisse dans une rivière. Je pense aux rencontres de cette équipée, à ceux qui me donnent des raisons d’espérer, ces résistants qui sortent du moule et agissent avec leur coeur pour sauver ce que nous avons d’humanité. Je pense que par endroits la France reste belle, et ses habitants libres…. ».

L’auteur, au cours de son aventure, peste régulièrement contre le producteur et le réalisateur du reportage qui trouvent qu’ils ne vont pas assez vite, qu’ils traînent, qu’il faut mettre en boite, trouver des gens, qu’ils devraient accepter de se raccourcir le parcours en trichant un peu acceptant de monter en voiture pour gagner du temps. L’auteur refuse de faire un périple pipeau, bien sûr. Deux visions s’opposent.

Un beau livre. Seul bémol, la maladresse qui a des allures de mépris au tout début du récit, quand l’auteur parle de « lotissements pavillonnaires suintant l’ennui » : pas vraiment sympa pour leurs habitants qui ne sont pas forcément ce qu’on imagine ! Ils se sont logés où ils ont pu, mais ça ne veut pas dire qu’ils tournent en rond et que ce sont des bas du front. Paris c’est devenu tellement prout-prout, tout ça pour vivre dans un clapier, non merci, mon cher ! Voilà la monnaie de la pièce rendue !! 🙂 Même si certains coins de banlieue ne sont pas grandioses – mais à Paris non plus, il y a des coins très moches et crasseux -, il faut savoir ouvrir les yeux, car là aussi la résistance verte s’organise peu à peu. Vers chez moi, on vient de sauver un verger condamné à la destruction. Le livre est paru en 2018, c’est postérieur à sa parution. Si on regarde bien, il y a plusieurs cueillettes dans le coin (pas forcément bio ou 100% mais la conversion se fait progressivemen et c’est du circuit court. Clairement, on a beaucoup de forêts dans le coin. Une rivière qui a été dépolluée, ça a pris une vingtaine d’années, elle est méconnaissable. On a des écureuils, des renards, des hérons, tout plein de bestioles que tout un chacun peu observer le matin très tôt. En revanche, quand je vois le développement de l’écolo-business avec des mots relookés tendance, pour des gens en mal de verdure qui paie pour aller faire des « bains de forêt »,désolée, je me tords de rire ! Je ne doute pas qu’il y ait un public pour ça.

Pour revenir au livre, dernier point : ce n’est pas vraiment un tour de France, contrairement à ce qu’annonce le sous-titre. C’est plutôt Paris-Marseille en passant par l’Allier.

Un ouvrage à lire si vous vous intéressez au voyage non motorisé, à l’écologie et que vous aimez les livres à la fois optimistes et lucides. J’ai beaucoup aimé.

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Pile à Lire estivale

C’est l’heure de boucler le sac à dos et voici, à une exception près, la Pile à Lire concoctée, en lien avec certaines de mes destinations ou activités estivales – en version beaucoup plus cool, il s’agit de rentrer en entier et pas avec un claquage de guibole !😂. On ne joue pas les héros, on se promène en vacances. On va dire que 20 kms par jour, c’est notre rythme tranquille. Avec retour au point de chute. Agrémenté de quelques visites de petits musées de campagne pour en apprendre un peu plus sur ce que j’ai pu lire dans certains livres – et inversement. Je sais déjà que le 1er hébergement est presque un petit musée à lui tout seul. On croise les doigts pour la météo sinon ça va être un peu galère. 🤞 J’ai aussi potassé quelques guides touristiques mais en général je les trouve ennuyeux. Je suis plutôt quelqu’un qui découvre des choses au gré de son inspiration sans préméditation… surtout en pleine campagne ! Les guides touristiques ne font pas beaucoup de pas de côté…

Je suis à peu près sûre de n’être copiée par personne dans le choix de des livres de cette PAL. Ce n’est absolument pas ce qui tourne en boucle sur les réseaux, ni des conseils de lecture (je suis qui pour « conseiller » des lectures, d’abord ?🤭). Ce sont juste des livres que j’ai envie de lire.

Voyage en France buissonnière, de Louis Meunier ; La grande traversée des Alpes de Jérome Colonna d’Istria ; Le silence de la mer de Vercors ; Marcher à Kerguelen de François Garde ; Mémoires de la rose de Consuelo de Saint-Exupéry (pour la belle demeure qui se trouve pas loin de chez moi, réchappée d’un massacre immobilier où le couple Saint-Exupéry a vécu entre 1936 et 1940 : La Feuilleraie. Consuelo l’évoque dans ses mémoires et je suis curieuse de les lire puis de retourner dans le parc, seul accessible au public pour le moment. Enfin, ce cher J.K.S avec D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds en miroir avec ma première destination. Ça peut être amusant.

Et vous, que comptez-vous lire pendant vos vacances ? Comment choisissez-vous vos livres pour ce moment de détente estivale ?

Je vous souhaite à tous de belles vacances, la bulle d’oxygène dans cette année encore si compliquée !

⛵⛵⛵

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Pêcheur d’Islande – Pierre Loti

Après deux confinements et un retour à la liberté, je n’avais absolument pas envie de me planter derrière un ordi pour rédiger des chroniques ! D’où ce petit slow blogging que vous pouvez constater. Je me suis pas mal promenée ! Ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas lu. Il me faut un jour pluvieux comme aujourd’hui – et si seulement c’était le seul !- pour me replanter derrière un écran.

Comme chaque année, j’essaie de lire des livres qui ont un rapport avec la destination de mes vacances, quand cela est possible. Voilà comment j’ai lu Pêcheur d’Islande de Pierre Loti. C’est drôle parce que finalement, ma destination me ramène en Islande. Ce n’est pas ce qui a motivé mon choix, pourtant. Je revois le village des fjords de l’Ouest que j’ai visité il y a trois ans, qui rend hommage à la mémoire des marins français (et belges !) ayant péri au large des côtes islandaises. Il s’agit en particulier des marins-pêcheurs de la baie de Paimpol qui partaient de longs mois y pêcher la morue. Les autres marins de Bretagne allaient plutôt à Terre Neuve – mais je crois que les pêcheurs de Paimpol avaient ces deux destinations. Je revois parfaitement le cimetière marin, en bas d’un sentier très pentu, au bord du fjord. Je revois ce village où tout est bilingue français-islandais. Ce fut amusant pendant ma lecture de voir Pierre Loti mentionner ce cimetière. Je vais donc voir maintenant tout cela de l’autre côté de l’océan.

Ceux que l’on appelait « les Islandais » dans la baie de Paimpol sont les pêcheurs bretons se rendant en Islande. Vous ne rencontrerez aucun vrai Islandais dans Pêcheur d’Islande.
Le roman de Pierre Loti, sous couvert d’une histoire d’amour contrariée, raconte la rude vie des gens de la baie. Une vie de femme marquée par l’attente du retour des hommes. Une vie d’homme qui n’étaient jamais sûr de revenir. Une vie où c’est l’océan qui décide du sort des humains.

Yann, un de ces « Islandais » se fait régulièrement chambrer pour son célibat à 27 ans. Son futur beau-frère, Sylvestre, mais aussi par ses collègues marins qui lui demandent souvent quand il fera ses noces. La réponse d’Yann est : « Mes noces à moi, je les fais à la nuit ; d’autres fois, je les fais à l’heure, c’est suivant. » Yann est un costaud gaillard, fier, provocant et fichtrement beau. C’est donc un peu sans surprise que Gaud, la plus belle fille du coin jette son dévolu sur lui. Gaud est la fille d’un ancien « Islandais » « enrichi par des entreprises audacieuses sur mer » Pendant que son père partait en Islande, elle était gardée par la grand-mère Moan, la grand-mère de Sylvestre. « Elle avait une adoration de petite mère pour cet autre tout petit qui lui était confié, dont elle était l’aînée d’à peine dix-huit mois ». Gaud est une fille qui grâce à l’enrichissement de son père est partie un temps vivre à Paris avant de revenir en Goelö. C’est également un personnage fière et hautain mais surtout timide. Toute l’histoire entre Yann et Gaud se résume à une histoire de fierté en quelque sorte. Ils vont le payer cher. J’avoue que le personnage de Gaud m’a un peu agacée jusqu’au moment où enfin, elle fait tomber les barrières. Je me suis demandé si Pierre Loti n’en faisait pas un personnage un peu tarte, s’il n’y avait pas une part d’ironie dans son histoire. Mais nous sommes à la fin du XIXe siècle.

Le roman de Pierre Loti possède un charme totalement désuet tant par l’histoire que par la plume. Pourtant j’ai adoré ! Surtout à partir du moment où Sylvestre meurt (spoiler, mais je ne vous révèle pas la cause de sa mort) et où la mer prend finalement vraiment possession du destin d’Yann et Gaud, le soir de leurs noces. A partir de la mort de Sylvestre l’histoire devient très poignante. Pierre Loti parvient à communiquer l’angoisse de l’attente, la souffrance due à l’incertitude, le déchirement des âmes jusqu’à la folie.

« Voir le soleil à minuit !… Comme ça devait être loin, cette île d’Islande. Et les fiords ? Gaud avait lu ce mot inscrit plusieurs fois parmi les noms des mots dans la chapelle des naufragés ; il lui faisait l’effet de désigner une chose sinistre.
« Les fiords, répondait Yann – des grandes baies, comme ici celle de Paimpol par exemple ; seulement il y a autour des montagnes si hautes, qu’on ne voit jamais où elles finissent, à cause des nuages qui sont dessus. Un triste pays, va, Gaud, je t’assure. Des pierres, des pierres, rien que des pierres, et les gens de l’île ne connaissent point ve que c’est que les arbres. » (…)
« Et puis, disait-il, il y a aussi un petit cimetière sur la côte, dans un fiord, tout comme chez nous, pour veux du pays de Paimpol qui sont morts pendant les saisons de pêche, ou qui sont disparus en mer ; c’est une terre bénie aussi bien qu’à Pors-Even, et les défunts ont des croix en bois toutes pareilles à celles d’ici, avec leurs noms écrits dessus. » »

Un roman publié en 1886 que l’on classe aujourd’hui dans la littérature française classique. Je suis toujours surprise de voir que des gens l’on lu enfant. Le registre de Pierre Loti est très soutenu et le vocabulaire complexe. J’en ai également eu un exemplaire gamine mais je ne peux pas dire pour autant que je l’ai lu et compris à cette époque.

Cependant, j’ai un vrai coup de coeur iodé pour ce roman aujourd’hui !

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Super Hôte – Kate Russo

Traduit par Séverine Weiss

Bennett est un quinquagénaire londonnien, peintre reconnu par le passé mais aujourd’hui un peu oublié. Il est aussi père de Mia, étudiante en beaux arts, et divorcé d’Eliza, qui a mis un océan entre eux. Pour subsister, il reste à Bennett la maison aujourd’hui trop grande pour lui tout seul. Il la loue aux touristes via le site AirBed et habite dans son atelier quand il a des clients.

Ce sont des femmes qui franchissent le pas de porte de Bennett. Pas pour des histoires de coeur, a priori, même si le peintre a souvent l’oeil qui traîne et une imagination débordante ! C’est ailleurs, dans un bar à vin de Soho, que notre homme désabusé et perdu va faire une rencontre qui va changer le cours de son existence.

Super Hôte est un roman londonien écrit par une Américaine. Le premier roman de Kate Russo dont la liberté de ton m’a suprise dès l’incipit. C’est une histoire de solitudes, mais le ton est sarcastique, drôle et tendre à la fois. Une comédie romantique à la tonalité made in England en fait.

Bennett veut plus que tout garder son statut de « super hôte » sur le site d’AirBed, ce qui l’amène à ne pas refuser des hôtes dont a priori il ne veut pas du tout. Comme cette drôle de femme qui lui écrit comme s’il était un vieux pote, avec sa robe portefeuille, il ne la sent pas du tout… Et il y a Claire, la barmaid de Soho, qui lui inspire un tableau qui pourrait relancer sa carrière. Même s’il n’y croit pas. Bennett a un côté Calimero rigolo….

Kate Russo brosse une galerie de portraits truculents. Si j’ai eu une petite baisse de régime au milieu de l’histoire, j’avoue m’être ensuite beaucoup amusée et attachée à Bennett, un papa perdu face à une fille qui devient adulte et un divorcé qui n’a plus confiance en lui. Pourtant, à la cinquantaine, la vie est loin d’être finie !

Une histoire rythmée, un comique de situation engendré par la marche forcée de Bennett dans les événements auxquels il doit faire face Kate Russo joue à merveille avec l’être et le paraître.

Un roman qui plaira à celles et ceux qui cherchent un ton léger et drôle pour aborder des sujets tout à fait sérieux.

Merci aux éditions de La Table Ronde pour cette belle découverte

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Pêle-mêle de lectures Nature Writing – mai 2021

Je manque un peu de temps, ou du moins j’ai d’autres envies ces temps-ci que de passer des heures derrière un ordinateur, après tous ces mois de confinement et d’agitation sanitaires. Comme tout le monde, j’ai besoin de prendre l’air, de marcher, de voir du pays, ce qui ne veut pas dire que je ne lis pas. J’ai beaucoup lu, notamment pour le mois Nature Writing et me suis bien régalée ! Juste pas été très motivée quand il s’est agit de les chroniquer ! Je propose donc de brefs avis, pas très détaillés des livres trois livres non encore chroniqués.

Quant à mon bilan de lectures, il est sur la photo ci-dessous !

Bilan de lectures pour le mois Nature Writing

Lettres pour le monde sauvage de Wallace Stegner a été une sacrée rencontre, avec ce mythe de la littérature de l’ouest américain. L’histoire d’une migration au début du XXe siècle, un enfant des Prairies du Dakota, vers le Saskatchewan au Canada. On assiste à la naissance d’une ville, celle de Whitemud qui n’est qu’un amas de planches. L’émergence du chemin de fer dans un paysage qui est encore un désert démographique, habité par les dernières colonies de chiens de prairie au monde. La ruée vers la propriété de gens qui cherchent une vie meilleure et à qui ont a promis le rêve (américain !). Wallace Stegner écrit la première lettre qui inaugure le livre à sa mère disparue il y a déjà 20 ans, alors qu’il en a lui-même quatre-vingts. On apprend des choses sur ce qui a inspiré La montagne en sucre, mais aussi l’ensemble de son oeuvre. C’est un très beau livre, émouvant, une réflexion sur la destruction de la nature, bien sûr mais aussi le combat de l’homme pour vivre dans ces endroits encore reculés et sauvages.

« Comme partout, les fondateurs de la ville arrivaient de tous horizonsagriculteurs, commerçants, flambeurs, squatteurs métis, cow-boys texans, colporteurs syriens et juifs, et cockneys tout droit sortis de l’Est End londonien. « 

Il y a quelques allusions à de furturs écrivains prometteurs, comme Edward Abbey. 😎 Mais aussi à celui qui a grandement inspiré Wallace Stegner : Henry David Thoreau.

Les bisons de Broken Heart de Dan O’Brien : immense coup de coeur pour ce bouquin qui date de 2001. Ou comment Dan O’Brien a réussi à sauver ou du moins à réhabiliter les Grandes Plaines du Dakota, terres de Sitting Bull, ravagées par agriculture intensive et un surpaturage bovin inapproprié. C’est la chute du cours de la viande de boeuf, le risque de faillite de son ranch et un divorce qui sont les points de départ de cette belle aventure. L’auteur achète d’abord 13 bisonneaux qu’on se met à aimer d’amour (lol), tant il en parle comme s’ils étaient ses enfants. Le Gang de Gasehouse ! Tout un programme ! Un petit faiblard va mourir et ce sont des pages très émouvantes. Mais se démarque du troupeau Bill Bouclé, un petit jeunot plein d’avenir, qui n’a pas froid aux yeux. Même devant les vieilles bisonnes d’un autre troupeau que Dan va ajouter au douze jeunots. De fil en aiguille, quitte à faire sauter la banque, l’auteur s’endette sacrément, bien plus que ce qu’il avait prévu initialement. Mais les bisons sont tellement différents des vaches, tellement moins ravageurs, tellement capables de se débrouiller seuls car ce sont des animaux restés sauvages, pas des croisements fabriqués de toute pièce par l’homme, tellement plus résistants aux intempéries. Et surtout, aux yeux de Dan, c’est tellement incroyable de voir des bisons enfin fouler le sol des Grandes Prairies, 150 ans après leur disparition ! Les autres cowboys du coins en prennent de la graine, même s’ils sont un peu méfiants sur le devenir pécuniaire de troupeaux de bisons. Car ce n’est pas facile tous les jours, surtout au début. Mais Dan crée la Wild Idea Buffalo et vend sa viande de bison à travers tout le pays. Il convertit même les vegans à la viande de bison car elle correspond à leur idéal. J’avoue que j’ai pour ma part encore du mal à comprendre l’aspect « bouffe » dans cette histoire de repeuplement. Comment peut-on aimer tellement les bisons pour finalement les mettre dans son assiette ? C’est un peu la chose qui m’échappe. Même si Dan O’Brien parvient totalement à vous donner envie de goûter sa viande de bison et qu’il m’a bien fait rire quand il imagine Bill Bouclé en steak barbecue. 😄 Une très belle histoire et la magie de la technologie vous permet de voir ce qu’est aujourd’hui l’entreprise de l’auteur puisqu’il a créé un compte Instagram. 😎

Le feu sur la montagne d’Edward Abbey nous embarque au Nouveau Mexique où vit le grand-père de Billy, 12 ans, qui a l’habitude de passer ses vacances d’été là-bas tous les ans. John Vogelin a vécu toute sa vie dans son ranch entouré de terres arides, desséchées par le soleil. Sauf que l’US Air Force a décidé de réquisitionner les terres pour installer un camp de tir de missiles. Le gouvernement donne un ultimatum au vieil homme. C’est un sacré personnage que nous donne à rencontrer Edward Abbey, nous, lecteurs, frisonnons pour lui. Lui, il préfère crever que de laisser s’installer l’armée dans ces somptueux paysages. La fin est très belle et émouvante. Un roman à lire, c’est sûr !

Voilà, le Mois Nature Writing est terminé. Je remercie les quelques personnes qui m’ont suivie dans ce challenge. Et je dis à d’autres de réfléchir à deux fois à ce qu’elles annoncent. En tout cas, je me suis bien amusée !

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